LES SALAMANDRES
Bien qu’il n’enlre pas dans notre plan de décrire tous les animaux compris dans cette remarquable classe des amphibiens, nous ne pouvons nous dispenser de parler des salamandres.
Quoiqu’elles soient moins nombreuses que les animaux qui viennent de nous occuper, il est sans doute bien peu de nos lecteurs qui ne les connaissent. On a vu dans les mares des animaux qui ont la forme de lézards, et peut-être aura-t-on cru que c’en étaient. Ces prétendus lézards sont des salamandres. Mais toutes n’habitent pas les eaux ; il y en a qui n’y vont guère que pour y déposer leurs petits. Terrestres ou aquatiques , elles ont les mêmes formes que le reptile qu’on vient de nommer. Mais leur tête est aplatie et leur corps nu. Les salamandres terrestres ont la queue conique et point de palmatures aux doigts ; les salamandres aquatiques , qu’on nomme aussi tritons, ont la queue comprimée, les pattes postérieures palmées, et, de plus, le mâle porte le long du dos une crête découpée en festons.
Les petits des salamandres éclosent avant la ponte, c’est-à-dire qu’ils naissent vivants ; l’espèce est ovipare, mais ils n’ont pas, au sortir de l’œuf, la forme de l’adulte, et ils ne la prennent qu’au prix de métamorphoses.
LES A.MPHI BIENS
Le têtard de la salamandre n’a point de pattes, tandis que la salamandre en a; il respire par des branchies extérieures en forme de houppes, au nombre de trois de chaque côté du cou , tandis que la salamandre respire par des poumons. Contrairement à ce que nous avons vu chez les animaux précédents, ce sont ici les membres antérieurs qui apparaissent les premiers; enfin, tandis que les têtards de crapauds et de grenouilles perdent leur queue, ceux des salamandres conservent la leur.
Les anciens ont fait sur les salamandres les contes les plus ridicules. Ils ont dit qu’elles étaient incombustibles, et que non-seulement la flamme était sans effet sur elles, mais encore qu’elles l’éteignaient. Les modernes ont cru tout cela ; on a même vu chez nous un temps où l’on vendait des salamandres comme propres à éteindre les incendies. La manière de s’en servir était tout simplement de jeter l’animal dans la maison embrasée. On expliquait ce prodige par un autre , en disant que la salamandre est fdle du feu. Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de dire qu’il n’y a pas un mot de vrai dans tout cela. Ce qui a pu former le point de départ de la fable , c’est que la salamandre a la faculté de faire sortir de toute la surface de son corps une humeur blanchâtre d’une odeur forte , qui lui sert probablement de moyen de défense, et que, lorsqu’on a fait la cruelle expérience de jeter ce pauvre animal sur des charbons ardents , le liquide devient si abondant, qu’il semble pendant
LES AMPHIBIENS
quelques instants le garantir de Faction du feu. Mais bientôt la sécrétion cesse, et la salamandre périt dans d’horribles convulsions.
Du reste, l’histoire des salamandres est remplie de faits assez extraordinaires pour que l’imagination, même la plus difficile à satisfaire, puisse se dispenser d’y rien ajouter.
S’il n’est pas vrai que cet amphibien résiste au feu , on a vu ci-dessus qu’il résiste à de très-grands froids. Il y a des exemples de tritons renfermés dans des blocs de glace, qui se sont ranimés après la fusion de ces blocs.
Les salamandres, tant les terrestres que les aquatiques, ont une autre propriété que peut-être on jugera plus merveilleuse encore : celle de résister aux mutilations les plus graves, et même de remplacer très-rapidement les parties qu’on leur enlève.
On leur ampute la queue : elle repousse ; les membres : ils repoussent. Les os, les vaisseaux, les muscles , les nerfs , chaque chose est à sa place dans l’organe nouveau, si parfaitement conformé qu’il remplit toutes les fonctions de l’organe qu’il remplace.
Un très-célèbre naturaliste, un Genevois, Charles Bonnet, a quatre fois de suite privé une salamandre du même membre , reproduit après la quatrième ablation comme après les autres.
Il enleva un œil à un triton ; un an après , un autre œil avait repoussé.
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M. C. Duméril a fait la terrible expérience que voici. Avec des ciseaux, il a enlevé les trois quarts antérieurs de la tète d’un triton, qui perdit du même coup l’odorat, les yeux, les oreilles et la langue ; il ne lui restait plus que le toucher. L’animal continua de vivre; il vécut trois mois; encore sa mort fut-elle causée par le défaut de soins. Cependant cette énorme plaie s’était cicatrisée, mais la cicatrice avait fermé le nez et la bouche : le triton ne pouvait donc plus ni manger ni respirer par les voies ordinaires; l’absorption ne se faisait plus que par la peau J cependant, comme je l’ai dit, il vécut trois mois !
Nos salamandres sont de la grosseur du doigt; le Japon en possède une de près d’un mètre de long et qui pèse plus de 9 kilogrammes. L’illustre voyageur hollandais de Sieboldt nous l’a fait connaître ; le muséum d’IIistoire naturelle en possède un exemplaire vivant depuis l’année 1859. On la voit dans la ménagerie des reptiles non loin de l’axolotl et du lépidosiren, immobile, repliée sur elle-même, aplatie au fond d’un baquet trop étroit, qui renferme une petite quantité d’eau et où le jour n’arrive que par un trou treillagé, percé dans le couvercle. Elle est horrible : la peau du crapaud est de satin en comparaison de la sienne. Elle avait 79 centimètres de long lorsqu’elle arriva à Paris. Sieboldt nous apprend que cette espèce vit à des hauteurs de 14 à 1700 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans des lacs
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formés par les eaux pluviales au milieu des cratères de volcans éteints.
On peut, en raison de sa taille, la regarder comme un témoin attardé de ces antiques époques où les êtres vivants atteignaient si communément des dimensions gigantesques. C’est une proche parente de cette, grande salamandre fossile d’Œningen devenue si fameuse par suite de la méprise à laquelle donna lieu son squelette trouvé dans les schistes de la localité susdite, et des discussions qui s’ensuivirent. Scheuchzer prit les os pétrifiés de l’amphibien pour des os humains, et le décrivit sous le nom d'homme témoin du déluge (homo diluvii lestis). Cela rappelle ces ossements d’éléphants qu’on prit pour des os de géants , voire même pour les restes du roi cimbre Teutobochus vaincu par Marius. C’était l’âge d’innocence de l’anatomie. La véritable nature du fossile d’Œningen, soupçonnée par Camper, fut démontrée par Cuvier.