LV: FACTKLIH
OLURiEu (le joio, messager de niallieiir! leiiciir de eliaquc jour, espoir de elia(|iie lieuic! lanlnt dépiilé par les dieux, tantôt envoyé de la douleur, de la misère % et de la mort ! sans le savoir, le facteur est tout cela ;i la fois. Dans sa tournée d'un matin, il peut se piéscnler au seuil de cinquante maisons, porteur l)ienvcnu d'heureuses nouvelles, ionglemps attendu , longtemps désiré, et lugulire ambassadeur de désespoir. Le facteur frappe son coup href et impératif, et ce Ijruit , comme un cliarme fécriiiiie, attire ;i la perte une physionomie radieuse d'espérance. Il passe a la maison voisine, et son appel fait tressaillir et trembler d'ajipréhension l'àme inquiète qui l'habite. Heureux et fort en véiilé est l'homme qui n'a jamais frémi au relenlissement du coup du facteur.
\ous rencontrons souvent le fadeur dans sa promenade matinale ; il est familier il DOS yeux : c'est un lieu commun social. Nous le voyons piétiner en tout temps, dans la boue , dans la neige , malgré la pluie qui ruisselle , malgré le fioid qui sé\ il, et nous faisons à peine attention a l'utililé de son emploi, et nous songeons rarement au trésor quotidien dont il est le dépositaire et le distributeur. Nous parlons de trésor, en prenant ce mot dans son acception la plus élevée. Nous n'entendons point par la les billets de banque, les lettres de change, les traites, que l'on conlie journellement an fadeur ; mais les souvenirs du cœur, plus précieux et plus désirables, les cornmunicationsécriles de la tendresse, les vœux des absents, les espérances des heureux , les chagrins plus sacrés encore des infortunés. Regardez ce petit paquet de lettres (|ue tient le fadeur: qui devinera les histoires qui sont lii , histoires plus piofondes, plus louchantes qne bien d'autres rangées sut les rayons des bibliothèques;
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éi'iils ii'ilim's |i;n' ks pauvres d les i!,Mioiaiits iloiil lu iiaïveli- sans fanl friait Imiilt' aii\ pi'i ioilos |it''iiililiMllt'iil élaliiiicos dos aulouis ii la iiinde? Sally lioliiiis l'ciit h ses paieuls pour leur dire que John Tlioinsoii est un jeune lioiiniie liès-eonvenalilc, cl que, s'ils ne s'y opposent pas, elle n'aura aucune répugnance à devenir mistress Tlionison... Celle lellre pleine de nalurel. de siinplicilc' , de seiilinieni , ne vaut-elle pas trois volumes de Lady l'iceanstkal, lussent-ils même illiislics de son pnrlrait par Parris, avec son chapeau orné d'une plume de saule pleureur, un houquet , sa l'obe de velours et le reste de la loilctle 'a ravenant? Le facteur esl l^'dilenr vérilalile, ses récils sont des réalités, ses romans des choses de la vie. D'ailleurs , les n'uvres qu'il col|'.orte, même quand elles sont écrites par ilcs Indies el des (jetitleincii de la haiiir aristocratie, sont délivrées à leurs lecteurs sans avoir été rcvui-s et corrigées par des tiers.
Ainsi considéré , le fardeau journalier du facteur est l'histoire d'une grande partie de ce qui se passe dans le monde , le tableau écrit de ses espérances , de ses besoins, de ses folies, de ses vertus, de ses crin:es, de ses compliments les plus moqueurs cl les plus passagers, de ses aspirations les plus haules et les plus durables.
