‹ Les animaux à métamorphosesChapitre 18 sur 21 · LES COLÉOPTÈRES · texte numérisé non relu

LES COLÉOPTÈRES

Vous connaissez chez le hanneton ces deux ailes dures, de couleur brune, ou plutôt ces deux étuis dans lesquels sont repliées deux ailes molles, beaucoup plus grandes que les premières : eh bien , tous les insectes qui ont ce double étui sont ce qu’on nomme des coléoptères. Le hanneton en est donc un : les cicindèles , les calosomes, les hydrophiles, les dytiques, les charançons, la populaire coccinelle ou bête à bon

Dieu , en sont aussi, je Coccinelle Larve de la coccinelle

ne cite que les plus à sept poinls' à sept poinlsconnus. Cet ordre est un de ceux qui contiennent le plus grand nombre d’insectes.

Les coléoptères subissent des métamorphoses complètes. Douze ou treize anneaux distincts com-

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posent le corps de leurs larves. Elles ont pour la plupart six pattes disposées par paires sur les trois anneaux qui suivent la tête. Celle-ci est écailleuse et souvent munie de deux antennes coniques. Deux groupes de petits grains, placés sur les côtés, ressemblent à des yeux lisses. Ces larves changent de peau plusieurs fois avant de se transformer. En général, celles qui vivent de feuilles ne sont guère plus d’un mois avant de se transformer, tandis qu’au contraire celles qui se nourrissent de racines ou des parties ligneuses des végétaux restent deux ou trois années à l’état de larve.

Les cidndèles sont reconnaissables à leurs belles couleurs métalliques, à leur grosse tête, à leurs

Cicindèle Larve de la cicindèle Nymphe de la cicindèle

champêtre. champêtre. champêtre.

yeux saillants, à leur corselet très-étroit et arrondi. Ce sont des insectes de bonnes vie et mœurs, à notre point de vue du moins, car ce sont de grands insectivores. La larve a les mêmes goûts que l 'image.

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Blottie à l’intérieur d’un trou vertical qu’elle pratique dans le sable, elle place sa large tête à l’ouverture, et, dès qu’un insecte s’aventure sur ce pont perfide, c’est un insecte mort.

Dytique bordé mâle. Dytique bordé femelib.

Qui prononce le mot dytique parle grec, et veut dire plongeur. L’insecte qui porte ce nom habite

Larve du dytique bordé. Nymphe du dytique bordé.

l’eau dans ses deux états, et, sous l’un et 1 autre, se nourrit de petits animaux aquatiques. La larve, exposée elle- même au sort qu’elle fait subir à tant

les insectes

d’autres, recourt à un singulier stratagème pour échapper a ceux qui voudraient se régaler d elle , elle se fait flasque, molle, aussi dégoûtante que possible, et cela lui réussit. L’insecte parfait est un des êtres les plus favorisés qui existent . nagei , maicher, voler ; il est propre à tous les genres de vie.

Non moins grande est la différence entre la larve du gyrin et l’insecte parfait, qu’on voit dans la belle saison tournoyer sans cesse à la surface des mares qu’il habite, ce qui lui a valu le nom de tourniquet.

Les hannetons n’ont pas besoin d’être décrits. Leur larve, énorme ver blanc, n’est elle-même que trop connue. On sait quel mal ils nous font sous leurs deux formes, et surtout sous celle de larve. Celle-ci vit près de quatre années sous terre.

Ce qui est moins connu, et ce qui mérite d’être mentionné, c’est l’extraordinaire résistance vitale de cet insecte. Voici ce que m’a écrit à ce sujet M. V. le Marchand, pharmacien à Caen :

« Il y a une vingtaine d’années, j’étais enfant, et à ce titre j’aimais à jouer avec les hannetons. Comme mes pensionnaires répandaient une odeur infecte,

Larve

de hanneton.

Gyrin Larve du

nageur. gyrin nageur.

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mon père les jeta dans l’auge de notre cour. Deux jours après il me vint à la pensée de les piquer sur un carton pour les conserver. Je repêchai donc mes hannetons et les plaçai sur la grille d’un fourneau d’où l’on venait de tirer le feu. En attendant leur dessèchement, j’allai jouer avec mes petits camarades.

« Une heure ou deux après, je retournai à mes hannetons. Quelle fut ma surprise en en trouvant une partie qui se promenait sur la grille du fourneau ! Notez que l’asphyxie était complète; il devait même y avoir un commencement de désorganisation des tissus, car les insectes étaient maculés de taches circulaires plus brunâtres que la couleur naturelle. »

Cette observation curieuse de M. le Marchand est de tout point conforme aux expériences nombreuses que l’illustre physiologiste de Rouen, M. Pouchet, a faites sur le même insecte. Je me bornerai à citer celle-ci :

M. Pouchet mit des hannetons sous l’eau et les y laissa quarante- huit heures. « Tous les insectes, écrit-il, semblaient non-seulement morts, mais avoir subi un commencement de décomposition, à cause de la fétidité et de la légère coloration que le liquide avait contractées. Les hannetons, ayant été retirés de l’eau et exposés à l’action de la lumière et d’une température de 2o degrés centigrades, donnèrent tous, au bout d’une heure, des signes de vie,

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consistant dans des mouvements spasmodiques des tarses antérieurs. Abandonnés ensuite pendant une nuit dans un lieu ou la température s abaissa a 15 degrés, le lendemain les quatre cinquièmes d’entre eux reprirent leur vol. »

M. le docteur Vinson, déjà nommé, rapporte que les habitants de Madagascar, peuple insectivore, comme on sait, recueillent dans la terre, à huit pouces de profondeur, le long des rizières, certains coléoptères encore mal déterminés qui ont un certain air de larve de hanneton. On les fait bouillir dans l’huile pu la graisse avant de les servir sur la table.

Mais le hanneton lui -même se mange. Où cela, croyez -vous? Chez les sauvages? Non, tout près d’ici, en Allemagne.

Je trouve en effet, dans un recueil allemand trèsestimé , un article sur la soupe au hanneton.

Prenez une trentaine de hannetons bien vigoureux, et dépouillez -les tout... vivants de leurs élytres, puis... réduisez en pâte dans un mortier métallique.

A première lecture, cela semble affreux. Mais, quoi! ne dépouille-t-on pas les grenouilles et les anguilles vivantes? Ne mange-t-on pas les huîtres et les oursins vivants? Ne jette-t-on pas le poisson vivant dans la poêle ardente , l’écrevisse et le homard dans l’eau bouillante? La mort par le pilon est- elle plus cruelle que par le couteau ou la mas-

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sue? Notre émotion n’est que préjugé, à moins qu’il n’y ait à reprendre dans tous ces procédés. Revenons donc au bouillon de hanneton.

Le scarabée étant réduit en pâte, faites frire dans le beurre frais, puis ajoutez du bouillon fort ou faible, ou même de l’eau, faites chauffer; enfin versez à travers un tamis de crin sur des tranches de pain blanc grillé, et... dégustez. Le consommé de hanneton l’emporte incomparablement en délicatesse, en saveur et en parfum sur la meilleure soupe d’écrevisses; c’est le journaliste teuton qui l’affirme.

Il ajoute : « Un préjugé seul privait l’homme de cette fine nourriture, essentiellement propre aux convalescents ; mais lorsqu’on aura une fois triomphé de cette répugnance irréfléchie, les hôpitaux auront fait une belle acquisition. »

Il oublie le préjugé de la vie !

Je ne trouve rien à reprendre quand il accuse d’inconséquence ceux qui, prisant l’écrevisse et l’escargot, se font les contempteurs du hanneton.

N’importe, puisque le hanneton est si délicieux, c’est dommage qu’il faille absolument le piler vivant.

Sensiblerie ! Un quart d’heure avant sa mort le hanneton sera toujours en vie. Un genre de mort ou l’autre, qu’importe! Tuer, voilà la question. Les œufs que l’on mange à Mexico me plaisent, en cela que ce sont des œufs, substance animale non animée.

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Les Bousiers sortent d’une larve molle, courbée sur elle-même, lente à la marche, dont la vue n’est pas plus ragoûtante que celle du hanneton. Ils vivent sur le fumier. L’extrait suivant d’une lettre de notre honorable ami M. le docteur Savardan, alors au Texas, va montrer quels singuliers et curieux services ils rendent à la salubrité publique.

« Dès notre arrivée, nous avons dû nous préoccuper d’une grave question d’hygiène, l’établissement de fosses d’aisances. Pendant les recherches et les devis nécessaires à cet établissement, nous nous sommes aperçus que les objets de notre préoccupation disparaissaient complètement tous les jours, et même au bout de quelques heures. Il importait de découvrir les voleurs , et voici le résultat de nos observations.

« Quelques instants après le dépôt de ces objets, deçà et delà, dans les halliers et les taillis environnants, de nombreux scarabées noirs, volant et bourdonnant, arrivent de tous côtés, s’abattent à quelques centimètres du dépôt, l’entourent, puis, avec une activité pleine de vigueur et de persévérance, taillent dans le bloc unguibus et rostro chacun une bille de la grosseur d’une petite noix.

« La bille entièrement détachée, il s’agit de la transporter à des distances quelquefois relativement fort grandes : dix, quinze, vingt mètres.

« Pour opérer cette translation, voici comment procèdent nos actifs travailleurs. Si le but est au

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nord, le scarabée se place au sud de la bille; puis, se mettant la tète en bas et s’appuyant de ses pattes de devant sur le sol, il dresse ses pattes de derrière sur le sommet de la bille, et c’est avec ces dernières

qu’ainsi renversé il la pousse rapidement. Dans l’impossibilité où il est, placé de la sorte, de voir sa route avec d’autres yeux que ceux de l’instinct, bien des inégalités de terrain, bien des chocs, bien des culbutes l’arrêtent dans sa marche et le séparent de son fardeau. Il tourne les uns, résiste énergiquement aux autres, et revient incessamment à son singulier roulage.

« Ce labeur lui a valu, et à toute sa tribu, de la part de nos travailleurs compagnons du devoir, le nom de compagnons-rouleurs.

« Lorsque la bille a la dimension d’une noix un peu grosse, deux compagnons-rouleurs s’en emparent en même temps ; mais le second , dressé à l’inverse et à l’opposé du premier, sur ses pattes de derrière, attire à lui et fait rouler l’objet avec ses pattes de devant en tournant le dos à la route, ce qui donne lieu à beaucoup plus de culbutes encore, parce que les deux impulsions ne sont pas toujours parfaitement concordantes.

« Toutes ces billes sont conduites dans divers entrepôts souterrains appartenant ou à des familles, ou à des corporations. La surface de ces entrepôts, d’ailleurs toujours très-propre, est semblable à une portion de planche de jardin récemment râtelée, et

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percée de plusieurs petites ouvertures par lesquelles les compagnons -rouleur s pénètrent avec leurs fardeaux.

« Le temps m’a manqué jusqu’ici pour explorer l’intérieur de ces terriers.

« Quant au but que se proposent les compagnonsrouleurs, les avis sont partagés; les uns prétendent que ces billes servent de dépôt, de nid aux larves de ces insectes ; d’autres croient qu’il est seulement question, dans ce cas, de garnir par précaution le garde-manger de la colonie.

« Je crois devoir réserver, jusqu’à plus ample informé, mon opinion sur la première question; mais j’affirme la seconde sans hésiter. Les compagnonsrouleurs sont très-friands de la substance dont les billes sont formées, et voici comment nous en avons la preuve.

