ENFANT DE TA II H I OU E
iMiEZ \:\ houclio , ma p'Iilo ûllo. Ali! nui! Iiès-liicn ! elles y sont ; les voiri tniilcs qiialro.
— Bon l)i(Mi ' in.iis cllo est hioii petite , roniarquablemeiit petite!
— CVsl. vrai, ninnsleiif; mais, vous le voyez, voici le si?>iie inéciisahle! Comme je vous l'ai dit, elles y sont toutes qualie.
le m'en aperçois; et cependant elle est... hien pe-
.. ,.^t -^ -..^|tilc! ■!
Le lecleur peul considérer les phrases ci-dessus connue faisant partie d'un dialogue eniro le chirurgien cerliRcateur et l'inspecteur d'une manufacture de colon, étahlissement dans lequel se |)résente coniine aspirante ouvrière une petite fille cliétivc et hlùne, «pii semlile âïïce d'environ sept ans. Nous sommes ceriains qu'elle n'a pas
' Il y a sii ans iiiie l'auteur de cet aitiele liasaida un drame dont le liut était de faire appel à ta s>inp:illiic publique en faveur des enfants de fabrique. Ce drame fut très-sommairement condamné , cruellement maltraité te premier j^'ur. et définilivemenl enterré à la seconde représentation. Le sujet de la pièce était . disait-on , trivial , et le sujet trop Irisle. I.a véi ilé est que ce n'était pas alors la mode de feindre de 1 intrri 1 pour les détails ot)Scursemr..ssiei-s de la \ie Inimniie cl que l'auteur fut puni d'être venu trois ans trop tôt.
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is(! i;i:m A\i m-, l' AinuQn;.
un jour (le plus ; et poui taiil, nprès (|u'clle .1 soumis sa louclie a la savante inspeetiou (lt> riionunc roinpétent, M. Enaïucl, on lui reconnaît l'âge voulu par la loi , neuf ans aeeoniplis; et en rouséijuenee, en vertu <le l'acte du parlement, elle est admissible a titre d'ouvrière dans la manufarture de Brown et Jones , qui , a l'instar des autres fahrieants. ont fait des dents l'indice de l'âge, indice (jue les gens de métier legardent comme presque infaillible '.
« Eh bien, si vous en êtes sûr... ajoute l'inspecteur.
— Si j'en suis sûr! Regardez, monsieur; ouvrez la houelie, petite. »
El l'cufaut, jetant des regards de détresse sur l'autorité certilicalrice , ouvre encore la bouche ; et M. Euaniel , montrant "a l'inspecteur les dents et les gencives , poursuit du ton d'un professeur, pendant que la douleur produite par la distension prolongée des mâchoires fait rouler des pleurs le long des joues de la petite (ille.
(( Regardez, monsieur! Comme je l'ai déjà fait observer, le développement de la neuvième année est complet. C'est dans la neuvième année que les (piatre incisives de chaque rangée, qui doivent rester, remplacent les dents de lait ; et la conformité des diagnostics fournis par les dimensions (ne vous démenez i)as ainsi, petite), par les dimensions des os maxillaires, prouve que la croissance n'a éprouvé aucun retard, qu'aucune difformité...
— C'est très-vrai, monsieur Énamcl ; tout est en ordre sans doute.
— On peut toujours se fier aux incisives, et les voici, monsieur! »
El, d'un air d'aisance et de tiiomphe, M. Enamcl montra les petites chevilles d'ivoire qui décoraient la bouche de l'enfant.
Il Maintenant, s'écria-t-il ensuite, passons à une autre. »
Laissons cependant le chirurgien certifi<ateur poursuivie son enquête deulaiie, et occupons-nous immédiatement de la petite tille, qui, d'ajirès le lénioignage de ses dents, ayant accompli sa neu\iènie année, court avec joie conter a ses parents sa bonne fortune. Elle est reçue , elle aui a des gages ! elle a des dents incisives!
