CHÈVRES DE CORSE
de ses cabris jouant, exécuter pour leur plaire des cabrioles
audacieuses qui ne sont plus de son âge. Il faut l’entendre quand on lui a ravi ses petits, appeler ses chers chevreaux de cette voix navrante, presque humaine, qui a l’air d’un sanglot.
La domestication de la Chèvre remonte aux temps les plus reculés. Sa place est marquée dans la Genèse et ses cornes se profilent sur les monuments de la vieille Égypte. Le plaintif Jérémie se fait suivre d une Chèvre comme une simple cocotte de Bougival, et la reine de Saba amène à Salomon un troupeau de Chevres blanches comme le lait. Enfin, si une louve allaita Romulus, Alexandre-le-Grandful nourri par une Chèvre tout comme M. Thiers.
1 arm, es Chevres exotiques, je vous montrerai d’abord la Chèvre angora, couverte d’une toison magnifique, longue, fme, ondulée; elle semble vêtue de soie. C’est une bête aristocratique et bien posée, .ere de sa valeur industrielle, élégante et grave, drapée, pour ainsi dire, dans sa richesse et sa beauté.
.en differente est la chèvre d’Égypte, un prodige de laideur. Sa tête étrange semble détachée d’une momie o» sortie d un bocal à esprit de vin : des oreilles pendantes, comme cassées, dos veux blancs à fleur
chao ét ÜT ? m WUChe °bUqUe’ IeSlèV''eS disi°inleS’ et des dents grinçantes plus jaunes qu’un chapelet du temps de Mahomet. J 1
ndneS <U| Sén%a1, deS miniatures ^ blesse et de grâce, des merveilles aBihtc. On dirait de leurs cornes un fuseau et de leur barbiche un flocon de soie
comnie°un Clmnois m trésor inépuisable, sa vie une cabriole éternelle. Bondissant
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son agiZ ’ Par,UméeS d6S mim°SaS pa™‘ *« -geo e, les écureuils, stupéfaits de
d’une finesse incomparable qui sert à tisser res étoffes m Z “ l"' ‘ n°COnne“x et doux>
N’oublions pas que la Chèvre a trouvé le café. ^ qU1 °n‘ ^ w répUtation et sa «loire-
LA CHÈVRE
Un jeune berger appelé Kaldi s’aperçut , un jour, qu’ après s’être repues avec délices de certains fruits inconnus, ses Chèvres se livraient aussitôt à des cabrioles extravagantes.
Kaldi s’empressa de goûter aux fruits merveilleux et partagea incontinent la gaieté de son troupeau.
Au même instant un moine vint à passer, qui se trouva bien su rpris de tomber en plein bal.
Une trentaine de Chèvres exécutaient un cotillon fantastique tandis que le bouc, droit sur ses pattes et les cornes inclinées, décrivait gravement un cavalier seul, en face du berger qui figurait une espèce de chaîne des dames.
Le bon moine s’informe du motif de cette fureur chorégraphique, et Kaldi lui raconte sa découverte.
La piété n’exclut pas les inchevreau stincts gastronomiques. Ceux du
moine étaient grands : il imagina
de faire bouillir les fruits du berger et cette décoction ingénieuse donna le café.
Le café et le cachemire, la plus riche des étoffes et la plus exquise des boissons, n’est-ce pas assez pour faire pardonner à la Chèvre ses caprices, sa gourmandise et ses mœurs légères !
Mais voici le bouc de Judée qui vient tout à coup dresser , au milieu des ru,ines, sa tête souveraine, couronnée de deux épées.
Animal superbe et redoutable, il s’avance avec la double majesté d’un patriarche et d’un sultan; puis il s’arrê te fièrement, campé sur ses pieds d’airain, la tête haute, le front altier, l’aspect abrupt , les cornes immenses , droites et minces :
deux lances tournées vers le ciel.
Son jarret est de bronze et son œil une bouc.
flamme; son front est
de granit, il frappe, pare, ébranle, riposte, assomme, c’est une massue et un bouclier, une enclume, un maillet.
Quand il passe, taciturne et sombre, à la tête de son troupeau errant, on dirait qu’il mène ses Chèvres étiques en captivité.
Dépaysé autour même de son berceau, il apparaît comme un maudit, comme un étranger sur ce sol déshérité qu’il foule depuis trois mille ans.
Agenouillé clans la poussière, il semble, avec son grand œil jaune, suivre à l’horizon l’image flottante de Moïse ou de Mahomet; puis, il s’en va, suivi de cinq ou six esclaves, brouter les buissons du Smai, ou l’herbe desséchée qui penche sur le tombeau des rois. Relevant tout à coup sa tête farouche comme s'il voulait secouer l’antique malédiction et le soleil de feu qui pèsent sur son front, il frappe les cailloux de son pied nerveux, espérant peut-être, dans cette terre de prodiges, faire jaillir une source des rochers. Quand vient le printemps, le Bouc de Judée se forme un harem au milieu des bruyères et des myrtes sauvages et malheur au Moabite ou au Philistin qui oserait l’approcher !
La guerre se mêle toujours à ses amours : ce sont des combats renouvelés des temps héroïques, des luttes épouvantables; le vieux sol d’Israël résonne sourdement sous les pieds des rivaux et l’on entend,
au loin, comme un cliquetis d’épées, un bruit de cornes retentissantes qui épouvantent les vautours du Sinaï.
Voici les adversaires aux prises, tête contre tète, cornes contre cornes, pied contre pied; immobiles, attentifs et tout a coup ils se lèchent, s’éloignent à pas lents et graves, se retournent, se regardent, se défient du pied qui frappe, de la corne qui s’incline, du regard qui brille, et s’élancent avec furie.
Ce sont des attaques impétueuses et des bonds effroyables, des coups de tête à ébranler les murs de Béthulie, des coups de cornes à briser les portes de Jéricho.
Tantôt, le vaincu reste, gisant sur le sol ensanglanté et ce n’est plus qu’un cadavre; tantôt un coup de corne, décidant de la victoire, l’envoie dans un ravin où le chacal du désert, sanglotant dans les ténèbres, viendra, à pas timides, lui dévorer les os.
Complétons cette galerie de famille par une esquisse du Chevrotin de l’Himalaya, vulgairement appelé Porte-musc.
Ce gentil animal est bien le membre le plus étrange et le plus curieux de la grande famille des Chèvres.
C’est un parfumeur doublé d’un acrobate, il saute ou il distille. Sur son blason de bête il porte un alambic et un trapèze.
C’est un montagnard austère et libre qui dédaigne les plaines et les collines. Il lui faut un glacier pourpiédestal, les neiges pour tapis, l’infini pour horizon. Il n’est pas grand, ce gracieux Ghevrotin, mais c est à six mille mètres au-dessus du niveau de la mer qu’il campe, sur son trône de glace.
C’est là-haut que le chasseur intrépide s’en va chercher le roi des parfums, le musc de l’Himalaya dont une once ne coûte pas moins de trente francs dans les bazars de Calcutta.
Des oreilles droites et longues, effilées; la tête petite et fine, un bel œil noir bravant l’éclat des