‹ Les animaux à métamorphosesChapitre 14 sur 21 · LES APTÈRES · texte numérisé non relu

LES APTÈRES

C’est l’ignoble engeance des poux, des puces, etc.

Ces dernières ne naissent pas sous la forme de l’insecte parfait.

De leurs œufs sortent des larves sans pattes , des espèces de vers, d’une très-grande agilité et qui ne connaissent qu’une occupation : manger. Et que mangent-ils? de petits grains noirs qu’on trouve répandus autour de leur domicile. Ces grains noirs sont du sang coagulé qu’une mère prévoyante leur apporte. Quand les larves ont acquis toute leur croissance, elles filent une coque à l’intérieur de laquelle elles restent quinze jours. Lorsqu’elles en sortent, chacun sait ce qu’elles sont et ce qu’elles font.

Elles ont un ennemi que nous devrions traiter en ami, malgré son nom peu engageant de chelifer cancroïdes.

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« C’est, nous écrit un membre correspondant de l’Académie des sciences, M. le docteur Guyon, c’est une toute petite bête que nous nous hâtons d’écraser, barbares que nous sommes, dès que nous l’apercevons. Toutes les femmes de chambre la connaissent. Quel nom lui donnent-elles? je n’en sais rien ; mais on peut affirmer qu’il doit figurer dans leur esprit au nombre des plus vilaines bêles. Quoi qu’il en soit, le chelifer cancroïdes, malgré sa forme d’araignée et ses serres ou pinces de scorpion, nonseulement ne nous fait aucun mal, mais encore nous rend des services en faisant la chasse aux puces , dont il nous épargne ainsi bien des piqûres.

« Un jour que je soulevais mon oreiller, j’aperqois au-dessous, sur le drap, un chelifer et comme j’aime assez les bêtes de toutes sortes , l’idée me vint de l’examiner de plus près. Or que vis-je ainsi? mon chelifer gorgé de sang et tout alourdi par ce fait, tandis qu’une puce qu’il tenait dans une de ses serres avait l’abdomen ouvert et exsangue. Il ne m’en fallut

(très -grossie). ment on ne connaît ici que de nom,

c’est la chique ou puce pénétrante. Elle habite l’Amérique méridionale, et plus spécialement les pieds des

pas davantage , comme bien vous pensez , pour prendre la petite bête en haute estime, et je le lui témoignai tout de suite en baptisant son espèce du nom de pucivore. »

Puce pénétrante

Une espèce de puce, qu’heureuse-

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nègres. C’est là du moins, sous la chair, principalement vers le talon, sous les ongles, que la femelle élit son domicile. Elle y prospère si bien et son abdomen devient si gros (gros comme un petit pois), qu’elle détermine des ulcères quelquefois mortels.

Le pou n’éprouve pas de métamorphoses ; il n’a que des mues; ses œufs sont de véritables œuvres d’art. Cela ne se voit qu’au microscope. Un petit couvercle les ferme ; quand l’insecte est mûr, il ouvre la boîte et sort.

LES DIPTÈRES ou MOUCHES

Ces insectes subissent des métamorphoses complètes. Les larves, dépourvues de pieds, ont la tête molle, et ce sont les seules qui soient dans ce cas. Leur bouche est ordinairement armée de deux crochets qui servent aux unes à « piocher les matières alimentaires », selon l’expression de Latreille, aux autres à se fixer aux animaux sur lesquels elles vivent. Quelques-unes changent de peau plusieurs fois pour se transformer en nymphes et filent même un cocon ; d’autres se métamorphosent à l’intérieur de leur peau devenue cornée, et dont elles se dégagent en temps voulu en en faisant sauter l’extrémité antérieure.

Les œstres de cheval mangent peu, si même elles mangent. Elles n’ont qu’une occupation : pondre et placer leurs œufs en lieux convenables. C’est sur la

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peau du cheval qu’elles les déposent. Des larves cylindriques en sortent; elles n’ont pas de pattes, mais sont munies en échange de deux crochets qu’elles enfoncent dans la peau du quadrupède. Celui-ci, voulant calmer l’irritation qu’elles lui causent, se lèche et les avale ; c’est ce qu’elles demandaient. Arrivées dans l’estomac, elles s’y attachent et quelquefois s’y trouvent en si grand nombre, qu’en certaines places cet organe en est tout tapissé. Quand le moment vient pour elles de se transformer, les crochets lâchent prise ; expulsées alors en même temps que les aliments, elles s’enfoncent dans le sol, et quelques semaines après elles ont des ailes.

