‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 83 sur 106 · MARCHAND RETiRli · texte numérisé non relu

MARCHAND RETiRli

guc ;i celle époque ; mais c'élaienl des baaaielles comparalivement au hien-êlre général, et ne déianiieaieutpas la balance «jne idus les ans, à Noël, Dobbs voyait s'accroîlre en sa faveur.

Pour rendre justice a Dobbs, il faut ciimoiiii- inie, sans être précisément un modèle de générosité, il ne manquait pas de bons scnlinients. Il pourvut aux besoins de ses parents dans l'indigence, donna ses vieu\ babils, dans la poclie des(iuels il glissait de temps en temps un souverain, h un frère malbeureux, souscrivit à raison d'une guinéc par an pour rétablissement d'un dispensaire, et l'on assure qu'en trois occasions diverses il conM ibiia au sonlauement des incendiés de son voisinage : on n'est pas d'accord sur le montant de son offrande.

Comme inspecteur des pauvres, sou règne fait époque dans les annales du worklioiise. Rien de plus ordinaire que d'entendre des vieillards des deux sexes, qui se croient lésés dans quelque question de thé ou de tabac, dire en secouant la tcte d'un air significatif:

« Ah! ce n'était pas ainsi du temps de M. Dobbs, esquire; ou bien : Si M. Dobbs, esqnire, était en place, les pauvres jouiraient de leurs droits! d

11 ne résulte [las néanmoins de cette circonstance, que M. Dobbs, esquire, ait toujours obtenu de pareils éloges dans l'exercice de ses fonctions. 11 est d'usage dans toutes les classes de se rappeler uniquement les vertus de ceux qui s'en vont, et de ne voir que les imperfections de ceux qui restent.

Vingt-sept ans après la mort de Skrimsbire, et quarante et un ans après l'arrivée de M. Dobbs a foudres, celui-ci se trouvant assen riche pour exécuter le plan de retraite qu'il avait longtemps médité, résolut enfin de remettre son couteau à beurre et son couperet à fromage entre les mains de son fils aîné. Nous ne sommes pas à même de fixer précisément la somme qu'il avait amassée; évaluons-la toutefois a quinze mille livres, et si quelque philosophe orgueilleux a la témérité de croire pouvoir vivre avec un liard de moins que l'intérêt d'un capital aussi modeste, la seule punition que nous lui souhaitions est l'occasion d'en faire l'épreuve.

Dobbs se retira dans un charmant petit domicile, "a quatre ou cinq railles de Hyde- ParK-Corner : Ta il cultive les fleurs, les choux, et la philosophie, et le tout avec un succès satisfaisant. Il faut se souvenir qu'il est né h la campagne, et ses prédilections d'enfance se sont réveillées dans le dernier printempsde ses jours. La famille qui réside avec lui, consiste en une femme et deux grandes filles. Rassurez-vous, cher lecteur, toutesdeux sout promises. 11 a son potager, son jardin et sa cuisine; il dirige une école primaire, qu'il a contribué plus que tout autre 'a fonder dans le voisinage ; il veille h ce que personne n'attrape son fils qui est a la ville, et à ce que personne ne coure avec ses tilles à la campagne ; il prend un livre de tcmiis à autre, bien qu'on puisse dire qu'il supporte la lecture sans l'aimer; et au moyen de toutes ces occupalions, Samuel Dobbs s'arrange une existence fort tolérable, bien supérieure malheureusement "a celle de la plupart des hommes. Chose étrange ;i dire, il parait être luimême de cet avis ; car la dernière fois que nous avons dîné avec lui, "a la fortune du pot, il se plut, après un troisièmeverre de vin, 'a nous édifier par renonciation d'une ou deux de ses observations morales.

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