‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 78 sur 106 · I.l. l'.WSA.N m LA M) Al S · texte numérisé non relu

I.l. l'.WSA.N m LA M) Al S

Ceci csl Iclleinent exact, que so!i cliioniquciir, ayant commencé avec rintcnlion (le lo louer, se Ironvc tout a coup réduit au rùle d'apologiste. Le paysan irlandais a élésisouvonl irainc h la liane de l'opinion, ou plulùt delà pailiiililé pulili(iue, que son meilleur ami est forcé [ilulôt de plaider sa cause que de parler ii sa louange, et, au lieu de le présenter sous son véritable jour, obligé d'abord de détruire les fausses idées que l'on a conçues sur son compte. La vérité ne peut s'avancer à pas sûrs' avant dc'sarcler les broussailles dont le mensonge a encomliTé la roule.

A|)pr(iclicz donc, [lauvrc Paddy, venez "a la barre, et levez la main ; elle est solide etmusculeuse votre main. De quoi vous accuse-t-on? Que dit l'acte dressé contre vous'? Voyons : « Attendu que le prévenu est indolent, paresseux, imprévoyant, superstitieux, insouciant, inural, ignorant, niéclianl, sanguinaire, etc., etc., etc. »

J'oppose au premier chef d'accusation une dénégation absolue. Je le nie, les doux mains levées : Paddy n'est pas indolent. 11 est quelquefois paresseux ; et pourquoi ? parce (ju'il n'a rien à faire; il auiait envie de travailler si on lui pi ocurait de l'occupation, et il n'en trouve pas; ce n'est point sa faute. Mais indolent? \on '. Il est aciif et énergique'; il travaillera pour douze sous par jour, et quelquefois ii;oins ; est-ce la de l'indolence? Pour un salaire modique, il ira \ous faire une connuission il dix ou quinze milles de distance, avec une vitesse presque égale à celle d'un clievai; est-ce l'a de l'indolence? Et en revenant, s'il rencontre un joueur de flûte, il dansera avec les jeunes Olles aussi légèrement que s'il n'eût point fait dix pas; est-ce Ta de l'indolence? Puis il reconduira sa danseuse chez elle, et lui fera indubitablement la cour.

Ah! Paddy, voila de l'imprévoyance!

(I Mais, monsieur, il n'y a pas d'imprévoyance à faire l'amour. Je le fais moimême, à ma manière, et je suis un prudent Anglais, ou un Écossais "a longue vue.

— Fort bien, monsieur; mais quand Paddy courtise sa iNorah, il son^e au mariage. Voil'a le mal ; la terrible conséquence en est une famille où se perpétuera la pauvreté. «Mais n'est-ce rien d'échapper aux reniOids(iuc laisse après elle une passion illégilinie ; d'avoir le cœur épanoui sous la sainte influence des affections domesliques ; d'être Der et joyeux de ce que ses compatriotes sont au nombre des fenmjes les ])lus pures de la terre, et de ce que, s'il y a des crimes en Irlande, du moins l'infanticide ^ est presque incnnnu? Que les villes nianufaLturicres consultent la balance de cette partie de leurs livres, et voient de quel côté est le crédit? Paddy, vous ne ferez pas banqueroute cette fois ; vous pouvez payer vingt shillings pour une livre sterling au cours de la chasteté!

Le cœur de Paddy s'ouvre el s'élariiit a mesure que de nouveaux enfants réclament ses affections. Craint-il que sa maigre ralion de pommes de terre ne suflise pas aux besoins de sa famille naissante? ÎN'on ! Plein d'une sainte confiance envers la bonté de la Providence, il répète le proverbe qu'il a souvent entendu répéter 'a son père, et croit religieusement que « Dieu n'envoie jamais des bouches sans envoyer de quoi les nourrir. »

Passons sur l'imprévoyance de Paddy , el parlons de sa superstition. Il cloue nu 1er il cheval sui- le seuil du sa porte . et croit que ce fer lui portera bonheui-.

2S-i Li: PAYS.W I II LAN DAIS.

i:ii l)ien ! cela nuit-il a quelqu'un? — Non , dit votre utilitaire , mais ce fer serait heaueoup mieux employé, si on le mettait sous le sabot d'un cheval. — Monsieur, c'est toujours un vieil \ fer hors de service. Avez-vous (luelque chose à répliciuor ? Mais, lorsque l'alblctique paysan se courbe sur son enfant entlormi, la dévotion «l'un enthousiaste se môle-t-ellc avec l'expression de l'amour paternel? l'eiiiant a souri dans son sommeil, et le père s'imagine qu'il converse avec les anijes. Pour peu qu'on ail do sensibilité, blàmcra-t-on celle douce et innocenle croyance? ni la léti' ni le cœur n'en sont plus mauvais. Cette croyance, au contraire, a sa source dans une affedioa louable et une imagination poétique , et la plupart de ses idées superstitieuses sont d'une espèce analogue.