Plusieurs mouches, ou du moins leurs larves, se logent chez nous aussi volontiers, mais non aussi fatalement que l’œstre chez le cheval. En voici quelques exemples :

Une jeune femme de Puerto-Rico était depuis quelques semaines atteinte d’une ophthalmie palpébrale. Elle alla consulter M. Caron du Yillars. A la première inspection, celui-ci déclara qu’il s’agissait de la larve de la mouche à viande, et qu’il en distinguait les crochets mandibulaires au rebord d’une espèce de fistule. Ayant introduit une pince à papille artificielle dans l’ouverture, le chirurgien en retira en effet une larve, non sans quelques efforts, car elle était beaucoup plus grosse que l’entrée de la fosse où elle était logée. L’animal était vivant, long de neuf lignes anglaises , pourvu de treize anneaux

recouverts de poils, et muni d’un appendice caudal à trois branches. Bientôt disparurent les symptômes d’ophthalmie. Il est probable que pendant le sommeil de la malade une mouche à viande avait pondu ses œufs au grand angle de l’œil. Un de ceux-ci étant éclos , la larve avait creusé sa niche pour y attendre sa période d’évolution.

M. J. Cloquet, membre de l’Académie des sciences, a raconté, il y a peu d’années, l’histoire d’un chiffonnier de Paris qui s’endormit un jour dans la rue. Des mouches, ne distinguant pas le dormeur du tas d’ordures sur lequel il s’était étendu, déposèrent leurs larves dans ses narines et dans ses oreilles. Lorsque ce malheureux se réveilla, déjà les parasites avaient commencé leur abominable besogne; il se présenta à l’hôpital, ayant la face et le cuir chevelu criblés de trous, et presque entièrement rongés. On eût dit la tête d’un cadavre en putréfaction; il ne tarda pas à mourir des suites d’une inflammation qui s’étendit jusqu’au cerveau.

Une autre larve de mouche, coutumière du fait, provoque dans les provinces nord-ouest de l’Inde une affection horrible, nommée peenasch, mot sanscrit qui veut dire maladie de nez. Cette petite larve a des yeux, une bouche, une queue en spirale dont les articulations lui permettent de se mouvoir avec rapidité. Elle se loge dans la lame criblée de l’ethmoïde, et ronge les parties molles du nez, qui bientôt devient camard. Plus tard les

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os lombent et laissent voir une cavité hideuse. Quelquefois aussi les vers pratiquent de dedans en dehors un grand nombre de trous qui donnent à la partie attaquée l’aspect d’un rayon de miel. En même temps les narines sont le siège de vives douleurs et d’un écoulement féLide. Mais écartons ces affreuses images.

Tout le monde connaît et connaît trop le cousin. Personne ne le reconnaîtrait assurément dans sa larve. Celle-ci vit dans les eaux croupissantes. M. Pouchet a découvert qu’elle a huit estomacs à sa disposition ; ils sont disposés en cercle autour de l’intestin.

Les asiles sont parmi les mouches ce que les faucons et les aigles sont parmi les oiseaux; ce sont des mouches de proie, à la vue perçante, au vol puissant. S’élançant à la poursuite des petits papillons et autres insectes ailés, elles les saisissent dans les airs et les emportent pour les dévorer, ou du moins pour les sucer à leur aise. Ce sont des insectes utiles.

Il en est de même des mouches hérissonnes, ainsi nommées à cause de leurs poils roides. Elles déposent leurs œufs dans le corps des chenilles; la larve issue de l’œuf, se trouvant bien dans la chenille, y demeure, et la malheureuse bête en loge quelquefois trois ou quatre.

