CHÈVRE DE L’ILE DE CRÈTE
trousse a lancettes.
La Mangouste porte à son cou
une pochette remplie d'une liqueur dont elle sait se désaltérer quand l’atmosphère est étouffante. C’est une gourde.
Le Pélican enfin a reçu de la nature une vaste poche où il met son poisson en réserve. — C’est un garde-manger.
l.e Chevrotin de l’Himalaya renferme dans sa poche le trésor de ses parfums. — C’est un flacon de toilette.
Pour lui, c est sa gloire et son souci, c’est sa richesse, c’est sa mort.
Pareil à ees victimes qu’on tue pour leur or ou qu’on persécute à cause de leur génie, le petit Porte-
musc périt par son mérite et sa renommée. Ce qui lit sa gloire fait sa perte
Elle cachait un trésor dans son sein, la douce bête des montagnes, et la main de 1 homme est venue
l’arracher à ses entrailles fumantes. „ .
Qu’importe ! Est-ce qu’un parfum ne vaut pas une vie! Est-ce que les belles créoles de Calcutta se soucieraient du martyre d’un Chevrota dont la cruelle agonie a suc de délicieuses senteurs . Est-ce
qu'elles s’informeront des flots de sang qu’a coûtés une goutte de parfum!
Depuis la Chèvre de Cachemire jusqu’au Bouc de .Iodée, nous avons vu passer les plus diustres et les plus pittoresques de la grande famille Caprine, les uns drapés de fine laine, les auties ve us 10 soie, presque tous encornés superbement; ceux-ci laitiers incomparables , ceux-là fabricants renommés de fromages ou fournisseurs ordinaires de ces portefeuilles ministériels qui s’usent si vite.
Eh bien ! c’est pour la Chèvre de nos pays que je garde mes sympathies. Pour la Chèvre qui noui 1 1 c montagnard des Alpes ou des Pyrénées, le paysan des monts d’Auvergne ou de mes cheres co mes u Périgord; c’est pour la Chèvre bienfaisante et familière des cabanes, qui promène ses puissantes marne es au milieu des bruyères roses et des genêts d’or, tandis que ses cabris joyeux bondissent au bord des
torrents. . ,
J’ai été élevé par une Chèvre et je lui dois, sans doute, cette vivacité capricieuse qui ne m a guere
servi dans ma carrière.
Qu’importe. Je me rappelle que, tout enfant, je mêlais dans mes prières naïves aux noms de mes parents celui de ma nourrice à barbe, restée la compagne de mes jeux.
Sur mes vieux jours, je me souviens encore de Jeannette et je lui consacre ici ces dernières goulles d’encre, en reconnaissance du lait dont elle me nourrit.
Fulbert Dumonteil.
L'ÉLÉPHANT
n a dil, avec raison, que l’homme est le maître de la nature. Il a soumis tous les animaux à son empire; il a transformé suivant ses désirs la végétation qui couvre la terre; il a percé des montagnes, comblé des vallons, creusé des voies dans l’épaisseur des collines, changé les isthmes en voie maritime, et noyé des continents. Il est, en un mot, à la tête de la création inanimée ou vivante. Mais on peut bien admettre un moment cette hypothèse que l’homme aurait pu ne point exister, ou bien encore qu’il aurait pu disparaître, par un des cataclysmes dont notre globe a été plusieurs lois le théâtre. L'homme aurait pu périr pendant la période glaciaire, alors qu’un refroidissement subit se manifesta sur toute l’étendue de la terre habitée, et que l’abaissement excessif de température fit disparaître un certain nombre d’espèces animales, dont on ne retrouve aujourd’hui que les vestiges, à l’état fossile, dans les terrains de cette époque. Il aurait pu être anéanti pendant les périodes diluviennes, qui ont laissé des traces si profondes de leurs, ravages dans les terrains
quaternaires.
En admettant l’hypothèse de la disparition, de la suppression de l’espèce humaine, on peut se demander quel est celui des animaux qui aurait remplacé l’homme, dans son rôle de souverain de la nature.
A cette question, nous répondrons, avec assurance, que l’être animé qui aurait pris, en l’absence de l’homme, la direction suprême de la création, c’est l’Éléphant. De même que l’homme, parti des plateaux
de l’Asie orientale, s’est répandu peu à peu dans toutes les contrées du globe, de même 1 Éléphant, parti des rives de l’Indus, ou des bords des fleuves africains, se serait acclimaté dans toutes les contrées de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique actuelles. Et de même que l’homme règne aujourd’hui en tranquille vainqueur sur toutes les tribus animales, de même l’Eléphant aurait étendu son empire sur toute la création zoologique.
Qu’a-t-il fallu à l’homme pour assurer sa victoire sur le reste des habitants du globe? La main et l’intelligence. Nous n’examinerons pas si l’homme possède la main parce qu’il possède l’intelligence, ou si son intelligence, comme le voulaient les philosophes sceptiques du dernier siècle , n est que le résultat de l’existence de la main. Prenons les deux éléments tels qu’ils sont, sans rechercher leur dépendance mutuelle, et disons, avec tous les naturalistes, que l’intelligence et la main sont les causes de la suprématie de l’homme.