‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 8 sur 106 · II. (,nl U 1 11. R .MAHUD.N · texte numérisé non relu

II. (,nl U 1 11. R .MAHUD.N

racoQlaqiio Ip vieux l'Uilion lui avait pincé le nez en passant, el axait marmotté quelques mots lie coniîé.

« Pas moyen d'aller à Briiiliton cet hiver, mistross Graysiin , s'écria Grégoire, en entrant tlans le salon.

— Mon amour! s'écria mistress Grayson.

— Mon clier papa! reprirent en dno les jeunes tilles. » Mais il y axait sur la ligure tlu mari el du père quel(]ue chose qui lit voir an\ trois dames qu'il serait plus qu'inutile de soulever cette question pour le raonienl.

Ce ne fut que le soir au salon, que Grégoire énuméra les griefs de Grayson contre Recèles, ce qu'il lit dans un discours plus remarquable par le sentiment que parle laconisme. La discussion sui- ce sujet était "a peine terminée, qu'on annonça .M. Lightly. Après les salutations d'usage , M. Lightly s'assit.

« Je ne vous ai pas vu dans la Cité aujourd'hui , dit Grayson. Avez-vous entendu parler de Heciles ':"

— Oui.

— Que peusez-vous de lui ?

— C'est uu homme du u;onde. »

Grayson pensa que cette plirase annonçait bien de l'insensibilité, et manifesta son dissentiment par un sourd murmure.

Il (Juand mistress Lightly nous invitera-t-clle îi venir voir lo lion littéraire dont elle nous a parlé ? demanda l'une des jeunes hlles.

— Lst-ce que mistress Lightly vous a dit qu'elle s'était procuré un lion littéraire? dit Lightly: ah! je m'en souviens; mais ce n'est pas un lion, je vous l'assure : il ne ressemble pas plus "a un lion qu'à un petit chien caniche tondu. Puis-je vous dire un mol en particulier? ;ijouta-t-il en se tournant vers Grayson.

— Certainement. « El le vieux gentleman le conduisit dans la salle à manger. Il C'est demain jour de règlement, dit Lightly, avec un calme affecté.

— Vous nous apprenez de rares nouvelles, rejjrit ironiquement (;rayson.

— J'en ai de plus étranges "a vous communiquer : je vais faire faillite.

— Bon Dieu ! Lightly, est-il possible ?

— Aussi vrai que deux farthiugs font un derai-penny, répliqua Lightly en secouant la tète... N'est-ce pas, Grayson, c'est diablement dur? »

Grayson demeura muet pendant quelques minutes.

Il Pourquoi venez-vous me conter vos malheurs"? dit-il enfln ; je ne suis pas intéressé dans cette faillite : il n'y a rien entre nous, je pense?

— Rien ; mais vous m'avez témoigné de la bienveillance , mon cher ami, et je sens <|ue j'ai besoin d'ouvrir mon cœur a quelqu'un. Vous ne me croiriez pas. mais, sur mon àme, j'ose'a peine rentrer chez moi. Pauvre Lmilie!

— Voil'a ce que c'est , s'écria Grégoire; vous êtes si vofontaire et si têtu. Je vous l'ai toujours dit ; vous ne voulez pas suivre mes conseils; vous voudiiez avoir l'argent en poche avant qu'il fût sorti de la monnaie. Vous ne valez pas mieux que ce pauvre Beiner. qui s'est brûlé la cervelle en I S2~>.

— Lui ! s'écria Liglitly, je ne suis pas tout "a fait aussi fou que lui ! S'd jilantait

s I.K COIIRTII'R MAUaON.

im luminiiiT, il (Idiiniiit en iii(*riie temps l'ordre de ]iié|iaiei' l.i iiàte pour fnire les lieignels.

— 1-t vous, reparlil C.rayson, vous voudriez déjà peler les poiniiies à l'époque où l'on sème le blé; voil'a toute la différence. Quel est voire déficit'?

— Cinq mille livres. — ou un peu plus, dit l.i^lilly.

— Iluiul c'est rude, dialileuient rude. Que comptez-vous faire ?

— Oh! je pourrais m'en tirer sous peu , j'ose le dire , reprit Liglilly ; mais cependant voila le diable ! il faut que je vende ma maison du fauboui};, que je renvoie mes domesliques, — y compris mon tigre, — et que je vive de privationsjusqu'à un retour de fortune.

— C'est ce qui ne devra pas plaiieh mistrcss Lighlly, observa Grayson.

