I.i: (.llAi\ii:i lî DF.S KURS
CCS nianœuvrps élccloralps ce dernier peul avoir léinoisni" un amour oxlraordinairc des petits cliats et des serins de Canarie, et les avoir payés vinyt livres sterling; la pièce.
Nous avons encore le ciiantciir des rues polilii|iiP ; le trotiliadotir des rues célèbre encore la chute d'un ministère, et a de temps en temps (|ii('1iiue chose à chanter sur la maison de sa majesté; parfois aussi il atla(iue iiardinieiU un vice qui menace de s'élendre, pour lamusemeut sinon pour l'édification de ses auditeurs. Comme le prédicateur, le chanteur des rues voit s'auf^menter le nomhre de ceux ipii l'écoutenl. en raison de l'audace et de la causticité de ses rdVains. Il y a (juelque temps , nous nous étions arrêtés h écouter les accents grossiers d'un chanteur des rues : il nous est pénible de dire qu'il chantait non point ii la louante des femmes, mais contre elles. Celles-ci toutefois, avec la noble patience qui les caractérise , formaient un cercle autour de leur misérable accusateur, et poussaient par intervalles des exclamations de mépris. Cependant nous vîmes la colère animer les traits de l'une d'elles.
Il L'infâme '. il mériterait la corde... Allons-nous-en! »
lit elle chercha à entraîner la femme un peu plus âgée qui l'accompasnail.
« Pas encore , Marie-Anne , répondit tranquillement celle-ci ; attendons, senlemeni pour voir jusqu'où ce drôle poussera l'impudence. »
On blesserait sans doute ramoui-])ropre de bien des fousucux prédicateurs, recherchés en apparence pour leur éloquence et leur débit, si on leur démontrait aussi naïvement les véritables causes de leur popularité.
Une longue paix a tué le matelot chanteur des rues ; il a cessé de faire un appel à nos sympathies avec le bras et la jambe qu'il n'avait plus : les mutilations sont devenues rares. De temps en temps, quand la filouterie ne va pas ( car dans toutes les professions il y a probablement une morte saison plus ou moins longue), une demi-douzaine de gens suspects consentent "a s'afflubler de chemises de grosse toile, et, s'il gèle à pierre fondre, a marcher les pieds nus, en exécutant Ben Boivline, ou en faisant un plongeon dans la baie de Biscaie.
Nous rencontrons parfois une chanteuse des rues qui nous inspire une compassion indépendante de l'air et des paroles ; quoique la ballade soit chantée d'une voix douce et triste, puissions-nous entendre rarement de pareils chants ! puisse le passant être rarement arrêté, un soir d'hiver, par les accents faillies et mélancoliques d'une femme pauvrement vêtue , serrant contre son sein son enfant, qui n'est point le seul peut-être auquel ses chants doivent procurer "a souper. Nous avons entendu de semblables chanteuses, et le son de leur voix, l'expression de leurs paroles, indiquaient une histoire de misère et de deuil , annonçaient qu'elles avaient souffert plus d'un revers de fortune , qu'elles n'étaient pas nées pour chanter le requiem de leurs poumons, par un brouillard de novembre ou par une gelée de janvier.
Le chanteur des rues comme il faut est encore notre bête noire : c'est l'imposteur, qui, étalant au grand jour son avilissement , fredonne audacieusement pour luimême, etdont le /"or/i.ssinio ne s'élève pas au-dessus du bourdonnement d'une abeille. Il vous contera qu'il est négociant , homme très-comme il faut, ayant éprouvé des pertes incalculables; et, si vous pénétrez son secret, vous découvrirez qu'il aime
280 LF. CIIANTl-l R DKS UlliiS.
iiii(Mi\ clianlerqtio do clieiclici du travail. Les véiilaliles inlén'ls du molior de cliaiitcur des nies, eoiisideré connue profession piltoicsque , ont été giavonienl lésés pai' les individus de cette espèce.
Nous n'avons pas à nous oecuper du elianteur <]ui fredonne au\ eaux pour les jeunes iadics , et trouble par ses accords la lran(iuillilé ties familles. Il est supérieur au ménestrel des ruisseaux, sans être tout a fait au-dessus des Apollons de jardins publics. D'ailleurs, il est enveloppé d'un mystère qu'il ne nous appartient pas de dévoiler; il est peut-être, bien le sait, un prince polonais, ou simpienienl nu échappé d'une maison de détenlion.
Nous n'avons pas aujourd'hui de chanteurs des rues bien caractérisés , de ménestrels déclarés et constants, infatigables dans l'exercice de leur profession, et vieillissant sans cesser de faire entendre leurs éternelles psalmodies. Les mendiants qui fredonnent h présent sur les grandes routes, n'ont, comme les sauterelles, qu'une seule saison. Leur musique ne reste pas; leurs douces voix s'effacent de noire mémoire avec l'air sur lequel elles meurent: ils ne font point partie de nos souvenirs domestiques, mais nous les oublions dès que nous avons le dos tourné.
Ce ne fut pas toujours ainsi. Le lecteur doit se rappeler deux mi trois chanteurs des rues, dont les accords rudes ou moelleux vibrent encore dans son cœur depuis le temps de sa jeunesse, et fait encore de lui un enfant. l'our nous, nous avons deux ou trois favoris dans la bande musicale de la rue. II suffit de les nommer, et, si le lecteur a été élevé à Londres , il ne manquera pas de les reconnaître.
