‹ Les animaux à métamorphosesChapitre 15 sur 21 · LES HÉMIPTÈRES · texte numérisé non relu

LES HÉMIPTÈRES

Leurs métamorphoses sont fort considérables. La larve, déjà semblable à 1 insecte parfait, s en distingue principalement par 1 absence d ailes , et la nymphe par l’état rudimentaire des mêmes organes.

L’un des insectes les plus intéressants de cet ordre est la cochenille.

Comment le teinturier donne- t-il aux étoffes ces couleurs éclatantes, le cramoisi et l’écarlate , qui font sur les yeux une impression analogue à celle de la trompette sur l’oreille? Au moyen du carmin. Et le carmin , d’où vient-il? C’est la cochenille qui le produit.

Elle vit sur une plante de la famille des cactées , sur un cactus auquel on donne les noms de nopal et d'opuntia. Après le bombyx du mûrier et l’abeille, il n’est pas au monde d’insecte plus précieux.

Les cochenilles sont des membres de la famille des pucerons. Le mâle et la femelle ne se ressemblent guère : le premier a des ailes, l’autre n’en a pas; le mâle est beaucoup plus petit que la femelle, et celle-ci n’est jamais plus grosse qu’un pois. Vous voyez que ce ne sont pas de grosses bêtes. Le mâle se promène : il va, il vient, il vole; la femelle ne se promène pas longtemps.

Cochenille du cactus mâle.

Cochenille du cactus femelle.

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A peine n’est-elle plus un enfant dans son genre, qu’elle choisit sur un pied d'opuntia une feuille ou une jeune branche à sa convenance, et y enfonce son bec. Elle reste là toute sa vie, plus jamais elle ne changera de place ; jamais elle ne sortira son bec du petit trou dans lequel elle l’a introduit; de sorte qu’elle a bien plutôt l’air d’une graine que d’un insecte.

Voilà une existence qui ne paraît pas divertissante : il est à croire cependant que la cochenille se trouve très-heureuse de passer sa vie couchée dans le bon petit lit de matière cotonneuse qu’elle a eu soin de former sous elle, et de pomper la sève de l’opuntia qui la nourrit. Il est certain, du moins, que cela lui fait beaucoup de bien , car on voit son corps grossir. Il grossit, parce qu’il se remplit d’œufs. Quand les œufs sont mûrs , la mère les pond , et elle a soin de les placer sous elle , entre son corps et son nid ; une poule ne s’y prend pas mieux que cette petite bête, qui n’a pas même l’air d’une bête.

Nous voici au plus merveilleux de l’histoire. Quand la cochenille a fini de pondre, elle meurt. Mais ne croyez pas que son corps se décompose comme celui des grands animaux. Non, il se dessèche simplement, et en se desséchant il forme au-dessus des œufs une enveloppe qui a l’air d’être le couvercle de l’espèce de boîte dont le nid de coton est le fond. Ainsi, même après sa mort, la cochenille est utile à ses petits, et les protège.

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Quand ces œufs si bien gardés viennent à s’ouvrir, les petits animaux qui en sortent ne ressemblent pas à leurs parents ; ce sont des larves, et elles sont si petites qu’on ne les voit bien qu’au moyen d’une loupe. Elles sont très-vives, et courent de côté et d’autre sur la plante où elles sont nées. Cela dure dix jours, au bout desquels elles se changent en chrysalides. Deux semaines après, elles acquièrent la forme des cochenilles parfaites, les unes mâles, les autres femelles. Les mâles vivent encore un mois, les femelles en vivent deux.

La cochenille du nopal est originaire du Mexique, où l’on cultive tout exprès, pour la nourrir, des champs immenses d 'opuntia. On fait chaque année trois récoltes de cochenilles, et ces trois récoltes pèsent ensemble 880,000 livres. Chaque livre contient 70,000 insectes. On n’a qu’à multiplier ces deux nombres l’un par l’autre pour savoir quel nombre effrayant de cochenilles produit le Mexique.