« Quand les blocs dans lesquels ils ont l’habitude de tailler ces billes sont d’une consistance qui les rend impropres au roulage, alors nous voyons nos braves scarabées, rangés, attablés, côte à côte et en cercle, autour de l’objet, se livrer sur place à un festin qui ne cesse que lorsque le cercle, peu à peu rétréci, est arrivé jusqu’au centre et a fait table rase.

•« N’avons-nous pas lieu, en présence des difficultés de notre entreprise, d’admirer et de remercier la Providence, qui, après nous avoir donné le vautour pour nous débarrasser des cadavres des

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animaux, a pansé encore à nous envoyer le secours de nos compagnons-rouleurs ? »

Les compagnons-rouleurs du docteur Savardan sont évidemment des bousiers, nommés aussi pilulaires ; on voit pourquoi. Ces pilules contiennent les œufs et constituent un garde-manger à l’intention de la larve. L’Égypte possède une espèce de bousier qu’on y adorait autrefois , à cause évidemment de l’importance des services que sous ce ciel dévorant on retirait de ses goûts stercoraires. Les adorer, c’est trop; mais il ne faudrait pas les détruire.

Les lucanes ou cerfs-volants sont remarquables par leurs mandibules très- allongées et branchues; de là leur nom de cerfs. Les femelles, à qui manque cet ornement , ont reçu le nom de biches. Cet insecte, comme on va le voir, n’a pas la vie moins dure que le hanneton.

Un chimiste, M. Mabru, lauréat de l’Académie des sciences, me raconte en ces termes l’histoire d’un énorme cerf-volant, qui avait été plongé dans de l’alcool à 18 ou 20 degrés pendant trente à quarante minutes.

« Je le sortis de l’alcool complètement asphyxié et le croyant mort. Autant que je puis me le rappeler, ses membres n’avaient aucune roideur; car, après avoir piqué l’insecte sur une planchette, il me fut possible de donner à tous ses articles la position dans laquelle je désirais conserver le sujet. Nous

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étions à la fin cle juillet ; la chaleur était excessive ; l’alcool ne tarda pas à s’évaporer, et, quelques heures après, l’insecte me parut tellement desséché, qu’il me sembla qu’on aurait pu le pulvériser dans un mortier et le passer au tamis. Il eût été tout à fait impossible de redresser un seul de ses membres sans le briser.

« Dans cet état de choses, l’animal fut abandonné à lui-mème. Trois jours après , mon attention fut subitement attirée de son côté par un léger bruit, et ce ne fut pas sans un profond étonnement que je vis mon scarabée se mouvoir : il n’était point mort ! Avec l’extrémité de ses ongles il grattait la feuille de papier qui recouvrait la planchette. L’ayant alors débarrassé de son épingle, je le descendis à la cave pour faciliter d’une manière plus complète la réabsorption de l’eau que l’alcool avait dû enlever à son corps, et dès le lendemain l’animal put marcher. Je le gardai encore quelques jours sous une grande cloche , où je lui mis des feuilles de chêne. Il recouvra si parfaitement la vie que, sur le désir que manifestèrent plusieurs personnes témoins de ce phénomène, je le rendis à la liberté, dont il sut bien trouver le chemin. »

L’observation suivante, que me communique M. A. Pérémée, n’est pas moins curieuse :

« En 1830 j’avais attrapé, dans les Pyrénées, un cerf-volant si magnifique, qu’il me donna l’envie d’en faire le noyau- d’une collection entomologique.

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Mais la difficulté était de le tuer sans le mutiler ou l’altérer. Je ne pouvais me résoudre à le percer d’une épingle et à le voir souffrir indéfiniment, cloué sur un liège. Après avoir bien cherché, je crus que le moyen le plus sûr était de le noyer.

« Je le plongeai le soir dans un verre d’eau, et le lendemain matin je le trouvai roide et sans mouvement, bien qu’il eût surnagé. L’ayant placé, en attendant mieux, dans une soucoupe sur la cheminée, je sortis pour mes excursions journalières.

« Je fus, en rentrant, fort surpris de ne plus trouver mon grand coléoptère à sa place ; je crus qu’on me l’avait dérobé ; mais sur les protestations de la personne qui seule était entrée dans ma chambre, je me mis à la recherche, et je finis par trouver l’insecte se promenant gravement sous mon lit. J’attribuai sa résurrection à une asphyxie imparfaite, provenant de ce qu’il n’avait pas été submergé.

« Pour le forcer à plonger, je l’attachai avec un fil à l’anneau d’une grosse clef, et je le maintins ainsi dans l’eau au fond du verre. Je ne le retirai que le lendemain soir, cette fois bien noyé, laissanttomber ses pattes et ses antennes, impassible aux piqûres et à tous les stimulants. Je crus pouvoir, en cet état, le fixer au mur avec une épingle, et je m’endormis satisfait de penser qu’il ne pouvait plus souffrir.

« Mais quelle ne fut pas ma stupéfaction en m’é-

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veillant de voir mon pauvre animal remuant toutes ses pattes, et faisant des efforts désespérés pour se débarrasser de sa cruelle entrave !

« Mon premier mouvement fut de le rendre à la liberté; mais en réfléchissant qu’il avait été transpercé par le milieu du corps, et qu’il ne pouvait plus vivre, je me résolus à achever ma pénible opération, et je le remis au fond de l’eau, attaché à la clef. Il y resta trois jours et trois nuits.

« Au bout de ce temps, ne doutant pas qu’il n’eût cessé de vivre, je le retirai, mais dans quel état! Sa couleur était altérée, son éclat avait disparu, sa carapace était devenue molle et gluante ; ses pattes étaient repliées contre son corps et ses antennes rentrées : il y avait, à mon jugement, commencement de décomposition. Je le mis, pour le faire sécher, sur le dos au soleil, au milieu d’une feuille de papier blanc, et je sortis.

« Quand je rentrai le soir, le cerf-volant était à la même place, encore sur le dos, mais je crus voir ses pattes remuer. Je le retournai, et il se mit à marcher.

« Je ne puis dire ce que j’éprouvai en ce moment. Une crainte superstitieuse s’empara de moi ; je crus avoir affaire au diable! Je me reprochai ma cruauté, j’eus horreur de l’insecte et de moi-même, et je le jetai par la fenêtre, renonçant pour toute ma vie à l’entomologie et aux expériences sur les animaux. »

La singulière persistance de la vie chez ces ani-

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maux est de nouveau attestée par le fait suivant, dont me fait part M. Heretien, président de la Société d’agriculture de Tarn-et-Garonne.

« Ayant trouvé, m’écrit-il, un cerf-volant d’une beauté remarquable, je le perçai selon l’usage avec une épingle; j’attachai ensuite un fil au-dessous de la tête de l’épingle, et je suspendis mon insecte en l’air, dans un cabinet où je n’allume jamais de feu, et de manière à ce qu’il ne pût s’accrocher à aucun objet voisin. Ce pauvre animal, ainsi empalé, a traversé l’hiver de 1854 à 1855 , et a vécu jusqu’à la lin de septembre de cette dernière année, passant ainsi au moins un an sans rien manger. 11 était habituellement immobile; mais pour peu qu’on cherchât à le toucher, ou même simplement à s’en approcher, il agitait aussitôt ses pattes et ses antennes d’une manière brusque et avec assez de vivacité. »

Qui ne connaît ce petit insecte qui fait des sauts si prodigieux lorsqu’on le met sur le dos? C’est le laupin , appelé aussi scarabée à ressort , et encore toquemaillet. Il saute ainsi pour retomber sur ses pattes. A part cette gymnastique, il n’offre rien de remarquable ; je le cite à cause de sa proche parenté avec l’insecte dont je vais maintenant vous entretenir, et pour qu’en entendant parler de celui-ci, vous vous trouviez en quelque sorte en pays de connaissance.

Il y a quelques mois , on présentait à l’Académie,

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sur une assiette à moitié pleine d’eau, une demidouzaine d’insectes, longs de trois centimètres, qui brillaient comme des diamants , bien qu’il fît grand jour. Un officier français les avait apportés du Mexique , où ils vivent dans les forêts. Ce sont des pyrophores. On n’en avait jamais vu de vivants en France; aussi fit-on passer l’assiette de main en main , de sorte qu’elle a fait tout le tour de la salle.

Le SOir, quand VOUS VOUS prome- Pyrophore noctilnque.

niez dans un jardin, vous avez vu parfois s’allumer, au milieu d’une touffe d’herbe, la brillante et tranquille lumière d’un ver luisant: eh bien, l’éclat du pyrophore dépasse autant celui du ver luisant que la clarté d’une lampe dépasse celle d’une veilleuse. Vous avez admiré la lumière électrique : celle du pyrophore est aussi blanche et aussi pure ; par exemple, elle est moins éblouissante, et l’on ne risque pas d’attraper un coup de soleil en le regardant, comme on en attrape quelquefois quand on regarde la lumière électrique de trop près et sans précaution.

Il vous est arrivé de prendre délicatement entre vos doigts un ver luisant, et de le déposer dans le creux de votre main. Vous a-t-il brûlé? Non. Avezvous seulement senti de la chaleur? Non. La lumière du pyrophore n’est pas plus chaude que celle du ver luisant.

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Aussi pourriez-vous sans crainte, si vous demeuriez dans le pays où vivent les pyrophor.es , faire cette curieuse expérience.

Je suppose que l’idée vous vienne pendant la nuit de vous mettre à lire. Par malheur vous n’avez ni lampe ni bougie , ou bien vous n’avez pas d’allumettes. Vous voilà bien contrarié. Tout à coup vous vous rappelez que vous avez un pyrophore dans une boîte. Vite, vous ouvrez la boîte; vous mettez l’insecte sur le bout de l’index de votre main droite, et, tenant le livre de la main gauche, vous promenez le pyrophore de ligne en ligne, ce qui vous permet de lire très -couramment. Quelle merveilleuse petite lampe ! Et un seul insecte suffira pour vous rendre un si charmant service. Que serait-ce donc si vous en aviez plusieurs? Alors, même en vous tenant à une certaine distance de la boîte, vous pourriez lire très-aisément, et si vous en aviez un nombre suffisant, toute votre chambre serait illuminée.

Cependant, voilà que juste au moment du plus intéressant de votre lecture, la lumière de l’insecte s’affaiblit comme celle d’une lampe près de s’éteindre. Eh bien, que fait-on quand la lampe baisse? on la remonte ; il n’y a qu’à remonter le pyrophore, et on ranime son éclat en l’agitant ou en le mettant dans l’eau. Comme je l’ai dit, ils vivent dans les forêts du Mexique: forêts admirables, mais infestées de bêtes venimeuses. Aussi que fait l’Indien qui traverse de nuit ces belles et dangereuses régions?

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Il prend sur un arbre deux pyrophores, et il en met un sur chacun de ses pieds; alors, grâce à la lumière que ces insectes répandent, le voyageur ne s’expose pas à marcher sur un serpent. Quand le jour est venu, ou quand la forêt est traversée, l’Indien, reconnaissant du service que lui ont rendu les poryphores, et sachant que d’autres pourront comme lui en avoir besoin, les pose délicatement sur une feuille, et s’en va. Un proverbe mexicain dit : « Emporte la mouche de feu; mais remets-la où tu l’as prise. » Ce proverbe enseigne à la fois-la prévoyance, la reconnaissance et la charité.

Les Indiens apportent un grand nombre de ces insectes à Mexico, et ils les vendent, non pas aux voyageurs, mais aux dames. Les pyrophores ressemblent tant à des pierres précieuses, ils en ont si bien l’éclat, la couleur, le feu, que les femmes ont imaginé de s’en parer, comme elles se parent de rubis, d’émeraudes et de diamants.