L'enfant de la classe aisée est amené chez le dentiste "a la n.odc | Mcbolles ou Cartwright) pour que celui-ci observe et facilite la marche de la nature. Le cher patient, selon qu'il est docile ou rebelle, est tour à tour adouci par la llaltcuse assurance ([u'il jouira de deux rangées de perles, ou menacé d'avoir des chicots qui eu feront un épouvantail. Il passe par les n)ains de l'opérateur , et fait un premier sacrifice pénible 'a ce que l'on regarde comme la chose essentielle, l'appaience.
Unoi qu'il en soit , si nous faisons allusion à cette circonstance, c'est uiiiiincnicnt pour qu'on ne nous accu.it' pas d'avoir pris un sujet traité , il y a ()ucl(inrs jours, par une daine .luli ur. U f si bon (lél.iWr le droit (pie nous avons de revenir s un tliêniesur leipiel nous nt^us étions exerci* déjà.
(' Noie (le iuuleur. ) ' Voyez l'An dt jvqer de l'tUjefinr In doits, romiâi'ié dans ses yrppoils avec Ifs enjanis dr fabrique, \i!ir^iv\n Saunder«.
( Aofe Je l'auleur, )
l.KNKANT U\: f A H K Kjl K. 187
Pour cet eiilant, le dentiste, malgré la teneur dont il s'environne, est le serviteur de ropuleuce, le salarié des parents qui s'évertuent pour embellir leuis rejetons, auKiuels ses doigts lialiiles ajoutent un nouveau clianne ou font perdre une di'Iecluosité,
Mais, pour l'entant de faliriquc, le dentiste est un arbitre nommé par le travail, institué son lldéi-coramissaire pour crier a l'enfance de commencer. Examinant doucement la liouclic des enfants du riche, il dit : « Dents, contribue/ h sa beauté! » regardant les gencives du pauvre, il prononce ces mots ; » Tu as tes incisives, travaille ! Il
Oui, noire petite (ille de fabrique est âgée de neuf ans; ce n'est plus un enfant, c'est un diminutif de femme. Elle a passé ses jeunes années en proie "a la pénurie et au besoin. Uès l'âge le plus tendre, abandonnée sans soins, laissée seule des jours entiers, elle n'a point senti les douceuis de l'amour d'une mère, éloignée d'elle par la misère, cette furie qui, veillant au foyer du jiauvre, glace, dessèche, endurcit le cœur humain. Ne faut-il pas que la mère aille travailler au dehors pour nourrir sa lille qui reste à la maison? Dieu sait comment celle-ci apprend a marcher? l'eu de temps après, un autre enfant occupe le petit nombre d'heures ou plutôt de demiheures que la mère dérolie au travail; puis vient un autre cire sans appui et sans pain, puis un quatrième; et notre petite fille de fabrique se trouve à six ans transformée en nourrice, et berce entre ses maigres bras son frère "a demi-nu. Elle n'a pas la force de le poiter, mais elle va trébuchant et chancelant avec lui; tantôt elle s'assied au coin des portes, tantôt elle entre dans les allées et les ruelles, où son esprit reçoit les germes de ses dispositions futures. C'est un heureux hasard si elle y trouve de bons exemples, et pourtant, dans le cas contraire, les honnêtes gens s'étonneront un jour de sa dépravation.
Et c'est ainsi que l'enfant passe ses neuf premières années. Quelle enfance ! Flétrie, décharnée, usée par les soucis , car ils l'assiègent déj'a ; le visage rendu pâle et triste par le spectacle de la misère qui l'entoure, elle semble n'avoir jamais été plus jeune ; a peine si les années peuvent lui donner l'air plus âgé, tant sa ligure enfantine est empreinte d'un cachet de triste maturité. Les plus doux penchants du cœur, la paix et l'enjouement, qui naissent et se développent au sein de l'aisance, les a-t -elle jamais connus? Pour elle, la vie a été sans joie, sans plaisirs, sans ressources, sans pain. Sa demeure a été celle du dénùment ; au coin de son foyer, l'homme, le maître de la création, a été l'esclave des besoins les plus vils, et il n'a pas toujours souffert son mal en silence. Que de fois la firutalité d'un époux, l'indifférence d'un père est l'af- IVeux ouvrage de la misère seule! que de fois la manière violente et cruelle dont les pauvres se traitent entre eux n'est que rexj)losion sauvage d'une intolérable torture ! et notre petite lille de fabrique a vu cela . et l'ombre du mal est retoraljée sur sa face!!!
