‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 86 sur 106 · I.l' CM'lTAIiM'; UOOK i; 1 \l. l'K.l'ON · texte numérisé non relu

I.l' CM'lTAIiM'; UOOK i; 1 \l. l'K.l'ON

Il (sl ilialiloiiKMil iii;iIIk'uioii\, sans (IoiiIc, i|ii'il ail t;a;^ii(' Ions les pclils coitjis ' el (lu'il |H'iik' Ions k's ^imis. Mais il est un plan i|ne connaît le jonenr le pins oïdinaiic, nn niojen InlaiHihle (le se laltiapei'; il snflil île diinlilcr l'cnjen. \ (mis perde/ une guiiiée , vous mettez sur lahle denx guinées ; et, si vous gagnez, vous gagnez une guinée en sns de voire enjen piiinilil'. Si vons perdez, vous n'avez qu'a risquer quatre guinées "a la Iroisièuie lois, linil à la (inaliiénie, seize à la cinqniènie, lrenle-deu\ il la sixième, el ainsi de suite. 11 n'y a pas de raison pour que vous perdiez toujoui's, el la première fois que vous gagnez, toutes vos perles se trouvent réparées. Cet inlaillilde pioeédé n'a iju'un ineonvénienl : si vons eouiiueneez par une guinée, que vous doubliez elia(|ue lois que vous perdiV., et (pie vous perdiez quinze fois, vous avez |)erdu exaeteiuent seize mille trois cent soixante-trois guinées, somme qui e^eède proliablenient le montant de votre revenu annuel ; le mien est eerlainement loin d y .illeiiidie.

Treddy ne joue i>as aussi gros jeu ; mais il est (lauvre d'esprit, eomme il l'a prouvé eu paraissant effrayé de son bonheur, el il n'est pas moins pauvre d'esprit lorsqu'il eommcnee à perdre; il est effrayé, et eonséquemmenl augmente ses enjeux, et clieiclie à ressaisir la elianee. Quand un liomme en est l'a, e'est fait de lui.

Quand le capitaine Kook retourne cliez lui, le soleil darde ses rayons à travers les volets du pelil salon de Curzen-Street, el le valet de pied, pâle et effaré, a les yeux chassieux en ouvrant la porte. Le capitaine Roo!v rentre, ayant en poche des billets de l'rcddy pour une sonnne de trois cents livres sterling. Quelques gens prétendenl qu'à l'époiiue de l'échéance, Maria a la moitié de l'argent pour elle; mais je ne le crois pas. Le capitaine Rook esl-il homme a lâcher une bourse sur laquelle il a mis la inaiu?

Que ceci soit vrai ou non , c'est ce qui nous importe fort peu. Le capitaine s'en va dans 15rook Street, où il loge, s'enfonce entre ses draps, trop fatigué pour faire ses jirièrcs , et se léveille à midi pour rec(jmmencer la journée dont nous avons tracé le tableau. Quant à l'reddy , ni opium , ni mandragore, ni tout le soda-watcr des chimistes, ne peuvent lui rendre ce doux sommeil dont il eût joui sans ses pertes.

■1 Si j'avais seulement joué mon roi de cœur, dit l-reddy en sonpiiant , et i^ardé mon valet ; mais que faire contre un homme qui louriie le roi sept fois de suite ! si seulement j'avais cessé de jouer quand Thomas , que le diable emporte , nous a apporté cet infernal punch au curaçao; j'aurais sauvé cent ou deux cents guinées ! u

ielles sont les lamentations de Freddy. 0 malheureux Freddy ! infortuné Freddy ! pauvre diable de Freddy ! vous voil'a frappé au cœur, et le seul moyen de vous guérir est de vous saigner jus(iu'aux porles de la mort. La maxime lioméopallii(|ue de ^hitHia siiiiUilnts , et qui veut dire, je crois , en langage vulgaire, (]ne vous serez nnéri par un poil du cliien (jui vous a mordu, va être mise en pratique à l'égard de Freddy , seulement ce ne sera point |)ar doses homéopalhiques iiilinilésimales. Il ne sera point guéri par un poil du chien qui l'a mordu , mais vire rcrsâ par le chien

' En fiaiirais d.iii'. lurisiiul.

302 Lii CAi'ii \im; iKMiK i:t m. rir.i;o\.

(Iiiiii iiii poil la chaloiiilU'. l'icddy a coiniiK'iici' îi jouci iiiic liaualcIlod'alioKl , mais il cttiilimuMa ; il faut qu'il al'IVonlc iiiaiiili-iiaiil los iiioisiircs du ihicu, ou il n"v a |)(iiiil de clianoes pour lui. Il laul i]u'il jouo ju^-iju'ii co (|u'il ne [luisso plus j^iior ; il jouera jusqu'à ee qu'd ne lui leste plus un sliilliui,' , et alors pcul-êUc il deviendra honnèle lioiiime. quoique les pi olialiiliN-s soient eonire lui. Il y a eent ;i parieieonire un que ee seia un IVi|ion , rielie ou pain le. .le n'ai |)as hcsuin , je pense . de vous dire h préscnl le nom de l'reddy : le voici sur sa tarte :

M. FUiiDiLiiic ri(;i;().\

LONG'S IIOTI'L.

J'ai dit (pi'il était prohalile que Frédéric Pigeon, i:s(]uire, deviendiait un liipoii. liclie ou pan\re; mais l'opulence est heancoup plus loin de lui que la misère. J'ai entendu un acteur qui ne savait ni liie . ni pailer, ni lire l'anglais , (|ui n'élail propre a aucune espèce de coniraerce , (pii n'eût pas été capable de vendre des pommes, qui même avait a peine assez d'es|iril pour faire un memhre du jiarlemeut; j'ai , dis-je, entendu un acteur, dont les seules qualités étaient une grosso paire de jambes, une grosse voix et un gros cou , maudire sa destinée et sa profession, qui . malgré ses efforts . ne pouvaient lui faire gagner seulement huit guinécs par semaine.

« Il n'y a pas, disait-il avec beaucoup de raison, d'iionnnes aussi mal payés que les artistes dramati(iues ; ils travaillent pour rien durant lonte leni- jeunesse , et rien n'assure h leurs vieux jours une existence paisible. <>

l'uis il soupirait, et demandait le (|uaranle-neuvième verre de groog qu'il eut bu dans le cours de la semaine. On était au samedi soir.

Si mon ami C.laptrap absorbait celte (piantité immodérée d'eau et d'eau -de-vie , outre la bière qu'il consommait le matin, après la répétilion , c'était , sans aucun doule , un effet de l'excitation produite en lui par le métiei- (|u il exerçait ; et je ne puis ni'empècher de faire une digression sur sa destinée. I.lle est triste : manger, boire, travailler peu, se divertir, être payé deux fois plus qu'on ne vaut, aller doucement 'a sa ruine, et tondier enlin de l'arbre quand on est mûr et arclii-niûr , et pourrir sur le sol jusqu'à ce qu'on soit confondu avec la poussière

Les lecteurs nous pardonneroni d'aulant plus volontiers l'épisode ci-dessus, que réellement il n'a aucun rai)port avec le sujet (pii nous occu|)e.

Mais quelque mal payé que soit l'acteur , quelque trisie que soit son sort , celui du pauvre hlaclilcf) est encore plus misérable. Vous n'entendez jamais parler d'un joueui- riche . ou d'un joueur (jui lirrisse par' gagner-. Oii [lasse tout l'argent <iue les

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