La cecidomyie du froment est une mouche. Le froment, comme l’indique le nom spécifique, est

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son lieu d’élection ; jamais on ne l’a trouvée sur le seigle. On dirait un petit cousin de couleur jaune. Son corps est long de deux millimètres et terminé par une tarière dont la ténuité égale celle d’un fil de ver à soie. Ses ailes sont longues et transparentes. Ses yeux, très-grands, sont noirs. Elle fuit le soleil et cherche l’obscurité. Pendant le jour elle habite le bas des tiges du blé, et le soir, au coucher du soleil, ou même le jour, quand le ciel est voilé, on la voit prendre sa volée et s’arrêter sur les épis. Elle enfonce sa tarière entre la glume et l’épillet, et y dépose ses œufs. Elle fait cela un peu avant que les épis fleurissent. Ainsi protégés contre les intempéries de l’air, les œufs éclosent et donnent naissance à des larves.

Celles-ci, d’abord blanchâtres, deviennent bientôt d’un jaune vif, et dès ce moment on les voit aisément à l’œil nu groupées au nombre de 15* à 20 dans un seul grain. Le suc destiné à former la substance farineuse fait leur nourriture ; si elles sont assez nombreuses pour absorber tout le suc, il y a absence complète de grains; si l’absorption n’est que partielle, le développement du grain est incomplet, et alors on trouve, sur le même épi, des grains contournés, amaigris, bosselés, qui vont au vannage constituer ou grossir ce qu’on appelle le menu blé.

Lorsqu’elles ont atteint leur entier développement, elles gagnent la terre et s’y abritent près de.

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la lige du blé; c’est avant l’époque de la moisson. Elles passent ainsi la fin de l’été, l’automne, l’hiver, le printemps, plongées dans un état de torpeur et d’immobilité. Au printemps elles se changent en nymphes, qui bientôt se transforment en insectes ailés.

C’est à la fin du siècle dernier que , pour la première fois, la cecidomyie attira l’attention des agriculteurs et des entomologistes. Elle pullula alors à tel point en Angleterre, et y fit de si grands ravages, que dans certains districts il y eut des champs entiers qui ne donnèrent pas un seul grain de blé. Les mêmes dévastations se produisirent en 1832 dans l’Amérique septentrionale, où la récolte fut presque complètement perdue dans plusieurs Etats, celui du Maine souffrit à lui seul un dommage évalué à plus de cinq millions. Le même insecte a produit des ravages moins considérables, mais cependant trèsgrands, en Picardie et dans le département de l’Yonne.

Heureusement la cecidomyie a un ennemi : c’est Yinoslemma punctiger. Il vit à ses dépens comme elle vit aux dépens du blé. Il est à peu près de même taille qu’elle, entièrement noir, sauf ses pattes, qui ont un aspect fauve. Ses ailes sont courtes et peu développées. Sa mobilité est cependant extrême, et on le voit aller sans cesse de droite et de gauche. On le rencontre aussi posé sur les épis. Il est à son travail. Armé d’une tarière plus longue que son

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corps, et terminée en fer de lance, il s en sert pour déposer ses œufs aux endroits mêmes où la cecidomyie a placé les siens. Sa larve pénètre dans celle de la cecidomyie, vit de sa substance, la fait périr, et de son enveloppe se fait un abri.

J’ai déjà nommé la tsetsê, insecte appartenant également à l’ordre qui nous occupe ; mais ce sujet mérite qu’on y revienne.

Tsetsé grossie et vue de profil.

Tsetsé grossie et vue de face.

Suivant la remarque d’un savant voyageur, M. Ludovic de Castelnau, l’Afrique australe présente aujourd’hui un exemple curieux des grands effets que peuvent produire des causes petites en apparence. En effet, au point où a été amenée l’exploration des contrées centrales de ce continent, ses progrès sont entravés , non par un climat dévorant ni par l’hostilité des indigènes, mais par une mouche à peine plus grande que celle qui habite nos maisons, la mouche tsetsé, dont la piqûre, sans danger pour l’homme et pour les animaux sau-

vages, tue infailliblement tous les animaux domestiques.

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M. Green, lors de son voyage au nord du grand

lac N’gami, perdit en peu de temps, pour cette

cause, ses bêtes de somme et de trait, et se vit %

obligé d’abandonner son plan, qui était de gagner Libédé. Plus tard, les Griquas, conduisant huit wagons, essayèrent de traverser, au nord-ouest de la république des Trans-Vaal, le pays qu’habite cet insecte; ils perdirent tous leurs animaux, furent forcés d’abandonner leurs wagons et de revenir à pied .