Voici comment se fait la récolte : on détache les cochenilles des pieds d’opuntia sur lesquels elles vivent , et on les fait tomber dans un bassin ; ensuite on les plonge pendant quelques instants dans l’eau bouillante , puis on les dessèche en les exposant au soleil pendant un jour ou deux. Elles ont alors l’air de petites graines irrégulières ridées; leur couleur est un gris pourpre. Pendant longtemps on les a prises pour de petits fruits. C’est dans cet état qu’on les trouve dans le commerce. Quant à retirer la ma-

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tière colorante qu’elles contiennent, c’est l’affaire des chimistes.

Le Mexique n’est pas le seul pays qui produise des cochenilles-nopal; on en a transporté dans d’autres pays, où elles ont prospéré. Elles commencent à se répandre en Algérie.

Il y a encore d’autres cochenilles que celles du Mexique : il y a la cochenille de Pologne; il y a la cochenille du chêne vert , qu’on appelle aussi kermès, et qu’on trouve dans le midi de la France, sur les chênes verts; mais la cochenille-nopal, c’est-à-dire celle du Mexique, est celle qui fournit la plus belle matière colorante. Pour en finir, je dois vous dire qu’on trouve encore des cochenilles sur les figuiers , les orangers et les oliviers; mais celles-ci ne sont bonnes à rien , et font beaucoup de mal aux arbres sur lesquels elles vivent.

Ce même ordre des hémiptères renferme un insecte bien extraordinaire : c’est le fulgore porte-lanterne, et on va voir si son nom est mérité.

Une dame que son savoir et ses talents ont rendue célèbre, M"° Sibylle Mérian, était allée à la Guyane hollandaise dans le dessein de peindre des animaux et des fleurs, objets qu’elle excellait à représenter. Un jour, des Indiens qui connaissaient ses goûts lui apportèrent dans un panier des insectes qui ont une certaine ressemblance avec les cigales; seulement ils sont plus gros que celles-ci, et leur front fait une bosse énorme. Mllc Mérian posa ce panier sur une

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table dans sa chambre. La nuit suivante, le bruit que faisaient les insectes emprisonnés l’ayant réveillée, jugez de sa surprise, de sa terreur même, quand elle s’aperçut que toute sa chambre était en flammes. C’est du moins ce qu’elle crut d’abord; mais elle reconnut bientôt que cette lumière effrayante sortait du panier apporté par les Indiens, et, l’ayant ouvert, elle vit les insectes se répandre dans tout l’appartement, sur les rideaux, sur le lit et sur les meubles, comme autant de charbons allumés; mais ces charbons ne brûlaient point.

Il paraît que l’ordre qui nous occupe ne le cède point, au point de vue culinaire, à celui des lépidoptères.

Tout le monde connaît, au moins par l’histoire de Fernand Cortez, la grande plaine de Mexico, située à 2,300 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son centre est occupé par ces deux grands lacs où se sont livrés tant de combats furieux entre lés héroïques bandits espagnols et les malheureux indigènes : l’un, d’eau douce, celui de Chalco ; l’autre, d’eau salée, celui de Tezcuco, séparés l’un de l’autre par la capitale de la Nouvelle -Espagne.

Or le fond de ces lacs est formé par les boues d’un calcaire lacustre, d’un gris blanchâtre, contenant des oolithes identiques pour l’espèce, la forme, la grosseur, aux oolithes des terrains jurassiques. Un jour que M. Virlet-d’Aoust... Mais peut-être n’est-il pas inutile de nous arrêter au mot qui vient d’être

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deux fois prononcé : il s’agit à la fois d’une question géologique et d’une question alimentaire.