Mais il faut que le père quitte son enfant. Il n'a pas chez lui assez d'ouvrage pour payer son loyer. Que fera-il? il faut qu'il aille en Angleterre pour en faucher ou moissonner les récoltes. Donc il donne ses baisers et laisse sa bénédiction h sa femme et "a ses enfants , c'est tout ce qu'il possède , et voilà l'indolent l'addy (]ui fait soixante ou quatre-vingts milles pour gagner la côte , et quitte la pauvre Irlande pour la ridie Angleterre. L'a , l'indolent Paddy fait encore très-souvent quelqucscenlaines de milles pour se procurer de l'ouvrage, de l'onvrajje 'a la jcuirnée. Il se coiulanme "a un esclavage volontaire, qui dure depuis l'aube du jour jusqu"a la brune, i)0ur amasser quelques livres sterling : pendant ce temps, il vit de presque rien , et il est joyeux par-dessus le marché.

(i Quoi! Paddynesouffre pas des privations? — Pas du tout. Paddy n'a pas le loisir de s'attrister; il a quelque chose de mieux 'a faire. — Quelle folle tranquillité d'âme! mais, en marchant si longtemps, il doit dépenser en souliers la moitié de ce qu'il gagne? — Mais , monsieur , il ne [torle (jas toujours ses souliers ; il les met en paquet, et les suspend au bout d'un bâton derrière son dos : peut-être niênie a-l-il deux bâtons , car Paddy , je l'avoue , aime un |)eu trop les bâtons , qu'il considère comme ses meilleurs amis. Lu autre ami est sa faucille , qu'il enveloppe avec précaution dans les plis d'une petite corde de paille, pour la préserver de toute détérioration , et qu'il attache sur son épaule. Or, puisque l'on regarde Paddy comme un être négligent, je crois que le soin (ju'il prend de ses souliers et de sa faucille est beaucoup plus (ju'on auiail pu atlcndre de lui. "

Je me rappelle même une histoire qui met en relief l'adcntion qu'apporte Paddy il tout ce qui lui coûte de l'argent. Paddy Purcel acheta a une foire une paire de saiiots neufs, et les mit pour paraître décenimcnt il la foire, avec d'autant plus de raison qu'il avait 'a danser avec sa chère IJiddy ; mais a()rès les plaisirs cl les divertissements de la foire, Paddy ôta ses sabots pour s'en retourner chez lui , et son compagnon, MicK Alniphy, chargea sur ses épaules une bêche neuve ([u'il avait achetée. Chemin faisant, Mick Muipliy, par inlervalles, tenait sa bêche Ji bras (endu pour admirer sa nouvelle acquisition ; mais , comme il la tenait délicatement entre l'index et le pouce , il n'en était pas maître , il n'était peut-être pas non plus bien maître de lui-même. Bref, soit (juil eût bu »» cou|Mle lr<q), soit pour louleautic laison , il laissa tomber sa bêche neuve et Iranclianle sur le pied de son ami Paddy, pl lui ht une cnlaillc piofonde.

i.K l'AVSAN IIU.AMt.VIS. 285

Paildv rii^il (II' (liiulciii- ; ]c ne vtnulinis nu'iiic p.is gai.inlir (iii'il no li'iclia point (liK'lijucs nialé liiliirns. liiildy ciia , cl Mick Miir|iliy aiiaclia toutes les feuilles do bardane du voisinage , pour les appli<picr a la blessure.

Au bout de (]uel(]ues instants , les lamentations de Paddy diminuèrent irintensilé; et il conmieni.a a se féiieiter de son bonheur.

« De votre bonheur, mon bijou ! s'écria Biddy. — Sans doute, ma clicre , dit l'addy. — Mais vous avez failli avoir le ])icd coupé, dit Biddy. — Vous avez raison , dit Paddy , mais n'est-il i)as heureux que je n'aie pas eu sur moi mes sabots neufs ?

— C'est assez vrai, » dit liiddy.

Elle comprit cet argument irlandais, car elle savait qu'il était plus facile de raccommoder un pied coupé que d'acheter une paire do sabots neufs.