Accompagnons l'enfant "a la manufacture. Quelle inclémenle saison ! con>nie le veut hurle! avec quelle force la froide pluie bat les carreaux! La terre est endurcie par la gelée, la bise fend l'air, la neige couvre le sol. 11 est cinq heures du matin ; i'enfanl csl deboiil . r\ . ii peine roiivcrie par ses tristes haillons, elle descend en ïreloltanl
ISS i.i;m' AN I iii I \ uni 1,1 1 i:.
<l,iiis la nio. l'uiivie petite! elle a le sang ylaré jiisiu'aiix ongles! Ses souliei-s. iiu'im a racconimiKli's lieauroiip plus qu'ils ne pDiivaienI Irtie, liiiillenl en une ileii'i- (louzaiiie d'eiiclroils; ses pieds sont uieiiilris par les engeluies, et elle s'avame pénililemeut. Son père, ouviiei- de la même manufacture, la piend sur son dos, et couliniie sa roule m grommelant pour s'éviter de jurer. La jielitc lille a neuf ans, et, deminue, par une affreuse matinée de janvier, dans le froid et l'oliscurité . on l'eniiwrlitravailler !
Maintenant la jielite lille est dans la manufacture. Dés ce moment, sou enfance cesse coniplélement ; c'est une femme faite, soumise 'a toutes les peines de l'âge nu'n-. ^euf heures par jour sont consacrées an travail : le reste des vinsl-ipialie heures est employé... à quoi'? Aux amusements de la jeunesse, aux heureuses et innocentes récréations des enfants, pour lesquels la conscience seule de leur existence est qnclipiefois une source de vifs ])laisii-s? l iie heure et demie est accordée au déjeuner cl an diner, cl si nous rappelons le prix élevé du pain, el le salaire (jue gagne l'enlanl de fabrique, et qui va parfois jusqu'à i scliillings 6 pences par semaine, nous trouverons (ju'une heure el demie pour deux repas eslcertaiiiemenl suflisaiite; il fauilrait moitié moins de temps pour les achever Ions deux.
11 reste encore plusieurs heures: qu'en fera-l-on'? Donncra-t-on à l'enfant les plus simples éléments de l'instruction primaire? .\près neuf heures de travail sans relâche, dans une manufacture de colon. (]ue l'intelligence a d'élasticité! qu'elle a d'aptitude 'a étudier! qu'elle a de force ])0ur feuilleter un livre! qu'elle est piopre 'a recevoir des impressions qui élèveraient l'homme d'un degré au-dessus de l'animal destini" à la houcherie! L'enfant de fabrique revient chez elle, et que peut-elle faire antre chose que dormir, que chercher "a oublier le fracas des machines, l'enfei' de sons au milieu duquel elle a souffert toute la journée'? Qui lui refuserait les douceurs du sonnneil . puisque le sommeil peut lui apporter parfois des songes de calme , des visions de honheur' Une lui importe de lire et d'écrire? Laissons-la savonier l'onlili.
Cependant il nous faut encore letourner à la manufacture. La petite l.lle est entrée dans le local ; elle augmente la foule des pâles enfants dcj'a à l'œuvre. Ou nous dira que tous les hommes sont condamnés an tiavail, et qu'il est plus (pi'inutilc d'essaver d'éveiller dessvmpathies pour ceux qui souffrent. Soit ; mais, si jamais les anges pleurent, ce doit être lorsqu'en contemplant la perversité, la fourberie, la bassesse , l'hypocrisie et la tyrannie qui régnent sur la terre, ils jettent leui-s regards sur les petits ouvriers des manulactures . enfants sans enfance, pauvres Adains en bas âge , gagnant h la sueur de leur front un pain grevé par la loi des céréales.
