‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 82 sur 106 · LE JEUNE LORD · texte numérisé non relu

LE JEUNE LORD

nclirtmirsdans los ilistiicts siliu's ;i roriont de Londres. Le jeune tord peut se vanter parfois d"av()if ennobli liaibara Wiggins, la lillo eadette de lialpli Wigj^ins, luarehand de chandelles ; d'avoir présenté h la cour, initié h toutes les splendeurs de la eour, miss Moïdore , héritière du vieux Moulore , oscoiiipleur et usurier.

A l'ouest 'jlejeuue lordcsluu être dangereux qui appelle la surveillancespécialedes mères prudentes. 11 est, bien entendu, delaniûmo famille que son aîné; il est admis dans les mêmes cercles; il est probablement jjIus joli garçon ; et comme il n'est (ju'un simple cadet , il est bon de j)rendre gaide a lui. Le jeune lord paraissant au milieu des héritières à la mode, cause un vif émoi a leurs tutrices naturelles et désintéressées ; sa position lui fournit l'occasion de faire briller ses charines aux yeux des jeunes personnes sensibles, et son peu de ressources pécuniaires le fait détester des vieilles dont l'âge et le raisonnement ont détruit les illusions. .Son regard seul est séducteur, ses moindres paroles sont des déclarations d'amour, ses yeux invitent h faillir. Telles sont les craintes de la mère aux yeux de lynx , qui disserte avec beaucoup de raison sur le libertinage du frère cadet, son jeu effréné, ses dettes, ses horribles liaisons , sa perversité en général. l>lic n'oublie Jamais de noircir encore ces défauts en les faisant contraster avec les nombreuses vertus et les nobles qualités que possède son aîné, excellent et cher jeune homme , l'héritier de la famille.

Il y a pour le jeune lord un moyen facile de se distinguer. II jouit encore de la faculté de se rendre célèbre, et a la satisfaction de prouver au vulgaire qni l'accuse, qu'il est, même aujourd'hui, privilégié dans ses plaisirs; (|ue les boutades de son ardent tempérament sont jugées avec moins de sévérité que les écarts des gens dn commun ; et enfin que, lorsqu'il est appelé ;i rendre compte de ses plaisanteries fougueuses et originales , il est traité avec douceur et censuré avec tout le respect dû à sa position sociale. Le jeune l()r<l enlève les raarteaax des |)ortes - avec une aisance et un talent tout particuliers; il casse quelques lam|)es , et est condamné 'a une amende de quarante shillings; il paie avec le courage d'un martyr, et demande en souriant au magistrat si c'est là le montant de sa condamnalion. Lejugc incline la tête en signe d'assentiment. Quarante shillings de la bourse d'un jeuric lord sont égaux en ce cas à deux mois d'emprisonnement auxquels on condamne un pauvre hère, en y ajoutant le léger supplément d'un rude travail. H en est ainsi; 'a moins (ju'un homme ne connaisse un jeune lord , et ne |)uisse cm|»loyer un levier ou lancer une pierre sous le |)atronage de l'aristocratie , il paiera ses récréations énormément plus cher. C'est injuste évidemment et entièrement contraire, selon nous, h res|)rit de la grande charte que le roi .lean signa et scella un beau jour "a Kunnymède.

' I.'oucsl de Londres est la partie aristocratitiuc de cette capitale , l'est est le quarlier des conimerranls.

(N. du T.)

^ Voici ce qu'on lit à ce sujet dans le roman de Nicolas Nilili'hy, par (;l]aii(:8 nieliens Le portail di:

raulierge est Rai iIl- par deux télés de .Maure. La soeicli' cluii>ii' d(' Londres se faisait autrefois filoirc de les jeter à bas pendant la nuit ; mais depuis ipirlipie l(:jnps leur tranquilliti' n'a pas l'ti- troulilc'e. C'est peutnitre parce que cette espèce de plaisanterie est maintenant cireonserite dans les limites île la paroisse de S.aint- James , oii l'on donne la préférence aux marteaux comme étant plus portalifs , et aux lils de laiton des soiincllcs comme pouvant servir de eme-ilenls. • ( IV. (lu T.)