— C'est ce qui ne devra pas lui plaire, répondit IJfilitly; mais je vous dirai , Grayson, que ce qui lui plaira, et lui piait, ('est un lionnne d'iiounenr, (prelle préfère h uu fripon. »

l ne légère convulsion contracta les traits de Grayson; il lit un mouvement (omme pour se lever.

« A propos, je vous retiens, dit Lifilitiy; je vous souhaite le bonsoir.

— Si vous venez demain malin, 'a dix heures, dit Grayson , je vous remettrai uu billet de six mille livres, et nous réglerons h un an.

— Dites- vous vrai? s'écria Liglitly, en bondissant de joie, et eu frappant dans ses mains avec un bruit qui fit tinter les veries sur le buffet. Que je sois pendu si je ne fais faire voire portiait . Grayson! vous serez peint sous la ligure du bon Samaritain. llovNard n'était qu'un polisson auprès de vous, d

Lightly se détourna, et passa la main sur ses yeux.

« Je suis un grand indjécile, se dit Gré;;oire Grayson, eu remontant l'escalier ; mais, comme Perkins avait coutume de le diie, c'est dans ma nature. Perdre quinze ceuls livres avec Beccles, risquer d'en perdre six mille avec l.ightlyl n'impoilc : les enfants iront "a Brighion cet hiver, malgré tout. »

Nous avons vu I.iïhlly, l'autre jour, dans sou cabriolet. Sa ligure élail radieuse; et le ihirc avait l'aii plus formidable qu(> jamais. I.iiilitly a payé Grayson depuis six semaines.

(Ceci nous a clé conlé conlidenticllement.) Owe.v Pe\giii\.

LA CCUTUKIÉP.E.

LA COUTURIÈUE.

I TT e péché originel , doul on accuso la fragilité du sexe, re- .-3=^^ tonil)e de génération en génération sur les ClIes de la cliarmante coupable. Assez chèrement, iiélas! ces pauvres enfants d'kve qui vivent du fil et de l'aiguille paient la peccadille de leur ])remière mère! Les communautés féminines de Cranbonrne-AUey et de Regeut-Stieet expient amèrement la transgression d'Kden.

Est-il, neuf fois sur dix , une créature plus abandonnée, plus dénuée de protection que la couturière, l'ouvrière h la journée, chassée prématurément du foyer paternel, en admettant qu'elle ait un foyer, pour gagner à la sueur de ses doigts un misérable morceau de pain? Un morceau de pain, c'est à la lettre , est presque l'unique salaire de ses longues heures de travail , d'une tâche monotone, qui soulève le cœur, qui ferme involontairement les paupières fatiguées juqu'h ce que de nouveaux travaux les forcent à se rouvrir. Le pain quotidien , expression qui, pour la plupart des hommes, comprend bien des choses, est pour notre héroïne une vérité rigoureuse, une froide léalité; elle est mille fois plus à plaindre que la chanteuse des rues piétinant du raatiu au soir dans la boue, et braillant la dernière production de l'auteur dont le vœu le plus noble est : Si j'étais papillon'/ elles satires semi-poliliques des poètes de Seven-Deals ^. Cette niénes-

' rn'inicM'vois J'nnc iliansiiii [iopulairc.

' Qiniiiorilf Londres li.iliilr par un sminl nmiilnv dciirlilM'Oriv.iiii';.

•:s i.\ (.(U II luii'.i:.

Irolli' n'a imiiil di- tlc'coiiini ;i garder; elle n'osl pdiiil coiulaiimi'p "a (''UuiU'cr losciis (lt> son l'sloniac afranu- pour se monter nne ijarde-rohe ; elle n'est juiinl forcée d'épargner sur sa nourriture ixnir avoir un morceau de gaze, une aune de rul)an , un ajustement quelciinque, qui du moins seront l'image, l'expression extérieure d'un état de liicn-étre. (pioicpie pnnr y arriver le garde-manger soit resté vide. I. a chanteuse des rues, la fenmie de ménage, la servante pour tout faire, plus fortunées que la modiste, 110 sont pas contraintes a être élégantes par les exigences de leur destinée; elles ne vivent pas sur les frontières de la classe élevc'e; elles ne sont jamais en position de se confondre avec leurs supérieures : elles ont dans le monde leurs places llxes, déterminées, et généralement assez de ressources [lonr satisHiiic leurs modestes désirs. Par ses pensées, ses sentiments, son éducation inénu^, la modiste peut être une des plus aimables, des plus noldcs, des plus douces eiéatures de son sexe; et avec tant de charmes, elle croupit dans une élégante détresse, — dans une honorahle misère. Combien de centaines y en a-l-il aujourd'hui dans ce Londres au cœur de pierre?

