‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 58 sur 106 · I .V.rfK T · texte numérisé non relu

I .V.rfK T

(Id.) KD« AHO Ho\\*Kl).

L'OU> REUSK l)K BANCS

A.\s le l('in|)li' inriiic, |irès du saiicliijiiic, l;i oii riniiiiilili',

lii (;iil)l('ssi', l:i loiitiilioii ol Ir iciiidids. s';iKi'iiiniilli'iil o( I coiisouuiK'iit iiii <l(iu\ s;i('i'ilici' , csl postée l'ouvicuse de

li:inis, l;i scivniitc t'iiipicssiV de l'orgiRMl, la ddiiicsliqiic iMi'illivc des pi i\ik''f,'('S , ['(i.sclavc soumise de ropiilciuc ;

1 II,' osl là, dans le Iciiipli', alloiidaiil avec coiiliaiirc les xi.r \ jH-iiivii ipii viiiil pleiiv if SOI- elle.

Des bancs! (picl seiiniin ne pièclieiail-en pas an snjel de

ces petites slalles réscrv'es, ces retiaites de la satisfaction uionilaine, ces sancliiaiies de raniniir-|iropie qui s'admire, ces clianilires où l'Iio unie se ^'lorilie dans h maison même du Seigneur! Quel co!lo(]ue inslructif poniiaii s'étalilir entre le banc grossier et nu du pauvre et lesiéfje aux moelleux coussins des misérables pécheurs qui s'y installent poui' plier, et, réservant pour l'àme seule la cendre et le ciliée, ont pour leur corps l'édredon, l'hermine et la soie! Quels discours le livre de prières relié en parclie;nin, reuillet(''. taché, écorné, pourrai! .idresser an volume couvert de velours, à l'ermoir d'or, (pi'a|)porte un insolent laquais poudré lout exprès pour le jour du .«abbat!

O bancs! combien de fois, dans votre enceinte ii demi ,L;a^ni(^ pent-(ni voir le propriétaire aisé, le chrélien comme il faut, i)rètant l'oreille aux |)réicplcs de la cliai iti' la plus illimitée, et regardant froidement ses ficres entassés debout dans les ailes liléiales, sans (pion les invite jamais "a s'asseoir? Lecteur, n'ave/-vous pas conlemplé ces bancs peuplés des lils de l'oifincil, des favoris de la foMniie, que la donceni de leurs sièges paraît disposer "a regarder avec plus d'indifférence les pauvres gens (pii n'en ont point'.' Misérables pécbeirrs! ipii , irrre fois jiar' semaiire, veulerrt bien faire Semblarrl de se lorisidéier comme une vile poussière ! l'iilarrls des térièbr t s

L'O.UVREUSE DE BAKCS.

i.'oi \ ui;i si: Di: ha.ncs. 225

i|ui, pour rcxcniple de la société, souffrent (iti'on les ;ii)|iellc les lils et les filles de la eonuptioii, les frères et les sœurs dos vils iiiseclcs! Iioinnies au Cfeur contrit, eu hahils de pourpre et en beau linge, (jui, les paupières liaissées, la ligure empreinte d"une humilité de deux heures, se décident a endurer uu discours sur le JiigcmenI et à piendre un piètre jmur sauver les apparences!

Mais la cloche sonne à l'église; le verrou de la taverne est lire: il n'y a pas signe de coiiinieice dans la rue : seulement une niaicliande de jxiisson en rcljird se hâte de porler un turliot chez n)ilord; aucun éveiil.iire ne ])rofane le soleil du dimanche ; et les barbiers irréligieux, s'i's rasent, rasent dans l'oiubre, comme des criminels. Les garçons et les filles de la ()aioisse, habillant, cliuchotant, ricanant, sont conduits en longues files a l'église, par le inaitre et la maîtresse, qui, simaginant que la icligion est une chose terrible, prennent uu air farouche et sérieux; les deux ou trois enfants que distinguent des médailles d'élain ont un maintien plus ïravc que leurs collègues.

L'ouvreuse de bancs est l'a, avec .'on mouchoir dune blancheur ii'ré|)rocliahle, son visage composé pour le service du matin, sa clef à la main, son allure active et silencieuse; elle est l'a, faisant parquer ses agneaux "a mesure qu'ils entrent. Elle en accueille quelques-uns presque avec un sourire, accompagné d'un mouvement analogue a une révérence; elle montre le chemin aux autres il'un air sérieux comme celui d'une tête de mort. Quant aux enfants qui chuchotent , elle leur lance des regaids aussi terribles que ceux de la sorcière d'Kndor... une sorcière menaçant d'appeler le bedeau !

