‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 81 sur 106 · LE JEUNE LORD · texte numérisé non relu

LE JEUNE LORD

LE JELlNE LOUD'.

UA.ND une truie lail ses petits, écrit ioni lleiiii Brou- 0' gham dans ses Dissertations pliilosopltuiues , chaque pourceau, étant h la lettre jeté dans le monde par l'action des muscles abdominaux , court immédiateluent saisir l'une des mamelles , qu'il regarde dès lors comme sa propriété particulière.

Il s'agit ici des premiers-nés d'entre les pourceaux ; car sa seigneurie continue en ces termes :

(( Lorsqu'il naît plus de pourceaux qu'il n'y a de mamelles, les derniers vont prendre la queue de quelqu'un de leurs frères et la sucent jusqu'il ce (pi'ils périssent d'inanition, n

Jamais les avantages et les inconvénients du droit d'aînesse n'avaient été démontrés d'une manière plus frappante et plus capable d'émouvoir. Qui aurait cru qu'on pût établir un parallèle entre des pairs et des pourceaux? Et cependant les Chinois ce peuple philosophe et éclairé , doivent avoir eu vent de ce fait curieux ; car, dans leur harmonieux et mystérieux langage , le mot shu, selon le docteur Mason Good, signilie également un seigneur et une truie. Il est juste d'ajouter toutefois que cette irrévérence de synonyme est uniquement la faute des racines du chinois, qui, pour toute la langue céleste , n'excèdent pas le nombre de quatre cent onze.

D'après l'autorité que nous avons citée , le lecteur doit admettre qu'il y a des pour-

' Ce commencement paraîtra sans doute de mauvais Roût aux lecleurs français. Nous avons cru devoir le traduire fidèlement, sans prendre aucunement sous notre rcsponsaliilitiS la bizarre compai'aison par laquelle l'auteur a débuté. Elle peut daillcurs , nous le pensons , doimer une idée du genre d'esprit que les Anglais appellent AuHKiK/-. (N.du T.)

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ceaux tlo doux csp^ccs : ceux qui sont nos pour clir ;ill;iiU'S aux maincllt's do loui inèro, coux (jui soiU oMigés d'avoir recours li une succion liôs-iiou substantielle.

Qu'on ne se méprenne point sur nos inicnlious ; loin de nous la pensée de confondre cnsoniliio les |iairs do lail avec les codions do lait : nous espérons (|ue l'on coni- [nondra (|ue nous parlons pliilosopliii|Lieinenl et non par dérision.

Les jeunes lords, comme les jeunes verrats, sont de deux espèces : lords nés pour le sein maternel , lords dénués de cette ressource alimentaire. Ici néanmoins, et c'est un iirand bonheur pourriiumanilé, la comparaison s'arrête et cosse d'ctie exacte. Les lords, fussent-ils les vingliomes rejetons de la môme maison , ne meurent point d'inanition ; car, bien (jue l'aristocratie n'ait qu'une mamelle, l'état a plus d'une queue nutritive. Le premier-né boit toute sa vie au sein de sa famille; les jeunes lords Charles et .\u;;nste ont de temps immémorial on po\n' nouriice le trésor public, ouand la mère inhumaine leur a refusé les bienfaits de l'ullaitement, un Walpolo bienveillant a eu soin de pourvoir!! leur subsistance. L'étal peut s'écrier aveclad y Macbeth :

Je lui donnai mon lait , je sais comme on chérit. Comme ou aime ardemment l'cufaut que l'on nourrit.

Et le monde a rendu témoignage "a l'embonpoint du nourrisson, "a l'ampleur de ses joues, 'a la fermeté de ses membres, "a l'éclat de sa voix. L'histoire démontre que l'état est une excellente nourrice pour les nobles enfants abandonnés : toile est sa bonté, qu'en voyant leur force et leur énergie, il est quchpiefois difIJcilc de décider lesquels sont les jdus heureux , des lords élevés par leurs familles , ou des lords engraissés aux dépens du trésor.

Cependant nous vivons dans une époque d'événements imprévus, de changements hardis, de révolutions impitoyables. Le jeune lord du dix-neuvième siècle est un personnage beaucoup moins digne d'envie que le jeune lord d'il y a cinquante ans. S'il est l'ainé, malgré tous les avantages de cet heureux état, la tâche qui lui est imposée par l'esprit dur et jaloux du siècle est bien plus pénible, bien plusdifiicile que celle qu'avait 'a aoconqilir son grand-père. Son titre, en tant ([uc litre, n'a pas le poids (pi'il avait , et a perdu un peu de son harmonie musicale cl de son induence sur les oreilles endurcies d'une génération utilitaire. Les temps sont durs pour les jeunes lords, puisqu'ils ne peuvent suivre à l'aise le sentier des honneurs, sans se sentir talonnés dans leur marche par des roturiers.