Oolithe, c’est-à-dire œuf -pierre, globules minéraux ressemblant à des œufs, et pierre composée de ces globules. Un grand nombre de couches calcaires de toutes les époques géologiques présentent cette structure granulaire ou globuliforme. Les granules ont diverses compositions : il y en a de ferrugineuses, de calcaires, c’est le grand nombre; de siliceuses, etc. Sur leur mode de formation, doute. Le savant M. Fournet admet que ces oolithes se sont formées par concrétion au milieu du terrain qui les renferme ; des forces attractives auraient déterminé leurs formes arrondies et concentriques. On va voir qu’elles peuvent avoir une autre origine.

Un jour donc que M. Virlet-d’Aoust signalait à M. Bowring, directeur des salines de Tezcuco, l’analogie des oolithes de Mexico avec celles du système jurassique, celui-ci lui apprit que ces oolithes sont tout bonnement des œufs d’insectes, incrustés par les concrétions calcaires que déposent journellement les eaux du lac.

M. Yirlet trouva avec raison le fait assez important pour vouloir le vérifier par lui-même, et, à l’époque de la ponte la plus abondante, qui a lieu vers le mois d’octobre, il était sur les lieux.

Il vit , en effet , que des milliers de petits moucherons amphibiens, ce sont ses expressions, voltigeant dans l’air, vont, en plongeant de plusieurs

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pieds et même de plusieurs brasses , déposer leurs œufs au fond de l’eau, d’où ils sortent pour aller probablement mourir à quelque distance, leur fonction étant remplie.

En même temps que notre compatriote assistait à ce spectacle nouveau pour lui, il eut l’avantage d’être témoin de la pêche ou de la récolte de ces œufs, lesquels, sous le nom mexicain à'haulle, servent d’aliments aux Indiens, qui n’en sont pas moins friands que les Chinois de leurs nids de salangane.

On accommode cette graine de différentes manières ; le plus communément on en fait des espèces de gâteaux qu’on sert avec une sauce relevée de chilé , qui se compose de piments verts écrasés.

Pour recueillir Yhautle, les naturels forment des faisceaux de joncs qu’ils placent dans le lac, à quelque distance du rivage. Douze à quinze jours suffisent pour que chaque brin de ces faisceaux soit entièrement recouvert d’œufs, qu’on retire ainsi par millions. On laisse sécher les joncs une heure environ, après quoi la graine s’en détache facilement. A Mexico, on vend cette marchandise dans les rues, en criant : Mosquitos! mosquitos! comme on crie en Europe : Du mouron pour les p’tils oiseaux !

Cette formation d’oolithes par des insectes conduit naturellement à admettre que le même phénomène a bien pu se reproduire à d’autres époques

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géologiques , et que la plupart des oolithes calcaires ou ferrugineuses ont une origine analogue. Merveille du temps et du nombre : des insectes concourant si puissamment aux grandes formations du globe ! Qu’on parle après cela des pyramides. J’oubliais de dire que, d’après M. Graveri, préparateur de chimie et de physique à l’école de médecine de Mexico , les œufs dont on se régale dans cette ville sont pondus par trois espèces de punaises d’eau.

Des galettes de punaises !

LES NÉVROPTÈRES

Disons tout de suite, pour fixer les idées, que les libellules ou demoiselles et les éphémères font partie de cet ordre.

Les métamorphoses ne sont pas identiques chez tous les névroptères. Beaucoup de larves et de nymphes vivent sous l’eau, et respirent au moyen d’organes analogues aux branchies des poissons; d’autres habitent la surface du sol et se creusent des demeures dans le sable. Ces larves sont généralement carnassières; toujours elles ont trois paires de pattes. Parmi les nymphes, les unes sont immobiles; les autres, au contraire, sont agiles comme les larves, et font, comme celles-ci, la chasse aux insectes.

Tout le monde connaît la libellule au vol puis-

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sant. Elle dépose ses œufs dans l’eau des marais, des étangs et des petits ruisseaux. La larve ressemble beaucoup à l’insecte parfait ; mais elle en diffère par l’organisation de sa bouche et par ses mœurs. C’est par l’anus qu’elle respire, et comme elle a la propriété de faire entrer l’eau dans cet orifice et de l’en chasser avec force, elle en profite pour changer de lieu; c’est, comme on le voit, une sorte de navigation par réaction.