Remarquez avec quelle délicatesse elle s'acquitte de ses fonctions. Le service est commencé. Il y a dans l'aile un étranger qu"a sa mine elle juge capable de donner douze sous, peut-être même un shilling. Pauvre homme! quoiqu'il paie les taxes pour l'entretien de l'église, il n'a point de banc réservé; il a aidé 'a bâtir le temple, à payer le prédicateur, mais il n'y a de siège pour lui que sur les bancs de derrière. Il suffit de regarder son habit, son linge blanc, son chapeau de castor brossé avec soin, pour comprendre que cette dernière place ne saurait lui convenir. Comment peut-il, lui qui vient avouer devant le Seigneur qu'il n'est qu'un humble vase d'argile, une créature souillée de péchés , une lèpre morale, un enfant d'iniquité digne du feu éternel ; — comment peut-il, lui Peter Wagstaff, commerçant d'ordre secondaire, mais avec de belles espérances, s'asseoir sur le même liane que le vieux paralytique qui de temps à autre lui fait des commissions? Peter Wagstaff n'est pas fier, non certainement; aucun homme ne doit apporter de l'oigueil "a l'église : ce n'est point chrétien; mais néanmoins, quoique son domestique intérimaire s'écarte pour laisser une place 'a celui qui l'emploie. Peter Wagstaff ne le voit pas, et le fait est qu'il aime mieux rester debout.

Notre ouvreuse de bancs s'aperçoit du combat apostolique qui se livre dans le sein de Peter Wagstaff, et elle marche à son secours. Elle marche! L'araignée qui tend sa toile au-dessus du tronc pour les pauvres (car c'est là, grand Flogarth , que l'ont vue et lixce tes immortels crayons), l'araignée fait plus de bruit que notre ouvreuse de bancs. Elle approche de l'étranger; son index éloquent lui fait signe d'avancer. On

226 i;OUVREL'SE IH. BANCS.

(lirait (lue la tU'f l'i la scmiuio sont plutôt di' vriouis <itie de Icy, tant leur coiilact rsl silencieux. \Vaiis(air est dans le hane, et il s'y étale avec la eonvitlion qu'il est un lioiuine comme il faut; il est maintenant à l'aise, coviforiablc , et jouit de la tranquillité nécessaire pour marmotter des répons où il confesse avec componction sou indiiinité; il peut maintenant prêler loute l'alUMilion convenaMe aux menaces du feu éternel, sans crainte d'èlie coudoyé par ses inférieurs. Quand on lui promet les gloires de rimmortalilé, elles ne perdent plus rien de leur splendeur; ses rêves de héatitude ne sont plus violenimenl Irmibh's par l'idée (pie ses voisins, les pauvres, les subalternes, les prolétaires, doivent parlicipei- coniuie lui aux joies célesles. Il l'avoue à voix haute et sonore, il n'est qu'un misérable pécheur, mais pourtant ("est un lioMune comme il faut.

En rendant service a l'amour-propre de Peter Wagstaff, l'ouvreuse de bancs a-t-clle bien calculé? est -il homme 'a ne donner que six sous? Non i)as ; car, récemment établi dans le voisinasc. célibataire, et venant pour la première fois h l'église de la paroisse, il débourse un shiUin-'. L'ouvreuse de bancs s'assied sur un escabeau de bois , et , un œil du côté de la porte, l'autre sur un livre de pricres, promenanl pai fois ses regards sur les enfants placés dans la galerie, elle est profondément absorbée par le service.

Un autre visiteur parait a la porte; il se glisse "a pas de loup jusque dans l'aile. Notre ouvreuse de bancs le voit , mais elle esl déleriiiinée a ne point le voir. Qu'il s'assoie avec les pauvres gens; pourquoi dduc un individu de sou espèce aspirerait-il à un banc? Il y en a qui valent mieux que lui aux places non réservées. Ne sommesnous pas tous de chair et de sang, tous de misérables vers, tous des êtres de corruption , tous de péi'issables créatures? Telles sont les réflexions de l'ouvreuse de bancs en s'appUquant à sa lecture avec un redoublement d'activité. Elle ne remarque nullement le candidat qui désire se séparer de la foule ; a-t-elle de bonnes raisons |Htur se conduire ainsi? Certes ; car trois fois notre ouvreuse de bancs a donné uu siège à celte personne , et celte personne ne l'a remerciée de celte faveur que par un signe de tête, que par une pantomime fort expressive, mais sans valeur réelle. L'ouvreuse de bancs poursuit sa lecture avec aideur.