Le paquet du l'aitcur est devant nous. Dans quelle union inlinie sont les humbles el les grands! Voici une lettre à sa grâce, el par-dessus une missive de Mollyla tille de cuisine : regardons immédiatement derrière l'épîtie du duc, et nous trouveions celle de Dickv le groom. — Cherchons plus bas. Voici l'humble pétition d'un vieil électeur "a un donneur de places, adossée "a une leltre d'Epsom éciite par un professeur de pea-auil-llihiiblc ' . Qu'est-ce qui vient ensuite? profanalion! A coté de l'œuvre de ce vil pei'sonnage gît la note pastorale du doux évoque d'Orangeton à un ministre d'état. Quelle odeur! il y a la |)Our une livre sterling de niu.sc ! ah! c'est la correspondance désespérée d'un danseur d'opéra éi)erdumcnt amoureux! Voilà une confusion ! Jetons un seul coup d'oeil au contenu de deux seulement des trois dernières lettres! ce serait une félonie d'en briser le cachet, en dépit de notre vive curiosité! autrement nous aurions le plaisir d'y contempler la vie sous des aspects divers! Avec quel plaisir nous verrions les artiliccs d'un marchand d'entrechats opposes "a la douceur , "a la vertu , à la piété politique de l'évêque sénatorial ! II est viai (jue nous avons aussi une espèce de lespect pour le professeur de pca-andihhnble , "a cause de son origine reculée. Le public ("a l'exception de ceux qui perdent) ignore généralement (|ue ce perlide escamoteur est originaire du pays des crocodiles, et descend en droite ligne des fils d'Egypte, comme un savant l'a dernicremcnl prouvé. Cependant , si nous ouvrions ces diverses lellres, nous sentons que nous nous délournerions avec dégoi'il de celle du joueur de bas étage qui trouve des
• Pois el dé. Jeu lris-r<'i)andii dans les bas-sts classes en Anglcteirc. Il se jduc avec un |]i)i.s el Irciis dés à coudre. Après avoir mis le pois sous l'un des dés, on les change rapidement (le|ilace, el il faut, pour gagner, deviner suus le(|uei des dés le pois est icsté.
r /V. du T. )
l\: 1' ACiKliK. 231
(lilpos adx tomses (l'Kpsuin. puni nous extasier sur le pai liiiii (reli)i|Ufiiiv pai leiiieiitaiie i|u"e\liale le manilenienl du pasieui' épisiDiial.
Mais nous n avons pas le lenipsile visiter le paiiuet loul entier de notie laeteur; nous ne pouvons nous arrôterau milieu des écrits de tant de personnages différents : amants, liouiniesdc loi, eontrehauiliers, marchands . commères, pliiloso|)lies (car dans cette liasse épaisse il y a deu\ ou trois personnes de cette rare espèce ), revendeurs, chevaliers d'industrie, moralistes, charlatans et du|)cs, le tout lié paisiMemenl ensenihle par le cordon du l'acteur, et attendant trani|uilloiiienl l'heure de lu distribution, lùivisageons les lettres comme des émanations de leurs auteurs respectifs ; quelle vaiiété de projets , <]uelle liiiiarrure de moyens, et poui- arriver toujours au même but ! V auiait-il une plus curieuse lecture que celle de cette Babel de lettres, prises et examinées l'une après l'autre? Passer en revue tantôt les élans de tendresse d'un amant, tantôt les uienacantes instances d'un avoué vigilant; amour éternel, paiement immédiat ; vagues visions d'h\men ou de geôlier, d'anneau nuptial et de verrous; s'arrêter ensuite aux secrets criminels de l'homme tran()uille, excellent, respectable, de la digne âme toujours vertueuse , i>arce qu'on ne l'a jamais découverte; déterrer l'hyiiociite caché dans les ])lis du papiei', et voir son iniquité noircir une feuille blanche; et puis, arriver "a une page de bonté et de sim|)lesse , 'a une lettie qui part du cœur, 'a une preuve belle, sans élude de la valeur et de l'infatigable mansuétude de la nature humaine ; a un souvenir de l'invulnéiabilité de riiomme armé de nobles intentions , sanctilié par la vérité; a un écrit qui , comme un talisman , chassera de l'àme malade des pensées peu charitables, et . lorsqu'on se sentira tenté de juger l'homme par son mauvais côté, rappellera le bien dont il est encore capable! Oui, l'on trouverait dans le paquet du facteur un bien étrange volume d'études de la vie réelle.