Ainsi que le remarque M. C. Duméril, le nom de fourmi-lion , autre névroptère, convient mieux à la larve, grande destructrice des fourmis et autres menues bestioles, qu’à l’insecte parfait. Elle creuse dans le sol une fosse en forme d’entonnoir, au fond de laquelle elle se tient, les deux cornes écartées, attendant sa proie; malheur alors à la fourmi qui s’aventure sur cette pente perfide ; le sable , s’éboulant sous ses pas, la livre au fourmi-lion, qui, l’ayant sucée jusqu’à ce que mort s’ensuive, lance à de grandes distances son cadavre desséché.

Il n’est personne qui n’ait vu, au fond des plus étroits cours d’eau, de tout petits fourreaux ambulants, formés de fragments de feuilles, de brins de roseaux, de menus graviers et même de petits coquillages agglutinés ensemble. C’est le par-dessus dont la larve des phryganes recouvre le fourreau de soie, par elle tissé, qui forme son vêtement immédiat. Ainsi vêtue, elle se traîne au fond de l’eau. Ce fourreau est ouvert aux deux bouts; mais quand

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vient pour la larve le moment de se métamorphoser, elle ferme les deux portes au moyen de fils disposés en forme de grillage; malheureusement pour elle,

Fourreaux de phrygane rhombique. Phrygane rhombique.

toutes ces précautions ne la garantissent pas de la dent des poissons, qui sont très-friands de larves de phryganes ; ce qui fait que les pêcheurs emploient souvent celles-ci en guise d’appât.

Larve de la phrygane rhombique. Nymphe de phrygane poilue.

La larve de Y éphémère vit dans la vase, et elle y vit près de trois années. Elle a des branchies. C’est surtout en été, et c’est souvent le même jour, que,

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le soleil à peine couché, toutes à la fois sortent de l’eau , et, s’accrochant à quelque corps solide, achèvent de se transformer rapidement en insectes par-

Larve d’éphémère Nymphe d’éphémère Éphémère vulgaire vulgaire. vulgaire. adulte.

faits. Aussitôt la femelle s’empresse d’aller déposer ses œufs sur les eaux, au fond desquelles leur poids les entraîne. Le matin, dès l’aube, toutes les éphémères sont mortes, et c’est jour de bombance pour les poissons.

Les termites sont souvent désignés sous le nom de fourmis blanches , qui, comme on l’a dit, ne leur

convient point. Les termites et les fourmis forment, en effet, deux groupes très -différents l’un de

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l’autre. Ce nom s’explique cependant par la grande ressemblance de formes et d’habitudes industrieuses qui existent entre les deux genres.

Comme les fourmis, les insecLes qui vont nous occuper vivent en société composée de plusieurs classes d’individus, et, comme elles, ils accomplissent des travaux vraiment dignes d’admiration.

Les termites sont nombreux, surtout dans les régions intertropicales de l’ancien et du nouveau

monde ; mais on en trouve plusieurs espèces en dehors de cette zone, et jusque dans les régions méridionales de notre pays. Doués d’une voracité et d’une activité prodigieuses, ce sont, malgré l’exiguïté de leur taille, les plus puissants destructeurs de matières végétales qui existent. Leur rôle, dont ils s’acquittent à souhait, est de soustraire ces matières à la corruption; par eux, en un temps très -court, les troncs énormes d’arbres morts sont débités et emportés en détail. Il n’y a pas de tissu ligneux assez compacte pour leur résister, sauf le bois de fer, d’après certains voyageurs; encore d’autres affirment-ils qu’à la longue les termites en viennent à bout. Nuit et jour ils travaillent à déblayer les forêts vierges, qui, sans eux, seraient bien plus impénétrables qu’elles ne le sont et bien plus pes-

Termite lucifuge Termite lucifuge ouvrier. soldat.

