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L'OURS

Sous celte apparence disgracieuse, il s'en faut cependant que rOurs soit stupide ou inerte ; c'est, au contraire, une béte une, cauteleuse et circonspecte, qui ne s'engage jamais avant d'avoir tâté le terrain. On le prend rarement au piège. Lorsqu'un objet nouveau se présente à ses regards, il passe sous le vent pour s'en approcher, s'avance avec précaution, le flaire, le tourne, le retourne, et s'éloigne s'il ne lui convient pas. Il ne manque pas dune certaine agilité, mais, pour la déployer, il faut qu'il soit stimulé par la nécessité, autrement il reste dans ses

Fig. 8. Ours.

habitudes de philosophique indifférence. Éminemment solitaire, il fuit toute espèce de société, môme celle de ses semblables, s'éloigne de l'homme par instinct et ne se complaît que dans la nature sauvage et primitive ; par prudence, il demeure conflué dans son désert, n'en sort que fort rarement, lorsque la faim l'en chasse, y revient dès qu'il le peut, et ne se trouve à son aise qu'au fond des cavernes ou dans l'épaisseur des plus vieilles futaies. La vie de famille lui est absolument étrangère ; le mâle n'habite pas avec la femelle, il se tient à l'écart, tout seul, sans autre gîte que le creux d'un rocher ou l'intérieur

▲NIMÀUX DI Là FRANCE. 3

d'un arbre miné par le temps. Certains auteurs lui ont prêté un talent qu'il n'a pas : il ne se bâtit point de hutte avec des branches d'arbre ; il se contente de la première tanière qu'il trouve toute faite^ n'est nullement architecte, comme on le supposait gratuitement, et n'a jamais songé & le devenir. 11 passe les journées & dormir dans son trou, y séjourne longuement en hiver, temps pendant lequel son appétit est moins actif et où son •corps est doublé d'une épaisse couche de graisse, mais il ne s'en- .gourdit pas par le froid comme les animaux hibernants.

L'Ours brun d'Europe (Ursus arçtos^ fig. 8) est omnivore; ses «dents molaires, plates et chargées de tubercules mousses, n'en font pas un animal aussi carnassier que les bétes du même •ordre à dents aiguës ou tranchantes ; en effet, à l'état de nature, il se nourrit principalement de matières végétales, de racines, de jeunes pousses, de fatnes, de châtaignes, de fraises et de sorbes dont il est très-friand; il recherche avec passion le miel et sait fort bien dépouiller les ruches d'abeilles. Lorsque ces ressources lui manquent, il attaque les animaux, mais seulement â la dernière extrémité, opprimé par la faim; évidemment, s'il mange, par-ci par-là, quelques moutons, ce'n'cst que comme liors-d'œuvre exceptionnel : il ne touche jamais aux cadavres.

IHsons-le à sa louange, ce n'est pas le défaut de vigueur qui l'empêche d'être carnassier dans toute l'énergie du mot; sa force musculaire est considérable; d'un seul coup de patte il peut abattre un cheval, et ses redoutables mâchoires sont puissamment armées; en captivité, il s'habitue à tout, à la chair, au pain, à toutes sortes de légumes.

Malgré la petitesse de ses yeux, sa vue est bonne; son ouïe est fine ; toutefois elles le cèdent au sens de l'odorat, qu'il possède à un haut degré ; on s'en rend facilement compte en voyant son museau allongé et ses larges narines qu'entoure un mufle dont le cartilage est extrêmement mobile.

L'Ours, ainsi que tous ceux de sa tribu, marche sur la plante des pieds : aussi est-il moins rapide que les animaux coureurs •qui, dans la progression, s'appuient sur le bout des doigts; en revanche, il se tient aisément debout, grimpe lestement aux arbres et nage avec facilité.

Toutes ses actions sont marquées au coin de la prudence. Veutril aller chercher des fruits au haut d'un arbre, il commence par embrasser le tronc fl^vec $Ç8 bras et ses cuisses, s'avance ensuite à travers les brani{bai| exactement comme nous, c'est-à-dire

UOURS. 3b

qu'il ne quitte son point d'appui qu'après s'être bien assuré d'un autre ; ses jambes antérieures lui tiennent lieu de bras et il s'en sert avec beaucoup d'adresse; ce sont aussi ses principaux moyens de défense quand il a quelque ennemi à combattre; il cherche toujours à l'étreindre, 4 rétouffer, ou bien à le décliirer de ses ongles, avant de lui briser le crâne avec ses redoutables mâchoires.