La petite fille est dans la manufacture; on lui donne une tâche: quel emploil Llle, l'enfant, est unie, est liancée au gigantescpie moteur, a la maihine, èlrc^ énorme et qui semble une chose vivante, lappelant 'a l'imagination la puissance cl la grandeur des animaux antédiluviens, et qui. comme poussé |)ar un instinri de vitalité, agit avei- une persi-vérance infaillible : monsln' de fer dont la vapeur est le pouls.
C'est le dislin qui lorcc Ihomnie a lav.idler lanilis que les maehincs Iravaillenl. r.'psf élranze. n'esf-cp pas. bonnes gens élevées an-dessHS de la condition fies vidimes
L"i;\r \\ I iM iMiiihii'i:. isn
(le l'ali'lier, vous i|iii pitMio/ plaisir ii Noir les lioiits soiciiis, les It'Vii's fiaîclics «.-l It's yeux liants do vosoiilaiils ! .\ii\ inouveiiiciitsdii ter, uiouveincnts il'uiic [jifcisiuii nmtbéniati(iui' . lépoïKlcnt coin des os cl des muscles d'eufauts à demi déclianies ! Des nu'iuiiros faillies et Iraisiles sont aupiosdes valvules de métal ; le pistou hat cote ii côle avec le co'ui liniiiaiu!
L'assuui'dissante mouotouie de la machine, la clialeur étouffante (|ui s'élève pai fois a 98" Fareulieit , le bruit incessant, la nécessité d'une ai)plicatioii constante de la part des ouvriers, rendent le lieu et le métier intolérables, lui réilécliissant sur la véritable injustice sociale (|ui condamne les enfants ;i la machine, et eu reuardanl une étoffe de colon, nous répétions ces vers d'une ode de Gray ;
Regiinlez cet alTiciix lissii , Il est lait tl'inli-aillos luniiainf.s.
Les enfants île fabrique n'ont-ils aucune espèce de lécrcation'^ \elcurprocuie-t-on aucun moyen de charmer l'ennui de leurs occuiiations? N'est il point de l'au\-ru\ani c)ui leur permette des'aliuser un moment sur le malheur de leur position .'' Kien ne leur fait-il entrevoir la moindre jouissance'? Si le lecteur s'est posé cette question , nous sommes à même de lui répondre : Dans quelques manufactures, les enfants à l'ouviage ont la permission de chanter; ils peuvent unir leurs voix pour lendre grâces. Quand nous employons ce mot rendre grâces, nous voulons dire que les chansons profanes sont rigoureusement interdites, et que les enfants sont tenus de se bornera exécuter des hymnes; et, comme s'ils voulaient étouffer le bruit de la machine tyrannique, ils les chantent avec une piété résolue, que certaines gens trouveraient excessivement gracieuse, lesdites bonnes gens ne découvrant dans les paroles piononcées aucun reproche, aucune satire préméditée.
Cependant il y a des hommes qui, lorsque les enfants de neuf ans, condamnés à travailler neuf heures par jour, moyennant trois siiillings par semaine, entonnent l'hymne suivant, peuvent se sentir une velléité irrésistible d'établir un contraste entre la condition des chanteurs et les vois qu'ils débitent.
Auprès des bords de ton eau (|ui uiuroiurc O Siloe, le lis dans la\erdun' De son calice étale la blaucheur ;
.Sur le peii'.hant de la riche colline (,roit de .Sharon la io.m' purpnilnc.
l>niil la rose.' au.iiienlc la Iraiclioiu .
l'.Ki l.'KM'AM Di; lAliUlul !■.
