CHÈVRES NAINES DE NUBIE
neiges et le feu des éclairs; un regard infaillible qui découvre l’insecte dans la mousse et sonde le fond des abîmes ; un corps léger, pointillé de taches blanches reposant sur quatre aiguilles et un pied si délicat, si mignon qu’il pourrait entrer, sans la briser, dans une coquille d’œuf.
Ce Chevrotin na pas de cornes; mais, en revanche, sa mâchoire est ornée de deux défenses qui se projettent dans le vide. Avec son front nu et sa mâchoire armée, le porte-musc a l’air d’un animal en train de dévorer ses cornes.
C est près du nombril, dans une petite poche, que le Porte-musc recèle le parfum délicat auquel il a donné son nom.
Le mâle seul possède cette bourse précieuse que le chasseur arrache aussitôt que sa victime est atteinte, avec une avidité infernale, lui prenant du même coup la bourse et la vie !
La vivacité du Chamois égale à peine l’agilité du Chevrotin de l’Himalaya. Il ne connaît point le vertige, mais sa vue le donne. Comme un oiseau, comme un trait, il traverse l’espace, bondit de rocher en rocher, saute par-dessus les ravins et les abîmes, se joue au bord des précipices et se perd dans les cimes comme l’aigle dans les nues.
Une seule chose peut le suivre dans cette effrayante voltige : l’œil de l’homme.
Une seule chose peut l’atteindre dans ce galop aérien : une balle.
Quand il ne bondit plus c’est qu’il est tombé. Ne dites pas qu’il a été moins rapide que le plomb du chasseur. Le plomb et lui se sont rencontrés.
Entre la société et lui, ce gracieux Chevrotin, la plus libre d’entre les bêtes libres, a mis une barrière infranchissable : des Chèvres de rochers, des pics inaccessibles, un mur de glace.
Ce n’est certes point un malfaiteur qui fuit, qui se dérobe à de justes châtiments. C’est un petit
LA CHÈVRE
philosophe qui a ses idées sur la civilisation et qui se retranche derrière ses neiges comme dans le recueillement de ses pensées. C’est un rêveur aimable el doux qui se plaît à contempler de haut, sans ironie et sans dédain, les choses basses de la terre.
Qu’elle est heureuse et libre la petite Chèvre sauvage du Thibet. Que lui manque-t-il? N’a-t-elle lias 1 herbe odorante des montagnes et l’eau bleue des glaciers? N’a-t-elle pas cette liberté qu elle aime et qu’elle va chercher jusque dans les nues? Gymnaste incomparable et passionné,
Léotard et Blondin des corniches vertigineuses, des pics et des aiguilles accessibles à son pied seul, elle passe sa vie dans une voltige éternelle ayant pour spectateurs les aigles et les vautours, pour orchestre le bruit des cascades et '1rs lorrruls, rl pour cirque I llvmalaya.
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N est-il pas invulnérable et comme inaccessible lui-même en son gîte aérien? Non ! Sans parler de l’homme avec qui il n’y a ni sécurilé ni liberté, le Chevrotin de l’Hymalaya, comme chèvre d'angora.
le Chamois des Pyrénées et le Bouquetin à peu
près disparu des Alpes, a un ennemi implacable qui plane sans cesse sur sa tête comme une autre épée de Damoclès : c’est le grand vautour du Thibet.
Ce despote des airs le guette, le suit, le surprend dans ses contemplations ou dans ses jeux, s’abat
comme un bloc, l’étourdit du bruit de ses ailes, l’aveugle de son bec, lui brise le crâne, lui ouvre le flanc, lui déchire le cœur et il ne reste bientôt plus que des os épars dans la neige rougie.
La Sarigue a une poclie où elle met ses petits. — C’est un berceau vivant .
L’Araignée-Loup a aussi une poche qu’elle a filée, où elle dépose ses œufs. — C’est un nid de satin.
Des reptiles terribles ont encore une poche où ils secrétent leur venin. — C’est la mort.
Le Cousin possède également une poche en forme de trompe où il loge ses aiguillons. — C’est une