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tilentielles. Mais comme ils n’établissent pas de distinction entre les productions spontanées de la nature et les champs cultivés ou même les habitations humaines, les termiLes sont un des plus grands fléaux des contrées qu’ils habitent. Une maison qu’ils attaquent est bientôt détruite, et, ce qu’il y a de pis, c’est que rien ne révèle leur présence à l’extérieur de la charpente ou du meuble envahis par eux, jusqu’à ce que la charpente s’écroule ou que le meuble s’affaisse. Installés dans une pièce de bois, ils la vident totalement, mais en ayant bien soin d’en respecter le dehors sur une épaisseur égale à celle d’un pain à cacheter. Les étoffes, les marchandises de toutes sortes deviennent leur proie. « Nous avions, écrit un voyageur en Australie, des caisses pleines de livres dont il ne resta autre chose que la reliure et les images. »

On en connaît plus de vingt espèces, et on ne les connaît pas toutes. L’une des mieux étudiées parmi les espèces exotiques est le termite belliqueux ou termite du cap de Bonne- Espérance , justement célèbre comme étant de tous les animaux terrestres celui qui, proportionnellement à sa taille, élève les constructions les plus hautes. Ces édifices, qui sont leurs nids, ont à peu près la forme de pains de sucre, avec cette différence que sur les flancs de la pyramide principale se dressent un certain nombre de pyramides secondaires. Rapportée à la taille des ouvriers, cette construction est quatre ou cinq fois

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plus élevée que la plus haute des pyramides d’Égypte par rapport à nous.

Adamson, au Sénégal, a vu des termitières qui avaient huit à dix pieds de haut. Bosman attribue deux fois la hauteur de l’homme à celles qu’il a observées en Gambie, M. de Golbéry, dans son voyage en Afrique, estime leur hauteur à dix, quinze et seize pieds, sur une base de cent à cent vingt pieds carrés. Jobson, en Gambie, en a mesuré qui avaient vingt pieds d’élévation, et qui eussent pu contenir une douzaine d’hommes. Livingstone donne les mesures suivantes : six à sept mètres de haut « pour le moins », sur douze à quinze de diamètre à la base. Elles sont si solidement construites, qu’elles supportent aisément le poids de l’homme. Bien plus, il arrive souvent que les taureaux sauvages se tiennent en sentinelle sur le sommet de ces édifices, pendant que les troupeaux à la sécurité desquels ils veillent paissent dans le voisinage. Jobson raconte qu’étant à la chasse il lui arrivait , ayant trouvé une termitière abandonnée, et dont la coupole était brisée, de se blottir dans l’étage supérieur de cette construction, attendant qu’une bête féroce se montrât à portée de son fusil. Le plus souvent ces logements sont réunis en nombre assez grand dans un même canton. M. de Golbéry en compta plus de quarante dans le bois de Lamaya, distantes les unes des autres de trois cents à cinq cents pas. Un voyageur en Australie, M5" Salvado, en a rencontré

Termitières.

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plus de quatre-vingts sur moins d’un mille carré. « Que de fourmilières dans ce pays! dit quelque part Livingstone; elles couvrent les plaines exactement comme les tas de foin dans une prairie. »

A première vue, tous les voyageurs les ont prises pour des constructions humaines. « La grandeur et la forme de ces constructions me faisaient croire, écrit un des auteurs déjà cités *, que ces pyramides étaient des monuments funèbres élevés et consacrés à la mémoire des anciens guerriers mandings de Barra. » — « Mais de toutes les choses extraordinaires que j’ai observées, écrit Adamson, rien ne m’a autant frappé que certaines éminences qui, par leur hauteur et leur régularité , me parurent de loin un assemblage de huttes de nègres ou un village considérable, et qui n’étaient que des nids de certains insectes. »

L’intérieur n’en est pas moins extraordinaire que le dehors ; on y trouve nombre d’appartements , dont chacun a sa destination particulière : la chambre royale, pièce réservée au mâle et à la femelle ; les nourriceries , petites loges où sont déposés les œufs ; des magasins remplis des sucs épaissis de certains végétaux; de vastes galeries, dont le diamètre égale le calibre d’un gros canon, s’enfoncent en terre à plus d’un mètre de profondeur. Ce sont les carrières où l’insecte a puisé l’argile

i M. de Golbéry.

gâchée avec sa salive, a fourni la matière première de ses constructions.