Le cheval , le bœuf, le chien , tous meurent après avoir été piqués ; ceux qui sont gras et en bon état périssent presque aussitôt; les autres traînent pendant quelques semaines une vie qui s’éteint à vue d’œil. La tsetsé attaque habituellement l’entre-deux des cuisses et le ventre des animaux. Si l’on se trouve près d’un bœuf qui a été piqué, on entend pendant qu’il mange un bruit sourd et prolongé sortant de l’intérieur de l’animal. L’autopsie montre que la graisse a fait place à une matière jaunâtre, molle et visqueuse , et le plus souvent quelque partie des intestins est énormément renflée. La chair se putréfie en moitié moins de temps que la viande ordinaire.

La chèvre est le seul animal domestique qui puisse vivre impunément au milieu de ces diptères venimeux ; les chiens nourris exclusivement de gibier échappent au danger ; ils succombent infailliblement, au contraire, quand ils ont été nourris de lait, tandis que le veau à la mamelle n’a absolument

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rien à craindre. Enfin l’éléphant, le zèbre, le buffle et toutes les espèces de gazelles et d’antilopes abondent dans les contrées habitées par la tsetsé sans en ressentir aucun mal ; c’est à l’animal domestique qu’elle en veut. Sur l’homme, l’effet de sa piqûre a de l’analogie avec celle des cousins ; mais la douleur est encore moins persistante que celle de ce dernier.

11 paraît que la tsetsé est stationnaire dans les localités qu’elle habite; ainsi, il n’est pas rare de voir des bestiaux en très-bon état de santé d’un côté d’une rivière, tandis que l’autre côté est infesté par la mouche qui détruit infailliblement tout animal que le hasard y conduit.

La tsetsé n’a pas un vol incertain comme la plupart des diptères; rapide comme une flèche, elle s’élance du haut d’un buisson sur le point qu’elle veut attaquer; elle semble aussi posséder une vue très-perçante. M. Chapman raconte qu’étant à la chasse, et ayant dans son vêtement un trou presque imperceptible fait par une épine, il voyait souvent la tsetsé s’élancer et venir, sans jamais manquer son but, le piquer dans le petit espace qui n’était pas défendu.

Les Buchmen, au rapport de M. L. de Castelnau, dont nous suivons la relation, prétendent que cette mouche est vivipare, et M. Edwards, compagnon de M. Chapman, raconte qu’ils lui apportèrent un jour une femelle pleine, et que l’ayant coupée par

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le milieu du ventre, il en vit sortir trois petites mouches prêtes à prendre leur essor.

Je ne cpiitterai pas les diptères sans mentionner un cas de métamorphoses nouvellement découvert, et jusqu’ici unique parmi les insectes. C’est à M. N. Wagner, naturaliste russe, qui habite Kasan, qu’on en doit la connaissance. Il lui a été offert par un insecte appartenant évidemment au même ordre que les mouches, ou plutôt que la larve de ce petit être, car l’insecte lui -même est encore inconnu; mais l’embryon a tous les caractères d’un diptère1.

C’est un ver blanchâtre, dépourvu de pattes. M. Wagner l’a découvert aux environs de Kasan, sous l’écorce d’un ormeau mort. Or chacune de ces larves était remplie de larves. Était-ce un cas de parasitisme? Rien n’est plus commun dans les domaines de l’entomologie que de voir une larve domiciliée et attablée dans un être vivant servir elle -même d’habitation et de pâture à un autre animal ; et qui sait jusqu’où cela peut aller?

Mais l’examen des petites larves exclut bientôt toute idée de parasitisme, les animaux enveloppés ayant jusque dans les moindres détails tous les caractères de l’animal enveloppant.

Les petites larves seraient-elles donc les fdles des grandes? C’est ce que M. Wagner se demande, et il résout la question par l’affirmative.

1 11 a été reconnu depuis que celte mouche appartient au genre Cecidomyic , dont une espèce a été mentionnée plus haut.

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11 a vu, en effet, le corps graisseux de la chenille mère se diviser, à un moment donné, en un certain nombre de lobes, ces lobes s’entourer ensuite d une membrane propre, puis, ainsi isolés, se développer, sauf certaines différences, à la manière d’un œuf ordinaire.