Llî JEIM-: LORU. 2!l.>

L»' joimc lord cs>t quelquefois le centre d'un eertic d'admiialeurs, le palron d'une réunion d'csprils originaux , vivant en dehors de la société , et convaincus cependant que les manières de leur noble ami réOécliissenl sur eux la lumière du monde fasliionable. Sons ses auspices, en son nom, ils s"assend)lent ilans un cabaret, qui, ennobli par une telle réunion , se métamorphose en taverne , et là, mangeant et buvant, ils prêtent, avec un véritable zèle, serment de lidélité au lord des carreaux cassés. Il donne le Ion de la débauche, et a n)ille sectateurs, commis, boutiquiers et apprentis, qui, a l'humbie imitation de ce grand modèle, brisent les lampes , battent les ivatchmcn, et vont trouver en chancelant quelque ignoble créature féminine. Le jeune lord va coucher au corps-de-garde, dont il régale les habitants; et, condamné;! l'amende pour ivresse, il étale ses cinq shillings sur la table, d'un air chevaleresque propre à faire envisager l'ivresse a ses admirateurs dévoués comme la meilleure de toutes les fredaines imaginables. Xarguer un magistrat est faire preuve d'un noble sang ; envoyer au diable les journaux et leure histoires quotidiennes, démontre une grande valeur morale.

C'est ainsi qu'un jeune lord a encore quelque influence sur la vie sociale, et pétrit encore à son gré une génération imitatrice.

Nous vivons cependant dans une époque peu propice au succès des illusions. Chaque jour voit diminuer la distance qui sépare le noble tapageur du mauvais sujet plébéien , et nous ne savons pas si l'opinion publique tardera "a mettre le jeune lord sur la même ligne que le jeune savetier, lorsque tous deux se livreront aux mêmes accèsde gaieté nocturne, lorsque tous deux se proposeront le même but.

C'est une triste vérité , n'est-ce pas, pour le Pullus Jovis du dix-neuvième siècle? Il peut accuser son étoile de ne l'avoir pas fait naître dans un âge plus féodal ; s'il peut se plaindre d'être venu trop tard dans ce monde révolutionnaire, pour y subir des épreuves inconnues "a ses aïeux. Mais c'est un fait, l'opinion publique est la terrible inquisition des temps modernes; et celui qui , "a une époque plus reculée , eût été au nombre des élus par sa charge et par sa naissance est irrévérencieusement amené à la barre, mis à la question, et condamné 'a un aulo-da-fé. Xous vivons dans des jours bien douloureux.

Examinons maintenant une question sur laquelle la politique autant que l'humanité appelle nécessairement nos graves réflexions. Que deviendront les jeunes lords . ceux qui, dans un temps plus heureux, naîtront, non point pour leurs pères et leurs mères, mais pour le peuple , et qui , à défaut de bien patrimonial , ne pourront plus réclamer les secours de la nation. Il y eut un temps où le trésor public avait plusieurs queues; mais hélas! hélas! trois fois hélas! la cruelle innovation au cœur de pierre les a coupées une 'a une, et déj'a celles qui restent sont marquées et destinées a l'amputation.

Que deviendront les branches cadettes de l'aristocratie, puisqu'elles ont cessé de pouvoir être plantées dans le jardin des Hespérides, établi et entretenu aux frais du public?