On peut dire que le porteur de lettres lui-même est dépourvu de trait caractéristique bien frappant, de toute i)articularité susceptible d'en faire un |ioi trait national. 11 est de fait et iiersonnellement fort ordinaire, nos craintes et nos espéiances seules rélèvent un moment; les idées que nous y attachons lui donnent un relief passager. L'attente d'une lettre excile-t-elle en nous la fièvre de l'inquiétude , le facteur qui l'apporte est n nos yeux bien différent de celui i)ui passait sous nos fenêtres il y a une semaine. Dans les tourments de notre anxiété, nous l'associons à notre joie ou 'a nos souffrances : il n'a rien pour nous, et intérieurement nous nous sentons iirités contre lui; on diiait qu'il t>st notre ennemi, et nous lui leproclions brutalement sa barbarie. « Étes-vous bien sûr de ne rien avoir'? » lui demandonsnous, comme si nous faisions appel ii sa bonne volonté. Nous croyons nu instant pouvoir attendre de sa politesse seule une ré|)onse satisfaisante : c'est naturel, et le fait suivant eu est la preuve.
Lu de mes amis attendait depuis longtemps une lettre qui ne venait pas. Longtemps sa domestique vit le facteur passer devant la porte sans s'y arrêter; enlin on entendit retentir ce bruit (|ni réveille le cœur loi S(|u'il est si désiré, le coup du facteur! lîilty courut oumIi la porte et prit la lettre en adressant de violents repioclies il l'innocent facteur.
1,1. lAC I l.llî.
(I Fi! dil-t'IK'. vous (loveriez a\i'ii IkpiiIc, vous iIonciIcz iou;;ii\ iiunivais ^;n-
llCIlMMlt!
— 1)0 quoi s';i;j:il-il .'' (Iciiianda li' l'ack'Ui . tcn.iiit la piici' d'aracnt ii sa liouclic cl ruuillaut dans sa lunlio |i(mi- liouvordc la iiionnaio: de (|U(ii s'aL:it-M , ma ilu'ii' amiel'
— Ne m'appelez (>as votre iIkmo amie ; vous savez (]ue vous deveiioz êlre liunleuv devons, répondit la servante.
— Mais, qu'ai-je donc fait? dit le facteur.
— Ce tjue vous avez fait! icprit laservaiilc. qui confondit inuiicdialemenl le coupable en lui révolant son ini(|uilé, vous n'avez appoiic cette lettre «luo ce matin !
— i;ii liicn:'
— lili bien! voila trois soniainos que mon pauvre maitrc l'attend! ■'
Betty était convaincue que le retard était la faute du facteur, et (juc lui seul était cause du désappointement de son maître. Des gens plus sages que lielly onl accusé le facteui' d'un semblable délit.
Nous avons dit que le facteur était poui' nous un lien (ommun , et cependant la réi;ularité de ses visites nous atteste le plus grand trionqibe de la civilisatio;i : comme il lient riiommo allaelié ii l'homme! que d'intérêls il indlége! (|ue deca'Uis il unit en liipit de l'alisence ! N'est-ce pas lui qui sei t d'iiileinii iliaire a des entretiens tenus d'un bout de la terre "a l'autre'!" Le facteur est dans notre destinée de chaque jour; rien ne l'arrête ; il marche, il marche, marche "a jamais, frappant aux portes et distribuant ses nomiireusos missives, par le beau lenq;s ou pai la tenqièto , par le soleil brûlant ou la neige glacée. Dans les habitations écartées, le facteur est revêtu d'attributs plus romantiques; il ne séjourne pas au milieu des honnncs , il les visite par boutades ol sans qu'on sache l'heure précise de sa venue. Celui (|ui porte des lettios a «luelqnos citoyens d'une foièt canadienne est bien |)lus remaïqué que le facteur do Cheapside ; celui (pii fait parvenir des nouvelles au désert est un courriel |)lus avontuieux (|ue celui qui sert dintcrmédiaiie entre les villes et les cabanes. Les <itadins vivent au milieu dutiacasdes afiaiies humaines; il ne |ieut leur ariiveic|uo do |)aisibles nouvelles ; on a abattu dos liois , on a défriché . on a semé du blé; des truies ont mis bas; des poulets sont éclos. Mais le facteur apporte ii l'exil des bois des souvenirs des cités , souvenirs