La femelle met bas en hiver de un à trois petits, après leur avoir préparé elle-même un lit de feuilles et de mousse; elle les cache avec le plus grand soin, de crainte que le mâle ne dévore ses oursons. Du reste, la mère ne les quitte que momentanément pour aller chercher sa nourriture; elle leur témoigne beaucoup de tendresse, les allaite pendant longtemps, s'en fait suivre dès l'âge de trois mois, les porte dans ses bras quand ils sont fatigués, les lèche, leur apporte des fruits et les garde avec elle jusqu'à ce qu'ils soient en état de repousser toute agression; lorsqu'un danger les menace, elle est d'une intrépidité extrême, s'expose à tout pour les défendre, et se fait bravement tuer sur place, plutôt que de les abandonner.

Pris jeune, l'Ourson s'apprivoise facilement; on lui apprend sans peine à se tenir debout, & danser au son du fifre ou du tambourin, & gesticuler et & faire la culbute, mais sa docilité est loin d'être instinctive; il grogne chaque fois qu'on l'oblige à faire parade de ses talents et s'emporte souvent jusqu'à la colère, par pur caprice : aussi est-il toujours prudent de le museler quand on le promène dans les foires ou les villages. Les vieux Ours ne sont susceptibles d'aucune éducation : ils n'obéissent pas, même par la contrainte, n'ont d'autre voix qu'un grondement sourd, et restent concentrés dans leur misanthropie. A l'état de nature, ils n'attaquent l'homme qu'autant qu'ils en sont provoqués; leur fureur alors ne connaît plus de bornes. Pénétré du sentiment de sa force, l'Ours s'affranchit de toute crainte; s'il rencontre un chasseur, il ne prend pas la fuite, ne se détourne même pas de son chemin et s'enfonce dans la forêt sans hâter le pas, se bornant à lancer un regard de travers à l'importun visiteur. Malheur à lui si sa balle ne va pas à son adresse, ou ne tue pas raide! l'Ours, simplement blessé, se retourne avec furie, court droit à l'agresseur, se dresse sur ses pattes de derrière et engage avec lui une lutte à mort ; tous les deux quelquefois y périssent. Lorsque les Chiens le cernent et lui coupent la retraite, il leur fait face, s'adosse contre un arbre ou un rocher, et, avant de

succomber, vend chèrement sa vie : quiconque l'approche, est renversé de sa terrible patte ou broyé entre ses dents.

En général, la chasse à TOurs, en France, s'effectue sans grand danger. Lorsque les pâtres de la montagne ont aperçu un Ours, ils préviennent les tireurs des environs; à jour fixe, on se réunit en nombre, la forêt est cernée ; traqueurs et chasseurs forment un cercle qui se rétrécit de plus en plus, et finit par enfermer la bête dans un défilé étroit où de nombreuses décharges la mettent bientôt par terre. Cette manière de se défaire d'un ennemi ressemble plus à un assassinat qu'à un duel, mais le chasseur ne se croit-il pas tout permis vis-à-vis d'une bête de proie?

Au Kamtchatka, d'après le voyageur Lesseps, la chasse à l'Ours est plus émouvante et exige autant de sang-froid que de courage. L'habitant de ces âpres contrées part pour aller à la découverte ; il n'a d'autres armes qu'une carabine, une lance ou un épieu et son couteau ; toutes ses provisions consistent en un petit paquet de poissons séchés. Ainsi muni et équipé, il pénètre dans l'épaisseur des bois et dans tous les endroits qui peuvent servir de repaire à l'animal. C'est, pour l'ordinaire, à travers les broussailles ou parmi les joncs, au bord des lacs et des rivières, qu'il se poste et attend son ennemi avec constance et intrépidité. S'il le faut, il restera en embuscade une semaine entière, jusqu'à ce que TOurs vienne à paraître. Dès qu'il le voit à portée, il pose en terre une fourche de bois qui tient à son fusil. A l'aide de cette fourche, le coup d'œil a plus de justesse et la main plus d'assurance; il est rare qu'avec une balle, riiême assez petite, l'animal ne soit pas atteint à la tête ou dans la région de l'épaule, son endroit le plus vulnérable. Mais si l'Ours n'est pas renversé du premier coup, il devient furieux et accourt aussitôt se jeter sur le chasseur, qui n'a pas toujours le temps de lui envoyer une seconde décharge. Dans ce cas, le Kamtchadale a recours à sa lance, il s'arme à la hâte pour sa propre défense; sa vie, en effet, est en danger, s'il ne porte à l'animal un coup mortel. Dans ces combats corps à corps, l'homme n'est pas toujours vainqueur; quelle que soit l'issue de la lutte, un des deux adversaires doit^infailliblement périr.

