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LES CRAPAUDS ET LES GRENOUILLES

Ceux-ci n’ont pas besoin d’être décrits. Ils habitent notre pays , et n’y sont rien moins que rares , étant d’une remarquable fécondité, à tel point que, d’après Guénaud de Montbéliard, collaborateur de BufTon, une grenouille pond 1300 œufs en une année.

Si les grenouilles n’inspirent beaucoup d’intérêt à personne, sauf à ceux qui connaissent leur histoire , elles ne causent pas non plus de répugnance ; ce sont des animaux inoffensifs et universellement reconnus pour tels, auxquels on n’a jamais reproché que leur cri rauque et monotone, ou, comme on dit, leur coassement. Il est même une espèce, la grenouille verte, que nous introduisons sans difficulté dans nos demeures, pour y faire tant bien que mal l’office de baromètre.

Une autre (qu’à la vérité les naturalistes ne classent pas parmi les grenouilles proprement dites et qu’ils mettent seulement tout à côté), la rainette, caractérisée par la forme de ses doigts, dont les extrémités sont élargies en forme de pelote, ne manque même pas d’une certaine élégance batracienne. Sa forme est svelte , ses mouvements sont gracieux, et son corps est teint du plus beau vert velouté, couleur adroitement choisie pour que la

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petite créature, se confondant avec le feuillage des arbres et l’herbe des prairies, échappe à la convoitise des oiseaux carnassiers et des serpents, aussi friands de rainettes que celles-ci le sont d insectes. Malheureusement la couleur de sa robe paraît lui inspirer une sécurité exagérée, et elle est si peu méfiante , qu’elle se laisse prendre a la main sans aucune difficulté. C’est ce qu’on nomme dans quelques départements la grenouille d’arbre , parce qu’en effet elle grimpe aux arbres, et sans doute de branche en branche, avec une agilité d’oiseau , grâce aux pelotes de ses doigts toujours enduites d’un liquide visqueux qui lui permet de s’attacher même à la face intérieure des feuilles. O11 en a vu grimper le long d’une glace aussi aisément qu’elles marchent sur un sol horizontal.

Moins heureux, les crapauds inspirent une sorte d’horreur. A la vérité, ils n’ont rien d’avenant. Laide couleur, démarche pesante, peau pustuleuse, d’où s’exhale un liquide jaunâtre, hideux, âcre,

d’une saveur amère. C’est cette sécrétion qui a valu

au crapaud sa laide réputation. Cuvier assure

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qu’elle peut tuer les petits animaux, et on dit que les cris perçants que poussent les chiens lorsqu’ils mordent un crapaud, sont provoqués par l’action irritante que ce fluide exerce sur leurs organes buc-

Rainette.

eaux. Quoi qu’il en soit, le crapaud est sans danger pour l’homme ; il est même susceptible d’une sorte d’éducation. Ainsi, Pennant en cite un qui avait élu domicile dans une maison, sous un escalier. Il ne sortait de sa retraite que le soir, suivant les habitudes de son espèce, et dès qu’il apercevait de la lumière dans la salle à manger, située tout près de là, il s’y rendait, se laissait prendre à la main et poser sur une table, où on lui donnait des vers, des

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mouches et des cloportes. Ï1 semblait même demander qu’on le mît à sa place habituelle lorsqu’on tardait trop à le faire. Cela dura pendant trente -six ans, au bout desquels il. mourut non de belle mort, mais par accident.

Il est rare que ces animaux éprouvent un traitement aussi bienveillant. La plupart de ceux qui se trouvent sous les pas de l’homme sont voués à la mort : heureux encore quand elle est prompte. Comme la triste bête n’a pas l’agilité de la grenouille, dès qu’elle se voit poursuivie, convaincue de son impuissance à échapper par la fuite, elle se résigne et s’arrête. Seulement, si on la frappe, et on la frappe, hélas! elle s’emplit tout le corps d’air, se fait la plus grosse possible, tend sa peau et s’entoure d’une sorte de coussin élastique qui amortit les coups qu’elle reçoit. Il n’est pas besoin de dire qu’un enfant qui maltraite un crapaud fait une mauvaise action; mais ce qu’il faut dire, parce qu’on ne le sait pas assez, c’est que le paysan qui tue un crapaud fait une mauvaise affaire : c’est comme si ce paysan introduisait dans ses cultures je ne sais combien de mouches, de larves, de vers, de chenilles, de limaces et autres mollusques ; car le crapaud s’en nourrit. Le crapaud est un des auxiliaires de l’homme. Aussi a-t-on toujours vu les cultivateurs instruits et réfléchis protéger, rechercher et même acheter des crapauds pour les répandre dans leurs champs et même dans leurs jardins. C’est ainsi que»