Après les avoir enfermés dans de tout petits sacs de tulle, afin de ne leur faire aucun mal, elles fixent ces petits sacs, en très-grand nombre, dans les nœuds de rubans et les bouquets de fleurs artificielles qui ornent leurs chevelures et leurs robes. Une femme couverte de ces bijoux vivants répand autour d’elle une lumière qui s’étend, dit-on, jusqu’à une distance de plusieurs pieds. On rapporte que le soir, sur les promenades de Mexico, l’effet de ces parures est ravissant, ce qui est facile à croire.

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Et savez-vous à combien revient tout ce luxe? il n’est pas cher, allez ! Les Indiens vendent les pyrophores deux réaux la douzaine; or le réal vaut vingt*sept centimes. Les dames en prennent le plus grand soin. Elles les conservent dans de jolies cages en fil d’archal, à mailles très-fines, leur donnent à manger de petits morceaux de canne à sucre, et ne manquent jamais de les baigner deux fois par jour.

Il ne faut pas croire que les pyrophores soient lumineux d’un bout à l’autre du corps. La lumière qu’ils répandent vient tout entière de trois petites lanternes, dont deux sont placées sur le dos, et une sous la poitrine. Il paraît que l’insecte peut, quand il le veut, fermer chacune de ses lanternes, comme on ferme les yeux en abaissant les paupières.

Le ver luisant non plus n’est pas lumineux sur tout le corps ; chacun sait cela : chez lui la lumière est fixée à la partie postérieure du corps et en dessous, et le plus. ordinairement , non toujours, la femelle , constamment privée d’ailes, est seule lumineuse. En Italie il y a des insectes du même genre où les deux sexes répandent également de la lumière , et on se figure quelle illumination doivent produire des milliers de ces petits êtres] se poursuivant dans l’air. Pour le dire en passant , ce nom de ver luisant ne vaut rien du tout. Regardez d’un peu près l’animal auquel on

Lampyre

noctiluque

mâle.

Lampyre

noctiluque

femelle.

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le donne, et vous verrez qu’il a trois paires de pattes, les vers n’en ont pas. Le prétendu ver luisant n’est donc pas un ver, c’est un insecte qui s’appelle lampyre, et ce lampyre est un coléoptère.

J’ai dit que le taupin est un proche parent du pyrophore. Cependant le pyrophore est magnifiquement paré, tandis que le taupin est vêtu de la manière la plus modeste; mais chez les bêtes, comme chez les gens, la différence d’habits n’empêche pas la parenté.

Les bostriches et les callidies vivent à l’état de larves dans le bois , au sein duquel elles creusent de longues galeries. Quand vient pour elles le moment d’en sortir, rien n’est capable de les arrêter; rien, pas même les métaux , ainsi qu’on va le voir.

En 1833, M. Victor Audouin, professeur au muséum d’histoire naturelle, présenta à la Société entomologique une plaque de plomb provenant de la toiture d’un bâtiment dans laquelle avaient été creusées de profondes sinuosités semblables à celles que certains insectes font dans le bois. Il attribuait ce travail à des larves de callidies, et à l’appui de son opinion il invoquait le témoignage de M. Emy, qui déclarait avoir vu , à la Rochelle , des parties entières de couvertures en plomb, non-seulement rongées, mais percées de part en part par des larves de bostriches.

En 1833, M. du Boys, de Limoges, présenta à la Société d’agriculture de cette ville des clichés typo-

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graphiques, qui sont, comme on sait, composés d’un alliage beaucoup plus dur que le plomb; ces clichés étaient criblés de trous régulièrement arrondis, d’un diamètre d’environ 4 millimètres sur 14 de profondeur. L’insecte, pour pratiquer ces trous, avait dû perforer plusieurs doubles de papier qui, enveloppaient ces clichés, puis une première plaque métallique, une feuille de papier de paille interposée , deux plaques d’alliage typographique , une nouvelle feuille de papier, et enfin, rencontrant en ce point une dernière plaque métallique, il n’en avait attaqué que la superficie. Toutes ces perforations se correspondaient parfaitement, et formaient des sortes de conduits semblables aux galeries sinueuses que Ton rencontre dans les bois quand on vient à les scier dans un certain sens.

Le même, M. du Boys, fit l’expérience suivante. Il plaça dans un creuset de plomb un individu vivant de la leplure couleur de feu, coléoptère qui se trouve si souvent pendant l’hiver dans nos appartements, parce que la larve se développe en grand nombre dans le bois de chauffage. Par-dessus ce creuset , on en emboîta un autre contenant aussi un individu semblable, qu’on enferma et recouvrit par un troisième creuset conique. Quelques jours après, on sépara les creusets : celui du milieu avait été percé, et on trouva réunis les deux callidies; l’insecte placé dans le creuset inférieur avait fait un trou pour s’introduire dans le creuset intermédiaire.

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Les dermesles subsistent durant leur vie de larve aux dépens des matières animales desséchées, et particulièrement de celles qu’on a desséchées pour les conserver*; on n’est pas plus contrariant. Cette malicieuse larve, ordinairement couverte de poils, déploie une grande vivacité quand elle croit n’être pas vue; mais dès qu’elle flaire un danger, elle se roule sur elle-même et se laisse tomber comme un corps inerte, bien certaine, étant protégée par ses longs poils, de ne se faire aucun mal. Elle affectionne particulièrement les pelleteries , et c’est pourquoi on l’appelle dermeste, c’est-à-dire mangeuse de peau. Malheureusement le vivant ne lui déplaît point, comme on en a la preuve par l’histoire de la jeune Lazarette.

Douée d’une vive intelligence et jouissant d’une excellente santé, Lazarette, âgée de neuf ans, fut, un jour du mois d’octobre 1850, prise tout à coup d’un grand mal de tête accompagné d’éblouissements, de vertiges et d’éternuments répétés.

De douce et obéissante qu’elle avait été jusqu’alors, la malade devint emportée, colère, insultant grossièrement ses parents , brisant tout , frappant ses camarades. Mais cette exaltation cessa bientôt, et, revenue au calme, Lazarette accusa une chaleur singulière entre les sourcils , et dit avoir rendu de petits grains et de petites- bêtes en se mouchant.

Pendant près de deux mois , les mêmes corps

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continuèrent d’être expulsés par le nez sans que l’enfant ni sa mère s’en inquiétassent. Enfin, un médecin appelé provoque une consultation, et soumet les insectes à M. Brullé, professeur à la faculté des sciences de Dijon , qui y reconnaît les larves dermestes et celles de quatre autres espèces d’animaux articulés.

Malgré les remèdes, les accidents s’aggravent. Le 2b mars 18bl , Lazarette perd subitement connaissance, et, à peine revenue à elle, tombe dans des convulsions qui durent plusieurs heures. Le 29 mars, au moment où elle portait à la bouche une première cuillerée de potage, elle pousse un petit cri, tombe et se roule en divers sens. La face est violette, les mâchoires sont serrées, les yeux dirigés en dedans, les muscles convulsés. Huit crises semblables se succédèrent dans un court intervalle, laissant chaque fois la pauvre enfant pâle, brisée, les yeux ternes. Enfin, M. Dumenil, médecin en chef de l’asile des aliénés de la Côte-d’Or, imagina d’imbiber un morceau de papier non collé d’une solution d’arséniate de soude , puis de la rouler en cigarette et de la faire fumer à la jeune malade en lui enseignant à faire sortir la fumée par les narines. Il espérait ainsi atteindre les animalcules, qui s’étaient évidemment introduits et développés dans les tissus frontaux ; son espoir ne fut pas déçu , et le 8 novembre la petite Lazarette sortait guérie de l’asile.

LES CRUSTACÉS

Le crabe, le homard, la langouste sont des crustacés, et les crustacés sont des animaux articulés. Passons -les en revue, et à tout seigneur tout honneur? ; parlons d’abord des premiers de tous, des décapodes , ainsi nommés parce qu’ils ont cinq paires de pattes articulées. Chez tous, des branchies, un cœur, des vaisseaux.

La disposition de leurs pattes ne leur permettant pas de nager, les crabes habitent le fond de la mer. Ce sont des animaux craintifs, quoique carnassiers, et qui ne chassent ordinairement que la nuit. Ils jouissent d’une propriété bien remarquable , celle de reproduire les membres qu’ils perdent. Et j’ai regret à le dire , on la met cruellement à profit en certaines parties de l’Espagne. Au lieu d’amener le crabe lui-même sur le marché, on se contente d’v apporter ses grosses pattes , qu’on lui arrache , après quoi on le lâche pour renouveler la même opération l’année suivante. Il paraît que ces pattes ne repous-

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sent bien que lorsqu’elles sont arrachées dans une articulation; le crabe, qui sait cela, si on l’a mutilé trop bas, opère de lui -même une seconde amputation dans la jointure. Le crabe tourteau est le plus estimé. Nous le mangeons; mais il nous le rend à l’occasion.

Etre mangé par les crabes, quel contre-sens! C’est cependant ce qui est arrivé à un pauvre matelot, dont un journal de Mexico a raconté l’histoire. De nombreux sinistres maritimes avaient eu lieu pendant la nuit sur la rade de Mazatlan : « Hier soir, disait le journal en quesLion , un des naufragés de la Manette a été ramené de Cerritas. 11 était dans le plus triste étal. Ce malheureux est resté près de trente-six heures cramponné à un morceau de vergue. En touchant terre, il s’est évanoui, et ne peut dire le temps qu’il est demeuré là. Il a les bras et les mains mangés en certains endroits par les crabes. Il avait encore le sentiment de conservation qui le portait à les repousser; mais il n’en avait plus la force : ses bras étaient inertes. Les hommes d’un des détachements de cavalerie envoyés par le gouvernement, l’ont rencontré et relevé au moment suprême de cette horrible agonie. Le médecin pense qu’il en reviendra. »

Les ocypodes, au test presque carré, habitent l’Amérique, l’Asie et l’Afrique. Ils vivent ordinairement à terre. Leur vitesse est prodigieuse. Un voyageur en Syrie, Olivier, raconte qu’il essaya

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vainement d’en prendre un à la course. Bien plus ! Bosc, à cheval, ne put y parvenir, et il dut tuer à coups de fusil ceux dont il s’empara. De là le nom de cavalier que. les anciens donnaient à ce crustacé.

Les gecarcins, dont la carapace est bombée et en forme de cœur, sont encore plus terrestres que les précédents. On les trouve en Asie et en Amérique, sur les montagnes, dans les forêts humides, cachés dans des fentes de rochers ou même dans des terriers. Ils respirent cependant par des branchies ; mais une disposition organique, qu’on déclarerait éminemment ingénieuse si elle avait des hommes pour auteurs , fait que ces branchies sont tenues constamment humides, ce qui est indispensable à leur fonctionnement. Une espèce d’auge est , en effet, placée dans leur voisinage, et laisse lentement écouler sur elles le liquide qu’elle contient. C’est du moins ce qu’on observe chez certaines espèces. Chez d’autres le même résultat est obtenu par des moyens différents; celles-ci ont leur cavité branchiale tapissée d’une membrane qui fait l’office d’éponge. A l’époque de la ponte, les gecarcins s’acheminent vers la mer par bandes innombrables, marchant toujours en ligne droite, quels que soient les obstacles qu’ils rencontrent sur leur route. C’est aussi , comme M. le docteur Guyon nous l’a appris, ce que fait dans ses migrations le petit mammifère connu sous le nom de lemming de Norwége.