Le Blaireau (Mêles vulgaris^ (îg. 9), très-voisin de l'Ours, appuie, comme lui, la plante des pieds en marchant; son allure est lourde; son corps, épais et trapu, se meut lentement; ses habitudes sont taciturnes et solitaires. Indépendamment de la dentition qui lui est propre, le Blaireau se distingue par ses jambes

Fig. 9. Blaireau.

extrêmement courtes, son ventre porté presque à terre et ses doigts fortement engagés dans la peau; les ongles crochus et robustes qui terminent ses membres antérieurs en font de puissants instruments pour fouir; son pelage, du reste, ne permet de le confondre avec aucun autre mammifère. Par une disposition tout exceptionnelle, ses parties inférieures sont plus colorées que les supérieures; le dos et les flancs tirent sur le blanc sale, tandis que la gorge, la poitrine, le ventre, les jambes et les pieds sont d*un brun-noir foncé; partout où la coloration se montre uniforme, les poils, dans toute leur longueur, n'offrent qu'une seule teinte; dans les parties grisâtres, au contraire, les poils blancs sont annelés de noir sur le milieu ; une bande noire 1cmgitudinale, partant de chaque côté de la tête en passant par les

yeux pour arriver à l'oreille, lui donne une physionomie spéciale; sa poche anale, d'où suinte continuellement une humeur grasse et fétide, achève de le caractériser.

Le Blaireau s'enfonce rarement bien avant dans les forêts, on le rencontre plutôt à la lisière des bois où les roches abondent, il passe la plus grande partie de sa vie au fond de son terrier, placé, en général, à Texposilion du soleil, au pied d'une colline boisée. Ses ongles lui rendent Texcavation facile. Il commence par remuer le sol avec son nez, comme le Porc le fouille avec son groin ; il le déchire ensuite avec ses pieds de devant et en rejette les déblais entre ses membres postérieurs : si la terre extraite du trou s'amoncelle de manière à le gêner, il l'attaque directement, l'expulse plus loin tn opérant à reculons et en s'aidant de ses quatre pattes; dès que l'emplacement est dégagé, il reprend son travail de mineur et le continue sans relâche : il l'a souvent achevé dans l'espace d'une seule nuit.

Ce n'est d'abord qu'un boyau étroit, creusé en ligne droite; mais bientôt il devient tortueux et se complique de chambres latérales, indépendantes du gîte ou donjon principal, et qui ont aussi leurs issues au dehors. Le Blaireau n'en jouit pas toujours sans trouble; il arrive, plus d'une fois, que le Renard le lui dispute, non pas à force ouverte, il y aurait trop de coups à gagner, mais par une ruse de guerre assez étrange : à force de rôder autour du domicile du Blaireau et d'en souiller les abords de ses ordures, il flnit par l'inquiéter et l'obliger à lui céder la place. Le véritable propriétaire, ainsi congédié, ne quitte pas pour cela le pays : il va travailler sur de nouveaux frais, aux environs, dans un endroit bien tranquille, en terrain sec, non loin des broussîs fréquentés par les lapins. Leur voisinage ne lui déplaît nullement; également nocturnes, ils font en même temps leurs écoles buissonnières, et pendant que les Rongeurs broutent le thym et le serpolet, le Carnassier se glisse sournoisement dans les rabouillères, et y massacre plus d'une famille de Lapereaux. En effet, quoique le Blaireau mange des baies et d'autres fruits sauvages, il vit surtout de menu gibier, de Reptiles, de Mulots; quand il ne trouve pas mieux. Hannetons et Sauterelles l'aident à patienter. L'obligation de chercher une proie est la principale raison qui le fait sortir de son terrier. Sa vie est des plus tristes et des plus monotones, à notre point de vue du moins; rarement on rencontre deux Blaireaux ensemble ; même au temps des ménages, chacun vit de son côté. Au moindre danger, ces

animaux se réfugient dans leur retraite; ils s'en éloignent peu, et pour cause : la brièveté de leurs jambes leur interdit toule fuite précipitée; les Chiens sont promptement sur leur piste aussi odorante que celle du Renard, et les ont vite atteints, pour peu que les Plantigrades s'attardent. Mais, s'ils les joignent aisément à la course, ils n'en viennent pas aussi facilement à bout quand la lutte est engagée; le Blaireau, réduit à se défendre, se sert énergiquement de ses ongles et de ses mâchoires ; couché sur le dos, la gueule béante, les crocs et les grifiTes dressés, i tient longtemps en respect ses adversaires, repousse leurs assauts par de profondes morsures, et combat courageusement jusqu'à la dernière extrémité.