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le botaniste Knight en entretenait constamment un grand nombre dans ses serres célèbres, où ces animaux défendaient les plantes rares contre les attaques des insectes. En Angleterre, des jardiniers bien avisés les payaient, il y a quelques années, 7 fr. 50 la douzaine. Il paraît que nos maraîchers commencent aussi à peupler leurs jardins de ces utiles bêtes ; on assure même qu’elles sont devenues l’objet d’un certain commerce. Ceux qui s’v livrent tiennent la marchandise dans de grands tonneaux où ils fourrent à chaque instant les mains et les bras sans redouter, soit dit en passant, le contact de ces amphibiens. Je lis dans un ouvrage du docteur Companyo qu’ils se vendaient à Paris 2 fr. 50 la douzaine. Dès qu’ils représentent de l'argent, on peut être assuré qu’ils finiront par être bien traités.

Quoi qu’il en soit de la diversité des traitements qu’éprouvent les grenouilles et les crapauds, ils ont cependant quelque chose de commun : c’est qu’on les mange. — On? qui donc? — L’homme. — L’homme sauvage? — Non, l’homme civilisé, le Parisien, par exemple. — Nous savons bien qu’on mange les cuisses de grenouilles en friture, en blanquette et même autrement. Mais les crapauds! — La plupart des cuisses de grenouilles qui figurent sur les marchés de Paris et qui de là passent dans nos cuisines et sur nos tables, sont des cuisses de Crapauds; il faut en prendre son parti, cela a été

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rigoureusement constaté par Bory de Saint -Vincent et par Hippolyte Cloquet. On récoltait même de leur temps à Auteuil un grand nombre de crapauds destinés à la poêle. Qu’est-ce que cela prouve? Que le crapaud vaut la grenouille. Quant à celle-ci, rien

Pêche des grenouilles.

de plus facile, en dépit de son agilité, que de s’en emparer ; elle donne dans tous les pièges. Le moyen le plus usité est celui-ci : une petite pelote de drap rouge au bout d’un fil sert d’appât; à peine est-il lancé à l’eau que les grenouilles accourent ; une y mord, l’avale, et se trouve aussitôt prise. On en capture ainsi en quelques heures des quantités considérables. La nuit, aux flambeaux, il y faut encore

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moins d’industrie ; les grenouilles se laissent prendre à la main sans même chercher à s’enfuir.

L’histoire de ces animaux et celle des crapauds sont remplies de choses merveilleuses, et quelquefois aussi de choses douteuses, il faut le dire. Par exemple, qui n’a pas entendu parler de pluies de crapauds et de grenouilles ?

J’ai reçu à ce sujet de M. Raphaël Périé, bibliothécaire de la ville de Cahors, une lettre dans laquelle il me rapporte ce qui suit :

« Il y a quelques années, par une chaude journée d’été, je causais avec une de mes parentes auprès d’une croisée basse donnant sur le préau de l’ancien couvent des Chartreux. Le temps était lourd et couvert; quelques larges gouttes de pluie commencèrent à tomber, suivies bientôt d’une grosse averse, mais qui ne dura que quelques instants.

« Tout à coup ma parente de s’écrier : « Ah ! mon « Dieu, la terre est jonchée de petits poissons, vois « comme ils frétillent. » Je m’empresse de sortir pour vérifier la nature de ce phénomène, et, jugez de ma surprise, lorsque sur le pas même de la porte je vois , je touche, j’écrase sous mes pieds des centaines, non pas de petits poissons, comme le croyait ma parente, non pas même de petits crapauds, comme je m’en étais douté d’abord; mais de têtards, qui sont, comme chacun sait, les petits ou mieux les larves des grenouilles et des crapauds; mais, chose digne de remarque, tandis que la grenouille

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et le crapaud, ce dernier surtout, vivent sur terre, le têtard, lui, ne saurait vivre que dans l’eau.

« Aussi, tous ceux que j’avais sous les yeux ne vécurent- ils que le temps que la terre mit à boire l’eau demeurée à la surface, et bientôt après leurs dépouilles devinrent la proie d’une douzaine de poules accourues à ce riche banquet improvisé par l’orage. »

Le savant naturaliste M. Pouchet déclare également « avoir eu l’occasion de vérifier en Normandie que, pendant une pluie d’orage, on voit parfois surgir sur une vaste étendue de terrain une multitude prodigieuse de petits crapauds ou de grenouilles, là où quelques instants auparavant il n’en existait point en apparence ».