ICii 'Oiilciuphiiil les lii;uies luisseluiites des eiil'aiits e.\])Osés a une leiiipéruluie de (|iiatie-viiigt-dix-!iuil degiés, (jiii ne venait un douloureux repioelie dans cette as- (liralion presiiue involontaire au ruisseau de Siloé! Il est impossible qu'un homme , lùt-ce un homme riche, tiès-riche, n'éprouve un soudain serrement de cœur, si, eu entrant dans sa manulacture , il entend les enl'auts s'écrier d'une voix perçante :
Dieu vengeur, lève-loi ! Ju!,'e di^ l'univers , C.oulonds les ennemis, ternisse les perver.s.
du supposons que la journée de travail soit pi es de linir, et ijue les enKinls. avant de quitter la manufacture, se réjouissent en cluuitant ;
Combien elle.i d'aHrails! (ju'elle esl luillanle et l>ell<'
La céleste cite c|ui durera sans liu !
Car c'.lea pour llaïuhcaux de lumière clcriiellf
La gloire duTrès-IIaul et de l'Agneau divin.
(ar les perles el l'or parent ses aveuues ; Llle eut pour ouvriers les aiigi'S du Seigneur, lit ses nmrs sont formes de pierres incommes Uout les regards humains ignorent la splendeur.
Quelles espérances , quels désirs! Voila des mots qui, louiliant avec permission de l'autorité sujjérieure, des lèvres pâles d'enfants mal vêtus, mal nourris , excédés d'ouvra;;e, doivent consumer comme du feu le co'ur de l'avarice! Voila |)our l'égoisnie mondain le plus subtil, le plus terrible des poisons, que les jeunes chanteurs liient involontairement du jardin de Sahunon ! du leiu- permet de fie<lonner les préleples de la Itible, cl pour le |)alais di^ l'homiiie du monde, les j)ommes d'oi se clianj-'eul en cendres brûlantes, (^omliien le diable doit rire de rinscnsibilité, de la sottise et lie rii\|)Ocrisie de ceux qui enconrai;ent ces clianls d'hymnes et de psaumes, cette raillerie de la misère, celte ainèie criliiine du dem'iment d'ici-bas et de l'iniciuité d'ici-bas. Oui, il n'y a pas un mot de la Bible qui ne soit un trait lancé contre le ca'uide pierre de rinjustice humaine, |)as un mot ipii ne soit une llèche garnie de plumes immortelles.
Cependant, pour poursuivre notre enquête sui' la destinée de notie lille de fabrique, qui a cessé d'être un enfant, un petit nombre d'années a passé sur sa tète, el à.sei/eausan plusclleest probableinenlepou.se; son mari peul avnirnn an depluscpi'elle.
i;i£\r.\\ 1 m-; i ai!IU(,ii i;. l'.ti
AloVs Ions (i('ii\ lotnninioncenl la niisn:i|jlc liisioiic de Icnis |i;iionts; c'est la mi'mc race liàvc ot raliougrie, la inêiiic (ifliaiKle do iliair et trenlaiils à la machine de Mn- Incli; ce sont les mêmes privations, les mêmes ennuis, le même désespoir, et puis la même uiiidu ]>rcnialurce, la même pioséniture pâle et déliile.
N'y a-l-il aucun lemcdeà cet t'tat de choses? Les triomphes de i'hrin me d'intelligence, qui soumet et dirige les éléments , sont-ils a l'avantage d'un ]it'lil noiiilire seulement, et au détriment des masses? la vapeur n'est-elle qu'un ijcant sans frein, fait pour hroyer et mutiler les os des malheureux ; nu hien est-elle un a^cnt hienlaisanl . qui pourvoit aux besoins de la grande famille hniiuiiiie , en améliore la condition . cl lui donne des loisirs dorés dont elle peut proliter pour se perfectionner et chercher h savoir le l»ut et la lin de son existence? A cette question, honne i)0ur un collège d'utopie , nous croyons entendre le rire railleur des gens du monde ; nous voyons le mépris plisser leurs lèvres 'a cette solte demande, diixne d'un habitant de Bediam !