Les grapses, quoique marins, montent, dit- on,

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sur les arbres ; un poisson , Vanabas, grâce à la structure de son appareil branchial, qui rappelle celle des gecarcins , peut faire le même tour de force bien extraordinaire chez un poisson. Les grapses sont répandus sur tout le globe; ceux des pays chauds sont remarquables par leur vive coloration. On en rencontre de nombreuses légions sur les bords des rivières. Dès qu’un bruit pour eux inquiétant se fait entendre, le pas d’un homme, par exemple, ils se sauvent à toutes jambes en faisant claquer leurs serres.

Les pinnothères établissent leur demeure, pendant une partie de l’année, dans certaines coquilles bivalves, particulièrement dans celles des moules et des jambonneaux. Les anciens avaient transformé cette sorte de parasitisme en une association véritable. D’après eux, le crustacé rendrait au mollusque des services de plusieurs genres : il le préviendrait de l’approche du danger; il irait pour lui aux provisions ; il le pincerait en guise d’avertissement, quand un animal bon à prendre et bon à manger s’introduit dans sa coquille. Les Egyptiens, dans leur écriture hiéroglyphique , mettaient à côté des pinnes-mcirines (coquilles bivalves) des piimotlières, voulant par là symboliser la condition de ceux qui ne peuvent vivre sans le secours d’autrui. Cette histoire est aujourd’hui rangée parmi les fables; mais le règne animal présente plus d’un exemple d’associations aussi extraordinaires, pour

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le moins, que celle qu’on supposait exister entre notre crustacé et les coquilles bivalves; par exemple, l’entente d’un petit oiseau, le pluvier, avec le crocodile, dans la gueule duquel il entre impunément pour débarrasser le formidable saurien des insectes qui le tourmentent. Ce trait, rapporté par Hérodote, est un de ceux qui avaient valu à ce grand historien le surnom calomnieux de père du mensonge. Mais Geoffroy Saint -Hilaire , durant l’expédition d’Égypte , a été témoin du singulier service que le pluvier rend au crocodile.

Le pagure, nommé aussi bernard-l’ermite , soldat, etc., a une industrie analogue à celle des pin-

Pagure oa bernard-l’ermite.

nothères. Comme ceux-ci, il se loge dans une coquille ; mais c’est d’une coquille univalve qu’il fait choix. Il y plonge son ventre, s’y cramponne à l’aide de ses pieds postérieurs et de ses appendices abdo-

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minaux, et ne va nulle part sans la traîner après lui. Quand, ayant pris de l’accroissement, il se trouve à l’étroit, il la remplace par une plus grande. Attaqué par un adversaire redoutable, il s’enfonce dans sa coquille, et en bouche l’ouverture avec l’une de ses pinces, ordinairement plus grosse que l’autre.

Les langoustes, les écrevisses et les homards ou écrevisses de mer, figurent si fréquemment sur nos tables et sont si abondants sur nos marchés, qu’il n’est personne qui ne les connaisse. Après avoir fait anciennement les délices des Grecs et des Romains, ils font les nôtres. Il y a des langoustes qui pèsent jusqu’à six et sept kilogrammes, et on en pêche, assure-t-on, qui ont près de deux mètres de long, antennes comprises, bien entendu. Les profondeurs des mers sont leur séjour habituel, et elles ne se rapprochent des rivages que pour y déposer leurs œufs, qui sont d’un beau rouge de corail. On sait que l’écrevisse peuple abondamment nos eaux douces; c’est dans les trous et sous les pierres qu’on les trouve. Le homard vit dans les parages rocailleux de la mer. Il pond de quinze à vingt mille œufs , et la langouste en donne plus de cent mille.

Cependant ces deux crustacés sont loin d’être aussi abondants sur nos côtes que ces gros chiffres le feraient supposer; cela vient de ce que pendant les premiers temps de leur vie ils se trouvent à la surface de la mer, où ils courent des chances innom-

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brables de destruclion. Un pêcheur de Cancarneau, M. Leguilloux, a eu l’heureuse idée de les prendre sous sa protection. 11 a établi des réservoirs dans lesquels il fait éclore les œufs, et où les jeunes, par centaines de mille, accomplissent leur développement et acquièrent ces fortes pinces qui leur servent d’armes défensives. Ses viviers ont fourni, comme on le verra tout à l’heure , l’occasion de découvertes pleines d’intérêt.

Le palémon, nommé vulgairement et improprement crevette , vit en troupes sur les rivages de la mer. La scie dont son front est armé n’empêche pas le palémon de devenir la proie des poissons; mais il a du moins cette satisfaction , si c’en est une, de ne pouvoir être avalé que par derrière. Risso a vu des poissons se soumettre à cette condition.

Les phronimes terminent le groupe qui nous occupe. Ils vivent dans le corps de quelques zoophytes, des méduses entre autres. On prétend qu’ils y entrent et qu’ils en sortent à volonté. Ils traiteraient donc la méduse elle-même comme la pinnothère traite seulement la coquille de la moule; il est impossible de mettre moins de façon dans l’indiscrétion.

On pensait , il n’y a pas encore un grand nombre d’années, que les crustacés dont il vient d’être question ne subissaient point de métamorphoses , et qu’ils n’éprouvaient que des mues. Un des naturalistes les plus célèbres de ce siècle, Latreille, écrit

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dans son Histoire naturelle des insectes et des crustacés., que ces derniers « sont, en voyant le jour, pourvus des organes qui leur sont propres et qui les caractérisent ». C’était l’opinion commune.

Elle fut battue en brèche par J.-V. Thompson , qui annonça que le crabe commun éprouve, dans sa jeunesse, de véritables métamorphoses. Assertion aussitôt repoussée par la plupart des zoologistes. Elle est aujourd’hui hors de doute.

Après Thompson, le capitaine Ducasse est le premier qui se soit engagé dans cette voie; il y fut suivi peu d’années après par M. N. Joly, professeur à la faculté des sciences de Toulouse. Suivant jour par jour le développement des œufs d’une petite salicoque qu’on trouve ordinairement dans le canal du Midi, et qu’il a nommée caridina Desmaretii, M. N. Joly est arrivé, en effet, à établir que ce crustacé éprouve de véritables métamorphoses. Dans son premier état la caridine ne possède , en effet , que trois paires d’appendices buccaux et trois paires de pattes, tandis que l’adulte possède six paires d’appendices buccaux et cinq paires de pattes. Bien plus , les trois paires de pattes que possède la jeune caridine ne sont pas un à-compte sur les cinq paires que possédera le crustacé adulte ; ces trois paires de pattes se changent en mâchoires auxiliaires, et les cinq paires de pattes se forment de toutes pièces. Ajoutons qu’au sortir de l’œuf la caridina Desmaretii est privée de branchies, de l’appareil stomacal

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et de fausses pattes abdominales , qu’elle possédera plus tard.

En 1853, le pêcheur Étienne Leguilloux, déjà nommé, ayant envoyé au jardin des Plantes de petits homards à peine éclos, M. Valenciennes reconnut que ces petits sont des larves, et que ces larves, considérées jusqu’ici comme un animal sui cjeneris, ont été décrites sous le nom de zoës.

« Étienne Leguilloux, disait M. Valenciennes, a obtenu de nombreuses éclosions. Il a vu, au bout de huit jours, les petits changer une première fois de

Zoë (larve de homard).

Homard.

peau; à deux mois, les changements des formes extérieures sont encore plus sensibles; à trois mois, on commence à voir les grosses pinces caractéristiques du homard; à six mois, les petits ont pris la figure d’un homard adulte. Ils ont alors de six à huit centimètres de longueur, et ils entrent dans le commerce sous le nom de trois-quarts. Les gourmets les

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recherchent et les paient à proportion plus cher que les homards adultes. »

Voici en fait de métamorphoses quelque chose de plus extraordinaire encore.

Le phyllosome est un crustacé aplati comme une feuille, transparent, formé de deux disques ou boucliers dont le plus grand, situé en avant, forme la tête de l’animal et porte les antennes et les yeux, dont l’autre, en partie recouvert par le précédent, donne insertion aux pattes, et se termine par un abdomen souvent rudimentaire. Ces pattes sont tout à fait impropres à la marche, et ne peuvent servir

Phyllosome (larve de langouslc ). Langouste.

qu’à la nage. Comme tout le monde connaît la langouste, chacun peut apprécier maintenant combien ces deux formes diffèrent l’une de l’autre. Elles diffèrent à ce point , qu’on a fait des phyllosomes non point un genre ou même une famille, mais un ordre particulier. Eh bien, le prétendu ordre dés phyllosomes ne renferme que des larves de langouste.

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Cette découverte, annoncée il y a quelques années, avait laissé des doutes dans l’esprit de quelques naturalistes. Un mémoire récent de M. Z. Gerbe les a dissipés ; il montre que les larves des langoustes ont tous les caractères généraux des phyllosomes, et que les différences qui existent entre les premières et les seconds ne sont que des différences d’âge, qui s’effacent à mesure que les mues se multiplient.

Cela dit , je continue l’énumération des principaux genres de crustacés. Nous descendons l’échelle, et, de proche en proche, nous allons arriver aux animaux les plus inférieurs.

Tout le monde a pu voir dans les plus étroites flaques d’eau un petit animal allongé , comprimé , qui nage sur le dos : c’est le branchipe. Il a une tête, des yeux portés sur des pédicules , onze paires de pattes, point de test. Le mouvement de ses pattes conduit vers sa bouche les particules organiques dont il se nourrit. Le branchipe ne naît point sous cette forme, et il ne l’acquiert qu’après plusieurs mues.

Les cy clopes , au corps mou, allongé, terminé en queue, avec deux pattes soyeuses, deux ou quatre antennes et un seul œil, qui leur a mérité ce nom mythologique, habitent également nos mares. Les femelles, bonnes mères, portent leurs œufs dans deux petits sacs suspendus aux côtés de la queue.

Voici maintenant des crustacés qui vont nous mener fort loin; car avec eux nous allons, de proche

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en proche, faire une pointe, nous allons même en faire deux au delà des frontières de la classe à laquelle ils appartiennent.

Il s’agit d’abord de crustacés tout petits, même microscopiques, qui ont, avec un grand nombre de mollusques, cette ressemblance que leur corps, qui est mou , est renfermé dans une coquille à deux valves, à la vérité fort minces, plutôt cornées que calcaires, et transparentes. Ils vivent généralement dans les eaux douces, et, chez plusieurs, les antennes concourent à la natation avec les pattes , qui portent les branchies.

Parmi ces animaux sont les daphnies; tête apparente, deux antennes, huit ou dix pattes, une queue. La daphnie puce n’a pas plus de deux millimètres et demi de long; on la trouve quelquefois en telle abondance dans les mares, que certains naturalistes ont cru pouvoir, en raison de sa couleur, lui attribuer l’apparence de sang que prennent quelquefois les eaux stagnantes. Les sauts qu’elle fait et la forme ramifiée de ses antennes lui ont fait donner le nom de puce aquatique arborescente.

Je citerai encore les cypris , crustacés quasi microscopiques , dont le test bivalve s’ouvre et se ferme comme la coquille d’une huître. Ils vivent aussi dans les mares, et leurs œufs ont, comme ceux de beaucoup d’autres animaux, la propriété d’éclore quand , après avoir été desséchées, les mares qu’ils habitent viennent à se remplir d’eau.

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Il s’agit d’abord..., ai-je dit en vous présentant ces petits animaux; cela indique une suite. Voici maintenant, — et, comme vous le verrez tout à l’heure, nous ne nous éloignons qu’en apparence des daphnies et des cypris, — voici maintenant un groupe d’animaux auxquels il n’est pas aisé d’assigner une place exacte dans la classification, et qui de plus vont nous offrir un genre particulier de métamorphoses qui dégradent , au lieu de les élever, les animaux qui les éprouvent.