M. Pontus, professeur à Cahors, rapporte qu’au mois d’août 1804, il se trouvait dans la diligence d’Albi à Toulouse. On n’était plus qu’à trois lieues du terme du voyage, quand tout à coup un nuage très -épais couvrit l’horizon, et le tonnerre se fit entendre avec éclat. Peu de temps après arrivèrent deux cavaliers Venant de Toulouse, et qui racontèrent qu’ils venaient d’essuyer l’orage, et qu’ils avaient été bien surpris, même effrayés, en se voyant assaillis par une pluie de crapauds ; quelques-uns de ces animaux étaient encore sur les manteaux des voyageurs. La diligence, ayant continué sa route, eut bientôt atteint le lieu où le nuage avait crevé, « et c’est là, dit M. Pontus, que nous fûmes

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témoins d’un phénomène bien rare et bien extraordinaire. La grande route et tous les champs qui la longeaient à droite et à gauche étaient jonchés de crapauds, dont le plus petit avait au moins le volume de 20 centimètres cubes, et le plus grand près du double, ce qui me fit conjecturer que ces crapauds avaient dépassé l’âge d’un ou deux mois. J’en vis jusqu.’ à trois ou quatre couches superposées. Les pieds des chevaux et les roues des voitures en écrasèrent plusieurs milliers. Certains voyageurs voulaient fermer les stores, afin de les empêcher d’entrer dans la voiture, leurs bonds devaient le faire craindre; je m’y opposai, et ne discontinuai pas de les observer. Nous voyageâmes sur ce pa\é vivant pendant un quart d’heure au moins ; les chevaux allaient au trot. »

M. Desautiers, médecin à Decize (Nièvre), a raconté dans une lettre à l’Académie' des sciences, et comme le tenant de la personne même qu’il met en scène, qu’un ingénieur des ponts et chaussées ayant été surpris par l’orage, se réfugia dans une maison. La pluie tombait avec force. Tout à coup cet ingénieur et les personnes dont il recevait l’hospitalité, virent plusieurs crapauds tomber par la cheminée dans la chambre où la société se tenait. L’averse passée, on sortit; la terre était couverte de crapauds.

Un officier, M. Gayet, rapporte que, marchant à la tête d’un détachement de cent cinquante hommes,

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il fut assailli dans le département du Nord par un orage qui couvrit ses soldats, et lui-même, d eau et de crapauds. Un mouchoir ayant été étendu en 1 aii , on y recueillit plusieurs de ces amphibiens, et, api es l’orage, les soldats en trouvèrent encore dans les replis de leurs chapeaux à cornes. Cela se passait en 1794, et nos soldats, qui changent si souvent de coiffures, étaient alors coiffés de la sorte.

Un savant physicien, M. Peltier, étant à Ham, vit tomber une pluie semblable; il en reçut sur son chapeau et sur ses mains.

Enfin, M. Jobard, mort récemment, et qui était directeur du musée de l’Industrie à Bruxelles, reçut lui -même, le 16 juillet 1868, une averse de petits crapauds. Il en envoya quelques-uns à l’Académie, où ils arrivèrent vivants , et M. C. Duméril reconnut en eux de jeunes alytes récemment métamorphosés.

Je pourrais citer bien d’autres exemples ; mais ceux-ci doivent suffire, et je ne les ai même réunis en aussi grand nombre que parce que le fait , malgré tant de témoignages, reste encore un objet de doute.

Il a cependant été connu de tout temps. Mais il en est de même des pierres tombées du ciel , ou aérolithes , dont l’authenticité n’est universellement reconnue que depuis un si petit nombre d’années.

Aristote parle des pluies de crapauds, et Élien raconte qu’allant de Pouzzoles à Naples, il a été témoin du phénomène.

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Cependant Théophraste était d’avis que les crapauds ne tombent pas avec la pluie, et que seulement celle-ci les fait sortir de la terre où ils étaient enfouis. De nos jours, MM. II. Cloquet et Defrance ont renouvelé cette explication. Mais il est évidenL que si elle peut êtré valable en certains cas, elle ne s’accorde point avec le témoignage de ceux qui, comme M. Raphaël Périé, ont vu la terre couverte de têtards, et qu’elle est formellement contredite par le témoignage de ceux qui, comme MM. Gayet, Peltier et Jobard, déclarent avoir vu de leurs propres yeux des grenouilles et des crapauds tomber avec la pluie.

