LE CAPITAINE ROCK
LE CAPITMNK I\(»nk ET M. PICEON
ES fabiicaiils île slalislic|iie cl les uiaicliaiuls de géogia- . ^r-3^, -^î-rv V ~- 1'''"^ ""' pnrfaitonieiit calculé le uonilno de pains de SA-S ^ '^--^W^'^J^'-^'' i|ualre livres, de barres de fer. de saiimous de plouih, H^^ft^Hf-'^ '^^ S3CS de laine, de Turcs, de quakeis, de raélliodistes, ■^^yi ,,- ,|o juifs, de catholiques, d'anglicaus, qui entrait dans la somme totale de la pioduction et de la consommation; [lou: les différentes coiitiées de ce monde pervers; je voudrais bien voir un tableau dressé avec soin des fripons cl des dupes de chaque pays. Ce calcul fournirait a un philosophe un l'Cau sujet de uiédilalioii L" esprit se comi)biit a réfléchir sur cette vaste et féconde matière.
Que de Toleure il y a à Paris, juste ciel ! !
Que de chevaliers d'industrie s'affublent "a Pékin du costume des mandarins I ! \-t-on l'idée de la multitude d'escrocs qui, dans ce moment même, eveiceni leur métier "a Saint-Pélcrsbonrg?
Que de fripons récitent leurs prières à côté de dou Carlos! ! Combien d'autres étalent leurs grâces aux yeui de la jolie reine Christine ! ! Quelles myriades de coquins, à coup sur, fument leurs pipes et boivent de la petite bière dans les capitales de l'.MIemague ; ou, exposant leur dosd'ébèue ii l'ardeul soleil d'Afri]ue. impréunés d'huile de palmier, vidant leurs calebasses emplies de quass, s'étendent sur le seuil des huttes d'aririle de la brûlante limbuelou ! !
■ !.e pei^sonnage «K-si^înè sons le nom de capitaine Rooli i corbeau ; s'appelle c':cz nous Girc ou chevalier d industrie. Letradu-lenrdu présent ouvrage est chargé de faire ta monographie au Grec ihm 1rs Français peinlsimr eux mêmes.
(iV. de rÉd.)
•298 i.i: (M'i I Ai\i; i!(MiK i: I \i. i'ic.i;0N.
llcsl iiiiililc (II' iiMilli|ili('f ct's allusions (()|i(i,m;i|i|iii|UOS, cl de cIkmcIici dans les imiiii.uiv (les |)irii\('s (II' c'('(|tio nous aviiiii'ons ; mais on n'est |ii)inl vrainicnl |iiiiiosoplii' si l'on n'a loulcs tes diosi's en li'lc ; si, en obbcrvani ol on a|i|uécianl l'espère linniainc, on ne les pèse scmpulcuscniciit.
l'ensec consolanle! la itii'\oyanle nalure a fait les (leuis poui- l'alieille, les eouranls d'eau limpide pouf le poisson élineelanl ;elle a créé des ehevieaux, des daims, lies elièvies et autres animaux puni la nouiiilme des lions i U};issanls ; elle a lait naili'e les souris pour les chats ajiiles , lo Iromaiic pour les souris, cl ainsi de suite, l'arloul dans son empire ic;;ne ce giand principe écononii(|ue, ciue partout où il \ a un liesiin, il doit y avoir un produit correspoiulant. ( Voyez les romans d'Adam Smitli, de Malllius, de lUcaido , et les O'uvrcs |)liiiosopliiques de miss Marlinoau. )
Il est doue cousolaul de penser (juc, de même ([ue la natuie a destiné les uiouehesîi être mangées pai' les poissons, les fleurs a être dépouillées par les alicillcs tic leur odorante i>oussièrc, elle a mis sur terre les imbéciles pour sei vir de pâture au\ fripons : c'est une touséquence loyi(]ue du système général.
Oui, l'observa lion aux yeux péiu'tranls découvriia dans runi\cis entier des capitaines RoiiKs cl des l'igeons ncs|)i)ur tire exploités; partout où le soleil brille, on est sur de voir la folie se ciiaulTer "a ses rayons, et la friponnerie la suit connue une ombre.
