‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 61 sur 106 · L1-: RAMONEUR · texte numérisé non relu

L1-: RAMONEUR

Un autre de nos amis a eu l'occasion d'observer un plaisant exemple d'un ramoneur plus <iue satisfait de sa profession. Cet ami est tout lionnement i\l. Henri M(;adows, iliargé de représenter successivement les |iersonaaf;es de notre collecliuii , et qui s'acquitte de cette tàclie à la satisfaction universelle. Cet artiste travaillait a un |)ortrait il y a quelques années, quand un jeune ramoneur, qui était venu rendre aussi sa visite d'artiste, traversa l'appaitenient. Mn par une curiosité enfantine, il s'aventura ii jeter les \eux par-dessus l'épaule du peintre, et le regarda faire avec une profonde stupéfaction.

Notre ami s'en aperçut et <mi fut llatté , et, se tournant vers celui qu'il supposait être son admirateur :

« Eh liicn! camarade, lui dit-il, voudiiez-vous être peintre'?

— Je ne sais , répondit le ramoneur impoli après quelques moments de réilexion ; je ne sais; je crois ipie j'aime mieux mon état. »

Ceci peut être considéré comme une application de la philosophie d'ilamlet : Mieux vaut supporter les maux (|ui sont notre partage que de courir après d'autres maux que nous ne connaissons pas.

l'ent-ètre ce noir contempteur des beaux-arts (au rang desquels nous pouvons à peiue admettre sa profession, malgré le cas qu'il en faisait) avait-il entendu parler de la pauvreté proverbiale des poêles , et avait-il pris lémcraiiemcnl sur lui de conclure que les artistes étaient des oiseaux non moins nus , non moins déplumés. Toutefois, cette o[)inion même n'excuserait pas sa lanlaroimade. Tous les hommes sont le jouet du temps et du hasard; les ramoneurs eux-mêmes peuvent subir la malédiction qui pèse sur le gousset des poètes, et nous sommes à même de donner une preuve de ce fait humiliant.

Deux témoins dignes de loi , qui sunl aussi de notre connaissance , se promenaient dernièrement dans Soutliarapton Uow lorsqu'ils rencontrèrent deux petits ramoneurs dont la conversalion paraissait fort animée. N'os amis ne ])urent saisir la(|ucstioii (]ue faisait l'un des interloculeurs, mais quelle fut leur surprise (piand cette singulière réponse frappa leurs oreilles :

« Non , ,Iean, je ne sauiais me pormeltie cette dépense, je n'ai pas l'itrçioit. '>

Ce dernier mol franrois fut prononcé avec de louables eflorls pour imiter l'accent étranger.

Un ramoneur qui se plaint de n'avoir pas Vniiiciil ! i|ui dctnc après cela pouriait gémir des petites misères de sa vie'i"

Nous nous plaisons 'a rapporter de petites anecdotes ayant rapport "a ce sujet ingrat; cependant il nous importe de ne pas nous écarter d'un examen attentif du ramoneur en général. Que les apprentis ramoneurs soient encore expo.sés aux plus affreux mauvais traitements, ce n'est inalheureusement (jne trop vrai ; et ii l'appui de celle assertion on peut citer une cause qui a été rarement appelée devant les magistrats de l'un des bureaux de police de Londres.

Un niimnié Devow fut mis en prison pour avoii- traité brulalement un enfani d(f huit ans qui lui avait été conlié. Le petit martyr s'était réfugié auprès d'une de ses parentes. Il déposa que, bientôt après avoir été remis par sa mère à l'accusé, il eut

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