touchants et doux "a enlietenii' ; des pensées de vieilles habitudes dont on ne s'est pas encore défait eonqilétenn'ul , l'image d'amis anciens et nouveaux , avec tout le bruit, tout le fracas, tout l'agr-éable éclat d'une existence pleine d'avenir' qui fut autrefois le rêve de l'émigré. l"i;;urcz-vous celui-ci, arr co'ui' niOnu» d'une birêl sarrvage. et appuve contre nrr arbre; les pins abattus autour de lui attestent la vigueur- de son bras, et cependant sa main tremble orr tenant une feiriilo de papier. La loiêl est profoirde ; le silence solennel dos bois n'est iriten oiiipu i|rre par le saut de ré( ur oiril oir le cri du geai : la solitude est si complète et si calme que l'Iromme |)eut entendre battr'C son couir; l'émigré , re- ;:ardant la lettre, voit au milieu des pleurs qui obscurcissent ses yeux les habita lions de l'.^ngleleiro , les vieilles rues i|u'il se rappidle, mille ligures (|ui luisorrt
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bien loiiiiuos , ol il cnlciid des sons i|iii lui liaiciil riiiiiilicis jadis cl qu'il a désappris depuis loiifileinps. list-ce là un lahicau iinaijiriairc , lecteur? ne le pensez pas; car des lidHinies qui se sont crus de bronze, séparés des autres lioninies , reconnaissent avec surprise qu'ils sont encore de chair et de sanj; , qu'ils ont encore des larmes à répandre!
Laissons de côté cependant tous les messagers piltoresiiues, les courriers qui portent des lettres "a travers les marais et les bois, l'A rabe sur son dromadaire, le 'l'artaie sui' son couisier rapide, pour lotourncr îicelui ([ui parcourt les rues des vilbw brilannii]ues, au l'acteur anglais.
Quoique sa profession soit, il Faut l'avouer, de l'espoce la plus buuible, toutelois nous ne l'assimilons pas enlicremeiil ii celle d un valet. On en peut parfaitement clicrclier la cause dans les divers sentiments de ci ainte et d'espérance (pi'il est dans la nature de ses fonctions d'éveiller paibiis en nous. Quoique ce ne soit rien de plus ipi'un commissionnaire, cependant les pré<ieuses lévc'lations contenues dans le petit paquet dont il est ciiariié pour nous lui donnent une imporlance imli'pendante de son emploi. II est, nous le savons, pour ses maîtres un homme de conliance; mais il est pour nous (|uelque chose de plus : il est tellement mêlé à nos appréhensions de bonheui' ou de désastre, que nous oublions complètement les lettres chargées qui lui sont conliées chai|uo jour, en songeant aux missives d'un prix inestimable qu'il nous apporte (]ueliiuel'ois.
Nous pouvons ici dire un mot du facteur de la petite poste; nousdénom/erons sa livrée: c'est plutôt une marque de servitude , qu'un uniforme d'employé. Nous voudrions le voir plus galamment équipé, ou débarrassé du moins des manchettes et du collet qui le déparent aujourd'hui , grâce au mauvais goût ou 'a l'économie piie enrore de l'administration.
L'habit écarlale , nous l'avouerons , convient au l'acteur ; il y a dans ce vêtement un apparat , une raagniOcence en hainionie avec l'importance du porteur de iionvelles : c'est celui que nous préférons lui voii' ; peut-être ne serions-nous pas làcln's que le facteur de la grande poste eût un ciiapeau plus remarquable , un chapeau a trois cornes a galons d'or. Tel qu'il est cependant, le facteur de la grande poste se dislingue par son extérieur : ou le voit venii- de loin ; mais quant au facteui- de la petite poste, il peut passer obscurément dans la foule, ou , s'il ne porte |)oint le |)aquet de lettres qui le caractérise , être irrévérencieusement confondu avec le vassal d'un apothicaire des faubourgs , aspirant "a passer pour un valet de pied . cl s'affublant lièrement d'une livrée, l'érissent ces distinctions jalouses entre les facteurs de la grande et de la petite jiosle !
