‹ Les animaux chez euxChapitre 11 sur 49 · ORANG-OUTANG ADULTE E · texte numérisé non relu

ORANG-OUTANG ADULTE E

redoutable. Lorsque l’Orang crainl quelque danger, lorsqu’il est vivement poursuivi, il monte incontinent sur la cime de l’arbre sur lequel il se trouvait, ou lorsque cet arbre n’est pas assez élevé, il passe sur un autre qui puisse mieux le mettre à l’abri des armes. Il ne se livre pas à cette ascension nécessaire avec la rapidité impétueuse déployée en pareille occasion par d’autres espèces de Singes ; mais avec réflexion et avec une prudence calculée, car il grimpe lourdement, malgré le secours de ses longs bras, à peu près comme l’ours saisissant une branche à l’aide des mains de devant et faisant suivre difficilement son corps. Lorsqu’il est atteint parles chasseurs, par une flèche empoisonnée ou par une balle, il casse les branches et les rameaux qu’il peut saisir et les lance sur ses adversaires, pour les effrayer et faire cesser la poursuite. C’est probablement de ce fait que vient le récit profondément erroné, rapporté par des voyageurs qui le tenaient des

ORANGS-OUTANGS DE BORNÉO (ÉDUCATION EN FAMILLE) (JARDIN D A CCLI M AT A TIO N , 1880).

indigènes, que lorsqu’on l’attaque l’Orang casse une grosse branche dont il se sert comme d’une massue pour assommer les assaillants. Quand cet animal est blessé il fait entendre sa voix mugissante qui ressemble à celle de la panthère. Lorsque les chasseurs le serrent de trop près, il sait très bien se défendre, et les assaillants doivent prendre mille précautions pour se garder de ses attaques, car ses bras sont extraordinairement vigoureux et ses dents redoutables. Il casse facilement le bras d’un homme et fait d’affreuses morsures. Cependant même dans ses plus violentes colères, ses mouvements sont tellement lents qu’il est facile de l’atteindre. Toutefois il est tout à fait impossible de s’emparer d’un vieil Orang-outang vivant. Jeune, on le capture plus facilement. On raconte, dit Brehm, que pour s'en emparer, les chasseurs abattent les arbres qui entourent celui sur lequel il a cherché un refuge, et lui enlèvent ainsi tout moyen de retraite. Inutile de dire que c’est là une nouvelle fable ajoutée à tant d’autres. Schouter nous apprend qu’on capture les jeunes Singes avec des [lacets.

Le nombre des études faites sur des Orangs en captivité est très considérable, toutes dépeignent ces animaux comme de bonnes créatures, un peu lentes et lourdes. C’est à un Hollandais nommé Bosmaern qu’on doit les premières observations sur l’Orang en captivité. Depuis, John Jeffries, le docteur Abel, naturaliste de l’ambassade de' lord Amherst, le capitaine Schmith,

Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire père et fils, ont pu étudier ces animaux et nous ont communiqué le résultat de leurs études.

L’Orang-outang, que Cuvier étudia à Paris, ôtait âgé de dix à onze mois à son arrivée en France, où il vécut encore près d’un mois. Nous citerons du récit de l’illustre naturaliste le passage le plus propre à compléter notre notice : « Lorsqu il voulait (1) se transporter sur terre d’un lieu à un autre, il appuyait ses deux mains fermées sur le sol, se soulevait sur ses longs bras et portait son train de derrière en avant en