« Comment, disait M. C. Duméril, partisan de l’explication de Théophraste, comment convaincre par des négations et des raisonnements des personnes qui affirment avoir vu ! »

Mais n’est- ce pas intervertir étrangement les rôles, que d’exiger que les témoins nombreux, désintéressés, éclairés, d’un fait, se laissent convaincre de la non-réalité de ce fait par ceux qui n’en parlent que sur ouï-dire? Telle a été pendant bien longtemps , à propos des pierres tombées du ciel , la prétention de très-savants hommes qui s’imaginaient savoir ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Et la faute qu’ils ont commise devrait engager à moins de présomption et à plus de prudence dans les circonstances analogues

Cependant, s’il pleut vraiment des crapauds et

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des grenouilles, comment, expliquer le fait? D’une façon très -simple, par l’action des trombes, qui, comme on le sait, enlèvent souvent, avec de trèsgrandes colonnes d’eau, des corps de toutes sortes empruntés aux étangs et aux marécages qu’elles mettent parfois à sec. Pourquoi n’emporteraientelles pas des crapauds et des gronouilles à l’état parfait ou sous forme de têtards? Le 8 juillet 1833, une trombe qui s’était formée sur la mer à la pointe de Pausilippe, près de Naples, fit irruption sur le rivage, et vida complètement deux grandes corbeilles pleines d’oranges; quelques instants après, et à une assez grande distance de là, une jeune fille qui se tenait sur une terrasse vit une pluie d’oranges tomber autour d’elle, phénomène beaucoup plus gracieux assurément qu’une pluie de grenouilles et de crapauds, mais plus étonnant encore, puisque les oranges sont bien plus volumineuses et bien plus lourdes que ceux de ces animaux qu’on a vus figurer dans les pluies d’orage. M. Daguin, professeur de physique à Toulouse, fait même observer avec raison que les trombes doivent enlever des crapauds et des grenouilles de préférence à une multitude d’autres objets, en raison de la conductibilité électrique de ces animaux. Ce qui n’empêche pas, bien entendu, que l’apparition subite d’un grand nombre de ces animaux ne puisse être due en certaines circonstances à l’action de la pluie qui les ferait sortir des fissures du sol.

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Voici, du reste, un fait qui confirme l’explication présente. Mauduit déclare avoir observé dans le pays de Caux, le 13 septembre 1835, une trombe qui enleva toute l’eau d’une mare avec les poissons qui y vivaient. « Or, dit un auteur qu’on ne contredira pas, ces animaux ont dû retomber tôt ou tard et former quelque part une pluie de poissons. »

Le fait nous paraît donc incontestable ; cependant suspendons notre jugement, je le veux bien, mais gardons-nous de nier, et disons au moins avec Arago , qui eût été bien plus explicite s’il eût connu tous les faits qu’on vient de rapporter : « C’est un phénomène qu’on devra étudier avec soin quand l’occasion s’en présentera. »

Un autre fait, non moins remarquable et même plus remarquable encore, de l’histoire des crapauds, est celui-ci : ils ont besoin d’une si petite quantité d’air pour vivre et sont capables de supporter de si longs jeûnes, qu’ils peuvent, sans perdre la vie, rester enfermés pendant des mois et pendant des années dans des blocs de pierre et même dans du plâtre gâché et moulé sur leur corps et solidifié autour d’eux.

On raconte des choses beaucoup plus fortes. On dit en avoir trouvé dans des troncs d’arbre où ils auraient été emprisonnés pendant des centaines d’années, et jusque dans des pierres enfoncées naturellement à de grandes profondeurs dans un sol

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vierge, ce qui leur assignerait un âge véritablement prodigieux.

C’est ainsi qu’au mois de juillet de l’année 1851, la Société des sciences, arts et belles-lettres de Blois députa à Paris un de ses membres, M. Morin, chargé par elle de mettre sous les yeux de l’Académie des sciences un fragment de silex dans lequel on avait trouvé un crapaud vivant.

Ils avaient été rencontrés l’un contenant l’autre, à Blois, le 23 juin de l’année susdite, en creusant un puits, à une profondeur d’environ vingt mètres. Le silex avait un volume plus considérable que les autres cailloux roulés formant la couche de terrain , et on eut même de la peine à le retirer du seau qui servait à monter les matériaux.

Or on assure que l’animal était logé dans une cavité que présentait l’intérieur de la pierre. Un coup de pioche ouvrit sa prison , toute tapissée par un calcaire qui semblait moulé sur le corps du crapaud.

Une commission composée de MM. Élie de Beaumont, Flourens, Milne-Edwards et Duméril fut chargée de donner son avis sur la communication de M. Morin. Le rapport fut fait par M. Duméril, un rapport sérieux où toutes les circonstances du phénomène sont décrites avec soin. Aucune supercherie ne fut signalée; certains détails assez minutieux sembleraient même attester la réalité du fait, et les commissaires écrivent : « qu’ils doivent regarder la

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découverte comme très-avérée. » Enlin « ils croient et déclarent le fait assez intéressant pour demander qu’il soit consigné dans les Comptes rendus. » Cependant la commission, dans l’impossibilité de donner aucune « interprétation plausible », décline pour son rapport l’honneur de l’approbation de l’Académie.