La société des termites se compose de plusieurs classes d’individus :

De laryes,

D’ouvriers,

De soldats

Et d’insectes parfaits.

Les larves composent la population enfantine de la république.

C’est par les ouvriers que les constructions qu’on vient de décrire sont” élevées.

C’est par les soldats que la communauté est défendue; et ils exercent en outre dans plusieurs cas une certaine direction sur les ouvriers.

L’accroissement de la population forme la charge des insectes parfaits.

Los ouvriers sont longs de cinq millimètres ; ils ont des mandibules dentées très-solides : ce sont leûrs outils.

Les soldats ont une taille double de celle des ouvriers; chacun d’eux pèse autant que quinze de ces derniers. Ils se reconnaissent aux dimensions de leur tête, beaucoup plus grosse que leur corps. Cette tête est cornée et munie de pinces aiguës qui sont leurs armes.

Les insectes parfaits ont 18 millimètres de long, et chacun d’eux pèse autant que trente travailleurs. Ils ont quatre ailes pendant un temps très- court,

des ailes relativement énormes, de 50 millimètres d’envergure.

Les ouvriers sont des individus encore incomplets, de véritables larves et de vraies nymphes. Ils paient de bonne heure , comme on voit , la dette du travail.

Les soldats sont des individus achevés, mais arrêtés dans leur développement : ce sont des neutres.

Les insectes parfaits sont les uns mâles, les autres femelles.

Ouvriers, soldats, insectes parfaits commencent par appartenir au premier des groupes que nous avons mentionnés, à celui des larves.

Ces larves deviennent directement les unes ouvrières, les autres soldats.

Les soldats restent toujours soldats.

Les ouvriers, au contraire, montent en grade, et arrivent au rang d’insectes parfaits, mâles ou femelles.

Un soir les mâles et les femelles, ayant acquis des ailes, quittent en masse la colonie, s’élèvent dans l’air. Le lendemain, dès le point du jour, ils gisent sur le sol: leurs ailes sont tombées. Ils deviennent alors la proie d’une multitude d’animaux. Quelquesuns sont recueillis par des ouvriers et des soldats. Un mâle et une femelle sont logés dans la chambre royale.

Alors un changement prodigieux s’opère dans la

femelle. Son abdomen s’accroît au point d’atteindre 1S centimètres de long, et de devenir de 1S00 à 2000 fois plus volumineux que le reste du corps. Bientôt elle se met à pondre, et les œufs sortent avec une telle rapidité qu’ils semblent former un jet continu. Absorbée par ce travail, incapable même de se mouvoir, elle est nourrie par certains ouvriers, tandis que d’autres, non moins empressés autour d’elle, emportent les œufs au fur et à mesure

Femelle de termite belliqueux.

de la ponte, et les placent dans des logements particuliers. Pendant ce temps, le reste des ouvriers procèdent aux travaux habituels de construction et d’approvisionnement, et les soldats veillent pour Lous. Si une brèche est faite à l’édifice, ils se présentent en foule, jouant des mandibules, qui jamais ne lâchent prise. Des œufs sortent des larves beaucoup plus petites que les ouvriers, et qui, après avoir reçu les soins attentifs de ceux-ci, deviennent à leur tour, comme on l’a dit, ouvriers ou soldats.

Ces intéressants insectes ont de nombreux ennemis, parmi lesquels les fourmis, les reptiles, les

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oiseaux et les nègres, qui, après les avoir enfumés pour les contraindre à sortir de chez eux, s’en emparent et les mangent. C’est, selon eux, un manger délicieux.

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