(1 En sera-l-il toujours ainsi? u disions-nous, en visitant di\eises fabriques de la sombre ville de ^laiidiesler, et en voyant cette lace misérable et chétive d'honuiies ol de femmes, d'enfants plus misérables encore . las et le Cd'ur malade, quittant l'alelier pour leurs sales demeures.
" En sera-t-il toujours ainsi, ou la i;énéral on présente est-elle destinée à \oir la lin de cette crise et l'aurore d'un jour plus brillant qui va naître pour le pauvre? La race actuelle est-elle seule condamnée 'a rester dans le dégoût, ayant la faim pour compagne de voyage, et la terre ]ironiise doit-elle êlre l'iiéritase de la vénération ;i venir? Les neveux des hommes d'aujourd'hui savoureront-ils l'huile et le miel , quand les sauterelles ont été la plaie de noire époque? En sera-t-il toujours ainsi ?» nous demandions-nous.
Comme nous étions assis au coin du feu de l'auberge , la tête penchée sur la poitrine, les yeux demi-fermés, dans un état de somnolence, un grand événeir.enl eut lieu tout a coup: tout le travail humain fui accompli par la vapeur. Il n'y eut plus d'occupation pour les bras des prolétaires, et les machines étaient la propriété sacrée d'un petit nombre , qui , possédant ainsi les sources de toute jouissance, étaient les maîtres du monde. Manchester était comme une ville frappée de la peste. Ses habitants ressemblaient 'a des bêles fauves; l'herbe croissait sur le seuil des fabriques, et le hibou reni|ilissait de ses cris la place du marché. La désolation régnait en tous lieux, et cependant elle n'annonçait aux hommes que la plus noble victoire remportée par l'intelligence; la plus grande découverte dont pût se glorifier l'esprit humain venait d'être achev(''e sur la terie. On le disait, et les hommes jetaient autour d'eux des regards mornes , et riaient du rire de l'idiotisme. Ils montraient les joues décharnées de leurs enfants , les visages hagards de leurs femmes, et le nourrisson suspendu "a la mamelle desséchée de sa mère.
Et pourtant il y avait des gens qui enseignaient aux hommes "a être patients, qui leur prêchaient une régénération, qui proclamaient l'avènement d'un être qui, quoique hideux en apparence et cruel dans ses actes, serait le champion des droits de riionime, le dispensateur bienfaisant des fruits de la terre, de tous les biens accordés par la Providence "a ses créaluiis. Mais, malgré ces piomesses. les Iniuinies mau-
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(lissaient cet être connue un moiislie, un démon, nii mauvais génie, qui riait de la faim des pauvres et sVndormait au liniil de leurs f;émissenients. Il avait privé des milliers de mallieureuv de leur pain pour gor^er (]uelques privilégiés. C'était sous ces couleuis que se le représentaient les hommes dont le feu dévorant de la famine desséchait les cœurs.
Kniin , se dépouillant de son aspect terrible, cette puissance si chargée de malédictions se révéla sous sa véritahle forme. Que de grâce il y avait dans son aspect! Quelles paroles douces et musicales coulaient de ses lèvres! C'était la science; elle parla, et les sauvages cœurs des morlels s'adoucirent; leurs yeux se dessillèrent; une nouvelle vie ranima leurs veines; leurs alarmes se dissipèrent; et en entendant la science, les masses s'agenouillèrent avec amour et soumission.