C’est donc un fait à mettre en quarantaine, c’està-dire qu’on doit, jusqu’à nouvel ordre, s’abstenir de le faire entrer en ligne de compte dans les raisonnements auxquels on pourra se livrer sur la résistance vitale des crapauds et de quelques autres animaux.

Voici, au contraire, des faits indéniables, moins merveilleux sans doute, mais bien remarquables encore.

Quelques mois après qu’il eut été question de ce crapaud trouvé à Blois, un ingénieur célèbre, membre correspondant de l’Académie des sciences, M. Seguin aîné, neveu des illustres frères Montgolfier, qui sont les inventeurs des ballons, entretint l’Académie d’expériences faites par lui un certain nombre d’années auparavant sur les animaux qui nous occupent.

Il avait été conduit à instituer ces expériences par un article de la Bibliothèque britannique , où il était question de crapauds trouvés vivants dans des troncs d’arbre et dans des roches de diverse nature. Voulant savoir à quoi s’en tenir sur un fait aussi singu-

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lier, il plaça une dizaine de crapauds, les uns dans des vases de terre de quinze à vingt centimètres de hauteur, d’autres dans des débris d’arrosoirs en fer-blanc, en les enveloppant de plâtre gâché trèsdur. « Plusieurs d’entre eux, dit l’auteur, ne se prêtèrent pas à cette opération, firent des mouvements pour se débarrasser, et je vis le bout de leurs pattes ou de leur museau sortir du plâtre, que je recouvris le mieux que je pus. »

Plusieurs mois après, M. Seguin visita tous les vases; quelques-uns répandaient une odeur putride. Il brisa le plâtre de plusieurs ; les crapauds étaient morts. Enfin il en trouva un vivant. Il résolut alors de conserver les autres pendant un certain nombre d’années.

« L’opinion dans ma maison, écrivait-il en 1851, est qu’ils y restèrent dix ans ; au bout de ce temps présumé, mais qui n’a pas été moins de cinq à six ans , je rompis le plâtre, qui était très -dur, et je trouvai, dans un des pots, un crapaud en parfait état de santé : le plâtre était exactement moulé sur lui, et il en remplissait toute la cavité. Au moment où je brisai le plâtre , il s’élança pour sortir de son étroite prison ; mais il fut retenu par une de ses pattes qui restait engagée. Je brisai cette partie de plâtre, et l’animal s’élança à terre et reprit ses mouvements habituels, comme s’il n’y avait eu aucune interruption dans son mode d’existence. »

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Ces expériences ne sont pas les premières qui aient été laites sur cet intéressant sujet. Ainsi, en 1817, M. Edwards, ayant enfermé des crapauds dans du plâtre, s’assura qu’ils pouvaient y vivre un grand nombre de jours. En 1777, Hérissant, ayant procédé de même, avait reconnu que de trois crapauds mis en expérience, deux vivaient encore au bout de dix-huit mois. Les boîtes qui les contenaient avaient été déposées à l’Académie des sciences. Mais, comme on le voit, les expériences de M. Seguin prouvent plus que celles de ses prédécesseurs , et c’est pourquoi nous ne nous arrêtons pas à celles-ci.

Il en est cependant qui méritent d’être rapportées, parce qu’elles jettent du jour sur cet intéressant sujet. Elles ont pour auteur un des plus célèbres géologues de l’Angleterre, M. Bukland, et furent faites en 1825.

Dans un bloc d’un calcaire perméable à l’eau et à l’air, et dans un bloc de grès siliceux imperméable, l’expérimentateur fit creuser plusieurs niches étroites profondes de 33 centimètres, dans chacune desquelles on plaça un crapaud après l’avoir pesé; puis, ayant fermé les loges au moyen de plaques de verre soigneusement lutées, on enterra les blocs à un mètre de profondeur.

Un an après, tous les crapauds du grès étaient morts, et ils l’étaient probablement depuis longtemps déjà, vu leur degré d’altération.

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Au contraire, presque tous ceux du calcaire poreux étaient en vie; quelques-uns avaient diminué de poids, d’autres avaient augmenté : ce qui fit penser que des insectes avaient pu s’insinuer dans les niches par des fractions de verre.

D’après cela, il paraît que si très-peu d’air suffit pour entretenir la vie des crapauds, ce peu est nécessaire, et le succès obtenu par Hérissant, W. Edwards et M. Seguin s’explique par la porosité du plâtre employé dans leurs expériences.

Il faut dire cependant que, l’expérience de M. Buckland ayant été continuée, tous les crapauds placés dans le calcaire poreux moururent dans le cours de la seconde année. Est-ce donc que ce calcaire fut moins perméable à l’air que le plâtre? Ne serait-ce pas que tout n’est pas dit sur cette question ?