Prenons toutefois une seule victime ; montrons la couturière dès les premières années de son adolescence, obligée d'être le soutien de ses jeunes frères et sœurs; combien de fois se lève-t-elle par de froides et rudes matinées d'hiver! Voyez-la de ses doigts à demi gelés mettre ses minces vêlements, insuffisants pour garantir ses membres qui grelottent du givre, du vent et delà pluie. D'un pied silencieux, car il ne faut déranger aucun des locataires, elle descend trois étages, et "a six heures, craintive et timide, a travers la boue, le froid et les lénèbres, elle prend la roule de l'atelier loinlain. Pauvre et aimable jeune tille! taiitr>t elle se hâte, craignant d'être de cinq minutes en retard; tantôt elle s'arrête, et se blottit sous une porte, pour laisser passer quelque ivrogne chancelant, dont la voix tonnante l'a effrayée.

Il est possible aussi que celte frêle créature soit né-e au sein du bien-être, ait élé la joie, l'espérance d'un foyer, la favorite (l'un cercle, l'enfanl de l'aisance, du luxe même. Cependant la mort lui a ravi un père, seul bien , seul ajjpui d'une nomlireuse famille; la veuve, après une lutte de plusieurs années, a vu empirer sa situation; et maintenant, avec quatre enfants dont notre petite couturière est l'aînée, elle travaille dans une petite chambre du troisième , sur la cour, et de l'a , tous les matins, notre jeune héroïne, avec patience et une pensive résignation, fruit d'une adversité prématurée, sort pour se livrer "a son incessant travail.

Aimable lecteur, est-ce un tableau mensonger'? est-ce une peinture chargée de sombres couleurs dans le but de tiomper votre sensibilité'!" est-ce la création d'un brillant auteur de nouvelles, l'héroïne imaginaire d'un absurde roman? Ohl non, ne le croyez pas; en ce moment, il y a des coninrièrcs , et des centaines de ciéalures, les plus belles et les plus délicates fleurs de l'iiumanilé, «jui, si elles étaient nées dans les régions aristocratiques de Londres, auraient été reproduites par la peinture, dont les portraits eussent élé répandus dans le royaume, comme d'admiiables chcfs-d'ouvre de la nature, et qui lra\aillent douze , ipialorze, seize heures par jour. Pourquoi? afin de prouver justement le peu (pril faut ii la nature humaine pour se sustenter. Poursuivons.

\otre petite couinrière est arrivée "a l'iilclic r. An Imnl ilc deux ou trois heures,

i.\ col il iiii;iii;. 2^1

ilk' |iiTii(l si's tailiiios de pain ol de liciirn', et l'eau iliatiile lalsiljée 1)111111 a|i|)elle du llié. le déjeuner dé|ièclié, elle tiavaillo ciicoie environ (|ualre heures, sous l'œil sévère et sei utateur de la niaîlresse , et procède eiisuile "u l'œuvre iiuportaiile du diner : un niiiue morceau de viande, peut-être uu œuf, est tiré de son panier: elledine,el se reincl ii liavailhM- jusipi'a ciiii| heures; puis levienl le liipiide du déjeuner, et l'aiguille jusqu'à huit heures. lÀoulez! oui, voici huit heures ()ui suDiient. (1 Dieu merci! » pense notre héroïne, en se levant |)inir nieltrcde côté son ouvrage : « la Ifuhe du jour est lerminée! »

Eu ce nionionl nu cutip rcleiilissant se fait entendre à la porte : « Lu duchesse de Daffodils vent ahsolunient sa robe pour demain à quatre heures. »

L'appieiitio coiiliirière est réduite à reprendre sa place , à ressaisir le Ûl et l'aiguille, et peul-èlre l'horloge marquera une heure, lorsque, épuisée et h demi-niorle, elle se traînera 'a son logis, et ira se coucher, encore poursuivie par la pensée que l'on est pressé d'ouvrage , et qu'elle doit être sur pied "a cinq heures du matin.