Ainsi M. Wagner se- trouvait en présence de larves engendrant d’autres larves, et les engendrant, non dans un organe spécial, mais à même leur tissu graisseux, aux dépens de celui-ci, et ajoutons, au prix de leur propre existence; car elles meurent après cette singulière parturition.

L’auteur a suivi le développement de cette génération entrée dans le monde d’une façon si excentrique, et il a vu qu’après avoir acquis une taille convenable, cette progéniture de chenilles éprouve les mêmes phénomènes qu’avaient présentés les mères.

Cela dure ainsi jusqu’au mois d’août.

A cette époque, les larves cessent de se reproduire, et elles se transforment en nymphes, comme font la plupart des insectes.

LES LÉPIDOPTÈRES ou PAPILLONS

Ces insectes ont des métamorphoses complètes. Les larves, désignées sous le nom de chenilles, sont plus ou moins cylindriques, composées de douze

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anneaux sans compter celui qui forme la tête, munies de six pieds écailleux ou à crochets qui répondent à ceux de l’insecte parfait, et de quatre à dix pieds membraneux, portés par les anneaux de l’abdomen. La tête est cornée avec des antennes trèscourtes et des yeux lisses; la bouche, formée de mandibules et de mâchoires cornées et de deux lèvres, diffère profondément de celle des papillons, et ressemble à celle des coléoptères. On trouve dans certaines larves deux vaisseaux longs et tortueux qui n’existent pas chez l’adulte; ces vaisseaux aboutissent à un mamelon conique près de la lèvre inférieure : c’est par eux qu’est sécrétée la soie dont beaucoup de chenilles s’enveloppent lorsqu’elles vont se métamorphoser. Les larves des lépidoptères changent plusieurs fois de peau avant de se transformer en nymphes. Celles-ci sont enveloppées dans une sorte d’étui qui leur donne l’aspect d’une momie ; sous cette enveloppe on distingue aisément les divers organes extérieurs. L’insecte en sort en la déchirant, et lorsqu’il est en outre renfermé dans une coque soyeuse, il ramollit celle-ci au moyen d’un fluide rougeâtre qu’il rejette par l’anus. Selon Latreille, ces gouttelettes, répandues en abondance sur le sol par des légions de papillons, ont été prises parfois pour des pluies de sang.

A part les lépidoptères producteurs de soie, à la vérité assez nombreux, tels que le bombyx du mûrier, du ricin, de l’ailante, etc., nous ne trouvons

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guère ici que des ennemis.- De charmants ennemis, dirait-on peut-être. Non. Ce qu’on admire, c’est l’insecte parfait ; ce qui est à redouter, c’est la larve, la chenille.

Le machaon est le plus grand papillon de notre pays; ses ailes sont d’un beau jaune, bordées et tachetées de noir; les inférieures sont allongées en forme de queue : à ce signalement tout le monde le reconnaîtra. Qui n’a vu également sur les plants de carottes, de panais ou de fenouil une fort belle chenille, belle comme une chenille! d’un vert brillant, avec des points rouges et des anneaux noirs. Cette belle chenille est la larve de ce beau papillon.

On trouve sur les choux qu’elles dévorent d’autres chenilles vertes aussi, mais beaucoup plus petites que la précédente; celles-ci sont destinées à devenir des Danaïdes.

On pourrait, à la rigueur, ranger parmi les insectes auxiliaires le papillon dont la chenille noire, épineuse, avec de petits points blancs, vit en troupes nombreuses sur l’ortie ; mais la même chenille vit sur le houblon. Cette larve si sociable donne d’ailleurs un très-beau papillon, Vœil de paon , qui est noir en dessous, rougeâtre en dessus, avec une grande tache ronde en forme d’œil, ce qui lui a valu son nom.