faisant passer ses pieds entre ses bras et en le portant au delà des mains... Ce n’était qu’en étant soutenu par la main qu’il marchait sur ses pieds, encore, dans ce cas, s’aidait-il de son autre bras... Quand il se couchait, il aimait à être couvert, et pour cet effet, il prenait toutes les étoffes, tous les linges qui se trouvaient près de lui. Cet animal employait ses mains comme nous employons généralement les nôtres, et l’on voyait qu’il ne lui manquait que de l’expérience pour en faire l’usage que nous en faisons dans un très grand nombre de cas particuliers. Il portait le plus souvent ses aliments à sa bouche avec ses doigts ; mais quelquefois aussi il les saisissait avec ses longues lèvres, et c’était en humant qu’il buvait, comme le font tous les animaux dont les lèvres peuvent s’allonger. Il se servait de son odorat pour juger de la nature des aliments qu’on lui présentait et qu’il ne connaissait pas, et il paraissait consulter ce sens avec beaucoup de soin. Il mangeait presque indistinctement des fruits, des légumes, des œufs, du lait, de la viande; il aimait beaucoup le pain, le café et les oranges; et une fois il vida, sans en être incommodé, un encrier qui tomba sous sa main. Il ne mettait aucun ordre dans ses repas et pouvait manger à toute heure, comme les enfants. On a eu la curiosité devoir quelle impression ferait sur lui notre musique et, comme on aurait dù s’y attendre, elle n’en a fait aucune. Pour se défendre notre Orang mordait et frappait de la main ; mais

(I) E. Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier, Histoire naturelle des Mammifères.

L’ORANG-OUTANG

ce n’était qu’envers les enfants qu’il montrait quelquemé chancelé, et c’était toujours par impatience plutôt que par colère. En général, il était doux et affectueux et il éprouvait un besoin naturel de vivre en société.

Il aimait à être caressé et donnait de véritables baisers. Son cri était guttural et aigu ; il ne le faisait entendre que lorsqu’il désirait vivement quelque chose. Alors tous ses signes étaient expressifs ; il secouait sa tête en avant pour montrer la désapprobation, boudait lorsqu’on ne lui obéissait pas, et, quand il était en colère, il criait très fort et en se roulant par terre. Alors son cou se gonfle singulièrement... Souvent il se trouva fatigué des nombreuses visites qu’il recevait ; alors il se cachait entièrement dans sa couverture et n’en sortait que lorsque les curieux s’étaient retirés; jamais il n’agissait ainsi quand il n’était entouré que des personnes qu’il connaissait... Presque tous les animaux ont besoin de se garantir du froid, et il est bien vraisemblable que les Orangs-outangs sont dans ce cas, surtout dans la saison des pluies. J’ignore quels sont les moyens que ces animaux emploient dans leur état de nature pour se préserver de l’intempérie des saisons. Notre animal avait été habitué à s’envelopper dans ses couvertures, et il en avait presque un besoin continuel. Dans le vaisseau qui l’avait porté, il prenait, pour se coucher, tout ce qui lui paraissait convenable ; aussi, lorsqu’un matelot avait perdu quelques hardes, il était presque toujours sûr de le retrouver dans le lit de l’Orang-outang. » Tels sont les détails curieux relatés par Cuvier et que le savant et habile directeur du Jardin d’acclimaoran'g-outang de bu matra. tation, M. Geoffroy Saint-Hilaire, a pu constater récem¬

ment de nouveau.

Les légendes, récits erronés, fables, inventions merveilleuses, relatifs à l’Orang-outang sont aussi curieux et intéressants que nombreux, car cet animal est connu depuis la plus haute antiquité. Nous en citerons quelques - uns :

Pline raconte déjà qu’on trouve sur les montagnes de l’Inde, des satyres, « animaux très méchants, à face humaine, marchant tantôt debout, tantôt sur les quatre pattes, et que la grande rapidité de leur course empêche d’être pris autrement que quand ils sont malades ou très vieux ».

Naturellement ce récit a été amplifié et embelli par tous les écrivains qui se sont succédé, de telle sorte que un peu plus on aurait vu des hommes sauvages dans ces Singes, tant les exagérations accumulées avaient faussé

la vérité du récit de Pline. orang-outang adulte et jeune orang (jardin d’acclimatation, 1879).