Belles, oh! belles, en vérilé, sont les toilettes dans uu salon. Klles sontmervcilleusement ravissaiiles, s'il faut en croire la minutieuse description insérée dans les colonnes du Montiiig-Ileiald vl ih\ Morning-Post. L'imagination extasiée est tentée de les croire tissues de la trame d'Iris, ou fabriquées par la rciue des fées et ses dames d'honneur; et cependant on peut y voir, si l'on veut, dansées splendidesajuslcnients, i'œuvre de la pauvreté, de la souffrance résignée, du labeur mal rétribué. (Jue de soupirs d'une humble et modeste poitrine sont lombes sur cette dentelle ! que de ciiagrins a causés la coulure de ce volant! « Tou!es les beautés du royaume, » dit pour la millième fois la chroni(jiie de la cour, « étaient réunies dans le salon de sa Majesté! Quoi donc! il n'y a des beautés qu'eu robes de brocard , de satin , de velours? .N'en Irouve-l-on point sous l'humble guinguan, sous la toile modeste'? Oh! oui! ce sont CCS beautés qui pâlissent et qui veillent |iour que les beautés opulentes puissent briller d'un plus vif éclat au premier jour de réception a la cour! ces beautés qui travaillent et se fléirisseul dans un galetas, pour que les beautés leurs sxurs surent plus belles en équipage.

Nous avons décrit la journée de travail de notre petite couturière. Elle a toutefois quelques lueurs de jours de fête : ou l'envoie recevoir des connnandes , chercher de l'ouvrage en ville; et, malgré elle, si le temps est beau, si son sort n'est point de faire sa corvée les pieds dans la l)0ue, un carton d'une main, un paraiiliiie de l'autre, il lui est permis de s'arrêter aux vitres des boutiques; elle sabandoiiiie a une rêveiie qui la met en possession de quelques coliflchcts qu'aperçoit chez les bijoutiers son oil involontaire fixé sur les anneaux de mariages ;' ici, d'un nouveau chapeau; plus loin, d'une robe pour meltre dans les grandes occasions.

Outre ces moments dérobés au temps donné a sa maîtresse, la coutuiière n'est (|ue trop disposée a flâner et ;i muser devant les affiches de spectacle. IHIe connaît presque tous les acteurs et actiîces, car elle les a vus plus d'une lois; en outre, elle a des objets de prédilection spéciale dans la tragédie, la comédie et l'opéra. Elle publiera hauleinent à l'atelier qu'elle préfère M. Macready a ;\I. Charles Kean, et, selon ses propres cxpiessiiuis, regarde M. Wardc comme le plus aimable des mortels^

50 LA couTinui m:.

Elle s'étonne que Mnlilniin ait jamais pn nioniir, et diTlaiv M. lialfc un moi veillent ((inipositein-. Ces fionts littéraires , il faut le savoir, se développent par degrés a l'atelier, où eu certaines circonstances , iiarticulièronient en l'absenec de la maîtresse cl tic la première demoiselle, on passe en revue tout l'empire des arts et des lettres .nvec non moins de feiveur que de liberté.

La eoutnrière indiquera a coup sûr quel est le plus ressemblant des quatre-vingtdix-neuf portraits de la plus mal représentée de toutes les dames, sa très-gracieuse ■Majesté. En même temjis la couturière croit fermement qu'anenn indigne étranger n'epouscra la reine, et énonce comme son opinion particulière , mais bien enracinée, " qu'il doit y avoir un amoureux quelque part. »

La couturière est une grande liseuse de romans. Elle trouve Bulwer divin , surtout s'il ressemble tant [soit peu à cet ange d'Iionunc qui est assis les jambes croisées en regard du titre de Leila. Elle tremble que Warryat ne soit trivial. Elle s'étonne quelquefois de ce que IM. Moore ne publie point de nouvelles Mélodies, et. une minute après, se demande si M. llaynes Kailey est un homme marié.

La couturière a un profond secret, un secret caché dans les recoins les plus intimes de son cœur virginal. Un lieutenant des gardes (faites attention à ce lieutenant), jeune homme élégant, mélancoliiiue, au front pensif, lui a envoyé deux baisers dans Pall Mail'! Elle n'a révélé ce secret à personne, excepté a dix amies intimes. Elle apprend une chanson, dont le titre est analogue 'a celui-ci : la Fiancée du soldai. Elle la fredonne en travaillant, sans faire attention au chuchotement de ses compagnes, et ne s'interrompt que pour leur dire, en rougissant, de n'être pas si moqueuses.