Sachez, vous tous que la chose est susceptible d'intéresser, sachez que nous renonçons 'a S. S. le pape et "a toutes ses œuvres; comprenez que nous avons convenablement horreur de Guy Fawkeset des jésuites'; et c'est pouiquoi, quand nous disons un mol en faveur d'une coutume observée dans les sanctuaires calliiili(|ues, qu'on ne nous accuse pas de croire "a l'eau bénite. 11 n'y a pas dans les cathédrales du continent de bancs semblables aux nôtres, de bancs longs, fern.és avec soin, où. le dos commodément appuyé, les mains étendues sur un piie-Dieu, se pavane l'aristocratie. Chez les catholiques, le riche s'assied à coté du pauvre, le mendiant murmure son Palcr nosler aux oreilles du millionnaire, la femme h la mode s'agenouille près de la femme de la halle, qui a mis de côté son fardeau pour faire une offrande

Voyez les II jlMilii Diditm.

-y. du 1.:

LOI V ma SI- Di: kancs. 227

;i son patron : la poussière se confond avec la poussière; il n'y a que de l'argile, et pas de porcelaine. D'où vient donr qu'il n'en est pas ainsi dans les temples pro- (estanls? Celles, quand l.ullier ri-loinia l'Kijlise, il n'eut jamais l'intention de la diviser en petites loges particulières a l'usage de l'orgueil, de la fortune et du rang. Dans aucune de ses rêveries, nous le parierions, Luther n'a pensé "a une ouvreuse de lianes; et cependant Weawer nous dit qu'après la réforme « il y avait dans les églises des coussins sur lesquels on pouvait s'étendre pour d(ii niir. « Lt Rudder. autre écrivain ecclésiastique , nous apprend que le seigneur de la paioisse avait coutume d'aller fumer sa pipe durant le sermon, et « de revenir pour recevoir la bénédiction. « L'ouvreuse de lianes, sans doute, fut introduite avec les coussins; on la jugea indispensalile pour rappeler le gentilhomme de la pipe à la hénéiliclion.

Cependant nous avons laissé le sujet immédiat de cet article assis à côté du banc, et méditant si leron religieuse. Par intervalle, elle se lève, se glisse d'un pied léger le long de l'aile, trouve l'Inmne du jour pour le chanteur de [isaumes ine\|iéiimenté, d'un air qui semble reprocher au coupable son ignorance ; elle crie ; Silence ! au craquement involontaire des souliers d'un imprudent pécheur, et, quoique l'église soit remplie d'une fioide brume de uovenibre, s'étonne (|u'on puisse tousser aux plus beaux endroits du discours. Le sermon tire "a sa Dn ; au soixantième et dernier paragraphe, l'ouvreuse de bancs reprend sa course dans l'aile, met encore la clef silencieuse dans la serrure muette, et les portes s'ouvrent de nouveau pour laisser sortir la plus belle part de l'assemblée, les heureux et respectables possesseurs de bancs réservés. L'ouvreuse tient prêts son sourire et ses révérences pour saluer leur départ. liille se hasarde 'a s'informer de la santé d'une femme ou d'une fille absente, risque quelques paioles d'admiiation au sujet de la bonne mine d'un fils cadet, et passe de l'un à l'autre, en prodiguant des allusions courtes, mais élogieuses, au brillant sermon du jour. L'église est vide, et l'ouvreuse de bancs entre dans les divers sanc-^ luaires consacrés à ceux qui ont de quoi les payer ; là, elle met en oidre les coussins ', lange les livres, et s'en va dîner.

Si ces coussins avaient une langue, s'ils pouvaient dire les pensées, révéler les léflexions intimes des cœurs de ceux qui s'agenouillent dessus dans une humble attitude! Regardez celui-ci, formé de la laine la plus moelleuse, couver! de drap de pourpre : il a porté la masse corpulente d'un homme riche et arroisant, d'un homme qui toutes les semaines se reconnaît pour un vil pécheur, et implore 'a ce titre la miséricorde divine; d'un homme dont le lils est exilé de la maison paternelle pour avoir pris une femme dont le seul viieétait la iiauvreté. Voici un autre coussin, encore chaud de la pression des genoux d'un tyran domestique, qui vient 'a l'église pour sacrifier à Ibumililéj pour mériter la bienveillante tendresse de l'Être suprême; et qui, de retour chez lui. fera trembler sa femme au seul froncement de ses sourcils, et dont le moindre mouvemenl remplira de crainte les faibles cœurs de ses eu-

• liaiS'ck, erfOcedc coussin en p,iillç on l'n laine sur lequel on s agenouille.