Il faut remarquer que les crapauds et les grenouilles sont soumis à ce qu’on nomme le sommeil hibernal, c’est-à-dire qu’ils s’endorment pendant l’hiver et passent toute cette saison dans un état de mort apparente, les grenouilles enfoncées dans la vase des marais, et les crapauds blottis plusieurs ensemble dans des trous où on les trouve parfois en compagnie de serpents.

De là l’erreur de Pline, qui, pour expliquer la disparition et la réapparition alternative et périodique des grenouilles, dit qu’elles se dissolvent pendant l’hiver en limon, et qu’elles renaissent de

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celui-ci aux approches du printemps. Et de là aussi ce vers d’Ovide :

Semina limus habet virides generanlia ranas.

Crapauds et grenouilles sont ranimés par la chaleur. Ce qui leur arrive dans les expériences de M. Seguin et dans les expériences analogues, est donc à peu près, et sauf la durée de la réclusion, ce qui leur arrive tous les ans selon l’ordre de la nature.

Mais nous allons de plus en plus fort.

Après ce qu’on vient de voir de l’effet du froid sur ces animaux, on ne s’étonnera pas d’apprendre qu’on puisse les engourdir en les soumettant à un froid artificiel ; ce qu’on ne devinerait pas, c’est jusqu’où peut être poussée impunément l’action de cet agent sur ces animaux ; on pourrait aller jusqu’à les faire geler, d’après les expériences faites par M. A. Duméril sur des grenouilles placées dans un vase , au milieu d’un mélange réfrigérant.

Dès que sa température est descendue à un degré au-dessous de zéro, et même un peu auparavant, l’animal est dans une immobilité complète ; ses membres sont devenus rigides , sa peau a la dureté du bois, les mouvements respiratoires sont nuis; les yeux, recouverts par les paupières, n’ont plus la saillie habituelle.

Une de ces grenouilles fut ouverte ; tous les liquides intérieurs étaient gelés, l’intestin était dur,

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ainsi que le foie, devenu d’un rouge noirâtre, et le cœur, distendu, immobile au milieu d’une mince enveloppe de glace.

Eh bien, deux observations ont montré à M. Duméril que la mort n’est pas nécessairement amenée par cette congélation.

Ainsi, une grenouille dont la rigidité était complète après un séjour de deux heures dans une atmosphère à 12°, fut mise en contact d’abord avec de l’eau à 5° au-dessus de zéro qu’on versa sur elle avec précaution, par petites quantités à la fois, ensuite avec de l’eau de moins en moins froide. Il y avait quinze minutes que l’immobilité était complète, quand, la roideur des membres et du tronc ayant disparu, de faibles mouvements se remarquèrent dans le train postérieur, très-rares d’abord et ensuite de plus en plus fréquents ; enfin , on distingua les contractions régulières du cœur ; au bout d’une heure la grenouille nageait avec facilité.

Isidore Geoffroy a fait des expériences analogues sur les crapauds; il dit les avoir totalement congelés, puis rappelés à la vie en les réchauffant graduellement.

A défaut des récits des expérimentateurs, nous aurions ceux des voyageurs, et d’après ceux-ci l’analogue de ce que nous produisons artificiellement dans nos laboratoires s’opère de soi-même dans la nature. Ilearne, durant son voyage à la mer Glaciale, rencontra souvent, dit-il, des grenouilles

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complètement gelées, gisant sous la mousse, et d’une telle rigidité, que leurs pattes se cassaient comme des baguettes de verre sans que ces animaux donnassent aucun signe de vie ; cependant les grenouilles se ranimaient dès qu’on les exposait à une douce chaleur.

Mais ne faisons ni les crapauds ni les grenouilles plus intéressants qu’ils ne sont. Cette prodigieuse résistance vitale n’est pas le privilège de ces animaux ; une multitude d’autres en jouissent. Un célèbre anatomiste, N. Rudolphi, a vu des vers intestinaux reprendre toute leur vivacité après huit jours de congélation. Blumenbach a vu des larves d’insectes si complètement gelées qu’elles résonnaient comme des morceaux de glace quand on les laissait tomber par terre , et qui n’en ont pas moins continué de se développer. M. le professeur N. Joly (de Toulouse) a fait des expériences semblables sur les chenilles processionnaires du pin soumises par lui à un froid de dix-huit degrés sous zéro, et qui, lentement approchées d’un foyer, reprirent la vie et leurs mouvements accoutumés. Des insectes peuvent être gelés à plusieurs reprises, et chaque fois recouvrer la vie ; le même phénomène s’observe sur certains poissons. Ainsi, par un jour de grand froid, M. William Rummel (de Jersey), ayant pris un certain nombre de perches, celles-ci furent complètement gelées ; il les laissa dans la neige pendant trois semaines, et les mit ensuite dans un bateau où il