La chenille d’une très-grosse espèce de sphinx , Valropos ou sphinx à tête de mort , se nourrit de la

feuille de la pomme de terre, qui n’a pas besoin de ce parasite pour se porter mal. Le nom sinistre donné à l’insecte parfait lui vient de la douteuse ressemblance des taches qui décorent son corselet avec la face d’un squelette humain. Les chenilles ont seize pattes et une corne sur la queue. Quand vient le moment de changer de forme , elles s’enfoncent en terre, où elles restent très-longtemps à l’état de chrysalides. Les sphinx ont les ailes longues, triangulaires, l’abdomen pointu. Ils ne sortent généralement que le soir, et se nourrissent du suc des fleurs, toujours volant; car jamais on ne les voit s’arrêter sur les plantes, dont, à l’aide de leur langue excessivement longue, ils pompent le nectar.

Quand on connaît les preuves nombreuses de courage données par les abeilles, on s’étonne de l’impression que cause sur elles ce papillon tête de mort. Dépourvu d’armes et de tout moyen apparent d’attaque, celui-ci leur inspire une telle terreur, qu’elles se laissent dépouiller par lui de tout leur miel sans essayer seulement d’arrêter le pillage ; et la ruche qui a été l’objet de ses entreprises est presque toujours abandonnée, comme l’étaient autrefois les maisons qu’on croyait hantées par les esprits.

« Quel moyen, demande un apiculteur, M. de Frarière , quel moyen possède-t-il pour frapper de terreur les abeilles si courageuses contre tous leurs

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autres ennemis? Elles qui comptent leur vie pour si peu de chose qu’elles la sacrifient souvent sans nécessité, que craignent-elles d’un papillon qui ne peut les blesser?

« Jusqu’à présent, continue-t-il, mes recherches ont été d’autant plus difficiles, que cette phalène ne paraît pas toutes les années, et que ses attaques n’ont lieu que la nuit. Voici les conjectures que j’ai pu former en étudiant attentivement ce qui se passe dans les ruches.

« Pendant la saison des essaims, le soir ou la nuit, lorsque tout est calme, les jeunes reines font entendre un chant singulier, tout à fait distinct des sons divers que les abeilles produisent , et qui ont certainement un rapport avec leurs différents travaux.

« Au premier retentissement de ce chant étrange, les abeilles semblent frappées de terreur ; elles suspendent leurs travaux et elles gardent un silence rigoureux.

« Or, lorsque l’on saisit un papillon tête de mort, il est rare qu’il ne fasse pas aussi entendre une espèce de cri ayant beaucoup d’analogie avec celui des jeunes reines ; et, de plus, il produit un engourdissement électrique en faisant vibrer son corps d’une manière très-singulière, et j’avoue que ce n’est qu’avec une répugnance extrême que je saisissais, même à travers un filet de mousseline, cet étrange animal.

« J’ai compris que, lorsque ce papillon veut se

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repaître en sûreté du miel contenu dans les ruches, il lui suffit de produire ce son si effrayant pour les abeilles; peut-être aussi son frémissement électrique contribue-t-il à rendre leur terreur plus profonde. »

Cependant les abeilles, une fois averties par une première visite du terrible lépidoptère, ne restent point inactives; elles comprennent qu’il leur faut prendre des précautions pour repousser l’approche de l’ennemi. C’est alors qu’elles déploient leurs talents d’ingénieur. Les unes ferment l’entrée de leur ruche au moyen d’une large muraille de cire, percée de trous suffisants pour le passage d’une abeille, mais trop étroits pour la phalène; d’autres lui opposent des espèces de retranchements placés les uns derrière les autres, et qu’on ne peut franchir qu’en cheminant en zigzag ; enfin chaque peuplade varie ses moyens de résistance, ce qui prouve non -seulement que les abeilles n’agissent pas machinalement, mais qu’elles ont un esprit de combinaison assez étendu. Ceci est un point sur lequel nous reviendrons.

Les bombyx, que recommande tant à notre estime le ver à soie du mûrier, forment un genre considérable qui renferme une centaine d’espèces. Ce ver à soie nous vient de Chine, où son espèce est domestique depuis un temps immémorial ; il fut introduit en France vers la fin du xvic siècle. C’est aujourd’hui une des grandes sources de richesse de notre région

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méditerranéenne , qui produit annuellement pour environ 150 millions de francs de cocons. Malheureusement les nombreuses maladies qui attaquent le ver à soie ont depuis longtemps rendu ce revenu bien précaire.