Ce sont là cependant les rayons de bonheur qui brillent sur les jours do la couturière: à mesure qu'elle approche de l'âge mûr , les années lui ap[)nrtent un s(,'nliinent plus j)rolon(l de soii abandon, de son isolement; elles effacent sa beauté, elles attristent son esprit, et redoublent pour son palais l'amertume de cet amer morceau de pain qu'elle gagne ])ar un labeur journalier. Les services qu'elle rend aux riches et aux grands, ses visites presque (|uolidienncs dans les demeures de l'iipulence , torturent parfois son esprit révolté, qui s'indigne de l'insufOsance de douze ou quinze shillings par semaine pour l'entretien, la nourriture cl le logement. Mille et mille fois elle souhaite d'êtie blanchisseuse, éplucheuse de houblon, ouvrière du plus bas étage, affranchie de l'obligation de sacrilier 'a l'extérieur, de subir de mortelles privations pour être 'a même de donner du relief 'a la bouti(iue. Est-il une situation plus digue de pitié que celle de la couturière h la journée, qui vieillit sans autres ressources que son métier? Suivez-la dans sa chambre, au faite de (pielque vieille el sombre maison, dans quelque sumbre coin- ; contemplez le séjour de la misère, de la misère luttant avec une énergie dont le monde ne sait rien , pour s'affubler d'un masque brillant , pour sourire patiemment au\ jihis grandes comme aux plus petites privations. Voil'a la coulurière, dont la jeunesse est depuis longtemps passée ; ce n'est plus la jolie fille, admirée dans la rue, suivie pour sa beaulé, flattée, abusée, tentée par l'aisance el le

' Rne (le Lon<li"0« i;iii c»ii<luit .m |ialai5 de Siiiiil-J.inics. (iV. ''« ' ■)

l.A CdLTLIUr.lU:. 31

luxe , lorsque son inléiieiir ne lui offre qu'imlificnce el jiénilile travail. Ce n'est plus la jeune et timide créalure, au visage couvert de rougeur, errant dans les rues de r.ondros, ayant mille pièges tendus sous ses pas, proie réservée au viee égoïste, épiée parl'inlamie mercenaire, ^on, elle a éelia]ipé a toutes ces embûches, dans l'innocence et la constance de son cteur, elle a triomphé des séiludions du jilaisir: elle a pris les ailes de la colomlie pour fuir les lilets ([ue lui leiulaient les fuiies à (igures de femme. Elle a consumé la folâtre insouciance de son enfance, la fleur de s;i jeunesse dans un travail de jour et de nuil ; et, arrivée h l'âge mûr, c'est toujours la ciuilurière, — la vieille lille fanée et solitaire, — l'animal humain végétant a deux shillings par jour. IN'est-ce pas là le sort de plusieurs milliers de femmes dans cette glorieuse métropole?

Et pourtant combien plus funeste, condjien plus terrible est celui de plusieurs milliers d'autres; de pauvres créatures sans appui, dont la poitrine se gonflait autrefoi des meilleures et des plus pures espérances, dont le cœur cédait aux plus nol)les et aux plus tendres affections ; créatures qui auraient pu remplir avec éclat les devoirs d'épouse et de mère ; rejetées et foulées aux pieds comme les herbes des chemins; objet du dégoût et du mépris d'un sexe, des injuies et des mauvais traitements de l'autre, jusqu'il ce que la nature trompée, blessée, courroucée, se soulève contre des êtres qui l'outragent. Au milieu de l'affreux changement qu'ont subi sa voix, sa ligure, ses vêtements, nous ne pouvons reconnaître la couturière, douce et modeste, aux joues rosées, aux yeux humidrfs, dans cette virago criarde, celte Jézabel en fureur et qui hurle; tantôt, dans l'impuissance de 1 ivresse et delà rage, montrant le poin; "a l'agent de police, au front de marbre; tantôt tombant dans la boue, aussi morte qu'un cadavre, versant des pleurs stupides, exhalant "a la fois le gin ' et la vengeance ! Et d'où vient cela? quelle est la cause de oette triste transformation? qui donc a opéré cette fatale et dégoûtante métamorphose? Hélas! il y a environ dix, — neuf, — sept années, la tentation a montré à la pauvre couturièrcsesmillc présents, ses pommes qui semblent d'or, et dont le cœur n'est que cendres ; elle lui a mis sous les yeux une vie enlière de bien-être, tout le bonheur et le luxe dont jouissaient ses sœurs de plus haute naissance; et, pour prêter la main 'a la lenlation, est venu un amour, une croyance aveugle en la foi promise, qui lui a enlevé tout esprit d'égoïsmc et de calcul , pendant que, d'autre part, elle n'entrevoyait qu'im travail sans relâche, qu'une économie sans fruit, et — et— mais c'est l'histoire de tant de femmes! — elle tomba, cl

Si l'on tombe une fois, l'on lonilie pour toujours,

la (leur modeste et virginale est devenue le vil jouet de la niullilude, la raillerie de la foule.

