LES ORTHOPTÈRES
Les orthoptères sont du nombre des insectes qui ne subissent que des métamorphoses incomplètes. Ils ont au sortir de l’œuf à peu près la forme de l’adulte; les différences sont dans les ailes et dans leur étui; la larve n’en a pas, la nymphe n’en a que de rudimentaires. Les mœurs sont identiques sous ces trois états. L’orthoptère est à tous les âges un mangeur d’herbe. Les grillons, les sauterelles et les blattes font partie de cet ordre.
Les grillons nous donnent occasion de confirmer indirectement, par un fait nouveau, ce qui a été dit dans un des chapitres précédents des pluies de batraciens et de poissons.
M. Aubé raconte, en effet, que par une journée du mois de mars, marchant à pied près de sa voiture, qui montait les cols des Herbiers (Vendée), il vit à plusieurs reprises tomber sur cette voiture des grillons qui, dit-il, ressemblaient plus au grillon domestique qu’au grillon des champs. L’air était froid, et les insectes semblaient complètement engourdis. Quelques-uns furent recueillis, et la chaleur de la main les ranima assez promptement. Une personne qui accompagnait le narrateur lui dit avoir observé le même fait quelques jours auparavant. Le lendemain, du reste, le même fait se produisit, et
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cTune manière encore plus remarquable, sur la route de Mortagne aux Herbiers. M. Aubé, ayant été surpris par un orage accompagné d’une pluie épaisse , en un moment sa voiture fut couverte par une nuée d’insectes eu apparence inanimés. Tous pareils de forme, de taille et de couleur, ressemblaient au grillon de cheminée, et semblaient seulement un peu plus petits et plus maigres.
Comme font les Mexicains pour les punaises, ainsi font les nègres pour les sauterelles, ils les mangent.
La sauterelle, ce fléau, est, en effet, un immense bienfait au désert. Dans son intéressant livre : Le Grand Désert, M. le général Daumas leur a consacré un chapitre d’où je tire ces lignes :
« Grâce à Dieu encore , dit le voyageur, si notre soif et le soleil n’eussent pas desséché nos outres, nous aurions fait un déjeuner joyeux; car depuis un moment nous voyions arriver à nous une nuée de sauterelles; le soleil se couchait derrière; le ciel était noir; elles tombaient par myriades; aussi loin et aussi haut que nos yeux pouvaient aller, le sol et l’air en étaient inondés.
« Devant ce bonheur imprévu la caravane s’arrêta, et déjà maîtres et nègres commençaient à moissonner cette moisson de Dieu ; mais Cheggneum (le chef de la caravane) nous fit dire : « Vous êtes « fous, en vérité; hâtez le pas, ô mes enfants! « L’eau, vous n’en avez plus; elle est là-bas, au
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« piecl du Djebel- Hoggar, et c’est de là que vien- « nent les sauterelles. Nous les retrouverons au « bivouac avec du bois pour les faire griller et de « l’eau pour les faire bouillir, et tout cela vous « manque ici. »
Sauterelle en train de pondre.
« Ces paroles étaient justes, et nous reprîmes notre marche sans plus nous inquiéter de ce sable d’insectes, que nous écrasions sur la route; mais au pied du Djebel-IIoggar, où nous devions faire séjour, chacun s’empressa d’en recueillir, d’en faire préparer pour le repas du soir et sécher au soleil pour sa provision. »
Voici quelque chose de plus fort.
M. Richy, dans une lettre qu’il me fait l’honneur
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de m’écrire , m’apprend que l’îlo de France et Bourbon possèdent une foule de variétés de cet horrible insecte, la blatta lucifuga, vulgairement appelée cancrelat ou kakerlac. Or beaucoup de créoles considèrent comme un régal le cancrelat grillé, dont le squelette, ainsi préparé, se détache sous la pression des doigts exactement comme celui d’une crevette cuite.
Les blattes sont un vrai fléau pour les peuples de la Russie et de la Finlande. Pallas dit qu’il est des villes qu’elles infestent. A Atschinskoé, toutes les murailles en sont couvertes. On ne laisse pas une boîte dans une chambre, pendant une seule nuit, sans que le lendemain on la trouve percée et envahie par ces insectes. On ne prend pas du thé dans les appartements sans qu’on voie des blattes tomber sur les aliments, et si on n’a soin de se couvrir entièrement pendant le sommeil, toutes les parties à nu, les pieds, les mains, le visage, sont dévorés par ces animaux. Leur voracité est extrême; toutes les provisions de bouche leur sont bonnes ; aussi les trouve-t-on surtout dans les cuisines, les boulangeries, et dans les magasins à sucre. Elles se mangent, également entre elles; du moins les grosses mangent les petites. Aussi en trouve-t-on rarement
Kakerlac oriental.
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qui aient acquis toute leur taille. Les Russes devraient aider à leur disparition , en suivant l’exemple que donnent les habitants de Bourbon et de l’île de France, c’est-à-dire en les mangeant.
Il paraît d’ailleurs que l’une des plus grandes espèces, qui a la couleur de nos hannetons, est souvent employée dans ces deux îles pour faire un bouillon tenu pour souverain contre les spasmes de l’enfant à sa première dentition.