Les fadeurs ( nous parlons paiticuliérement de ceux de la petite poste ) sont heureux dans leur étal ; il les garantit des maux nombreux d'une vie sédentaire , et leur esprit, continuellement occupé "a lire des adresses (|uel(piel'ois difliciles ii déchiffrer, inalgié leui- brièveté, tend nécessaiiement h s'a,;;randir et à se fortiliei a la lois sous 1 intluence de la prati(|ue. On tlil (|iie les savetiers et les tailleurs s'adonnent il la politicpic, cl par ci)nsé(|uenl a la trahison. Cette disposition a été .iltribucc pai- quelques [i|iiioso|ihes aux Irabiludes intéii<'ures de ces artisans, ii leur posiiion
•lia Li: lAciKiiR.
sédenlairc ol Icsjaiuhes cioisécs, «lui l'avoiisc la médit;ili(iii , la irveiic , et par suite le iiiécoiitoiitenieiit. I.e fadeur esl hieii ililléient, il inaielie léelleiuent et sans iiiélaplioie à Iravers la vie ; il cousaeie son existence à passer île petits mai eliés au nom du gouvernemeiit , sans avoir le temps de s'asseoir ou de s'ariêter pour songer aux inii|iiites réelles ou iiiiaginaii es de ses maîtres |Hililii|ues. Nous n'avuns jamais entendu ilire(]u'un lacteur eût été eompromisdans uu complot ; quelle langue, au contraire. aurait assez de force pouréuumérer les savetiers couspiratcurs ?
Autre avantage : si le facteur entre dans la carrière, plein de force et de vivacité, ne les conservera-t-il pas jusqu'à l;i lin? Sa touniuie ne sera-t-elle pas toujours élégante et dégagée? N'est-il pas certain d'cniporler au tomlieaii le prolil de lévrier qu'il avait eu débutant? La goutte l'évite , l'obésité ne le \ isite pas ; l'exercice le couronnede tousses dons, et en lait son favori.
Rarement le facteur va frapper aux portes des misérables, et lorsque, par liasard, il parait sur le seuil de l'indigent , c'est tiop souvent pour demander un sacrilice. La lettre qu'il présente sera peut-être achetée au prix d'un diner ; pourtant , coûte que coûte, il faut la posséder, car elle vient d'une personne qui peut-être a gardé le silence pendant longues années, d'un lils éloigné, d'une lille mariée. Pour des millions d'hommes, une lettre est un luxe défendu, une jouissance (|ue n'achètent |)as ceux qui ont "a soutenir une lutte journalière avec les besoins les pins indispensables , et qui , une fois séparés par une longue distance de leur pays natal, sont muets par l'impossibilité où ils sont d'affranchir leurs lettres, et leur répugnance 'a laisser payer le port "a d'autres aussi malheureux (|u'cux-inêmes. Combien de fois une négligence apparente provient-elle uniiiuenient de ce ([u'on n'a pas le shilling réclamé par la poste !
Grande fut la joie, et uon moins grands furent le désappointement et l'anxiété, lorsqu'à la grande suri)rise des voisins, le facteur lit halle a la |)orte d'une vieille veuve, qui , avec sa fille , demeurait dans une misérable chaumière sur les frontières
de Le fadeur, tenant la lettre entie ses doigts, demanda un shillioL' cl un
penny '.
il n'y avait qu'une seule personne au monde qui |)ût écrire aux habitants de cette cabane , et on la croyait morte depuis longtemps.
La fille de la veuve s'élança \i la porte, et, les \eux clincelants, la Cguie eiillam mce, arracha presque la missive des mainsdu factein .
Celui-ci serra la lettre avec le doigt et le pouce et icdcmanda un sliillinu et un penny.
La veuve et sa lille se regardèrent l'une l'autre, et puis l,i vieille femme lenlia en chancelant et fondit en laimes.
" Je reviendrai demain, » dit le fadcui ; cl il <'inpoita le précieux miirceau de |iapier.
Le lendemain le laeleur était ir la|)oite : « Ln shilling ri un|ieiiin. «
I Ir. *.5 i .
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Qiicllo in()ili(|uo somme! ol cppemlaiit , depuis la vcilln, (|iiels cffoiMs avaieiU été lails pour sn la prociircil I a llllc s'était adressée ii une denii-doiizainede voisins, sans reiKOntier un piôteur. \,a veuve était depuis plusieurs mois oMinée de f,'ai(lei' le lit presque constamment ; et sa eliauiiiière avait été dégainic poiii' fournir aux besoins de sa vieillesse abandonnée. Les travaux étaient suspendus depuis ([uelipies semaines. Au milieu de toutes leurs souffranees, jamais la veuve et sa lille ne s'étaient trouvées dans un aussi eiuel embarras.