Jeunes, ils sont libres; adultes, ils sont fixés par le dos à un corps marin quelconque, un rocher, un pilotis, un naTire, la coquille d’un mollusque, le test d’un crustacé, et ils y adhèrent pour toujours. Ils avaient des yeux et des antennes, ils les perdent. Ce sont les cirrhopodes ou cirrhipèdes. Cuvier les considérait comme des mollusques. M. Martin de Saint-Ange , qui en a fait l’anatomie, voit en eux des crustacés qui font le passage aux annélides ou vers. On s’accorde généralement à les ranger parmi les crustacés; mais ce sont des crustacés qui tiennent des mollusques et des annélides.

Ils sont revêtus d’un test calcaire formé de pièces analogues à celles des coquilles bivalves, tantôt adhérentes entre elles, tantôt, au contraire, libres, plus ou moins écartées, mobiles. Ils ont des membres rudimentaires, espèces de cirrhes, au nombre de six paires, cornés, articulés, ciliés, destinés non à la marche, puisque l’animal est fixé, mais à la

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préhension des aliments; ils sortent de la coquille pour s’emparer de ceux-ci, ils y rentrent pour les porter à la bouche.

Les baleines et les analifes font partie des cirrhipèdes.

Les balanes ou glands de mer sont des sortes de cupules calcaires; on les trouve en grande abondance au bord de la mer, sur les rochers, sur la carapace de certains crustacés, qu’elles défigurent horriblement, sur les coquilles deg’moules et d’autres mollusques. Un cirrhipède très-analogue aux balanes, la coronule, vit sur la peau de la baleine.

Or Thompson, en 1830, ayant réuni dans un vase de très-petits animaux semblables aux daphnies (nous y voilà revenus), munis comme celles-ci d’une coquille bivalve et comme elles vivant dans les eaux douces, Thompson, dis-je, fut fort étonné quand, au bout d’un certain temps, il ne trouva plus dans son vase aucune de ces espèces de daphnies, et qu’il vit à leur place de petites balanes. Il en conclut naturellement que les animaux qu’il avait recueillis étaient de jeunes balanes, et que ces animaux, qui sont sédentaires, comme on vient de le voir, commencent par être libres.

Coronule diadème.

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C’est ce qui a été mis hors de cloute par Bâte en

D’après cet observateur, les métamorphoses des balanes se partagent en trois phases.

D’abord l’animal est libre, agile; il a des yeux, des antennes, tous les caractères d’un véritable crustacé.

En second lieu il s’entoure de deux valves.

Enfin il se fixe pour toujours, ayant perdu dans cette métamorphose rétrograde ses yeux et ses antennes.

La balane a également perdu l’estime des gourmets. Elle eut, dans l’antiquité, l’honneur de figurer sur les tables les plus somptueuses, et Arétée note que les balanes de l’Egypte étaient les plus succulentes et les plus estimées. Aujourd’hui on ne la mange nulle part.

Les anatifes présentent la même succession de métamorphoses que les balanes. Elles aussi finissent par se fixer; mais elles le font au moyen d’un organe spécial, très-allongé, cartilagineux, qui manque aux animaux précédents. Le développement de cette espèce de pied est très- rapide, et dans le port de la Galle M. Lacaze-Duthiers a vu des bateaux corailleurs, rentrant après quinze jours d’absence, portant sur leurs coques de jeunes anatifes qui n’y étaient point au départ, et dont le pied avait déjà plus d’un centimètre de long.

Nous quittons les cirrhipèdes, et, achevant de

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descendre la série des crustacés, nous arrivons aux crustacés suceurs, animaux parasites dont la bouche, destinée en effet à la succion , est chez les uns formée d’une sorte de siphon , et chez les autres armée d’une ou de deux paires de crochets.

Anatifes fixées et larve de cirrhipède nageant.

Parmi les bouches en siphon, il y a les argules, qui vivent sur les poissons de nos étangs; les caliges ou poux des poissons j et les dichéleslions , qui s’attachent aux mêmes animaux au moyen des pinces frontales dont ils sont armés.

Les lernées ont la bouche munie de crochets. Ils se fixent à la peau , aux branchies et même dans la bouche des poissons, rongeant les chairs au point

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de disparaître dans leur intérieur, et causent à leurs hôtes infortunés des douleurs intolérables qui souvent se traduisent en accès .de fureur.

Ces crustacés parasites sont soumis à des métamorphoses rétrogrades. Beaucoup d’entre eux, en effet, doués, à leur sortie de l’œuf, d’organes de locomotion assez puissants, en sont très -insuffisamment pourvus ou même tout à fait dénués lorsqu’ils ont atteint l’état adulte. Tels sont entre autres les caliges et les lernées. L’existence parasite qu’ils mènent n’est donc pas de leur choix, d’autant que les mâles chez quelques-uns, les femelles chez quelques autres, sont privés de la vue. De là pour ces êtres déshérités la nécessité de suivre la destinée des poissons aux dépens desquels ils vivent.

Mais des dispositions particulières compensent en quelque sorte ces grands désavantages. Ainsi M. E. Hesse nous a appris que chez certains de ces crustacés un filet, un cordon tient pendant quelque temps l’embryon attaché à sa mère. Fixé par une de ses extrémités au bord frontal du jeune crustacé , ce filet est assez long et assez flexible pour laisser une certaine indépendance de mouvement à l’animal qu’il retient, et lui permettre d’aller chercher une place convenable sur le poisson aux dépens duquel il doit vivre, et sur lequel sa mère est ellemême établie. C’est un spectacle curieux et intéressant que de voir ces embryons, surtout ceux des trébies et des caliges, qui nagent avec assez de fa-

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cilité , suivre à la remorque, comme un petit bateau amarré à un grand navire, les évolutions de leur mère. La liaison cesse quand le petit peut se procurer sa nourriture; alors la rupture du cordon se fait au ras du bord frontal.

Quelques mots maintenant sur les tétradécapodes , et nous en aurons fini avec les crustacés.

Tétradécapodes, c’est-à-dire sept paires de membres. Les uns vivent dans les eaux douces, d’autres dans les eaux marines, d’autres sur terre; tous ont des branchies. Chez les espèces terrestres, les branchies sont modifiées de manière à pouvoir agir sur l’air humide.

Je parlais tout à l’heure d’échelle animale. Mais on se tromperait bien si on pensait que tous les animaux , ou que même tous les animaux d’une même classe, puissent être placés les uns au-dessus des autres, comme les degrés d’une échelle. 11 n’en est rien ; et on va bien le voir ; car, après avoir descendu jusqu’aux caliges et aux lernées la série des crustacés, nous ne pouvons continuer l’histoire de celle-ci sans remonter d’abord presque aussi haut que le point d’où nous étions partis, pour redescendre une fois encore jusqu’où nous sommes arrivés tout à l’heure. Ce qui prouve que, même dans une classe d’animaux, il n’y a point une seule série, et qu’il y en a plusieurs.

Les premiers des tétradécapodes sont, en effet, des animaux d’un ordre assez élevé. Leur structure

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comme leur aspect les rapprochent de certains crustacés décapodes, qui sont, ainsi qu on la vu, les princes de la classe. Telle est, par exemple, la crevette, la vraie crevette des ruisseaux, qu’on voit nager sur les côtés en étendant et en fléchissant alternativement son corps, et qui, grosso modo, res-, semble assez aux palémons pour qu’on donne vulgairement à ceux-ci le nom des premiers.

D’autres, comme les cloportes, par leur forme aplatie et leur existence terrestre semblent faire le passage aux myriapodes ou mille-pieds.

Enfin il y en a, comme dans la série précédente, qui vivent en parasites sur d’autres animaux, et chez ceux-ci l’organisation subit une dégradation comparable à celle des crustacés suceurs ; aussi ontils, au lieu de pattes, des espèces de crochets au moyen desquels ils se cramponnent à leur proie.

Dans le nombre, mais non au dernier rang, est le cyame, et, entre autres, 1 q pou de la baleine, comme les pêcheurs le nomment, parce qu’en effet il vit sur l’immense cétacé.

Les cymothoés, appelés aussi poux de mer , œstres des poissons, asiles des poissons, parce qu’ils s’attachent aux poissons comme les œstres et comme les asiles s’attachent aux mammifères, sont déjà d’anciennes connaissances de nos lecteurs, à qui nous en avons parlé à l’occasion des sarigues et des kanguroos. Ces cymothoés subissent de véritables métamorphoses, et, comme chez les crustacés suceurs

LES CRUSTACÉS

et les cirrhipèdes, ces métamorphoses sont rétrogrades. Ainsi les jeunes ont des yeux et même de gros yeux; les adultes n’en ont pas du tout. Les jeunes ont de- même une nageoire caudale qui manque aux vieux. Cette nageoire disparaît quand elle devient inutile, c’est-à-dire quand l’animal se fixe, car il commence par être libre. En échange, on trouve chez les cymothoés fixés des parties qui n’existent pas dans le premier âge.

Enfin le bopyre , parasite aussi , pousse l’impudence jusqu’à vivre sur les animaux de sa classe, sur les crevettes et les salicoques, dont il suce les branchies, et qu’il rend difformes en déterminant des bosses sur leur corselet. Les pêcheurs prétendent que ces parasites ne sont autre chose que de petites limandes ou de petites soles. La vérité, moins merveilleuse , est que , comme beaucoup d’individus d’un rang plus élevé que les crustacés, les bopyres promettent dans leur jeune âge plus qu’ils ne tiennent par la suite; car, ayant en commençant une organisation assez élevée, ils descendent si bas, qu’ils semblent le dernier échelon de leur type, et qu’après eux il n’y a plus qu’à tirer l’échelle. Ce que nous faisons.

LES VERS

Nulle part la division du corps en anneaux successifs n’est plus apparente que chez les vers; nulle part non plus on ne voit mieux que chacun de ces anneaux ou de ces groupes d’anneaux est tout un animal , et que l’articulé n’est autre chose qu’une association, une sorte de colonie d’individus réunis bout à bout.

Que l’on compare entre eux , chez certains articulés, les différents anneaux qui les composent, et on verra que ces anneaux se répètent les uns les autres. Qu’on en isole un, il est pourvu de tous les organes essentiels à l’animalité ; il a un système nerveux ganglionnaire , une dilatation vasculaire faisant office de cœur, un renflement stomacal : c’est un animal complet.

Cela explique, jusqu’à un certain point, comment ces animaux étant divisés soit spontanément , soit artificiellement, en un certain nombre de tronçons, chaque tronçon peut continuer de vivre, et, repro-

LES VERS

duisant les anneaux qui lui manquent, acquérir avec le temps les dimensions de l’animal dont il a été détaché.

Chacun sait qu’il en est ainsi du lombric ou ver de terre.

Voici un autre exemple.

La mvrianide, autre annélide étudié par M. Milne- Edwards, se compose d’une longue suite d’anneaux, dont le premier a des yeux et des appendices tentaculiformes. Si l’on coupe l’animal, chaque tronçon reproduit ce qui lui manque, l’un une tête, l’autre une queue; et le ver peut se transformer en autant d’animaux qu’on en a fait de tronçons. Mais, en outre, la myrianide se multiplie d’elle-même d’une manière analogue. Certains de ses anneaux se munissent de rudiments de tentacules et d’yeux; et quand le développement de ces organes est assez avancé, la division s’opère dans les endroits où ils se sont formés.

Les animaux élémentaires dont chaque ver et chaque articulé se compose sont ce qu’un naturaliste récemment et prématurément enlevé à la science, M. Moquin-Tandon , appelait les zoonites.