Tulpius, dans son livre, Observationes tneclicœ , dit que l’animal Satyrus indiens qu’il a vu, et que les Indiens nomment Orang-outang ou homme sauvage, et les Africains Quotas morrou , était aussi grand qu’un enfant de trois ans, aussi fort qu’un enfant de six ans et que son dos était couvert de poils noirs.

Bontius, dans son livre De medicina lndorum dit qu’il a vu plusieurs lois des Orangs mâles et femelles marchant debout et se démenant comme des hommes. Une femelle, dit-il, se distinguait d’une manière particulière : Elle était honteuse devant des hommes qu’elle ne connaissait pas et se cachait alors la face; elle soupirait, pleurait et imitait toutes les actions de l’homme, au point que la parole seule lui manquait pour être une créature humaine. Les Javanais prétendaient que ces Singes pourraient bien parler; mais qu’ils ne le veulent pas pour ne pas être forcés de travailler. Ils admettent comme chose certaine que les Orangs sont un produit du mélange de Singes ordinaires et de femmes indiennes.

Il est dit dans le Pauca Tantru que les Singes possèdent la faculté de guérir les blessures des chevaux qui ont été échaudés ou brûlés, comme le soleil du matin a le pouvoir de dissiper les ténèbres. D’après une autre version de ce conte, contenue dans le Juti-Namé, la morsure d’un Singe ne peut être guérie que

par le sang même du Singe qui l’a faite.

Les proverbes helléniques et latins regardent généralement le Singe comme un animal très rusé, de sorte qu’Hercule et le Singe représentent l’alliance de la force et de la ruse. D’après Cordan, un Singe vu en rêve est un présage de tromperie. Selon Lucien, quand on rencontre un Singe dès le matin, c’est un signe que la journée sera funeste. Les Spartiates considérèrent comme un augure des plus funestes que le Singe du roi des Molosses eut renversé leur urne tandis qu’ils étaient allés consulter l’oracle.

Au témoignage de Suétone , quand Néron crut voir son cheval s’enfuir en ayant les parties postérieures de la forme de celles d’un Singe, il considéra ce fait comme un pronostic de mort. Le Singe était donc regardé en Grèce et à Rome comme un animal rusé et démoniaque.

Le Singe est dépeint parfois dans les anciennes fables de l’Europe méridionale comme un animal d’une intelligence très bornée. En Italie, il existe un proverbe qui dit que chaque Singe trouve beaux ses petits. Cette idée se rapporte à l’apologue du Singe qui pense que ses petits sont les plus jolis animaux du monde, parce que Jupiter ne put s’empêcher de rire en les voyant gambader.

Les Romains entretenaient des Singes et étudiaient d’après eux la structure interne de l’homme. Les Singes les amusaient par leur penchant à tout imiter, quelquefois même ils les forçaient à se battre contre des bêtes féroces; mais ils ne virent jamais en eux que des animaux. Les Arabes, au contraire, regardent les Singes comme des réprouvés, punis par Allah, transformés d’hommes abominables en bêtes, offrant dans un singulier mélange, l’image du diable et l’image du fds d’Adam.

On pourrait multiplier ces curieuses citations à l’infini, nous avons recueilli les plus intéressantes et nous les avons présentées en regard de la vérité pour les faire mieux apprécier et ressortir davantage. La science qui chaque jour fait un pas en avant éclairera bientôt peut-être l’histoire naturelle de l’Orang, nous avons résumé dans cette notice tous les faits observés jusqu’à ce jour en nous préoccupant de les débarrasser de toutes les fables et de tous les mensonges qui ont cours encore aujourd’hui. En effet d’innombrables erreurs subsistent toujours malgré les dires des savants naturalistes qui, surtout lorsqu’il s’agit de l’Orang dont on s’est efforcé de démontrer la grande ressemblance avec l’homme, n’ont voulu rien affirmer que ce qu’ils avaient vu .

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