PLANTES
Danton, l’Ours montagnard, se laisse museler.
Ce vers d’Hégésippe Moreau rapetisse Danton et ne fait pas de bien à 1 Ours. « De l audace, encore de l'audace, » criait le montagnard. L’Ours, s’il pouvait parler, dirait : « Du miel, encore du miel! Des petits pains, toujours des petits pains ! »
Ou bien, derrière le tzigane pauvre et qu’il aime comme un vieux chien son maître, il dirait : « Un sou, encore un sou! » pour avoir de quoi manger la veille de la fête et bien travailler le jour de la foire.
Mais, je vous le dis, s’il ressemble à quelqu’un, c’est à Bobèche ou à Paturot, à un Bobèche en veste de grosse laine et en chaussons fourrés — ou à un Paturot, faiseur de farces où il s’englue, dodelinant de la tête, barytonnant de la gueule, avec des mines de penseur et des mouvements de cou d’avocat — comique au fond, méchant seulement quand on touche à son miel gagné ou volé,
L’Ours aussi devient cruel quand il a faim; alors, il fond sur n’importe qui, le mutile et le tue. Je me ligure qu’il doit encore être un assassin grotesque, et perdre l’équilibre én secouant sa victime, comme les bourgeois perdent la raison les soirs de victoire, et achèvent les blessés à coups de parapluie. Ces mêmes gens savent mourir grandement à certaines heures, mourir
LA CHÈVRE
ommençons d’abord par son seigneur et maître, le Bouc : Mauvais caractère, mauvaise odeur et mauvaise réputation; impudent et impudique, emblème de luxure, et de brutalité; l’air hautain, dédaigneux; marchant d’un pied d’airain à la tête de son sérail, le front large, les cornes hautes et menaçantes, la barbiche flottante et touffue, les yeux étincelants comme deux boutons d’or; faisant sonner sa clochette d un air vainqueur, enveloppant enfin son harem fringant d’un regard oblique et farouche. Vindicatif et sournois, tyrannique et débauché, opiniâtre et vaillant, autoritaire et butor, affamé de ronce et de vengeance, n’oubliant rien et bravant tout, assouvissant, un beau jour, dans le sang de son maître, la haine d’une année. Bêle, satyre ou diable, tel est le bouc. Eh bien ! malgré ses débauches et ses métaits, on ne peut lui contester son superbe courage, sa grandeur sauvage, sa majesté satanique, je ne sais quel prestige de réprobation et de fatalité.
Cynique et fier, il secoue sa grosse tête de satyre, comme s’il voulait jeter au vent toutes les légendes diaboliques dont la superstition enroula ses cornes, et il s’avance à travers les buissons et les ravins, avec une résignation hautaine, comme s’il était chargé encore des iniquités d’Israël.
Capricieuse, vagabonde et lascive est la Chèvre.
Douée d’une a-ilité surprenante, d’une gaieté pittoresque et d’une grâce étrange; indépendante et hardie comme une fille des abîmes et des glaciers; paradant dans les jeux du cirque, cabriolant sur les tréteaux, tirant la bonne aventure sur les places publiques, et dansant comme une aimée autour de la Esméralda- la corne en arrière, le nez busqué, la bouche sensuelle et l’œil brillant ; la patte leste et les mœurs légères, impatiente de la corde, irrégulière de l’étable, dédaigneuse de caresses; fantaisiste et bizarre, grimpant le long des corniches et se suspendant aux flancs des rochers; insouciante et. Irlande,
avide de voltige et de bourgeons, fléau des bois, ne vivant que pour l’aubépine et la liberté, le salpêtre et l’amour.
La Chèvre est fille de l’Asie et l'on est à peu près d’accord qu’elle descend du Bouquetin œgagre, qui habite les chaînes du Caucase.
Répandue sur le globe entier, elle rend à l’homme d’importants services, en lui donnant sa peau, son poil, son lait, sa chair, ses fromages exquis, délices du gourmet et régal du montagnard.
Dans le centre de l’Afrique, la Chèvre est la grande ressource des caravanes et la nourriture capitale
de l’indigène : C’est un don royal et un gage d’alliance; c’est le plat traditionnel des festins barbares. Après les victoires on mange la Chèvre d’honneur et quelquefois aussi les.... prisonniers.
Chez nous, la Chèvre est la vacl ic de l’indigent, comme l’âne est le cheval du pauvre, c’est l’hôtesse aimée des cabanes et gâtée des enfants.
Combien de fois n’a-t-elle pas prêté le secours de ses riches mamelles au sein tari d’une mère, et rempli tous les devoirs d’une bonne nourrice.
Epouse un peu légère, la Chèvre est une mère excellente. Il faut la voir au milieu