Nous avons décrit les métamorphoses de cet insecte : il est inutile d’y revenir. Parlons de son éducation , qui se fait dans des établissements qu on nomme magnaneries . Les œufs, la graine, comme on dit, sont soumis à une incubation artificielle. Dès que les vers sont éclos, on leur donne à manger. Ils ne mangent que des feuilles de mûrier. Après plusieurs mues ils filent.

La soie que forme le cocon est produite par une paire de longues glandes, en forme de tubes, situées à la partie inférieure du corps de l’animal. Elle sort par une filière qui s’ouvre au-dessous de la bouche. Le cocon est d’un seul fil replié de telle sorte, qu’il enveloppe bientôt tout l’animal; ce fil n’a pas moins de quatre à cinq cents mètres de long.

Les cocons achevés, on en fait deux parts : l’une, de beaucoup plus petite , est destinée à la reproduction ; on la laisse donc accomplir tout son développement. L’autre est dévidée après qu’on a étouffé les chrysalides. On dévide plusieurs cocons ensemble ; le fil qui en résulte est ce qu’on appelle de la soie grége. Différentes opérations sont nécessaires pour la rendre propre à la fabrication des étoffes ; il n’est pas de notre sujet de les décrire.

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Le grand paon de nuit est encore un bombyx ; sa chenille, d’un beau vert avec des tubercules bleus et des poils terminés en forme de globules, a le tort de vivre aux dépens de Forme et des pommiers. Une autre espèce a reçu le nom de processionnaire, parce que sa chenille, ennemie ou trop amie du chêne, va par bandes nombreuses, formées de lignes toujours parallèles entre elles. La disparate mérite d’être citée à cause de l’industrie de la femelle, qui, pour préserver ses œufs de la gelée, les recouvre de poils arrachés à son ventre. De ces œufs, trop bien protégés, sort une chenille commune sur le tilleul. Celle-ci ne tisse pas de cocon ; la chrysalide est simplement attachée par la queue à un corps solide et fixe. Vient-on à la toucher, elle roule sur elle-même avec une grande rapidité ; mais comme ce mouvement, continué dans le même sens, briserait le fil ténu qui la supporte, elle change de temps en temps le sens de la rotation. Qui lui a appris à le faire?

Un mystère plus profond encore est celui qui entoure l’instinct merveilleux du minime à bandes, dont la chenille se montre trop friande des feuilles de lilas. Voici ce que M. Blanchard raconte de cet insecte étonnant :

« Vous placez une femelle dans un endroit isolé, sur une fenêtre si vous voulez, dans une ville, dans Paris même, dans une rue, loin de tout jardin : eh bien! au bout d’une heure ou deux, vous voyez les mâles arriver en grand nombre. Le sens de la vue

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ne les guide pas; ils se heurtent contre les murailles, aux étages supérieurs, aux étages inférieurs : n’importe, ils finissent par arriver au but. Mieux que cela, cette femelle vous l’enfermez dans une boîte. Rien au dehors ne décèle sa présence; les mâles arrivent néanmoins alentour, cherchant de tous côtés l’objet désiré. Ils voltigent, ils s’agitent dans le même cercle, jusqu’à ce qu’ils meurent épuisés de fatigue.

« Les mâles de cette espèce sont toujours bien plus nombreux que les femelles ; cette circonstance explique comment il y a tant d’individus recherchant à la lois une seule femelle.

« Mais ce qui confond l’esprit, c’est l’incroyable faculté que possèdent ces insectes de reconnaître, à des distances énormes, l’endroit où se trouve une femelle de leur espèce. On s’est assuré que les mâles pouvaient être attirés d’une distance de plusieurs lieues. Quel est le sens qui les guide? se demande le naturaliste; à cette demande il ne vient aucune réponse satisfaisante. Les bombyx, à coup sûr, ne voient pas bien loin, et puis combien il est positif que la vue ne les guide en aucune façon ! ils viennent alentour de la boîte parfaitement close dans laquelle est renfermée la femelle ; si cette femelle est à découvert, ils se heurtent vingt fois avant d’arriver jusqu’à elle.