Au milieu des douleure et des maux du dix-neuvième siècle, le jeune lord jette les yeux autour de lui et regarde l'Angleterre , jadis pour lui pays de bonheur et de

2!)1 l.L M AU Cil AND 1\ K I 1 1! i;.

iliaiil naturel à se lever lualin, et colto iiiestinialilc liabiluilo, jointe à celle iraller lonjouisii réiilise au moins nue l'ois ions les dinianclics, linit par lui acquéiir l'entière afreelion et la conliance de SKrinisliire. C'était ;i la vérité nn \rai bijou, en tablier noir, blanc, ou brun, un jeune homme sobre, honnête et industrieux. Tello est la matière première dont se composent souvent les favoiis de la fortune, (]uoi- <|u'il y ait sans doute beaucoup de celle matière première ([ui n'est jamais honorée de l'empreinte du visage de la bonne déesse, pour avoir cours dans la société.

Dobbs était arrivé 'a cette favorable marée des affaires humaines qui, dit-on, s'offre "a chacun une fois dans la vie; il n'était pas assez niais pour rester à dormir au fond du bateau, pendant qu'il y avait un avantage quelconque à ramer vigoureusement. Skrimshire était un vieux garçon dont les maux et les consolations étaient une femme de charge accablée d'années , cl une nièce orpheline. La première, sous l'impiloyable main du temps, était devenue Irès-.semiijable aux portraits de la mère l'oie, et la seconde était d'une ressemblance frappante avec son oncle, bien que décidément elle lui ressemblât en beau. A mesure que les infirmités rendaient Skrimsliire impolenl, les affaires élaient dévolues à Samuel Dobbs.

iMarsIia, la jolie orpheline, et lui, vinieni 'a [lenser très il propos qu'il était houleux d'imposer plus longtemps au pauvre vieux (jenllcman le soin de garder une jeune lille éveillée ; ils convinrent donc, par un effet de leur bon naturel, que ce pénible soin devait èlre conlié au dévoué .Samuel Dobbs, "a titre de mari. Ajacs quelques réflexions et quel(]ues diflicultés, Skrimshire linit par envisager sous son véritable jour cet acte de tendre sollicitude, et cessa bientôt de se mêler des affaires, loutefois l'habile vieillard, quoique peu développé par la lecture, avait trop de Kinnaissance de ses propres imperfcdions pour se li\ rer 'a une vie de méditation au tond d'une campagne éloignée. Il continua donc "a endosser son tablier, "a fureter dans la boutique, et à fumer sa pipe avec ses vieux camarades, à la taverne du Cheval el du (iroom, jus(|u"a ce (|u"il fût ap|ielé un peu brus(iuemcnt "a payer la seule dette légitime qu'il ne se souciât pas d'acquitter ; — en d'aulres termes, jusiju'à ce qu'il mourût, laissant une boutique bien achalandée, el de jolis bénélices à son ûdcle prenner garçon et îi sa nièce orpheline. Tendant ce temps ce digne couple avait reçu une image mâle et femelle de ses grâces respectives, et mistrcss Dobbs était eu élal de pouvoir bientôt savoir par sa propre expérience si, pour les curants comme pour d'autres objets moins im|)ortanls, nnmcro Dcus impnic (jauikl.

Les chemins de fer n'elaient pas inventes a l'époque dont nous parlons, mais la prospérité de la famille Dobbs marcha bientôt avec la rapidité d'un wagon. Plusieurs voisins, qui achetaient dans un quaitier plus éloigné, plutôt pour décourager un vieux célibataiie rcvêclie et vraisemblablement i)crveili, pcnsèrenl alors que c'était a la fois un devoir et un plaisir de donner leur ]iiatique ii Dobbs, et de procurer du paiu (Dobbs lui-même se chargeait du beurre) aux vils et intéressants petits Dobbs. Les prolits augmentaient beaucoup plus que les dépenses, et Dobbs n'avait poiut sujet de se plaindre de la dureté des temps. Les enfants avaient (piel(|ucfois la rougeole ; des chalands inconsidérés j)crsistaient quelquefois tioji longtemps "a chauler : « Repassez demain, » refrain d'une chanson comique qui paraît avoir été forl en vo-

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