‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 64 sur 106 · I.'I'NTUEPIU'M'UII DlC POMPES F UN KBIIES · texte numérisé non relu

I.'I'NTUEPIU'M'UII DlC POMPES F UN KBIIES

du ciiix'lièiL' u leur demeure. C'est un séjour de désolation , un foyer glaeé , un buffet vide ! c'est dans la maison du pauvre (jue les trails do la mort sont le plus acérés, que de nouvelles terreurs s'ajoulciit encore à sa (erreui . C'est lii qu'elle im|)rime plus forte'.r.ent son cacliet de tiistesse dans les yeux hagards de la veuve , sur les ligures blêmes des orphelins.

Il est d'autres funérailles dans lesquelles l'enlrcprent ui- remplit en mi'me lemps l'emploi de porteur. Combien de lois le voyons-nous s'en alleren santillaiil, porlantsnr son épaule lejeune enfant qui semble n'être néquepourmouiir, le frôle bouton qui n'a point (leuii! Des enfants riants et bruyants jouent autour du cortège ; le fiacas, le tumulte, l'agi lation d'un jour ou vi aide contrastent avec l'allliction de la nicre et de ijuelque ami solitaire. Que va déposer l'entrepreneur dans la terre du cimetière? La dépouille dernière d'un esprit immortel, l'enveloppe teriestre de l'un des anges de Dieu. L'entrepreneur de pompes funèbres qui siMliarge de l'enterrement du pauvre a un air d'aisance, d'indifférence, de laisser aller ; il ne juge pas h propos de faire parade de la gravité de sa profession. Les planches grosNièies du cercueil ne sauraient se comparer à ce beau bois d'orme couvert de drap noir superflu; les haillons qui enveloppent le mendiant décédé ne sont point tissus avec cet art ingénieux qui se déploie dans les linceuls destinés aux gens du bon Ion. Un ne prend point le deuil du pauvre , on ne saurait le prendre; car l'humanité doit se réjouir sur sa fosse , car elle doit éprouver une solennelle allégresse. Pauvre malheureux ! il a enfin triomphé de la fortune, qui triomphe de tous; il a rejeté ce manteau de mis're i|ui le couvrait comme une lèpre , et l'isolait du reste des hommes, il n'est plus le paria méprisé, le proscrit , le rebut de l'espèce humaine. Il est monté en grade ; évadé de la prison de ce monde, le voici dans l'empire sans bornes des morts. Il a de nobles compagnons ; il est avec Salomnn et saint Paul , avec Job, avec Lazare et saint Jean! Lui qui ,il a a uue semaine, travaillait dans un hospice, est maintenant l'égal de tous les Pharaons ! Quand on songe ;: cela, la bière de sapin du pauvre paraît aussi riche que le cercueil des rois decédés. Le pauvre pourrit en haillons , mais il partage le sort des monarques embaumés de précieux aromates.

L'entrepreneur de pompes funèbres est quelquefois rais en réquisition pour racheter par une splendide cérémonie , par une heure de magnidcence, plusieurs années de misère et d'abandon. Condjien voit-on de parents pauvres qui ont langui , qui sont morts dans un galetas, sans que leurs riches alliés y prissent garde , être après leur mort l'objet d'attentions que l'on refusait a la chair vive et palpitante! Combien de bonnes gens , condanmés , par la négligence de leurs proches , a se contenter d'un habit râpé, ont un cercueil couvert de drap noir superlin , "a la requête spéciale de ceux-là même qui les oubliaient ! Celui qui, faute d'un ciiapeau présentable, était retenu captif au coin de son feu, ouiilutot de sa cheminée, s'en ira en terre sous un buldaiiuin orné de panaciies'i' Le pauvre hère qui pouvait 'a peine se traîner hors de chez lui pour aller respirer le grand air sera porté "a sa dernière demeure dans un corbillard a quatre chevaux, suivi de voitures de deuil. Quand la mort frappe le parent délaissé, le pauvre homme de mérite et de génie, alliés et admirateurs s'adiessent "a l'enlrepieneur de pompes funèbres, et font amende honorable pour leur

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Iioideur passée. On aurait pu iniou\ dc|it'iisc'i' une pallie de cet aiyent "a prueurer au vivaut (jueliiuo peu de liieu-ètie; mais n'iuiporte. qu'on n'épargne point la dépense, que la cérémonie soit hrillanle. «lue le potMesoit d'une étoffe de pi'i\. Qnel- «ines livres sterling auraient sufli pour adoucir les deiniers moments du trépassé , liâtes peut-être par les menaces des créanciers, par les aimables procédés des gens de loi; toutefois, n'y songeons jilus. niainlenant le défuni n'a |)lus;i craindre la prison. .Mnsi donc, .M. l'entrepreneur, veille/, a ce que le cercueil soit du plus beau bois qu'il vous sera possible de trouver.