Il montrait, par exemple, que, dans la sangsue médicinale, chaque groupe de cinq anneaux successifs constitue un être particulier qu’on peut, au moins par la pensée, isoler des segments voisins, et qui possède sa fraction propre de système nerveux , d’appareil circulatoire, de tube digestif, d’organes

LES VERS

mucipares et reproducteurs , de faisceaux musculaires et même de taches tégumentaires. De là une multitude d’expériences fines et délicates dans lesquelles M. Moquin-Tandon excellait. Il aimait à les raconter dans ses leçons, — écrit M. Bâillon, professeur à la faculté de médecine de Paris, — il montrait comment une sangsue coupée en travers continue à sucer le sang de l’animal auquel elle est attachée , et comment le sang s’écoule par la section transversale; comment une portion limitée du corps de la sangsue, attaquée par une liqueur corrosive, perd seule sa vitalité ; comment un zoonite moyen de sangsue peut être tué sans que les parties antérieures et postérieures cessent d’exister ; comment même des tronçons isolés d’un même ver peuvent vivre pendant longtemps, quoiqu’ils ne reçoivent point de nourriture.

Nulle part, ai -je dit, la nature élémentaire de l’articulé n’est plus visible que chez le ver (exceptons cependant les myriapodes ou mille-pieds); mais, pour être moins apparent chez les insectes, les crustacés et les arachnides , parce que chez ceux-ci les anneaux successifs ne sont pas identiques entre eux, le fait curieux qui nous occupe n’est pas moins vrai des animaux dont il a été question dans les deux chapitres précédents que de ceux qui forment le sujet de celui-ci.

La seule différence , comme l’a fait remarquer M. Lacaze-Duthiers, est que, dans ces assemblages

LES VERS

de zoonites qui constituent un crabe, un hanneton ou une araignée, il y a des individus, des zoonites, qui travaillent non -seulement pour eux-mêmes , comme font les zoonites d’un ver, mais qui travaillent de plus au profit de la communauté, et qui, outre les fonctions générales que tous remplissent , ont des fonctions spéciales. Chaque zoonite a, chez beaucoup d’insectes comme chez le ver, son système nerveux particulier, son cœur, ou, ce qui en tient lieu, son organe respiratoire; mais, en outre, il a, ou du moins certains ont un rôle particulier à remplir, et plus les rôles sont distincts , en d’autre^ termes , plus le travail est divisé , plus en même temps la colonie est parfaite, plus l’être collectif que celle-ci forme est d’un ordre élevé.

Prenons un insecte , dit le naturaliste que nous venons de citer ; nous voyons la forme de chaque zoonite modifiée profondément par les rapports qui le lient aux zoonites voisins.

Le premier, celui qui est en tête de la série, étant placé là comme une sentinelle chargée de prendre connaissance du monde extérieur, est porteur des organes des sens : là sont les yeux , les antennes , etc.

Après lui vient le zoonite nourricier; la préhension des aliments est son affaire; c’est ici qu’est la bouche.

Ensuite les zoonites chargés de transporter toute la colonie dans l’espace; zoonites locomoteurs, munis de pattes et souvent aussi d’ailes.

LES VEBS

Enfin, l’ensemble se termine par les zoonites chargés de la multiplication de l’espèce , et ceux-ci sont armés d’organes spéciaux, tels que tarières, aiguillons , etc.

En tête de la classe qui nous occupe sont les vers à sang rouge. La couleur de leur sang, qui est un trait de ressemblance entre ces animaux et les animaux supérieurs, avait porté les zoologistes à mettre ces vers au-dessus de tous les articulés ; mais les annélides , comme on les nomme , sont par tout le reste de leur organisation évidemment inférieurs aux insectes , crustacés , etc. , ce qui prouve que rarement, parmi les bêtes aussi bien que parmi les gens, on est le premier en tout.

Ce groupe des annelés contient du reste des animaux d’un ordre évidemment inférieur ; ainsi , à côté des lombrics ou vers de terre , dont tout le monde connaît les habitudes souterraines, des nais, qui vivent dans la vase, des sangsues, qui vivent dans les eaux douces, des aphrodites et des néréides, qui sont marines et nagent fort bien ; à côté , et au-dessous de ces vers, qui jouissent d’une entière liberté de mouvement, nous en trouvons qui sont fixes.

d'elles sont les serpules, les amphitrites et les terebelles, qui vivent à l’intérieur de tubes plus ou moins solides. C’est le tube calcaire des serpules qui rampe sur la coquille des huîtres , où personne n’a pu manquer de les apercevoir. Ceux des amphitrites et des terebelles n’ont point cette solidité ; membra-

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neux ou même muqueux, ils sont grossièrement recouverts de sable ou de fragments de coquilles; tous ces animaux sont marins.

Je passe maintenant au groupe des vers intestinaux.

Ils sont ainsi nommés, parce que la plupart vivent à l’intérieur du corps des animaux, les uns dans tel organe, les autres dans tel autre : dans le foie, dans l’œil, dans le cerveau, dans les muscles, dans le sang, etc. Presque tous les animaux vertébrés ont leurs parasites, lesquels, à leur tour, ont souvent les leurs. Le lapin de clapier en a trois, l’âne et le chat quatre, la chèvre cinq, le chien et le cochon huit, le mouton et le bœuf dix, le cheval onze; c’est du moins ce qui résulte d’une nomenclature dressée par M. Paul Gervais. Parmi les oiseaux, la poule en a six. La grenouille, sans qu’on puisse l’accuser d’avoir voulu se faire plus grosse que le bœuf, en a un de plus que celui-ci : onze comme le cheval. Les animaux sauvages ont les leurs comme les animaux domestiques. L’homme a les siens, et même il est sous ce rapport le mieux partagé de tous les êtres animés; il nourrit une vingtaine de vers intestinaux.

Mais, comme le fait observer le naturaliste qu’on vient de nommer, la présence de ces vers est loin de constituer toujours une maladie, et on peut dire qu’il est dans l’ordre naturel des choses que les animaux nourrissent aux dépens de leur propre substance, ou de la surabondance de leur fluide

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nourricier, quelque autre espèce animale ou même végétale : ce qui n’empêche pas d’ailleurs que, clans une multitude de cas, l’être animé hanté par les intestinaux ne soit gravement et même mortellement malade, ce dont on aura des exemples tout à l’heure.

Un célèbre anatomiste allemand, Rudolphi, classait les entozoaires en cinq catégories distinctes, de la manière suivante :

Les Nématoïdes à corps grêle, plus ou moins filiforme , et rigidule ou élastique; à canal intestinal complet, avec la bouche en avant, l’anus en arrière; à sexes séparés. Les principaux genres sont : fîlaires , tricocép haies , oxyures , slrongles , ascarides, etc.

Les Acanthocéphales , dont le corps est grêle , en forme de bourse, élastique, pourvu d’une trompe armée de crochets, et dont les individus sont également de deux sortes, les uns mâles, les autres femelles. Cette section ne renferme que le genre échinorhynque, très-nombreux en espèces.

Les Tqématodes, à corps aplati et mollasse, munis de suçoirs ; tous les individus ont les deux sexes. Genres principaux : monostome, distome, iristome, etc.

Les Cestoïdes, à corps allongé, mais continu ou articulé; à tête quelquefois simplement labiée, et le plus souvent munie de deux ou de quatre suçoirs. Tous les individus ont les deux sexes ; dans ce

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groupe sont compris le scolex, le botliriocéphale et le lœnia, dont on compte cent cinquante espèces.

Enfin les Cystiques à corps déprimé ou grêle, terminé en arrière en vésicule propre à un ou à plusieurs individus, à tête pourvue de deux ou de quatre suçoirs et surmontée soit d’une couronne de crochets, soit de quatre trompes également garnies de crochets. Mode de reproduction inconnu du temps de Rudolphi. Genres principaux : cysticerque , cœnure, échinocoque.

D’autres classifications ont été proposées depuis celle qui précède. Nous citons celle de Rudolphi parce qu’elle a été établie dans un ouvrage devenu classique, parce qu’elle donne une idée suffisante de la variété des formes et de l’organisation des intestinaux, et que par conséquent elle suffit à l’intelligence de ce qui va suivre. D’ailleurs, après les récentes et grandes découvertes dont cette division du règne animal a été l’objet, il n’est pas de classification des entozoaires qu’on puisse considérer autrement que comme provisoire.

Nulle part, en effet, les métamorphose^ ne sont plus profondes, et elles se compliquent de migrations bien plus extraordinaires que toutes celles que nous avons constatées jusqu’ici. Nous allons voir, en effet, le même ver passer en même temps d’un animal dans un autre, et l’une des sections de Rudolphi dans une autre section.

Le sujet est immense, et comme il est en même

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temps très-merveilleux, nous procéderons graduellement à son exposition.

Voici donc d’abord un exemple très-simple de migrations.

Disséquant, il y a peu de temps, le cœur d’un phoque, M. Joly y trouva plusieurs vers nématoïdes femelles, plusieurs filaires longs de quinze à vingt centimètres et d’un diamètre de huit dixième de millimètre à un millimètre. Quatre de ces vers s’étaient fixés dans l’oreillette droite, et deux dans l’oreillette gauche du cœur. Ils forment, paraît-il, une espèce nouvelle, la fîlaria cordis phocœ.

Comment s’étaient-ils introduits chez le phoque? M. Joly pense qu’ils lui sont transmis par les poissons dont il fait sa nourriture. Ceux-ci ont, en effet, leur filaire, et ce filairc est toujours dépourvu d’organes de reproduction. Il est donc à présumer que le ver des poissons n’est autre chose que la larve du ver du phoque , et qu’il n’acquiert tout son développement que dans le sang- du phoque, où il ferait même ses petits. Ainsi le mammifère marin s’infecterait en mangeant. Nous allons en voir bien d’autres. Continuons.

Le ver de Médine (filaria medinensis) est commun dans les régions tropicales de l’ancien continent. Sa longueur atteint quelquefois quatre mètres ; sa largeur ne dépasse guère un millimètre. Il habite sous la peau dans le tissu cellulaire des jambes et de l’abdomen de l’homme, du nègre comme du blanc. On

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en trouve plusieurs sur le même sujet, chacun étant logé dans une tumeur particulière. Quelquefois la douleur provoquée par la présence de cet helminthe est nulle; dans d’autres cas elle est assez vive pour qu’on soit obligé de recourir au chirurgien. Il arrive que le ver perce la peau ; il devient alors nécessaire de l’extraire. On trouve des animaux de ce genre sur les oiseaux et sur les poissons. On en a trouvé quinze à vingt longs de un mètre cinquante centimètres à un mètre soixante- dix centimètres sous la peau d’un guépard de Kordofan, mort à la ménagerie. L’animal était triste, moins apprivoisé, moins câlin que les guépards possédés à d’autres époques par le même établissement.

Comment ce ver de Médine s’introduit-il chez l’homme? C’est ce qu’on ne sait pas encore positivement; cependant la plupart des naturalistes pensent que dans le jeune âge l’helminthe vit dans les eaux.

Ce qui est certain c’est que, suivant la remarque de M. le docteur Guyon, partout où on observe le dragonneau chez l’homme, on le trouve également dans les eaux et même dans le sol.

Ainsi, un jour du mois de mars 1858, dans le haut Sénégal, à Batikolo, village dont les habitants sont infestés par le ver de Médine, un chirurgien de marine, M. Joubert, faisant creuser dans une terre humide des trous pour établir les appuis d’un gourbi, trouva un dragonneau de dix-huit centimètres de longueur.