Notre première connaissance était un vieil aveugle, qu'on appelait familièrement Billy . Il ne possédait qu'une seule chanson; il est vrai qu'il la faisait valoir en l'accompaanantdu violon. La chanson, dont la trop fréquente répétition a usé le malheureux Billv, commençait par ces mots :
« Écoutez la voix de l'amour ! »
Fiilly avait un beau fausset; il le savait, et on l'aurait écnrché vif plutôt (jue de lui faire abandonner son fausset. 11 préludait par quelques notes basses, prenait le susdit fausset, et dès qu'il y était arrivé, il était trop sûr de son effet pour le quitter sans motifs valables. Le fausset de Billy était son fort ; il s'y complaisait , il s'y arrêtait en toute sécurité. Nous l'entendons encore; nous écoutons la voix de l'amour, peiçant au milieu des ténèbres de l'hiver, dominant le tumulte de la rue, triomphant du givre et de la neige, portée sur les ailes du vent. Était-ce, comme nous le crovons fermement, par une .adroite intention que le musicien marmotait entre ses dents tout le reste de la chanson, en prodiguant les trésors de son fausset et de son enthousiasme à ce seul mot, l'amour? Si c'était tactique de sa part, elle dénotait un artiste de premier mérite. Ne passons point sous silence la manière dont il se servait de son instrument : il enfonçait son ineTit(»n dans sa poitrine , et, le sourire sur les lèvres, tantôt grimaçant , tantôt regardant avec mansuétude ce ravissant morceau de bois , il en tirait des sons d'une main puissante et infatigable. 11 était si absorbé, si concentré dans sa tâche artistique, que, si le violon eût été brusquement remplacé par un battoir, Billy, nous le pensons, n'eût pas cessé de remuer les doigts
LK CM ami: LU DliS lUii;S. 281
cl l'arclictsans s'apeiccvoir du cliaiiyciiionl. Pauvre lîillyl il avait i'aii' hciiiciix cl œiiloiil ; cl. bien (|iio nous ayons connu des faussets plus mauvais (|uc le sien et dix mille fois mieux payés, nous avons la consolanio espérance (juclesien lui a procuré toutes les commodités de la vie. Nous avons aimé plusieurs clianteurs des rues, mais Billy fut un premier amour.
L'atlcnliou du lecteur a-l-elle jamais été brusquement attiice |)ar
Pbilomèleau Tond d'un bocage
sifflant soudain à son oreille; et jetant des yeux autour de lui, a-t-il découvert une vieille femme, maigre et fanée, qu'il a eu quelque peine a reconnaître pour la ciiauleuse? Il y a environ vingt ans qu'elle psalmodiait cette même clianson , qui semblait dès lors lecbantdu cygne. A celte époque, cette femme était Oétiie par la vieillesse. Nous l'avons entendue il n'y a pas un mois, et clic ne paiait pas plus âgée. Nous l'avions perdue de vuedepuis quelques années, quand un soir,
Philomèle au fond d'un bocage,
avec ses ondulalions perçantes, nous reporta aux scènes de notre enfance. Ses accords plaintifs et mélancoliques étaient comme la voix des années écoulées, le requiem de nos illusions.
Pouvons-nous terminer cet article sans dire un mot de loi, William Waters? le plus jovial des noirs ! 0 Giimaldi éthiopien ! ceux qui ne t'ont pas vu ne peuvent concevoir la grâce coexistante avec une jambe de bois. Nous n'avons jamais trouvé de noir plus noir! Sa figure semblait polie et respirait la bonne humeur. Qui a ja- • mais dansé comme il dansa? Waters était un génie , sa vie en a donné la preuve, et sa mort ne l'a point démentie, car il e t niortdans unciuaison de travail pour les pauvres.
Nous dirons encore un mot, non pas d'un chanteur des rues, mais d'un instrumentiste. Si le lecteur est arrivé à la trentaine, il doit se rappeler, comme un être (lu'il a vu dans son enfance, une petite femme aveugle, avec une figure de vieille pomme , qui jouait de la vielle. Personne ne peut dire l'âge de cette raénestrelle, car elle vit et touche de son instrument encore aujourd'hui. Une vague légende assure qu'elle a été jadis cantatrice, prima doivin, plus impérieuse et plus arrogante que ne le sont ordinairement ses pareilles, et que, pour la punir, Apollon la condamna à la vie nomade d'une musicienne ambulante. Ce récit s'accorde avec son allure , car elle marche sans cesse, ne s'airêtant jamais pour recueillir les dons des âmes charitables ; mais tournant, tournant, tournant éternellement. On prétend que son châtiment doit durer jusqu'à ce que les cantatrices ne soient pas plus prétentieuses et plus insulentes que le reste des humains. S'il en est ainsi , que Dieu lui vienne en aide !
Terminons notre article par une anecdole sur l'évêque Corbet, connu par ses poésies. Un jour , a Abingdon , étant docteur en théologie, il entendit un chanteur des rues se plaindre de ne pouvoir vendre ses ballades. La-dessus, le docteur endossa la veste de cuir du trouvère, descendit dans la rue, et attira autour de lui une foule d'acheteurs émerveillés.
Douglas Jeruoi.d.