'.V. dic T.)

i'2S Lui VlUaSK Dl' liANCS.

liiiils. l'ieiioz un truisii'ine coussin : il f;iil piiilic dv l'aineiiLiloiiit'iit du iiaiic d iiii lioniiuo (nil vit et s'oiiiiiaisse de pcriidies et do ineiisoiiges . qui mange le pain (]ut)tidieu des procès, dont toute la vie est en opposition avec les préceptes de Tlivangile, et qui, comme Judas, n'emljiasse la vérité que pour la vendre I Kt cependant cet liouinie-lii prieia , dira les répons , paicouriu le Credo , déhilera coulanHiienl le Décalogue; lioiloge humaine montée pour sonner tous les tiimanclies. Dans cet autre banc s'agenouillera un usurier llétri, un homme très-respectable, dont ie cœur admire l'adresse mondaine <le Jacoh, et (]ui, ouldianl l'esinil pour la lettre, s'enthousiasme pour la )>aialiole dos talents '.

\(iil;i les pratiques de i'<)u\reuse de bancs, voil'a leslionnni's (|ni viennent à l'église pour a|ipnyer tle leur piésence la laice (|ue leurs fièivs du nuuide consenleiit ;i jouer avec eu\ ; ils se réunissent pour accomplir une cérémonie, et cela luit, ils ont toute la semaine devaut eux. Serpents infâmes, ils sont sourds eu entrant à l'église, et ils en sortent sourds; et (juand ces hy|)ocrites passent sous le porche, le diable est l'a ijui les compte.

L'ouvreuse de bancs s'érige nécessairement en crilii|ue "a l'endroit des sermons. Nous n'aflirmons pas (ju'elle connaisse à fond l'ancienne éloquence de la chaire ; mais, si elle lisait les œuvres pieuses de nt»s vieux scrmonnaires, elle goûterait, nous n'en doutons pas , le sermon du sliiUiiiij, (\\\o le vieux I.ali:i:er prêcha à la cour avec un courage apostolique, devant le jeune roi Ldouard. Quant aux sennons contemporains, on peut s'en rapporter "a l'ouvreuse de bancs sur leur mérite, en admettant qu'elle appartienne a une église un pou importante. i;lle a entendu iirêclier des évoques, et, en rentrant chez elle, elle a lidMeinent examiné la valeur lespwtive des anciens pasteurs et des nouveaux évoques. L'épiscopat n'a pas de plus énergiiiue défenseur que l'ouvreuse de bancs; car, loisqu'un é\ê(|ue monte en chaire, il y a foule dans l'église, et les places sont très-courues. Heureuse circonst.ince, comme elle le déclare ii sa maîtresse eu prenant du thé; heuieuse circonstance, qui montre (ju'il y a encore au monde un peu de relifjion. Les sermons d'évcqne, voilà les vrais sermons pour elle; car elle aime ;i Mtir réi;lise renqilie d'une foule nombreuse, et il la porte du teui|)le, une lon;;ue lile d'humilité chrétienne en calèches et en tilburys. L'ouvreuse de bancs a le plus grand respect pour un prédicateur il la mode, même ([uand il n'a pas de mitre. Toutefois, elle distini;ue deux espèces de prédicateurs a la mode. Le cher et aimable docteur Smootldy, ex-chapelain de deux lords, dont un ministre d'état, la liguie luisante et connue frottée d'huile, la bouche emmiellée, accoutumée 'a ac( onuTioder la religion au goût des estomacs délicats et bien nourris, monte doucement en cliaiic, (((mme s'il ii;archait sur le liipis d'un salon, le docteur est un digne descend.uit de cet ecclésiastique français (|ui, |)réclianl devant le idi, étonna le monarque, dans un moment d'absence, en lui déclarant « (|ne tons les hommes étaient moïtels ; » mais qui, repentant de son indiscrétion, se reprit aussitôt,

' Ro.içer C07.C , dans Ln cour el feint de l'/lii'jlelerrc démilils . raconte l'Iiisl lici; J'iii viciK lailre , (|ni donna vingt sliillin;;» à s:)n n«vcu pour prrélicr contre l'usure, afin iinc, wsconciirrenls ttanl convertis. Inr-niôinc pAt faire (leaaff.aircs pliw avanl,'is«*ii'*e«.

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