Un shilling et un penny! C'est étrange, pense le lecteur, qu'on soit aussi embarrassé pour trouver une semblable bagatelle ! qu'une demi-douzaine de voisins ne puissent, en se cotisant, en former le montant... C'est incroyable! c'est impossible!
Et pourtant la lettre restait ii la poste , et comment la retirer ?
Le barliier perruquier du village , Zacliarie Slum , était un être bourru , bossu . et très-avare : dans l'oiiinion de tous ceux qui avaient l'honneur de le connaître , il n'y avait pas d'ogre tel que Zaehaiie Slum. Il avait depuis longtemps jeté des yeux de convoitise sur les charmes de Molly ; il avait longtemps rôdé autour de la maison, comme un mauvais esprit , et n'avait jamais été aussi assidu dans ses visites que durant la maladie de la mère.
<i Avez-vous encore le cœur de me refuser? demanda Zacharie eu regaidant languissarament Molly ; soyez-en sûre, vous ne comprenez pas votre bonheur.
— Votre audace a lieu de m'étonner, monsieur Slum, s'écria l\billy. »
Mais cette véhémente apostroplie ne produisit pas jjIus d'effet qui si elle l'eût adressée'a l'un des chérubins de noyer qui ornaient la chaire du village. Le barbier, sans s'émouvoir, se gonfla les joues, sourit, et regarda Molly avec admiration.
a Vous ne voulez donc pas m'entendre, Molly'? reprit Slum; il n'y a jias moyen de vous adoucir?
— Plutôt mourir ! s'écria Molly rougissant des instances du barbier.
— Votre mère est-elle aussi méchante que vous? dit Zacharie chan;;eant adroitement de conversation. Pauvre vieille! soyez en sûre, elle aurait besoin d'un peu de poulet ; mais les poulets sont si chers !
— lîUe a tout ce que le docteur lui ordonne de prendre, j'ai soin d'y veiller, rép.ondit Molly d'un Ion brusque.
— Mais c'est une chose affreuse de voir s'en aller une à une toutes vos économies, et si vous vouliez accepter mes offres... »
Kt le barbier la regarda d'un air goguenard.
« Je ne veux pas ! s'écria Molly avec véhémence ; et voil'a ma réponse.
— Une couronne est une couronne , dit Zacharie Slum en en tirant une de sa poche et en la faisant élinceler entre ses doigts aux yeux courroucés de Molly.
— Laissez-moi!
— Une couronne est toujours une couronne, répéta Zacharie.
— Je ne vous écouterais pas quand même vous me donneriez cinq livres sterling, dit Molly.
— Vous y réfléchirez , insista le barbier ; vous ne serez pas assez folle pour repousser des offres aussi avantageuses. »
23C IV. FAfriKliU.
El Zacliaiic s'rloifiiia ; mais en s'cloisnant il se tmirna du côto de Molly, cl s'airêla pour l'apiicler litre cl iiisolciilc cicaliiic, cl lui d(niiaii(l(M' oii cllo cmiiplailcMi venir. Puis, croyant (|u"au dcinicr inomcul Molly (iuirail par ccdor, il levint sur ses pas cl s'avança vers la iioilcde la eliauniièrc , sa pièce d'arijenl a la main. Mais, comme il ctail sur le poinl d'alleindrc le seuil cl de répéter pour la dernière l'ois son offre maguilique , Molly disparut et lui ferma la porte au nez.
Zacliarie remit sa couronne dans sa ]>o(lie de l'aii' d'un lioinuie profondément injurie. Le soii'. "a la taverne de la liolle de l'oin , il déclara i|ne, sans |)assion, sans parlialité, il re;;ardail Molly comme la plus orgueilleuse et la plus airogante de lontes les fennucs, et <|ue, ne s'étanl jamais trompé dans ses prévisions, il était certain ([u'clle ne ferai! jamais lien de lion.