« Ah ! oui , ils sentent ; c’est l’odorat qui les conduit; l’odorat! Songez -y. Pour nous, cette femelle

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n’a aucune odeur, si près que nous en approchions. Que devient d’ailleurs pour nos sens l’émanation d’un petit corps ayant l’odeur la plus puissante, complètement caché, à une distance de quelques kilomètres? Vous voyez bien que c’est à n’y rien comprendre. Il existe chez ces bombyx une faculté si différente des nôtres , que l’idée seule en est impossible pour nous. Si c’est l’odorat qui guide le minime dans la recherche de sa femelle, ce sens a acquis chez lui une perfection si prodigieuse, qu’il faut renoncer à apprécier cette perfection autrement que par son résultat. Si c’est un sens tout particulier, comme on s’est plu aussi à le supposer, l’homme ne saurait se faire la moindre idée d’un sens qu’il ne possède pas; plus que jamais, alors, il faut se contenter du résultat reconnu par des milliers d’observations. »

Le minime à bandes n’est pas le seul parmi les bombyx qui jouisse de cette surprenante faculté; mais c’est une des espèces qui la possèdent au plus haut degré.

Autant dans ce groupe le mâle est actif, autant la femelle est paresseuse. Celle de l’orgye, par exemple, une fois éclose, ne s’éloigne jamais de son cocon: cette paresse ne lui est pas imputable; la pauvrette manque d’ailes, ainsi qu’on peut le voir.

Nous avons dit le mal que les pyrales font à la vigne ; ce n’est pas le seul titre que les lépidoptères de ce genre aient à notre animadversion. Leurs che-

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nilles se cachent dans les fruits et les rongent. Mais tant de griefs sérieux ne doivent pas nous empêcher de rendre hommage à l’instinct déployé par quelques-unes de ces larves, qui prennent pendant la nuit la peine de rouler, et très-artistement, autour d’elles la feuille dont elles doivent se nourrir pendant le jour, et sont ainsi assurées de n’être pas dérangées dans leurs repas par la visite des oiseaux insectivores.

Orgye femelle. Orgye mâle.

Les chenilles des phalènes, certaines d’entre elles du moins, ont d’autres ruses; elles ne savent pas tourner une feuille, mais elles savent faire les mortes. Se sentent-elles menacées, leur immobilité aussitôt devient absolue ; elles restent des heures entières dressées et comme frappées de catalepsie, et si semblables par leur couleur, leur grosseur, les aspérités et les saillies de leur surface aux extrémités des branches sur lesquelles elles vivent, qu’il est extrêmement difficile de les en distinguer, et que sans doute les oiseaux s’y trompent. D’autres chenilles de phalènes ont reçu le nom d'arpenteuses à cause de la manière dont elles marchent; en rapprochant à chaque pas la queue de la tête , elles semblent , en effet, arpenter le terrain.

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Mieux avisés peut-être que nous, les Malgaches ont imaginé un moyen de se venger des lépidoptères, moyen auquel les Européens' n’ont pas songé. Menacés d’être dévorés par les lépidoptères, ils leur rendent la pareille. M. le docteur Vinson, qui, en 1862, a eu l’honneur d’assister, comme membre de l’ambassade française, au couronnement de Sa Majesté Radama II, nous apprend, en effet, que les vers et les chenilles occupent une place distinguée dans le régime alimentaire des habitants de Madagascar.

11 est entre autres une chenille bien replète, avec épillets de poils soyeux. Quand elle a fdé son cocon, on ouvre celui-ci, au milieu duquel on la trouve blanche, renflée, grasse. Réunies en grand nombre, elles ont l’apparence de lait caillé; les Malgaches les font frire avec un peu de fromage râpé et quelques jaunes d’œufs. « C’est un mets délicieux, un mets de nobles et de princes. »

Il en est une autre qui fait un cocon gros comme la moitié d’un œuf de poule. On en exploite la soie, belle et forte ; mais les chrysalides , très-volumineuses, ne sont pas perdues : on les fait frire. M. Vinson a yu le fils du roi, prince de dix ans, en manger avec un grand plaisir. « J’avoue, dit le docteur, que, malgré mon amour pour l’entomologie, j’aurais eu une grande répugnance à l’imiter. »

Nul pays, dit le docteur Vinson, ne fait plus d’honneur à l’entomologie. Je crains bien que de longtemps nous ne lui disputions cette gloire.

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