« l.e mal qui a été fait, dit-elle, les souffrances infligées a riiumanité , ('taieiii la conséquence in(''vital)le, nécessaire, de l'état où je me trouvais. Les hommes se sont sacrillés ii mon enfance; il est juste que, dans la maturité de ma force, la famille humaine recueille les fruits de ma bonté. Je sendilais agir pour le bonheur d'un petit nombre et le désespoir de la foule, et pendant un temps, jiar une invincible falalilé, le petit noinbie fut dans l'aliondance, et la multitude eut faim. .Maintenant, la science, dans toute la plénitude de son pouvoir, accomplit presipie tout travail : la science a cessé de recevoir la loi de quelques accapareurs ; elle s'emploie pour le genre humain. Ainsi le dcnûmenl, les peines, l'injiistice qu'ils fomentaient , vont disparaître de la terre: et les lumières, et des pensées d'ordre et de pais, fruits d'innocents loisirs, vont donnei- ':> l'image de Pieu de la noblesse et de la douceur. i>
Des pas pesants me réveillèrent et détruisirent cette vision; c'étaient ceu\ d'un commis-voyageur qui allait sonner pour demander ce qu'il loi fallait , un sixième verre de grog.
<i Monsieur . me dit-il, je vois par le journal qu'on va s'occuper encore des enfants de fabrique. Quant h moi , je persiste ii croire que les choses sont bien comme elles sont. »
F.t le voyageur de cimmeice développa la belle pliilosopliie du gousset, la profession de foi des honnêtes gens qui n'ont jamais a.ssassiné, ni laissé protester un billcl.
Mais les choses ne peuvent être ainsi ; il est impossible 'a la science de changer le quaitier de Sevcn-Dias en jardin des llespéiides, ou faiie couler dans Holywell street le lait et le miel; mais le temps approche où, grâce a sa sagesse et à sa bonté, les maux qui , dans ce moment , rongent comme des ulcèies le corps social , seront mis au nondne des cruautés du temps ])assé. l'.ncore une généiation, et ceux qui insisicnt sur la nécessité de maintenir la condition actuelle des jeunes enfants de fabrique prendront place ii coté des admirateurs de la torture, des défenseurs de la valeur sociale «le la question ordinaire et extraordinaire.
Dour.i.AS JF.nitoLn.
MNIBU?..
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LE CONDUCTElli D'OMNIIJllS
'est un i)eisoiinagede nouvelle invention. Il aiipiiilieni ii l'oi- (lic équesire; il est néfilifié dans son costume , ninitre absolu dans sa condition subalterne, doué de (jualités diverses. Son I occupation consiste a danser ctcrneilenient en l'air sui' un sale morceau de bois de douze pouces de long sur neuf de large, à I faire entrer les gens dans une grande boîte oblongue ap] elcc toiiiiiihii.s, il les en faire soi tir, et parfois "a lever la main et à vocifcrer le nom de quelque localité éloignée. On lui a récemment donné une p'ai|ue qui assigne un caractère spécial à son extérieur d'ailleurs sans marques disliiictives. Dans cei tains districts on l'a mis en livrée, et bien que ce nouveau vêtement le rehausse sous le rapport de la propreté , et peut-être de la civilité , il le rabaisse singulière nient sous celui de l'indépendance , et tend à faire de sa plaque un cachet de servitude. La plaque et la livrée Mint loin d'être aussi pittoresques que la tournure libre et négligée de ses liabits. Toutefois la tribu en général ne porte point ce signe de domesticité; les vêtements des conducteurs varient et passent pir tous les degrés po-isibles de décence et de désordre, se lapprocliant lantùl de ceux d'un commis nu\ écriluies, lanlôt de ceux du vagabond mal coiffé qui a été mis 'a la porte de neuf écuries , et qui boit , fait tapage cl effraie les vieilles dames sur le trottoir de toutes les tavernes où l'on vent bien l'endurer.