l'oiircc'l lioniinc la vie est un joug, iiu supplice; .\ujourcl'liui lis l);iillis . ;ui nom de la juslicc, Venilcnl les \ii'u\ débris de ses nieuliles p ludrein , lit dimaiii dos seianeurs , les plus piiiiids d'Anglelerre , \ ieudrout tenir les coins du poélc (uncraire Dont les plis cou\riroul le corps du niallieureux.

L"entre()reneur de pompes funèbres vient ciilin faire oublier toute indifférence , toute négligence passée; il arrange tout a merveille au moyen de splendides obsèques, et enterre avec le défunt le souvenir des toris (jue l'on a eus envers lui. .Mors vient riiypocrisie du deuil, le signe externe du désespoir intérieur, manifeste par un grand déploiement d'étoffes noires : celui que l'on considérait comme un fardeau, que même on refusait de reconnaitie pendant i]u'il était sur terre , est profondément regretté lorsqu'il s'en va dessous, et plusieurs aunes de crêpe et d'alépine témoignent de la tristesse universelle.

De temps à autre , l'entrepreneur est appelé à réparer les torts d'i:n liomme envers lui-même. Quand l'avare qui jeûnait sur ses coffres, qui se privait de vêtements pour pouvoir mourir avec quebjue bien , est rappelé d'un monde dont il n'a pas su jouir, on aime à voir l'entrepreneur consacrer au cadavre du ladre toutes les sombres gloires de son art. .Nous éprouvons une espèce de satisfaction do ces fr.iis énormes qui compensent tant d années de pénurie ; nous rions de la fa<;on brillante dont l'avare mort est servi aux vers ; nous trouvons dans la longueur delà note de l'entre- {ireneur une piquante et convenable revanclie prise sur le défunt.

Il y a(|uelques semaines qu'on eulerra M. Skinpenny; il mourut riclic d'un demimillion. Quinze jours seulement avant de disparaître du monde, il faisait'ason fils prodigue les re])roclie5 les plus touchants sur sa manière de faire du bu : il n'y avait pas de fortune qui pût y suffire.

« Jlais, mou père, dit le dissi|)ateur, il fait excessivement fidid; que dois-je donc faire?

— Ce que vous devez faire, monsieur! s'écria le père économe. Ilegardez, monsieur, voyez ce que je fais, voyez ce que j'endure pour économiser quatre sous, n

L'a-dessus, M. Skinpenny lira de dessous la manche de son habit le poignet de sa chemise, et fit voir h son fils ([ue, pendant longues semaines, cette cliemise avait été soigneusement protégée des mains de la blancliisseusc.

Ce qui reste 'a dire est moins triste : l'cnteiTement de Skinpenny coula cent livres

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stoi'lin;,' ,'iii plus ni moins. \ous ii'jivoiis (iiiiin simli^il ii ^ijoiilci' : (■"(■si iiiic , lors que son omluc maigre se sera assise dinis la haniiie do tlaion, et aura lonj^lenips marchandé son passage, l'éternel naulonnler, avant de le débanjuei-, lui mette entre les mains la note de Dealhliead, Crossboncs et Compagnie , pour l'enirrrement de sa dépouille moitclle'. lUrc eondainné à liie ce billet , et lien que te liillcl, |)cndant un certain nondire de siècles, serait , nous le cioyons, un purj^aloire très-convenable pour un avare (jui, grelottant sous des haillons tant qu'il a vécu , est après sa mo l revêtu de toile (ine et d'étoffe noire de première (jualité.

Il y a eu des hommes qui , ayant passé toute leur vie (lour des humoristes maussades, ont été plaisants a leur enterrement, lisent, par anticipation, joui de leur esprit posthume , et ils se sont contentés de cette riante perspective , sans réaliser dans le [uésent la moindre chose divertissante, ^ous avons lu , il y a peu de temps , le récit des obsèques d'un bel-espiit italien , qui ordonna expressément (|ue certaines torches , faites sous sa direction , et conservées avec soin pour la cérémonie , seraient employées lors de son inhumation. L'homme meurt ; les torches sont allumées , la iirocession , grave et triste, se disjwse et s'achemine a pas lents vers la tombe. Mais tout "a coup la flamme atteint des soleils, des chandelles romaines, des fusées volantes, et autres pièces d'artifice cachées dans l'intérieur même des torches, et le peuple s'alarme et s'étonne.

