‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 67 sur 106 · I.A \\\:\\AJi l'KMMK Dli CIIAIU;i · texte numérisé non relu

I.A \\\:\\AJi l'KMMK Dli CIIAIU;i

prétentieuse [lersoiino, joints ;iii |ipii de services qu'elle ieii<l en tdiiiparaisoii de ses devancières, la font souvent aicnser |iai- celles-ci, pénétiées de la conscience de leur supériorité, d'être une femme de rien, une insolente parvenue. Aimulilo, vive, de bonne humeur, excepté ces jours dont l'Angleterre a le malheureux privilège , où un ciel sans nuage, une lourde atmosphère s'unissent pour noircir les idées et faire aller tout de travers, elle est aussi queli)uelois un objet d'envie; mais, ou nous nous abusons fort, ou elle est entièrement dépourvue des qualités nécessaires pour inspirer le respect a qui que ce soit.

Mais revenons a notre femme de charge . cai' nous préférons nous consacrer à l'esquisse d'un type qui , nous le craignons , va disparaître rapidement. Elle mérite l'attention si on la considère à l'apogée de sa gloire, lorsqu'une nombreuse compagnie de nobles hôtes prennent place 'a la table de son maitre. C'est un véritable Caleb Balderstone ', toutes les fois qu'il s'agit de l'honneur de la famille. Kt qui ne sait combien, en pareille occasion, cet honneur est intéressé 'a ce que le dîner soit bien servi, la table bien ordonnée?

Ce jour-l'a donc elle prend un air d'importance, mais auquel se mêle une teinte légère d'anxiété; elle montre une impatience inusitée si ses ordres ne sont pas exécutés "a l'instant; une expression de contentement de soi-même se manifeste sur son visage toutes les fois qu'elle voit passer un plat convenablement accommodé, porté par un valet en livrée; elle réitère l'injonction de placer les pêches "a l'eau-de-vie a portée de sa grâce le duc de ***, pour lequel elles sont spécialement préparées, et d'exposer au grand jour les belles couleurs de la conserve d'oranges.

La chambre de la femme de charge est toujours la retraite favorite des Jeuues visiteurs du château. Il ne faut pas supposer que les fruits , les sucreries, les gâteaux et les conlitures que la maîtresse du logis dispense si libéralement soient les seuls ou les principaux objets qui les y attirent : non, vraiment; car ils sont siirs d'entendre l'a d'agréables récits, dont l'enfance de leurs parents respectifs forme le sujet. Puis vient une prière adressée du fond du cœur; elle appelle sur les petits lords et ladies la bénédiction du ciel : puissent-ils être aussi bons, aussi grands, aussi beaux que leurs papas et mamans! La digne vieille, il faut le remarquer, est sceptique sur ce point, et doute de la possibilité d'atteindre un aussi haut degré de perfection.

Mais ce n'est pas seulement parmi les plus jeunes convives de son maître que la femme de charge est populaire : des personnes de tout rang et de tout âge viennent fréquemment lui rendre visite. Nous avons vu un badinage commencé dans la chambre de mistress Tartlett, "a propos d'un plat de fraises a la crème, se terminer dans l'étude d'un notaire par un contrat de mariage.

' Pcisonn.Tf^i' i\t' la Fwnct'c de Linntnt-nitovt , dr Walh.T Suoll.

A. du T. }

260 LA \ iKii.i i; 1 i;\iMi: di: ciiAïUiii.

Une alliance amicale existe géiiéralemeiU entre la femme de charge elle pique assiette. Celui-ci sait a ineivcille quand et connnent il faut prodiguer l'encens toujours liien venu de la flattciic ;i des oreilles disposées a le savourer, et celle-là est rarement à l'épreuve des com|)liincnts de l'iuiliile persoiuiage. Souvent le pi(|ue-assiette, avant d'entrer au salon, s'esquive durant cinc] minutes pour aller rendie une visite "a la femme de charge. Parfois il se contente de lui demander des nouvelles de sa santé; mais le plus ordinairement il la prie de donner a son cuisinier la recette de quelque mets favori qu'on ne fait nulle pari ailleurs aussi bien. Ceci est un pur subterfuge, car le pique-assiette , on le sait, n'a jamais de cuisinier.

Pour la vieille femme de charge , le monde est l'espace compris dans l'enceinte des domaines de son seigneur el maître. La sont circonscrites toutes ses craintes et toutes ses espérances , le centre de toutes ses pensées, de toutes ses affections , de tous ses soucis. La volonté de mylord et celle de mylady sont les lois qui la gouvernent, el leur opinion est le seul tribunal par lequel elle consente a être jugée. La nais.sance de l'héritier présomptif constitue l'ère d'où elle date tous les événements de sa propre vie. Les améliorations qui de temps eu temps ont eu lieu sur la propriété semblent être les barrières que sa mémoire élève entre le présent et le passé.

Il Jusqu'à quelle époque se reportent vos souv(>nirs? d demandions-nous un jour à notre vieille amie du château.

Sa réponse fut caractéristique.