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versa de l’eau cle puits; vingt-deux perches sur trente se mirent bientôt à nager. Une observation du professeur Hubbard, dans 1 Awncviccm Jouvncil , confirme celle qui précède ; ce sont encore des perches qui en font les frais. Ces perches, jetees. pêle-mêle dans un panier, étaient si bien gelées, qu’elles étaient collées les unes aux autres, et qu’on ne pouvait les séparer sans casser leurs nageoires et leurs queues ; elles restèrent une heure et demie en cet état. M. Hubbard, ne doutant pas qu’elles ne fussent mortes, les mit dans de l’eau de puits pour les faire dégeler. Au bout de quelques minutes , les perches nageaient dans le baquet. Enfin M. C. Duméril, et avant lui Maupertuis, ont fait sur les salamandres, animaux voisins des grenouilles et des crapauds, et dont il sera question tout à l’heure, des expériences identiques à celles d’Isidore Geoffroy- Saint -Hilaire et de M. A. Duméril sur ces derniers animaux, et elles ont donné les mêmes résultats1.

Peut-être plus d’un lecteur ne savait-il pas que l’histoire des humbles animaux auxquels ce chapitre est consacré, renfermât tant de faits curieux. Ne jugeons pas sur l’apparence, comme dit la Fontaine. Cependant je n’ai pas encore raconté le principal.

Les œufs des grenouilles et des crapauds sont le

1 Tous ces faits sont remis en question par les récentes observations communiquées par M. le professeur Pouchet, de Rouen, à l’Académie des sciences. D’après le savant expérimentateur, tout animal gelé est un animal mort.

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plus souvent enveloppés d’une gelée transparente et visqueuse , et abandonnés dans l’eau aussitôt que pondus.

Je dis le plus souvent, parce qu’il y a des exceptions. Et j’ai déjà cité le pipa , genre dans lequel la femelle porte ses œufs sur son dos, qui se creuse, tout exprès pour les recevoir, des cavités dont les petits ne sortent que lorsque leur développement est achevé.

Nous avons, en outre, en France, où elle est fort commune, une espèce, le crapaud accoucheur , dans laquelle le mâle, après avoir aidé la femelle à se débarrasser de ses œufs, qui sont au nombre d’un demi -cent et plus, et que la gelée dont ils sont enveloppés réunit en deux longs cordons, attache ces chapelets à ses propres cuisses et les porte partout avec lui. C’est un animal tout à fait terrestre. Quand l’instinct l’avertit que le moment en est venu, il dépose son précieux chargement dans une mare; l’enveloppe des œufs se déchire, et il en sort... non point un crapaud, mais ce qui sort habituellement des œufs de crapauds et de grenouilles, un animal si différent de ceux-ci, qu’on n’eût jamais imaginé qu’il pût y avoir entre eux aucun lien de parenté.

Vous n’êtes pas sans avoir vu fréquemment dans les mares, où ils abondent à certaines époques de l’année, ces petits du crapaud et de la grenouille: une sorte de boule noire ou grise, terminée par une

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longue queue comprimée, le tout frétillant et nageant avec facilité ; c’est le têtard.

Les père et mère ont quatre pattes ; — leur petit n’en a pas.

Ils n’ont pas de queue; — il en a une fort longue.

Ils ont des yeux; il est aveugle.

Ils ont une très-grande bouche; — sa bouche n’est qu’un petit trou.

Les quatre états du têtard de la grenouille.

Ils sont terrestres autant qu’aquatiques, quand ils ne sont pas exclusivement terrestres; — il est exclusivement aquatique.

Ils sont carnassiers ; — il est herbivore.

Ils ont un intestin très-court; — il a un intestin très -long.

Ils respirent dans l’air au moyen de poumons, comme les reptiles , les oiseaux et les mammifères ; — il respire dans l’eau au moyen de branchies comme les poissons.

Ils ont un cœur de reptile; — il a un cœur de poisson.

En un mot, la grenouille et le crapaud sont des

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reptiles , le têtard est un poisson. La grenouille et le crapaud, reptiles, donnent naissance à un poisson, et ce poisson, montant en grade, finit par devenir un reptile.

Chose aussi remarquable que si un petit serpent sortait d’un œuf de poule, et que, de changements en changements, ce petit serpent finît par devenir un petit coq. J’ai déjà employé cette comparaison; il faut qu’elle se grave dans l’esprit.

Le têtard lui-même n’est pas un têtard parfait dès le moment où il sort de l’œuf, et, tout en se comportant comme un animal à qui rien ne manque, il se complète peu à peu.