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On cite quelques autres faits du même genre. Mais lever terrestre ou aquatique est-il de même espèce que celui qui vit chez l’homme? C’est ce qui n’est pas établi. S’il y a identité spécifique, l’introduction des premiers dans l’organisme s’expliquerait assez aisément. Les germes ou les petits nés dans l’eau pénétreraient dans l’homme avec les boissons comme la sangsue du cheval s’introduit chez celui-ci , chez l’homme et chez un grand nombre d’animaux. C’est, paraît-il, l’opinion unanime des indigènes de la côte occidentale d’Afrique , comme c’est aussi celle des habitants de toutes les contrées où vit le ver de Médine.

C’est par la même voie, pour le dire en passant, que, d’après M. C. Davoine, les embryons du tricocéphale et de Y ascaride lombricoïde (vers nématoïdes de Rudolphi) entreraient chez nous. D’après ce naturaliste, leurs œufs se développeraient hors de l’homme, et ne donneraient naissance à l’embryon qu’après huit mois au moins pour l’un, et six mois pour l’autre.

Durant ce long intervalle de six et de huit mois, ces œufs, rejetés au dehors avec les excréments, ont tout le temps d’être transportés par les pluies dans les ruisseaux et dans les fleuves. C’est donc avec l’eau servant à la préparation de nos aliments que les embryons du tricocéphale et de l’ascaride lombricoïde arriveraient dans les instestins de l’homme, où ils poursuivent ensuite le cours de leur développement.

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Revenons aux Pilaires.

Le docteur Guyon a désigné sous le nom de filaire sous-conjeclival un helminthe qui habite dans l’œil de l’homme entre la conjonctive et la sclérotique, et dont, à cause de la transparence de la première de ces deux membranes, on peut suivre les mouvements chez la personne qui en est affectée. On le voit disparaître après un certain laps de temps, pour revenir, puis disparaître encore, ce qui peut se renouveler plusieurs fois.

En 1838, le savant que je viens de nommer fit connaître le cas d’une jeune négresse de la Martinique, originaire de la côte d’Afrique, qui avait à la fois deux filaires longs chacun de trois à quatre centimètres. Habituellement l’un se trouvait dans un œil , et l'autre dans l’autre ; mais ils se réunissaient quelquefois, le passage du côté droit au côté gauche se faisant avec une grande rapidité à travers le tissu cellulaire de la racine du nez. Ils étaient séparés lorsque le chirurgien fit l’extraction de celui qui se trouvait alors dans l’œil gauche ; mais lorsque quelques heures après il voulut faire la seconde opération, il vit que l’autre ver avait passé à son tour dans l’œil gauche, d’où on le tira par une nouvelle incision.

Plus récemment, le même observateur a mis sous les yeux de l’Académie le plus grand ver qu’on ait extrait de l’œil; celui-ci mesure quinze centimètres de long, il provient d’un nègre du Gabon.

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Quelques zoologistes pensent que ce filaire est une espèce distincte du filaire de Médine , d autres qu’il en est seulement le jeune ; d’autres encore qu’il pourrait être le mâle de cette espèce, dont jusqu’ici on ne connaît que la femelle.

La seule chose certaine, c’est que l’un et l’autre se trouvent dans l’Afrique tropicale, l’Arabie, la Perse et l’Inde, et qu’ils habitent tous les deux le tissu cellulaire. Mais, d’après le docteur Guyon, le filaire sous -conjecti val n’apparaîtrait dans le tissu sous -cellulaire qu’à de certains moments, comme font les oiseaux de passage dans chacune de leurs patries, et il s’en éloignerait lorsqu’il n’y trouverait plus l’espace nécessaire à son développement.

Nous venons de voir les instestinaux opérer de grands voyages ; mais nous n’avons encore aucune idée des transformations qu’ils éprouvent chemin faisant. C’est ce spectacle que nous allons maintenant nous donner. J’ai promis des merveilles, en voici.

Les cysticerques (ils vont jouer un grand rôle dans ce qui suit) se rencontrent fréquemment dans les parties du corps occupées par le tissu cellulaire ; on en a trouvé dans la pie-mère, dans le tissu cellulaire sous -cutané, dans les interstices musculaires, etc. M. Berend en a observé sur les lèvres d’un enfant d’un an ; il avait l’apparence d’une tumeur grosse comme un haricot; une petite incision donna

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issue à 1 animal. Mais c’est du cysticerque du lapin qu’il s’agit.

Ce cysticerque du lapin ( cyslicercus pisiformis ), long de six à dix millimètres, blanc, un peu bleuâtre,

est formé d’une tête, d’un col et d’une ampoule; la tête arrondie en dessus, couronnée de deux rangées circulaires de crochets et pourvue de quatre ventouses, n’a aucune ouverture orale; le col est plissé. L’ampoule vésiculaire est pointue, aussi longue que le reste de l’animal. La mort de ce cysticerque suit de près celle du lapin aux dépens duquel il vit. Cependant, si on a soin d’ouvrir la capsule dans laquelle chaque cysticerque est renfermé, et de recevoir celui-ci dans un vase rempli d’eau tiède, on peut étudier facilement ses mouvements : on lui voit alors étendre ou retirer ses ventouses, redresser ou coucher ses crochets, dont chacun se meut isolé-

Cysticerque du tissu cellulaire.

Partie antérieure du cysticerque du tissu cellulaire (considérablement grossie).

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ment, plier, allonger ou rétracter son col et surtout sa vésicule caudale.

On connaît le goût du chien pour le lapin. Lorsque le premier mange le second, il introduit nécessairement dans son estomac le cysticerque du second. Que devient dans l’intestin du chien le cysticerque du lapin? Voici.

En quelques heures il pert sa vésicule. Au bout de huit jours il n’a plus que la tête, et il habite le duodénum. Or cette tête donne naissance à un ruban aplati, composé d’articulations nombreuses, étroites, et le cysticerque de tout à l’heure s’est transformé en tænia. Un naturaliste appuie cette transformation sur l’expérience suivante. Ayant mêlé aux aliments d’un chien soixante -dix cysticerques de lapin, il a trouvé quelques jours après vingt-cinq tænias dans l’estomac du chien.

Mais le chien a bien d’autres manières de donner l’hospitalité au tænia. Ici le mouton entre en scène. Les moutons sont quelquefois pris d’une sorte de vertige par suite duquel leur corps s’anime d’un mouvement gyratoire qui finit par les faire tomber. C’est la maladie connue sous le nom de tournis. Cela est incontestablement causé par un ver, un cœnure, le cœnurus cerebralis , logé dans le cerveau du malheureux mouton. Ce cœnure est une vésicule munie de plusieurs tètes. D’où vient-il? qui le donne au mouton ? Le chien. Et qui l’avait donné au chien? Le mouton. C’est entre eux un prêté pour un rendu , le

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cœnurus cerebralis étant , selon un grand nombre de savants, la larve du tamia sèrrata.

Cependant, comme on vient de le voir, le cœnurc habite le cerveau du mouton, et, comme on le sait, le tænia réside dans l’intestin du chien.

Comment donc l'affreuse larve passe- t-elle de l’herbivore au carnassier? et -comment les œufs de l’horrible ver passent-ils du carnassier à l’herbivore? Voici ce qu’on raconte à ce sujet.

Premier temps. Un chien dévore la tête d’un mouton mort du tournis, et voilà le cœnure dans l’estomac du chien. S’y trouvant bien, il s’y développe : ses têtes ou ses scolex se détachent de la vésicule commune, s’allongent démesurément, et chacune d’elles devientun tænia. Celui-ci prospérant, un moment vient où quelques anneaux chargés d’œufs se détachent de son corps ; ils sont expulsés avec les excréments.

Second temps. Tout en broutant l’herbe des champs, le mouton avale les œufs. Installés dans son intestin , ceux-ci éclosent, des larves microscopiques en sortent qui se fraient une route à travers les tissus, qu’elles perforent jusqu’au cerveau de l’animal. Parvenues au terme de ce voyage, elles se changent en cœnures qui tuent le mouton, et la palingénésie de l’entozoaire est close.

M. Van Benedin rapporte qu’ayant introduit dans l’estomac d’un jeune chien un certain nombre de cœnurus cerebralis , il a constaté bientôt après que

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le corps de ce chien renfermait autant de tænias

Tænia solium (ver solitaire).

(très-improprement appelés solitaires, comme on voit) qu’il y avait introduit de cœnures.

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D’un autre côté, ayant suivi le développement des œufs du tænia serrata, il a constaté que des cœnures du mouton en sortent.

Il prit de ces jeunes vers nés du tænia du chien et les déposa dans les fosses nasales du mouton ; les vers perforèrent les muqueuses en tous sens jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés dans une région du crâne percée de trous qui leur permirent de se rendre à destination, c’est-à-dire dans le cerveau du mouton.

Tous les naturalistes ne s’accordent pas sur les antécédents du tænia du chien. Il y en a qui les font venir du cyslicercus pisiformis, d’autres du cysticercus cellulosus , d’autres du cysticercus lenuicollis; mais tous ou presque tous ajoutent une foi entière aux migrations que nous venons de raconter. En général, tout animal carnassier serait infecté par ses victimes, ce qui ne manquerait pas de moralité; ainsi les vers du chat proviendraient des souris, et ceux de l’homme du porc.

On connaît chez l’homme deux variétés bien caractérisées de taenias : le bolriocephalus laius et le tænia solium.

La tête de ce dernier est munie de quatre suçoirs, avec une couronne formée de crochets pointus. Les anneaux sont aplatis. Tout le long du corps s’étendent deux canaux qu’on regarde comme des tubes digestifs. Dans chaque anneau un conduit transversal réunit ces canaux l’un à l’autre. Les vaisseaux

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sanguins s’étendent également dans toute la longueur de l’animal. Les tænias ont les deux sexes, et chacun de leurs anneaux possède des organes mâles et des organes femelles ; ces derniers sont remplis d’un très-grand nombre d’œufs, pourvus d’une en-

veloppe calcaire, grâce à laquelle ils peuvent, même dans des circonstances défavorables, conserver la faculté de se développer. Les anneaux les plus rapprochés de la tête sont les plus jeunes, les moins développés, et, par conséquent, les plus petits. Plus les anneaux sont vieux, plus leurs appareils reproducteurs sont développés, plus ceux-ci contiennent d’œufs, et, dans plusieurs de ces œufs, on peut même quelquefois reconnaître l’embryon. Les derniers anneaux, c’est-à-dire les plus anciens, étant mûrs, se détachent isolément ou en chaînes entières, et,' comme alors ils continuent de se contracter, on les a décrits quelquefois comme une espèce particulière de vers.

S’étant détachés, ils sont expulsés avec les excréments, et c’est ainsi que sont semés des milliers de germes de tænias.

Crochets du tænia solium.

Tête du tænia solium Tète du tænia solium vue de face. vue de profil.

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Il en périt un grand nombre ; les autres sont avalés avec les aliments ou les boissons, par certains animaux.

Introduit dans le tube digestif de ceux-ci, l’œuf se développe, un embryon microscopique en sort, tout différent des tœnias et armé de crochets pointus qui se meuvent dans tous les sens. A l’aide de ses crochets, il perfore les tissus de l’animal. Arrivé dans le tissu cellulaire des organes, il s’v enveloppe d’une capsule, ou, comme on dit, s’enkyste.

Une profonde métamorphose s’opère dès ce moment dans l’embryon : d’abord ses crochets tombent, son corps représente alors une vésicule, cette vésicule grandit en même temps que le kyste qui l’entoure; à l’intérieur de l’embryon se forme un bourgeon , qui peu à peu devient une tête et se garnit de suçoirs; le cou se dessine, s’allonge, et les crochets apparaissent peu à peu. Enfin la larve toute formée se renverse hors de sa vésicule. Elle n’a alors ni tube digestif ni organes reproducteurs. Ignorant la filiation de ces vers, on en avait fait un ordre à part, sous le nom de vers vésiculaires ( cys iicerques, échinocoqucs , cœnures).