Quoique bétes puantes, les Blaireaux tiennent leur logis avec une grande propreté ; la femelle, sur le point de mettre bas, y charrie de l'herbe et dépose sur un nid assez grossier trois ou quatre petits dont elle prend beaucoup de soin. Elle les allaite souvent au bord de son terrier, leur fait prendre l'air et les expose à l'influence du soleil; & mesure qu'ils se développent, elle s'éloigne davantage pour chasser. Les jeunes Blaireaux s'apprivoisent sans peine, ils jouent avec les Chiens, accourent à la voix et suivent la personne qui a l'habitude de les soigner; il n'en est pas de même des vieux dont on s'est emparé : ils conservent toujours leur caractère sauvage, bien qu'ils s'accommodent de .toute espèce de nourriture, de pain, de chair, de poisson, de fruits et de racines. Extrêmement sensibles au froid, les Blaireaux, en hiver, restent plusieurs jours de suite sans sortir de leurs terriers ; en aucun temps, ils ne le quittent volontiers, ils s'y renferment obstinément quand ils s'aperçoivent qu'on leur a tendu des pièges au dehors, et y supportent une diète rigovreuse, grâce à leur embonpoint qu'entretient chez eux un sommeil prolongé. Il n'est pas facile de les faire tomber dans des embuscades. Lorsqu'ils sont bloqués dans leurs trous et que la faim se fait par trop vivement sentir, ils s'efforcent de percer de nouvelles issues ; s!ils ne peuvent y réussir, ils prennent, à la dernière extrémité, une résolution désespérée, s'élancent hors du terrier en se pelotonnant en boule et en faisant plusieurs culbutes sur eux-mêmes; ils échappent ainsi aux nœuds coulants qui n'ont aucune prise sur une sphère roulante.

Le Blaireau se chasse de la même manière que le Renard ; on le tire à l'afiTùt, à la nuit tombante, au moment où il sori de sa retraite. S'il est confiné dans le terrier, on met un Basset à ses

trousses; le Blaireau se défend contre le Chien en battant en retraite et en éboulant de là terre pour l'arrêter, mais il n'en est pas moins bientôt acculé au fond de son gîte; on le découvre alors à coups de pioche et Ton s'en empare avec précaution, car il mord avec fureur et ne lâche prise que lorsqu'il est assommé.

CARNASSIERS DIGITIGRADES.

La tribu des Martes n'est que trop bien représentée en France. Sans compter le Furet, importé d'Afrique et d'Espagne, la Marte proprement dite, la Fouine, le Putois, la Belette et l'Hermine sont indigènes chez nous, et nous révèlent leur présence par de nombreux méfaits. Ce sont les plus sanguinaires de tous les carnassiers; ils s'enivrent de meurtres; ils tuent pour tuer, et bien au delà de leurs besoins; ils surpassent en cruauté jusqu'aux animaux les plus féroces de la race féline, car si le Tigre et la Panthère se signalent par leur violent appétit pour la chair, ils font du moins trêve à leur voracité dès qu'ils sont repus ; les autres, au contraire, bien que rassasiés, égorgent sans relâche, et ne cessent leurs assassinats'que lorsque l'ivresse du sang, qu'ils boivent à longs traits, les a plongés dans un ignoble sommeil.

D'après ce genre de vie, on comprend sans peine qu'ils soient puissamment armés en guerre. Chacune de leurs mâchoires porte six incisives, deux fortes canines et des molaires tranchantes; ils n'ont guère qu'une seule tuberculeuse en arrière de la carnassière supérieure. Leur tête est petite, leurs oreilles sont courtes et arrondies, leurs moustaches bien développées. La brièveté de leurs pieds et la longueur de leur corps leur permettent de passer par les plus petites ouvertures, ce qui leur a valu le surnom de vermiformes que leur donnent les naturalistes. Leurs habitudes sont généralement silencieuses, plus nocturnes que diurnes; ils marchent sans faire de bruit, avancent par petits sauts vivement répétés, et tiennent ordinairement leur dos relevé en arc. Leurs petits naissent les yeux fermi s et se développent promptement. La plupart exhalent une

odeur fétide, due à la présence de deux petites glandes situées au pourtour de l'anus. C'est parmi ces animaux qu'on trouve les fourrures les plus fines et les plus précieuses; leur pelage, presque toujours fort doux au toucher, se compose de deux sortes de poils, d'un duvet qui tapisse la peau, et de soies brillantes, très-déliées à leur base, et susceptibles de se diriger en divers sens.