On accuse ensuite Paddy d'ingratitude ; jamais il n'y eut de (dus grossière calomnie. Le paysan irlandais est éminemment reconnaissant; traitez-le seulement avec un peu de bienveillance, et il est h vous jusqu'à la mort. La reconnaissance est chez lui une passion, car elle trouble souvent son juuement. Je me souviens d'avoir entendu citer un exemple de la gratitude irlandaise pour une dame anglaise, fenuue d'un ecclésiastique de l'Église établie, dans le sud de l'Angleterre.

En je ne sais quelle année la moisson fut tardive, et les pauvres moissonneurs irlandais, qui étaient venus travailler, étaient sans emploi, et par conséquent sans moyens d'existence. Dans cette tiisle position , ils furent secourus par cet excellent ecclésiasti(iue, si digne d'être le ministre d'une croyance chrétienne. Il permit 'a une partie de ces malheureux sans abri de coucher dans l'un de ses hangars, et sa bonne dame ordonna qu'onics fournit de vivresjusqu"acequelamoisson leur procurât de l'occupation. Quand elle fut venue, ils partirent; mais avant de s'éloigner ils s'assemblèrent 'a la porte de la maison de leur bienfaiteur, et leurs expressions de gratitude , leurs remerciments, leurs promesses de reconnaissance éternelle, leurs vœux et leurs prières pour le brave homme et sa famille , se succédèrent avec une éloquence et une vérité passionnées telles , que cette bonne dame anglaise ne s'en souvient pas encore aujourd'hui sans émotion.

Je crois entendre quelque adversaire des Irlandais s'écrier : « 11 est facile de parler de remerciments et de reconnaissance; et quant "a l'éloquence, personne ne nie que l'Irlandais n'ait la langue bien pendue. » Sceptique froid et railleur , l'histoire n'est pas encore finie. La saison suivante , les mêmes Irlandais revinrent 'a la porte de l'ecclésiastique anglais , et chacun avait apporté quelque léger présent.

« C'est pourla lionne dame. Dieu la bénisse ! qui a été notre amie dans notre peine. »

L'un offrait une poule, l'autre une bouteille de wbiskey, l'autre une décoction d'herbes préparée par sa femme, remède souverain contre les malatlies ; l'autre des échantillons des cristaux de ses montagnes natales. Tous avaient apporté queliiue gage de souvenir en échange du bienfait dont ils avaient à se louer.

« Ce n'est pas, disaient-ils, pour la valeur de la chose, c'est [lonr montrer que la reconnaissance vit dans nos cœurs depuis le jour où, dans notre aiiandon , nous avons trouvé ici le vivre et le couvert. «

La dame anglaise pleurait enreccvaiit leurs présents. Longtemps après, des larmes

2S(i I.I' PAYSAN IIU.AM)AIS.

Il cnililiiii'iit (liiiis SCS ycu\ en me conlanl cet le ,iiic(il(i(c. « Tonli's lis fois (|iic j'cii- Iciuls iiKilli\iiU'r l'iilaiulc, iiio dil-i'lli- en Ici iiiiiiiiiil , je nie rappelle tiinjiini s ces pauvres paysans reconnaissanls, e( je me hàlc de piciulre leur ilél'ense. »

Que Dieu te i)énisse , lionne dame anglaise !

radd\, lin vous accuse d'èlre iunonuit.

Si j'en crois ma propre expérience, vous n'êtes guère plus ignorant que votre frèie John lUill ; mais si vous Tètes , John lîull doit être le dernier à vous le reprocher, car il a l'ail autrefois des lois pénales contre les maîtres d'école irlandais; mais, John, mon hou ami , ne vous étonnez pas de ce que j'avance ; jetez les yeux sur ce qui se ]iassc de nos jours. Aujourd'hui même, "a cette é]ioquo de civilisation, les riches et les puissants de la terre ne paraissent pas se soucier excessivement d'étendre h vous, John lîull , les lijenfailsileredncatioii.

Quelle (pie puisseêlre rignorance de l'addy, il y supplée par son intellif^ence naturelle; son esprit est proverbial. Par allusion à la longueur d'un mille irlandais, écoutez sa réponse il un voyageur. Ce voyageur se |)laignait des mauvais chemins :

« lih bien, monsieur, dit Paddy, si les chemins ne sont pas bons , du moins nous vous donnons la bonne mesure. »

Le doyen Swifft , dont l'esprit est célèbre , en visitant une plantation après quelt|ues années d'absence, disait avec un cii d'admiration au [laysaii (|ui le conduisait ;

Il bon Dieu ! ces arbres ont crû étonnamment.