Laissons ce tableau, daulant |ilus terrible qu il est fait d'après nature, pour nous arrôler aux peines et aux ennuis de la modiste dans la pratique quotidienne de

' (Prononcez dgiim.) Genièvre. Le pcinilc en Anstelcric f.iit un us>ige ilémcsurc île celle li.|nenr. (.V du T.)

S2 !.A COI II iui:iii .

boii iiidusliio. A quelles bourrasques e>t-ollo e\|iosée! (|ue d'ariès de cdléie il liiiil qu'elle apaise par un doux sourire ! quelle est I arrogance, la dureté de cœur de la richesse, h laquelle elle doit opposer des regards calmes, suppliants niOnie, pour des fautes, réelles ou itoauinaires, dont aucune n'est la sienne! Nous l'avouons, nous nous souiniesquelquerois senlis exaspérés de la IVoide insolence avec la(]uelle des feninies, personnes de dislinction d'aillcuis, traitent leurs sœurs plus luunlileiuent placées; dans l'autre sexe, un sentiment de galanterie tempère les reproches; mais gonrmander sans pitié une aulre lemme, une couturière, jiar e\en)|ile , une niodiite, une femme de cliandoe, une domestique, une cuisinière; la maltraiter avec un oulili apparent de tout sentiment charitable, il n'y a qu'une femme qui en soit capable. Kn fait do violence et d'eniportcnient . les femmes peuvent délier les hommes.

— Voilà des mois bien durs, dit noire livlrice; bien durs, niailame , mais bien vrais.

Au milieu des plus rudes éjjreuves de la vie, l'cisai d'une nouNclle i()i)e par une prali(]ue fantasque, aristocratique, ou, ce qui est inCuiment pis, par 1 iimorancc lière de ses trésors, n'est pas la moindie i)our la pauvre couturière, qui peut être chargée de porter la robe. S'il y a quelque chose "a reprendre dans un volant, la plus légère erreur dans une manche , si une manclietlc est trop large d'un cheveu, une couture trop étroite , une grêle de paroles dures va pleuvoir, et quelquef(»is de la plus jolie et, en apparence, de la plus douce des bouches, sur la tête de la couturière éperdue, qui, punie de la faute des autres, on, ce qui revient au même, du défaut de mémoire ou du nouveau caprice de la dame même, tantôt demcuie silencieuse et abasourdie, tantôt hasarde en tremblant une excuse, ou promet un umeudcmcnt immédiat. Le seul effet d'une telle promesse est pour l'instant d'accroître l'orage, jusqu'à ce que la coupable s'aper(;oive qoe le silence est sa uuilieure dél'ensc, ou qu'on lui ordonne cnlln d'emporter la chose et, si elle veut, de la jeter un feu.

Maintenant, avant di; ])Oiirsuivre, nos fasliiniialilcs lectrices voudiout elles bien mettre leurs belles mains blanches sur leur cour et déclarer sans rougir (pie jamais, à aucune époque de leur vie, une scène semblable à celle ci-dessus décrite ne s'est passée entre elles et leur couturière, victime expiatoire des fautes et des caprices de telles qui emploient et de celles qui sont employées'? Nous attendons une réponse.

C'est avec une courte anec.lote, qui met en lumière le rude surt de la couturière, les avanies et les souffrances sous lesquelles elle est appelée à courber le dos , une liistoire nullement inventée, mais tirée du livre de fer de la vie réelle, que nous nous proposons de terminer le |irésent essai. Les noms, le lecteur peut en être certain, sont tout ce qu il ya d'imaginaire dans ce récit.

l'anny NVhite était fdle d'un lieutenant de marine, (pii. en mourant, l'avait laissée seule avec sa mère, à l'indifférente compassion du monde; elle avait été élevée et choyée avec soin; et, qui plus est, elle scndiiail née avec la délicatesse, le raflincmcnt, l'élégance et la douceur d'une femme riche. Quand les frais de sépulture du lieutenant eurent été payés, la veuve se trouva avec une seule gui née au monde. Fanny avait alors seize ans, et, le regard aussi riant que si elle allait au bal, elle se levait,

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