Sa queue, d’abord petite, s’allonge et s’élève beaucoup dans les jours suivants.

Sa bouche, qui n’est qu’un petit trou, grandit, et ses lèvres se recouvrent d’une sorte de bec corné à l’aide duquel le têtard attaque les végétaux dont il fait sa nourriture.

Petit à petit aussi , ses yeux se dessinent à travers la peau.

Ses branchies ne sont, au commencement, qu’un tubercule placé de chaque côté et à la partie postérieure de la tête ; elles s’allongent , se divisent en lanières et flottent dans l’eau ambiante. En même temps une fente transversale se montre sous le cou , de manière à former une espèce d’opercule membraneux. Un peu plus tard, les branchies se ramifient encore.

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Mais cet état lui -même ne dure pas longtemps, et le têtard, qui avait jusqu’ici les branchies extérieures, va s’en débarrasser et les remplacer par des branchies internes.

Au bout de quelques jours, en effet, les franges branchiales qui flottaient de chaque côté du cou, disparaissent, et la respiration se fait dès lors par de petites houppes vasculaires, fixées le long de quatre arcs cartilagineux situés sous la gorge , et qui appartiennent à l’hyoïde. Ces nouvelles branchies sont enveloppées par une tunique membra neuse, recouverte elle-même par la peau. L’eau leur arrive par la bouche en passant par l’intervalle que les arceaux cartilagineux laissent entre eux , et sort par les fentes que nous avons vues se former. Dès lors, suivant les expressions de M. Milne-Edwards, « l’appareil respiratoire du têtard présente la plus exacte ressemblance avec celui du poisson. »

Et aussi le têtard est désormais achevé ; mais à peine son développement est-il entier, que la métamorphose commence.

En effet, quelque temps après que se sont produits les phénomènes qui précèdent , les pattes postérieures se montrent ; elles se développent petit à petit, et déjà elles sont assez grandes, qu’on ne voit pas encore les pattes antérieures.

C’est que celles-ci se forment sous la peau, qu’elles finissent par percer.

Vers l’époque où les membres de derrière parais-

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sent, le bec corné qui recouvrait les lèvres tombe, et laisse les mâchoires à nu.

Et puis la queue commence à se rétrécir, à s’atrophier.

Pendant ce temps-là les poumons se développent; et à mesure qu’ils deviennent plus propres à remplir leurs fonctions, les branchies deviennent moins propres aux leurs. Elles se flétrissent peu à peu, et disparaissent le jour où l’activité des poumons est devenue telle qu’elles ne servent plus à rien. Quant aux arcs cartilagineux qui les portaient, ils sont eux -mêmes en partie résorbés.

Enfin la queue disparaît complètement.

Alors le petit animal a la forme qu’il doit conserver : c’est un crapaud, ou c’est une grenouille. Avec sa forme son régime a changé ; il est devenu carnivore d’herbivore qu’il était, et son canal intestinal, qui était long, mince et contourné en spirale, est maintenant presque droit. Enfin , avec sa forme , son organisation et son régime, ses habitudes se modifient, et tandis qu’il ne pouvait vivre que dans l’eau, il passe maintenant à volonté d’un élément à l’autre, si même, comme le crapaud accoucheur, il ne se fixe tout à fait à terre.

Telles sont les métamorphoses du crapaud et de la grenouile, ou, comme on dit encore, des batraciens.

On prétend qu’un crapaud, nommé sonnant parce que son coassement imite le son d’un timbre, et qui

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a l’habilude de se coucher sur le dos quand on le frappe, reste pendant quatre ans à l’état de têtard. Nous avons vu qu’au contraire le pipa ne vit pas sous cette forme, et d’après une observation rapportée dans notre introduction, il paraîtrait que dans certaines circonstances le crapaud ordinaire peut sortir de l’œuf sous sa forme parfaite. Ces exceptions concourent à rendre plus intime et plus frappante l’étroite analogie des métamorphoses avec les phénomènes embryogéniques ordinaires , et elles nous prouvent que le sens de ces derniers n’est pas différent de celui des premiers. C’est pour cela que nous avons cité ces exceptions et que nous les rappelons ici.

En résumé :

Les grenouilles et les crapauds, pour s’élever à leur état définitif, passent par un état inférieur qui est l’état permanent de toute une classe d’animaux ; ils sont poissons avant d’être reptiles.

Ajoutons, ce qu’il est important de savoir, que diverses circonstances, — on s’en est assuré par l’expérience, — peuvent prolonger ou abréger considérablement la durée de l’état du têtard ; et telles sont en particulier le défaut ou l’excès de la lumière et de la chaleur.

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