Il y eut une époque oii le loiil soutenait le génie , où le poète était un serf littéraire et portail le joug du gonlilhommc. Le bardo aux inspirations sublimes , aux idées célestes, était protégé par la noblesse, et l'on croyait que les fruits du Parnasse ne pouvaient fleurir qu'a l'ombre des arbres gonéalogiipies. Le pooto avait remplace le bouffon , et était considéré comme la propriété particulière dn pation. Le nom de sa seigneurie était comme une idole puissante et merveilleuse dans la dédicace de l'auteur condamné à s'agenouiller, h ramper, "a marmotter un étrange jargon d'idolâtrie et d'avilissement. Le |)oëlc devait joindre les mains et adorer le fétiche qui lo

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icconipcnsait , et ses lèvres, animées du feu d'Apollon, devaient liaiseï la poussière lies pas de son créateur littéraire. Les sacrifices offerts au singe à la dent d'or sont d'innocentes cérémonies, comparées aux liouniiages qu'il y a cent ans le jîéiiie rendait au lord son protecteur ; mais aujourd'hui le génie ne porte plus la livrée de ceux qui ne sont grands que par leur nom, et le lord a perdu son vassal mélodieux.

Le jeune lord d'aujourd'hui (nous entendons par l'a le premier-né) , dépouillé de plusieurs des douces prérogatives d'autrefois, jouit encore d'une foule de biens à lui accordés par les dieu\. Quoi(iue son titre n'ait pas la même sonorité, quoiqu'il ne retentisse pas si doux ou si terrible "a nos oreilles qu"a celles des anciens vassaux, il est encore pour le jeune lord de larges plaines , des forêts onduleuses , des mines inépuisables , et tout cela lui appartient en perspective. Il est possible qu'il ait les oreilles de Midas, mais du moins il on aura la richesse ; et s'il ne peut, a l'instar de ses ancêtres , pendre selon sou gré un serf coupable "a la porte de son château ; sa naissance lui donne le droit de tendre des pièges à loup dans son parc. De nos jours toutefois il est obligé d'être quelque chose de plus qu'un lord, autrement son litre n'est qu'un brillant éteiguoir sons lequel il disparait.

Occupons-nous maintenant du cadet , du jeune lord proprement dit, encore plus rudement traité par les injustes préjugés d'une génération mercantile. Eu évitant la route escarpée que lui ouvrirait une laborieuse ambition, eu n'aspirant point "a la récompense promise aux savants et aux honunes d'état, il peut a la vérité se livrer aux charmes des courses de chevaux , et de temps "a autre se délasser par l'antique et vénérable divertissement du combat de coqs. S'il n'est plus par sa position le patron exclusif de la littérature , il peut prendre sous sa haute protection un merveilleux basset, tueur de rats ' . H y a encore dans son nom quelque chose qui répand un certain lustre sur un combat de blaireaux, et donne une assez grande im- |)ortance "a un pari. De petits clubs le considèrent encore comme un ornement, et de très-petits hommes sont 'a leurs propres yeux considérablement grossis par la connaissance qu'ils font de sa personne. Le lord est encore un homme que sa qualité élève parmi les nains; c'est encore un oracle pour les ignorants et les muets. On l'a vu , dans la plénitude do sa condescendance , mener des voitures publiques , et pour pousser jusqu'au bout la singularité du déguisement, il a salué les voya^eui-s en recevant avec reconnaissance des demi-couronnes, des shillings et des six pences.

Quand le jeune lord n'a rien, ni talents qui lui valent la conliance publique, ni industrie, ui mérite , il peut qucl(]ucfois porter son litre au marché, elle convertir en espèces. A l'est de Temple-Bar on reucontre encore des chalands, quoique l'esprit prosaïque de l'époque ait considérablement diminué le débit des jeunes lords parmi les OUes des banquiers. Un litre , même lorsqu'il n'est pas accompagné des manières I es plus séduisantes , de la plus jolie figure et des dents les plus blanches, trouve des

' On a >Ti à Londres un basset nommé Billy tuer en quelques minutes une centaine de rais. Eptiraun watts , dans sa rie de yan Amburgh , dit qu'on avait soin de goiger \iréalablenient ces rats de laudanum . .ifin qu'ils ne pussent opposer aucune résistance à leur adversaire. lA. du T )

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