— Eh mais, qu'y a-t-il d'étonuant à cela, nionsicur, dit Paddy; assurément ils n'ont rien autre chose à faire, n

Maintenant, Paddy, on prétend que vous êtes méchant.

Paddy est si méchant, qu'il partagera son frugal repas avec l'étranger, riche ou pauvre. Dans le premier cas. Paddy refusera comme une insulte l'argent qu'on lui offrira en échange de ses pommes de terre; dans le second cas, il acceptera les remercînients du malheuieux voyageur et lui dira : Dieu vous garde! après avoir apaisé sa faim. Toujours prêta obliger, toujours sensible à un mot de politesse. Paddy n'est pas semblable aux autres paysans; il ne renseigne pas l'étrangei ipii lui demande sa route, d'une manière si obscure et si maussade, qu'elle équivaut à un relus. Paddy est si méchant, qu'en pareil cas il quittera ses occupations pour mettre l'étranger dans la bonne voie.

Il est il ma connaissance (ju'un paysan irlandais s'tst deloiuiié de plusieurs milles de son chemin pour guidei' un voyageur égaré, et qu'il n'a voulu d'autre lécoinpense ()ue les remercîments qu'aucun esprit généreux no pourrait refuser il une bonté aussi désintéressée. Paddy |iréférait cela a de l'argent; cai-, il faut le dire, malgré la rareté de l'aigeiit chez le (laysan irlandais, une |iolilessc de la paît do ses maîtres est encore beaucoup plus rare. Son rude labeur arrache parfois linéiques misérables sous à ses exploiteurs titrés, mais il n'y a pas de bonne ciinduite (|ui puisse li'ui arracher une (laiole de bonté.

Mon pauvre Paddy, vous n'avez pas l'àme noiie , mais il serai! peut-être avantageux pour vous que voire ligure le lût. Alors peill-rliele paileiiiriil ail oïdeiait vingt millions en \otie faveur, connue en l'a\eiir des nègres, (l'est làrlieiix pour miiis :

IK r.W SAN m LA M) AI s.

vous i'Ios liop pics (le l'AiiglcIoi lo [loin ^itliici- sur nous sa Iciidicssc. C'osl la dislance(|ui(loiine<lcscliaimesà un paysage. L'esclavage aux iDdcs-Occideulales éveille plus vivciiKMil la syinpnlliic des Anglais (|ue l'osi lavaf;e en Irlande, llst-ce donc parec que la (;iande-liiela?;ne, de sa position élevép, domine un iioiizon si cicndn, ipie les misères qui sont loin d'elle lui sont plus faciles a apercevoir que les antres? Il faudrait qu'elle s'abaissât pour voir les alms (jui sont sous ses yeux . et l'Aniilelerie ne doit pas s'abaisser.

Venons au dernier ciief d'accnsalinn. On prctend. Paddy, que vous ctess;in^uiuaire. Il est vrai que beaucoup de sjinî; a été versé eu Irlande ; mais il est également vrai qu'il n'a pas été versé sans sujet. Les crimes du paysan irlandais sont le résultat de circonstances politi(]ues pnriiculicres "a l'Irlande. Souvent c'est moins à sa porte qu'à celle du législateur i|u'il faudiaii déposer l'assignation. D'autres ont suscité les crimes du paysan irlandais . mais ses vertus lui appartiennent.

Le mot paysan . considéré alistractivcmenl , remplit l'esprit d'images de clianips (lenris, de blés onduleux , de bois , de vallées . de montagnes.

Tout est bonheur et joie ; Au vent le trèfle ondoie ; Le pré vert se déploie , De mille fleurs semé.

Des vaches (]ui descendent Les cloclietles s'entendent , Quand les troui'caux se rendent Au gîte accoutumé.

Mais pour le labourage Tout s'apprête au village ; Un robuste attelage Traîne le soc pesant.

Le fermier qui travaille Trouve . après la semaille , Sur sa couche de paille lii repos bienfaisant.

Au ciel pas un nuage, L'oiseau, sous le feuillage, Célèbre en son langage L'amoureuse saison ; Et la brebis chemine Le long de la colline , Laissant 'a l'aubépine Un peu de sa toison.