Mais cette larve ne deviendra tænia qu’au prix d’un nouveau voyage.

Elle s’est logée dans le corps d’un porc. L’homme mangeant la chair de ce porc avale en même temps la larve. Aussitôt arrivée dans le tube intestinal de

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ce nouvel hôte, celle-ci s’attache par ses suçoirs entre les villosités de la muqueuse de l’intestin grêle, et y implante ses crochets. Bientôt son extrémité postérieure se prolonge en une vésicule oblongue, et, au fur et à mesure que celle-ci s’allonge , on voit apparaître des rides transversales qui deviennent de plus en plus profondes. La larve se transforme en tænia. Les nouveaux anneaux refoulent les anciens; ceux-ci se développent, se remplissent d’œufs, et le cycle que nous venons de décrire recommence.

C’est ce qui va être confirmé par une expérience qui causera peut-être quelque répugnance au lecteur.

Depuis longtemps, un anatomiste allemand, M. Kuchenmeister, inclinant à penser que le cysticerque du tissu cellulaire se change en tænia solium dans le tube digestif de l’homme qui lui donne involontairement asile, brûlait de s’assurer du fait. Il attendit longtemps, parce que, pour que l’expérience rêvée se réalisât, il fallait que dans le voisinage de l’expérimentateur une tête humaine tombât frappée par la justice. Enfin cette horrible condition s’est rencontrée, et le savant a pu enrichir d’un fait nouveau cette extraordinaire histoire de vers intestinaux.

« Un criminel venait, dit M. Kuchenmeister, d’être condamné à quelques lieues de mon domicile, et, grâce à des amis, il me fut possible de réaliser

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l’expérience que j’avais en tète depuis longtemps déjà. Le résultat a été des plus salis faisants, quoique la brièveté du temps dont je pouvais disposer n’autorisât pas de belles espérances. »

On conçoit que l’expérience consistait à faire avaler au condamné, sans qu’il s’en doutât, les cysticerques dont on voulait suivre la transformation. On lui en fit prendre à toutes les sauces. L’expérimentateur, n’avant pas d’abord de cysticerques du tissu cellulaire à sa disposition, dut se contenter de cysticerques tenuicollis (on en trouva dans le mésentère du porc) et de cysticerques pisiformis du lapin. On les mêla à un potage de pâte d’Italie, et le malheureux les prit cent trente heures avant le jour de la décapitation.

« Plus tard , dit l’auteur, à qui nous rendons volontiers la parole , je parvins à me procurer des cysticerques cellulaires: soixante-douze heures avant sa mort, le délinquant en mangea douze dans du boudin dont on avait sorti quelques fragments de lard, qui furent remplacés par des cysticerques. Il en prit encore dix-huit dans du riz, soixante-douze heures avant sa mort; quinze dans du potage au vermicelle, trente-six heures avant; douze dans de la saucisse, vingt- quatre heures avant, et encore dix-huit dans la soupe, douze heures plus tard. Il avala donc en tout soixante-quinze cysticerques cellulaires. »

Le jour de l’exécution, M. Kuchenmeister se ren-

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dit à l’Institut anatomique, où le cadavre devait être transporté; mais il ne put examiner les intestins que quarante- huit heures après la mort. L’autopsie fut faite en présence de plusieurs professeurs. « Quoique le peu de temps écoulé depuis l’arrivée de mes bêtes dans l’intestin ne me laissât pas beaucoup d’espoir d’un résultat favorable, je fus néanmoins plus heureux que je ne pensais. » Il aperçut , en effet, dans le duodénum un petit tænia fixé à la muqueuse au moyen de sa trompe allongée. Le microscope montra distinctement la trompe sortie , à laquelle étaient fixés quatre crochets également dirigés en avant. L’examen de ces crochets prouva qu’on avait bien un tænia solium sous les yeux. Trois autres tænias également armés de crochets furent ensuite trouvés dans le duodénum, et enfin on en trouva six autres, mais sans crochets, dans l’eau qui avait servi à laver l’intestin.

L’auteur conclut de cette expérience que le cysticerque du tissu cellulaire se métamorphose dans l’homme en tænia solium. Il terminait son mémoire par cette invitation et ces conseils :

« J’invite mes collègues en position de pouvoir répéter cette expérience à ne pas laisser échapper ces occasions. Il faudrait s’y prendre un peu plus tôt; administrer par exemple à un accusé dont la condamnation à mort paraît certaine, à différentes reprises et à des distances de quatre semaines , des cysticerques frais, chaque fois en petit nombre. On

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suivrait ainsi le développement de ces entozoaires, et l’on pourrait constater si le cysticerque 'pisiforme et le ienuicollis se développent dans l’homme, ce que je ne suis pas porté à croire. L’essai serait tout à fait innocent; car, en cas d’acquittement, nous possédons assez de moyens sûrs pourchasser le tænia. » Il faut dire maintenant que dans cet ingénieux chapitre d’histoire naturelle que forment les migrations des intestinaux, MM. Pouchet et Verrier aîné ne voient qu’un roman, auquel ils opposent une suite d’expériences dont voici les plus décisives :

On donne cent têtes de cœnures à un jeune chien pris à la mamelle et soigneusement séquestré, et qu’on tue vingt jours après ce repas. Or son intestin renferme deux cent trente-sept tænias dont la taille varie de quatre millimètres à soixante centimètres.

« Piésultat doublement renversant, disent les auteurs, puisque nous trouvons cent trente-sept tænias de plus que nous n’en avons ensemencé , et qu’ayant donné des scolex de la même vésicule et du même développement, nous trouvons, après vingt jours seulement, l’inexplicable différence de taille de quatre millimètres à soixante centimètres. »

Autre expérience.

On fait choix de deux jeunes moutons parfaitement sains, et à chacun d’eux on donne dix anneaux de tænia serrata, contenant tous des œufs parfaitement mûrs et dont on distingue l’embryon muni de ses crochets. Le tournis eût dû se présenter du

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quinzième au vingtième jour; or il n’y en avait pas de trace au bout de quatre mois; à cette époque, la santé des sujets était parfaite : on les tua, leur cerveau ne renfermait pas un seul ccenure.

La migration des entozoaires est donc un sujet à revoir et qui appelle une sévère critique.

J’ai réservé pour la fin l’histoire d’un entozoaire qui a acquis, dans ces derniers temps, une célébrité malheureusement trop justifiée.

Le 12 janvier 1860, une jeune paysanne, une servante, présentant quelques-uns des symptômes de

Trichine grossie. , Muscle trichine.

la fièvre typhoïde, entrait à l’hôpital de Dresde. Elle mourut quinze jours après. M. Zenker en fit l’autopsie. Quel fut son étonnement quand, au lieu de rencontrer les lésions propres à la fièvre typhoïde, il trouva des milliers de trichines dans les muscles de la défunte!

LES VERS

Les trichines sont de tout petits vers nématoïdes de un à deux millimètres, dont on a fait la découverte en 1835 en Angleterre dans les muscles de plusieurs cadavres. Ils y étaient enroulés sur euxmêmes et renfermés chacun dans une petite poche ou kyste. A peine le fait fut-il signalé, qu’en Angleterre, en Allemagne, en Danemark, en France, en Amérique, les observations du même genre se multiplièrent. Trichines partout. D’où venaient-elles, et comment pénétraient-elles dans les muscles?

On expérimenta. Un savant de Goettingue, M. Herbst, fit manger à des chiens la chair d’un blaireau hanté par les trichines; les chiens furent envahis. Plus tard, à Berlin, le célèbre anatomiste allemand M. Wischow fit manger par un chien de l’homme trichiné ; trois jours après, il trouva dans l’intestin grêle du chien des vers semblables aux trichines musculaires, mais plus grands et contenant des ovules. On savait donc que les trichines sont transmissibles d’un animal à l’autre; mais le mode de transmission restait caché. Tel était l’état des choses quand M. Zenker fit son observation.

Il trouva, ai -je dit, des milliers de vers dans les muscles de la morte ; vers dépourvus de sexe , comme tous ceux qu’on avait vus jusque-là, libres et non plus enkystés, ce qui prouvait que leur importation était récente. De plus, il rencontra dans l’intestin grêle un grand nombre d’helminthes adultes, les uns mâles, les autres femelles, ces der-

LES VERS

nières remplies d’embryons vivants semblables aux trichines sans sexe , aux larves qui pullulaient dans les muscles. Celles-ci étaient donc arrivées dans leur lieu d’élection en perçant les parois de l’intestin.

Trichine enkystée.

Restait à savoir comment les trichines étaient arrivées dans l’intestin. Le médecin fit une enquête. Il apprit que le fermier chez qui la jeune fille avait été servante avait, vingt-trois jours avant l’entrée de celle-ci à l’hôpital, tué un cochon, et que tous ceux qui en avaient mangé avaient été malades. Il se fit remettre de la viande de ce porc; elle était remplie de trichines.

Dès ce moment l’histoire pathologique de la maladie trichinaire était fondée. Ingérées par l’animal qui se nourrit d’une chair infectée, les trichines musculaires, libres ou enkystées, restent dans l’intestin de cet animal. Ces trichines, même enkystées, ne sont pas mortes, mais comme endormies. Elles

LES VERS

se réveillent dans l’intestin, s’y développent, s’y multiplient. Cette multiplication a encore lieu, si des trichines intestinales, des femelles pleines, expulsées par les voies naturelles, sont mangées avec les matières qui les contiennent par des animaux peu délicats sur la nourriture, des porcs par exemple. Aussitôt nés, les jeunes pénètrent dans les muscles, où ils finissent par s’enkyster. Dès ce moment ils deviennent inoffensifs ; tous les ravages qu’ils causent se produisent dans la période qui précède l’enkystement.

M. Zenker partagea avec MM. Leuckart et Wirchow les muscles de la jeune servante; les animaux qui en mangèrent furent envahis. A partir de ce moment, les observations d’infection trichineuse se multiplièrent particulièrement en Allemagne , où l’on fait usage de viande de porc Crue, car il n’y a qu’une cuisson prolongée qui puisse tuer les trichines. On compta par centaines, dont un grand nombre mortels, les cas d’une maladie inconnue quelque temps auparavant. M. Wirchow a écrit une brochure pour appeler l’attention sur les mesures préventives à prendre contre cette maladie contagieuse. Les gouvernements s’en préoccupent, et c’est une des questions de médecine et d’hygiène à l’ordre du jour.

LES ZOOPIIYTES

Les zoophytes ou rayonnés, dernière division du règne animal dans la classification de Cuvier, comprennent un nombre immense d’animaux. Les oursins, les étoiles et les anémones de mer , les polypes , les coraux et les madrépores , pour ne citer que ce qui est connu de presque tout le monde, en font partie. C’est assez dire qu’on y trouve non-seulement des animaux d’une organisation très-inférieure, mais encore des animaux très-différents les uns des autres. Le nom de zoophytes, qui signifie animaux-plantes, vient de la ressemblance de quelques-uns, du corail, par exemple, avec les végétaux, ressemblance qui est telle, que pendant longtemps on a pris ceux qui l’offrent pour de véritables arbustes marins.

Malgré tout ce que nous avons vu en fait de métamorphoses, nulle part on n’en trouve d’aussi extraordinaires que dans l’embranchement qui nous occupe.

Les rayonnés se divisent en échinodermes et en polypes.

LES ZOOPHYTES

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