Combien de fois le défunt, vile poussière alors, avait ri, s'était apjilaudi de l'explosion! combien de fois s.'était-il amusé de son propre enterrement! Sans doute il mourut en bonne intelligence avec ri'lglise; autrement, quelle belle occasion pour ces bataillons tonsurés et encapuchonnés de voir dans ce feu d'artifice une manifestation surnaturelle de la colère céleste , une image du séjour réservé h l'âme impénitente.

L'empeieur Maximilien r'"' prit, selon nous, une peine très-inutile pour montrer, après sa mort, le néant des grandeurs humaines, il ordonna qu'on lui coupât les cheveux , qu'où réduisît ses dents en poudre, et qu'on brûlât le tout publiquement. 11 voulut encore que son corps, après avoir été exposé, fût mis dans un lit de chaux vive, recouvert de taffetas et de damas blanc , déposé dans un cercueil et enterré sous l'autel de Saint-Georges, dans l'église du palais de Ncustadt, la tête et le cœur de l'empereur situés de manière que l'officiant marchât dessus. C'est là un raffinement de dévotion ; le tyran , durant sa vie , marche lui-même sur les têtes et les cœurs de ses frères, et croit iiu'il réglera ses comptes avec le ciel, en donnant sa poussière a fouler aux pieds par la sainte Église, sa mère.

Comme le ton général de notre article est susceptible d'engendrer la mélancolie, comme nous avons broyé du noir pendant plusieurs pages, nous allons citer un testament assez plaisant, qui, s'il était [dus souvent imité, produirait du moins un bon effet : il rendrait inutile l'hypocrisie funéraire, et ferait régner aux enterrements la franchise et la sincérité. Nous analysons, d'après le choix de testaments anciens et

' L'entreprise i!is pompes funèbres n'est p.is nn m .nfipole en Angleterre.

I ,V. riii T.)

L I:M KLIMII'NKUI! DK IMli\li>i;s FDNERRKS.

nuxlcnirs les (lorriLies volontés , li'i' s-sensécs h notre avis, d'un corlaiii Limis C.oi (nsio, médecin de Padone; elles sont datées de l 'il 8.

Le testateur défend à ses amis de pleurer à son enterrement sous peine d'être déshérités; au (Ontraire, il institue son lé^alaire universel celui qui rira le plus forl. On ne verra de noir ni dans la maison morluaire ni h l'éiîlise où son service sera célébré; mais Tune et l'autre seront jonchées de fleurs et de rameaux verts. On ne sonnera point les cloches; mais son corps sera accompagné !i l'église parcinqnanle musiciens ipii joueronl du luth, du violon, de la llùte, du haulhois, de la trompette, et l'on chantera alléluia comme après la fùte de Pâques. La bière, couverle d'une housse de diverses couleurs éclalautes , sera portée par douze jeunes filles nubiles vêtues de vert, et chaulant des airs joyeux, an\(|uclles le leslateur laisse une dot. Au lieu de torciies, des gaiçous et des lilles, couronnés de Heurs, et chantant en chœur , porteront des branches d'arbre vertes. Le clersé , les moines et religieuses (du moins ceux des ordres d(nil le costume n'est pas noir), suivront en procession.

Nous avons il ajoulcr (|ue les volontés du défunt furent suivies ii la lettre, ce qui fait Ironneur an jugement et au bon sens des Padouans. Que la lerre te soit légère, ô Louis Corlusiol

Terminons par une anecdote relative ii un cnirepreneur de pompes funèbres; nous la rapportons, bien (|ue celui qui en est le héros ait élé insjiirépar une disposition d'esprit analogue 'a celle du docteur de Padoue.

Cet entrepreneur avait perdu sa femme.

(I Je porle le noir' pour les étrangers, se dit-il, comment témoiguerai-je la douleur que me cause la perte de l'épouse de mon choix '? «

Une heureuse idée se présenta à l'esprit de l'homme des funérailles : il échangea ses vêtements noirs conire un costume de la blancheur- de la neige. Depiris le chapeau jusqu'aux souliers, il était paré des couleurs de l'innoience. On rrnus a assui'é (ju'il y avait des corbeairx aussi blancs que des cygnes; serait-ce qu'ils ont [icrilrr leurs conrpagnes? Dolcjlas .Iriririor.n.

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