« lille m'a refusé, dit-il , de la manière la plus impudente ce «pie j'ai en souvent de jeunes lillcs (|ui valaient cent fois mieux qu'elle. »
Une i|ninzaine s'était écoulée depuis l'écliec de Zacliarie Slnm , lorstpu' le fadeur ap|>arut avec la lettre :
« Un shilling et un penny! »
Pendant deux jours Molly rclléchitanx moyens de posséder la leltic précieuse , la lettre inaltcndne. Qui [)ourrait dir(^ i|nellcs mciveiilenses nouvelles elli^ coiilenaity tjui pourrait deviner la joie que l'on aurait pour le prix niodi(|uedu port , pour un shilling et un penny':*
Le matin du lioisième jour est arrivé; la jeune lille sort tout :i coup de la chaumière, et ses beaux cheveux (•hâlaiiis IloKeiil épars sur ses épaules; elle court, et les voisins se demandent quel transport a pu la saisir.
Ut où va-l-elle'.' Hélas! elle entre dans la houtiipn^ du harliier, du vil lenlalein-, de Zacliarie .Slum!...
Au lioiil d'une demi-heure Molly était levenue chez sa mère. La vieille lemnie faillit crier en la voyant.
(I On as-ln été, Molly, et (|u'as-tu fait? udit la vieille femme en arrachant le cli.ipeau de dessus la tète de sa lille.
Molly se contenta de répondre : « Mère, voici la lettre. »
Le lecteur a vu comment Molly avait été séduile par Zacliarie Slum , (pii lui avait plusieurs fois offert (h; rar;;eiit pour sa longui^ et ma^'nilii|nc clievelure ; il n'avait rencontré (]ue rebuffades , sarcasmes et rires moqueurs; mais Molly n'avait pn supporter une plus longue attente : ii lout prix il lui fallait le pi'écieux écrit.
Molly, di'pouillée d(^ ses cheveux houclés. rapporta la lel(re;i la chauinièrc : le présent du liail)i(!r avait payé h; facteur.
Cette lettre apprit aux habitantes de la chaumière (pie leur père et mari, apris s'être eiiriclii )i la Louisiane dans sou élal de charpcnlier , revenait adprès d'elles jouir en paix du fruit de vingt ans de travaux.
Douglas iKiiuoMi.
LA VIEILL3 GOUVERMAlîTE.
LA vieilli: IT.MME DE CH VRf.E
N repardani thi liaut de l'étioitc mansarde du tniisième. dans laqupllr nous avons riiabitude de nous léfugier qu:uid la manie d'écrire nous travaille, nos yeux s'arrêtent sur les tourelles d'un antique castel . l'un des plus ^ rnliles manoirs jjalrimoniaux de rAnglelerre. Notre méiKiiire actuelle nousrepoiteà l'époque heureuse et douce ili- notre propre e\islence. au temps de notre jeunesse, nii nous avions coutume d'errer sous les chênes majes- Mii'ux qui entourent cette demeure , et de nous arrêteipar inteivalles pour admirer ses portes de fer et ses créneaux sourcilleux. Nous trouvons nos souvenirs associés "a l'image d'une personne prête encore aujourd'hui à nous saluer d'un accueil amical, et qui semble elle-même une partie intégrante de ce vieil édiOce. tant est longue et intime son union avec lui.
Oui, il y a des charmes dans les nombreuses pensées que soulève en nous la lecture des pages de notre journal consacrées 'a la vieille femme de charge , et aux heures que nous avons passées enfoncé dans son vieux fauteuil de cuir, écoulant ses récits du bon vieux temps, où les grands, les heureux, les jeunes hommes d'une génération presque oubliée animaient ce séjour de leur présence . vivaient . l'iaient. espéraient comme nous le faisons aujourd'hui. Jamais, certes, fauteuil de cuir ne fut si commode , jamais récils ne furent aussi dignes d'être répétés. Celle qui
Cel :iiCicle fst rfinaïquable . eiiie qu'il nuiisri'vélr. iioii imiiiis qii> Ir rifii.r tord, lf> iiunirs .iristo t'raliqiit** anglaises. cl iioiLs fait voirl'inténeiir tics mMinii'> maisons f(-t»la!cs.