11 Mon bon monsieur, je me lappelle le jour où ces arbres furent plantés, dit-elle en me montrant une magnili(|ue avenue d'ormeaux, et du jour où la vieille boiserie de cliène fut placée dans le salon du nord, n

La femme de charge aime passionnément à niontier la magniliijne robe avec laquelle sa grâce fut baptisée, et le berceau somptueusement décoré, quoique un peu antique , où l'héritier dormit soti [uenuer sommeil. Elle peut vous donner l'histoire de tous les meubles des appartements el de tous les tableaux qui décorent les murs. Il J'étais présente, dit-elle, lorsqu'on suspendit ce Dominiquin. » Elle dit encore: « Le duc me consulta sur la manière de placer ce Gérard Dow. » Tels sont les renseignements que nous avons souvent entendu donner gratuitement aux visiteurs accidentels; mais à nous, plus favorisés , de plus longs discours ont été adressés, tendant tous il prouver la supériorité de la galerie du duc sur la collection de tableaux de son voisin , le marquis de ***.

A propos de tableaux et de femmes de charge, nous avons jadis été témoin d'une scène assez plaisante. C'était dans la magnilique galerie du susdit marquis, que nous visitions avec une nondjreuse société d'amis. La vieille fenune de chai ge jouait pour nous le double rôle de guide cl de catalogue ambulant. \ous nous étions arrêtés devant un superbe Claude Lorrain, et nous étions ii nous extasier devant son riche cl harmonieux coloris.

0 C'est un portrait de mylord lorsqu'il était enfant ; la ressemblance est frappante,» dit-elle eu désignant machinalement avec sa canne à pommeau d'ivoire le paysage de Claude Lorrain.

LA viKii.i.K l'iîMMt: iJi; ciiAiu;!:. Hi\

Nous loslàiiies L'Ijalnsde celte explication.

(I Vous vous tr(iiu|)oz assuiénient, ma bonne dame, ié|ili(|iia l'un de nous; c'est un paysage , un Claude Lorrain , un délicieux Claude Loi laiii. »

La vue de cette vieille femme de charge n'était pas des plus pénétrantes , mais quand même elle eût conservé ses yeux de vingt ans, elle eût dédaigné de les dirigci du cùlé du paysage, car elle les tourna vers nous avec colère.

(1 Ceci est un paysage! s'écria-t-elle. Usez-vous me dire cela ;i moi qui ai vu lairc ce portrait, qui étais présente lorsqu'on le plaça, etqui le montre depuis environ lienlc ans? oseriez-vous me dire que je ne distingue pas le portrait de sa seigneurie d'un mauvais paysaiie'!* c;'est un Claude, oui-da ! un beau Claude, vraiment!... »

lit d'un air de dignité offensée la bonne dame s'en alla a l'autre bout de la galerie , plaignant sans doute l'incapacité de nos esprits obtus, qui nous empêchait de distinguer une peinture représentant une forêt d'une autre représentant la tête d'un enfant.

Nous apprîmes plus lard que le portrait avait été relégué dans la bibliothèque , et le Claude Lorrain suspendu 'a sa place. Combien de temps la vieille femme de charge ignora ce changement, combien d'étrangers elle essaya de dissuadei', par la force de ses arguments, du témoignage de leurs propres sens, c'est ce que nous n'avons jamais su.

La vieille femme de charge est habituellement bavarde , et l'enfance des différents membres de la famille qu'elle sert est le sujet fécond sur lequel elle s'étend.

<i Oui , sa grâce était un superbe enfant , et il avait la noblesse du cœur en même temps que la beauté du physique. 11 y en avait bien peu qui pussent se comparer à lui. Il lui fallait beaucoup d'efforts pour grimper sur mes épaules, mais il fiuissait toujours par y arriver. Ltlady Jane! c'était la meilleure, la plus aimable des petites lilles! si bonne , si affable, si charitable ! Le pays a fait une grande perte lorsqu'elle s'est mariée ; elle est partie, et elle est morte ! »

El la digne créature veise des pleurs amers au souvenir de sa jeune maîtresse , des pleurs que l'on ne peut tarir qu'en détournant adroitement la conversation sur le mérite et les charmes de celle qui succède 'a la défunte dans la génération piésenle.

La femme de charge n'est jamais plus dans son élément qu'aux jours où se font les préparatifs de quelque grand événement qui doit avoir lieu dans la famille, du maiiage de la lille aînée, par exemple. Comme elle a été, bien entendu, mise depuis longtemps dans le secret , c'est pour elle un bonheur immense d'obtenir la peimission de communiquer la mystérieuse nouvelle à un petit nombre de ses amis les plus intimes. Elle la coulie avec prudence, et en recommandant la plus grande discrétion, sans se douter (|ue tout le voisinage est depuis longtemps informé du l'ait.

A l'approche du grand jour, l'activité et l'agitation de la vieille dame accroisseni et se décuplent, et l'importance qu'elle se donne s'élève proportionnellement. L'air de mystère qu'elle a jugé convenable de prendre n'est en rien diminué par la ccititude que tous les domestiques de la maison savent tout aussi bien quelle ce dont il s'agit. Elle est toujours d'un difflcile accès pour ceux qui ne viennent pas pour af-

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