Il n'est pas toutefois nécessaire d'allei' li l'ctersliouri; (Ui li PcKiu |iour ti ouver des fripons, et j'ignoie si les capitaines llooKs de 1 imbuctcui jouent aux cartes ou au billard! " ^o^ls ne sommes pas des oiseaux , comme dit l'Ii landais, |)nui' ctre dans uiu^ demi-douzaine de lieux a la fois. » Laissons donc de coté toutes considéiations sur les coipiins des autres contrées, et contentons-nous d'exaiiùner ceux (|ui llolissent sous nos yeux, .l'ai beaucoup \oyagé , j'ai \u liien des hommes et bien des villes, et franeiiemenl je crois (jue notre patrie, l'Angleterie, pioduit les meilleurs soldats, les meilleurs matelots, barbiers, tailleuis, brasseurs, chapeliers, et coquins de l'univers entier. Le fripon anglais en particulier est le fripon pai- excellence ; aucune société n'est acompareiii la n("itre pour le nombre comme pour le mérite de ses (ilous. Je vous délie de me citer une grande ville du continent où l'on n'eu trouve pas une demi-douzaine, échantillon vivant de notre manufacture nationale. Chordiez ii Uome, îi Clialteidiam, a liadcn, "a 'l'ccplitz, a Madrid, ou h Czarkoesalo , j'ai visité toutes < es villes, et je vous donne ma parole que l'Anglais est le plus habile fripon qu'on y trouve. 11 estsnpérieui- "avotrel'iançais vif et étourdi ; à votie fanfaron d'Irlandais, avec son gilet de velours rouge et ses favoris jfit'Hi; 'a votre grave Espagnol, avec ses épouvantables yeux de travers el les c()ingles de diainaiils semées 'a profusion sur sa chemise ; il votre baion allemand avec sa face de suif, sa moustache Manche, son double menton, ses doigts gras, sales et noueux, et un large ainicau d'or au i)0Uce; il est uicme préférable ;i votre lUisse, non encore décrit, escroc par éducation , espion par amour de son pays, et le |ilus(langci('ux de nos antagonistes. Qui porte l'habit le mieux taillé, même h Vienne'? qui s'étale dans le plus élégant biitzska aux eaux de liade'? qui boit le meilleur Champagne 'a l'aris? C'est le capitaine liook, toujours le ca| ilaine liook, oilicier au service de sa majesté britannique,
Lii; cai'Iiaim: ium)k i;i m. i'Igi:o\. 2'.)'j
ou plulot c\-oflicior ilo l'année anglaise, ayant jugé convenable Je iluiiiicr sa tlcinissioi).
La vie dune jambe noire [blaklcçj), car c'est le nom qu'on applique dédaigueuscuieiit au capitaine Kook dans son propre pays, est si aisée, si coinfoiiable, si insouciante, si joyeuse, que je ne puis concevoir pour(|Uoi lous les honiiues ne deviennent pas des capilaincs liooks. Il faut qu'il y ail de nivsterieux obstacles, des (lillicullés ignorées du vulgaire, que peuvent seuls surmontei- les hommes d'un géuie réel. \ isi- Icz aujourd'hui le capitaine liook ; h Londres, il est au^ environs de Sainl-Janies : sur le continent, il a les meilleurs appartements dans les meilleurs hôtels. \ isitez-le, el, à une heure après-midi, vous le trouverez enveloppé d'une superbe robe de chambre, devant une table cbargéedes mets les plus recherchés et les plus délicats, fumant peut-être l'une des plus grosses pipes d'écume de mer que vous ayez jamais vues, ou bien encore, il lira le }{ontiii(i-Posl,o\.i un roman; il n'a chez lui qu'un seul volume emprunté "a un cabinet de lecture. Il est possible aussi (|u'il soil en train de se faire coiffer, ou qu'il s'entretienne avec un tailleur au sujet d'échantillons de uilet, el iiu'il boive du sndn-tcfilvr iwec un veire de Xérès; il fait tout cela chaque matin, ce qui ne semble [las tiès-diflicile, el dure jusqu'il tiois heures. A trois heures, il va chez un marchand de chevaux, et y llàne une dcinilieure; à quatre heures on l'aperçoilà la croisée de sou club; à cinq heures il se montre 'a Hyde-Park, avec un ou deux de ses amis (car il ue counailpointile lenunes). Les uns, vieux i/cnf/emaH, moutés sur de petits chevaux, ont connu sa famille et lui seivent de passe-port: les autres, jeunes adolescents, aux Dgures pâles et ûéiriesiiar la débauche, portant de petites m lustaches, ou ilu moins de petites touffes de i>oil au menton, le suivent avec ardeur comme l'homme qui donne le ton et la mode.
A sept heures, il dîne chez Long ou 'a l'hôtel de Clarendon ', et il se couchera très-vraisemblablement a cinq heures du matin, après avoir joué paisiblement au wbist, croqué des os grillés ^ et bu du punch.