Quelquefois, mais rarement, le conduclcur jnint d'excellentes manières 'a une excessive propreté; il témoigne une atlenlion res[iectueuse pour les dames en géiiélal , et une patience spéciale et consolatrice pour les rhumatismes des vieilles Indien qui moiilenl et qui descendent. Il appelle la pelile lille « ma loule belle, n et est regardé lui-même comme lu I Iiomme par la jeune femme, snrl'iiit s'il a le leint frais el (Icuri. lîieii plus, dans l'expansion de sa bii'iiveill.inrr, il duniie ibi iiKiiisiciii .111
l'.H I.l' COMUCIiaiH D'dMMKl s.
r.iclicr (iirdiiiiiiiciiu'iit son inférieur en grade); on l'a vn même, iliirnnl nnc léitèrc nffei'lion de |ioi(iiue on une légÎMe altiKiiie de puliiKniie (cai II lui cùl sans duuli' d.inué ce dernier nom), déloiirner la face avee une tonclianle préviiyance , el lonsser éi<'';;aninieiit dans nn iiionclKiir!
Mais eel excès d'urlianllé est parlienlicr h ceux qui onl le f^énie inné de la servi- Inde, el l'on nesauraits'y allendrii de la part de la confrérie en fiénéral. Pour rendre jusiiee il la viiiucur avec laquelle ils s'accrochent a Iciu' charge , les condnc(eurs semblent s'occuper aussi peu de leur toux que de celle des personnes les plus véiiérahles et les plus expectorantes (|u'ils pressent de monter en disant : « Allons, madame, s'il vous plaît; les voyageurs attendeni ; nous serons bien heureux si quelqu'un de nous n'allrape pas nn rhume pai' cette lielle soirée. « Il faut une plnic» (pii change en torrents les gouttières et qui délilaie tonte la ruedt' passants, pnur délerniiner un stoïquc de leur espèce a endosser son manteau de loilc cirée.
Les autres variétés de la classe sont :
1" In individu nioilii' rustre, moitié civil, qui vous sirr|)rend par nrre alternative de lion sens et d'impertinence, et (jui est prohalileiiieiil nrr cocher de honne maison mis il la réforme ;
2" l;n pei'sorinage de singulière allure, (|ni est oir un propriétaire', on ini iiomiiie qui pi-étend avoir été dans une position [ilris hrillante. Ses confrères le regardent comme un vrai (fcnllcmait, parce qu'il enqijoie des termes choisis, et qu'il leur donne le ton ; c'est néaéralement un ex-petit marchand dont l'impnrdeirce et les folies onl causé la ruine;
3" l'ri enfant il l'air doux mais chétif, (pii s'enivre, et dont on peut dire (pie son aspect fait saigner le cœui' ;
'(" Une autre espèce de gaiTon tantôt grave et tantôt jovial , (|ni vous inspire de la pitié iiarson extérieur malingre, el vous charme par le caractère résolu tpi'il annonce ;
")" Ijilin, une tioisième espèce de garçon, tiès-lier' de sa personne, précoce, déplaisant, (jui se tient sur- son gradin avec les airs d'assurance d'un honnne de «inarante ans, le merrion enfoncé dans sa cravate, mis avec recherche, faisant des signaux ii di-oite et "a gauche avec le doigt levé et rriie expression d'éner'i;ie et d'indifférence il la fois, et criant d'une voix grêle et juvérrile : « Uarrqiie ! I!an([ue ! Cité ! Cité ! NVhitechapeF ! » C'est probablement le (ils ou le neveu d'un propriétaire ; il est par conséquent trop grand et allié il de trop liairls hnictioiirrairi's poirr- èti-e d'rrrre civilité remar(|uable ; il rre peut faire ceci ou cela parce que c"(»t contraire airx règlements; ce[)eiidaiit, il oublie de rendre la monrraie, et commet d'autres légères irrégularités du même genre, parce qu'il se piijue de s'y entendre. 11 a des prétentions "i être avec les jeunes lillessnrlc pied de l'intimité. Sa ligure est préniaturvment replète et llenrie, grâce au tt'ni et aux beefsteaks; et il est en liean cheiirin, le p;iirvie garçon ! lorscjn'i! arrra
r;ii Vii^lrlrTH' rliri'iiii' Diiiiiiliiis (-.r gëTu'r.'ilinii'iil niir iirdpi ii'ti- ii.niii-iilirrc.