Des images de bien-être , de calme , de nature belle et bienfaisante, s'éveillent naturellement au mot de paysan. Mais placez à côté le mot irlandais, et, comme une goutte d'un puissant réactif jeté dans le creuset du chimiste , ce seul adjectif va tout changer. De champêtres qu'elles étaient, les images deviennent politiques. Luttes acharnées de la majorité pauvre et souffrante contre l'oppression d'une minorité de riches et de privilégiés ; sévices et vengeances ; collisions de croyances chrétiennes, où la charité chrétienne est foulée aux pieds; élections parlementaires, où, dans le but d'une régénération politique, la rage des maîtres vaincus est bravée pour la cause du pays avec un dévouement et un héroïsme sans égal dans les temps modernes; telles sont les scènes qui se présentent à l'esprit. Puis viennent les formidables vengeances de l'aristocratie . les expropriations . les ventes par aulorilé de juslice , les cabanes rasées , les familles réduites a mourir de faim , les mères monraiii

2SS Li: PAYSAN IIII.ANDAIS.

dans un l'ossi' on donnanl le jour à ilo nouvivuu asiiiiants à la aiisi'io iilandaiso , ot cnliu los pères, égarés par le désespoir , entraînés au crime , expiant sur l'éciiafaud leurs infiaclions à la loi qui a loujours élé iilulôl pr^lo ii les punir (|u'"a les proléger.

Telles sont les tristes idées que les mois de paysan irlandais suggèrent à eeu\ qui le connaissent et plaignent sa condition. J'entends un gros Anglais s'écrier : Il « endure toutes ces souflranees, et cependant vous dites avec emphase que c'est un lionnne.'' » J'admets (]ue de tous les êtres vivants, le paysan irlandais est le plus patient , mais rappelez-vous que la patience est l'une des vertus cardinales.

Mais il y a des bornes , même 'a la patience des paysans irlandais , et (juand leurs tyrans les ont exaspérés, quand leur colère déborde , elle est terrible et sanglante; une fois qu'ils ont lonipu les digues de la |)alienee , leurs passions longtemps contenues , comme des eaux qui ont rompu leurs limites , s'épandent en torrents destructeurs avec cette impétuosité qui caractérise toutes leurs actions, et le meurtre et l'assassinat accompagnent souvent l'insurreelion des caniiiagnes. .Mais jamais vons n'entendrez dire que ces crimes soient suivis de vol ; le vol est raie en h lande. L'a on ue tue pas une femme sur son comptoir pour en piller le contenu ; l'a on ne lui coupe pas la gorge sur un grand chemin pour lui prendie huit ]iences et un demi penny; mais ces faits ont eu lieu ailleurs. Enlin, le crime en Irlande revêt une forme politique ; il est moins attribuable à la perversité des individus qu'à l'esprit de veugeante inspiré au peuple par le mal fait au ]ieup!e; il doit être mis au nombre des événements nationaux do l'époque, et ap[)artioiil pliilol a l'iiistoiie qu'au registre du greffe de Newgate.

lui terminant la lecture de cet article , on se demandera peut-être : « C'est donc la toutco (juil y a a dire sur le paysan irlandais, et ce n'est pas plus plaisant?» Ami lecteur, le paysan irlandais et sa condition présente ne sont pas des sujets de plaisanteries. Personne ne les prend aussi gaiement ijuc lui-même; car, au milieu de ses souffrances , de ses crimes même et de leurs conséquences , il jette sur eux un vernis d'enjouement (jui en déguise l'horreur. Il est criminel avec métaphore, homicide avec gaieté. S'il menace quelqu'un de mort, comment l'exprime-t-ili' « Je mettrai sur lui un matelas de pâquerettes. » On le met en prison , et regarder 'a travers les barreaux de son cachot est, dans son langage, jioUr avec ses soiinils le fer de la Reine.

La signilication de sa sentence ne prive ni lui ni les assistants de ses plaisanteiies. En quittant une cour de justice devant laquelle on poursuivait un paysan irlandais prévenu de meurtre, quehiu'un lui demandait où en était l'affaire; le juge prononçait en ce moment un arrêt ()ui condanmait l'accusé 'a la déportation : " Mylord , dit-il, est en train de faire un cours de botanique *. Le condanuié était très-vieux , et lorsque sa seigneurie < onclut en lui disant (pie la durée du bannissement était fixée à <|uator/.c ans, « J'en suis enchanté , niylord , répondit-il, car, sur mon àme , je ne croyais pas avoir si longtemps a vivre. »

Sa.mlei. IIovek.

' Jeux dp mots sur Bolany ( botani(|uc ; , et Solanij ( colonie de il(;i)orl.ition ). ■ iV. du T.

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