Peut-être dine-t-il dans une taverne à Covent-Garden, après quoi vous le verrez au théâtre dans une loge. Le capitaine Rook préfère le cirque aux autres spectacles. Dans la loge, outre lui, \ous remarquerez un homme jeune , très-jeuue. un de ceux qui lui ont parlé dans le parc le matin, et un couple de dames. Costume sale, os saillants, air triste, innombrables petites boucles de cheveux blancs, grosses mains, gi'os pieds, robe fanée de soie bleu-clair, tel est le signalement de l'une; elle l>orte un large bonnet, bordé de jaune, orné de vieille blonde el d'un mélange hétérogène de fleurs chiffonnées; elle a de longs pendants d'oreilles dorés, el se tient penchée, el personne ne lui parle el elle ne parle a pereonne ; parfois seulement :
■ célèbres lestaurants de Londres. Daus un article du numéro de mai (859 de DenlUij's Miscellanij, on oompare le premier de ces établissements à Beauvilliers.
^ N. du T.)
- Ce sont des os de poisson, d'alose, de saumon , etc. , que l'on met sur le gril , et que Ion mange poi:r s'cxciler à boire.
500 \Ai CAIMI UM: Kiidk Kl M. l'UiLON.
(1 iMou Dieu ! Maiia, dit-elK', que vous ave/ liuinio façon ce soir; il v j im Immiiiiu' on face do nous (|ui vous rogaitio ilo|>uis trois lieuros. Je crois liion i|uo c'est celui ([ue nous avons vu au parc, ma diéro!
— Je vous prie de vous laire, Anna, ol de ne pas nie tenir de propos au sujet des lioranios. Vous no croyez pas miss Ickman, Krcddy ', n'est-ce pas';" dit Maria on lançant à Freddy un sourire plein de tendresse. "
Maria est sur le devant de la loge ; elle prétend avoir vingt-trois ans, mais elle eu a trente-trois, miss Ickman le sait hien. Elle porte une robe de velours ])ourpro, trois liriicelets d'or h chaiiuo bras, autant de baignes 'a cliaquo iloi;j;t do clui<|iie inain;;i l'une d'elles s'altaclie un flacon d'or contenant des parfums; elle a un énorme éventail, unmouclioirde poche "a dentelles, un scliall de Cachemire qui tombe continuellement, et laisse voir sans nécessité une paire d'épaules tros-blanchcs; elle parle haut, laisse toujours tomber son proïianuuo dans le parterre, et embaume l'air anil)ianl de tous les parfums du magasin de M. Delcroix.
Après cette description, il n'est nullement nécessaire de dire le que c'est que Maria. Miss Ickman est sa compagne, et ellesdemenionl ensend^le dans une très-petite maison de May-l"air. Cette maison vient d'èlro meublée a i. a loiis yi atok/.e - par Freddy, sans le savoir positivement. On dit même que la petite voiture, attelée de deux petits poiieijfi, dans la(|uelie Maria se montre si séduisante au parc, a été achetée par Freddy. Cest le capitaine Kook qui la lui a procurée ; l'affaire a été excellente!
Telle est la vie du capitaine Rook ; en est-il de plus agréable'/ Supposons que Maria lui dise: "Venez chez nous, capitaine liook, nous avons ii vous offrir du poulet fioid et un verre de champague glacé. » Supposons qu'il y aille, et qu'après le poulet, unii]ueinent pour passer le temps. Maria propose une petite |)arlie. File ne joue que des shillings; mais Freddy, un peu |)lus audacieux, consent volontieis à parier une demi-livre sterling. Y a-t-il grand mal "a cela'/ Fh bien ! au bout d'une demiheure. Maria se sent fatiguée, et miss Ickman est depuis longtemps endormie dans un coin. Les deux dames se retirent la chandelle à la main.
" Diable! Freddy, s'écrie le capitaine Rook, versant au jeune firiitlcmaii un (|uinzième verre de Champagne; quelle veine vous avez! Si seulement vous saviez en prolitcr. "
Quoi de plus natuiel et même de plus bienveillant i|ne ces paroles de Rook'/ Freddy est évidemment un joueur inexpérimenté, et tout joueur ajant un peu d'expérience sait qu'il n'est rien de tel que de profiter de la veine. Freddy se lance ; mais l'inconstance de la fortune est proverbiale; et il n'est nullement étoniianl qu<! Freddy, après avoii- eu tant de bonheur au commencement de la soirée, Noio enhu la chance tourner contre lui.
Freddy perd.
* Abr(!>ialioii du nom de Frédoiic
^ Ces mois .sout un fr.incjis ddUit le Icxl''.