Linné ne faisait qu'un seul genre des Martes; G. Cuvier les distingue en Putois et en Martes proprement dites. Les premiers ont pour caractère générique deux fausses molaires à la mâchoire supérieure et trois à l'inférieure ; leur carnassière d'en bas manque de tubercule intérieur ; on les reconnaît extérieurement & leur museau court et gros. Ce groupe comprend le Putois, la Belette et l'Hernline.

Le Putois. — Le Putois [Mustela putorius, fig. 10) tire son nom de son odeur infecte; elle se fait plus sentir en été qu'en hiver, et sudout quand l'animal se trouve sous l'influence de la crainte ou de la colère. Sa teinte générale est noire-brundtre, passant au jaunâtre sur le ventre et les flancs; la pointe de ses oreilles est blanche, et le contour de sa bouche, bordé de blanc, contraste avec le masque brun de son visage.

Son allure est à la fois légère et sautillante; leste et rapide, il se coule, rampe, saute par bonds précipités et n'en fait pas moins face au danger en opposant à ses adversaires toute la fureur d*un courage irrité. Plongé pendant tout le jour dans le sommeil, il passe la nuit â rôder.

La volaille et les Lapins n'ont pas d'ennemi plus redoutable que ce Carnassier. Il se tient d'ordinaire au voisinage des fermes, en approche avec précaution, grimpe sur les toits, se glisse en tapinois dans les buissons et de là s'insinue, à la tombée de la nuit, dans les basses-cours, où il commet d'àflFreux ravages. Lorsqu'il a pénétré dans un poulailler ou dans un colombier, il met tout à mort, coupe ou écrase la tète de ses victimes, assouvit d'abord sur place sa faim, et emporte ensuite chaque pièce, une à une, pour en faire des réserves. Quand il ne peut les faire passer par le trou qui lui a servi d'entrée, il se contente de leur manger la cervelle. L'hiver, il s'établit souvent dans les greniers, sous les meules des granges, ou sous les toits. Dans la belle saison, il gîte volontiers â la lisière des bois, se loge dans un trou d'arbre, ravage les terriers de Lapins, qu'il

dévaste d'autant plus facilement] qu'il les visite plus à son aise et qu'il y fait parfois élection de domicile. Fin,' défiant et rusé, il ne se laisse guère prendre aux pièges; lorsqu'il s'aperçoit qu'on le traque de près, il déloge et va camper dans un lieu où il ne risque pas d'être troublé ou inquiété.

Cet animal ne vit que de proie vivante. Dans l'intérieur des fermes, il se nourrit aux dépens des volailles ordinairement bas perchées, et les surprend presque toujours pendant leur sommeil. Dans les champs, la chasse fournit à ses besoins; il recherche les nids de Perdrix, de Cailles, d'Alouettes, et détruit aussi ceux des autres petits oiseaux; faute de gibier, il fait la

Fig. 10. Putois.

guerre aux Taupes^ aux Rats, aux Mulots ; c'est la seule obligation que lui ait l'agriculture ; ce minime service est loin de compenser la multiplicité de ses dégâts.

Les couples se forment au printemps et sont bientôt séparés ; les mâles s'en vont passer l'été dans les bois, les femelles restent dans leurs greniers jusqu'à ce que les jeunes Putois soient assez forts pour se suffire à eux-mêmes. La femelle n'a, chaque année, qu'une seule portée de quatre ou cinq petits ; elle les allaite peu de temps, les habitue de bonne heure à manger de la chair et les emmène, vers le milieu de l'été, dans les bois, où ils ne tardent pas à se disperser : cette brusque séparation les affranchit à jamais de leurs premiers liens de famille.

L\ Belette. — La Belette (Mustela vulgaris ^ fig. Il) craint, encore moins que le Putois, le voisinage de Thomme ; on la trouve le plus souvent aux alentours des habitations. Elle a généralement deux domiciles : l'un d'hiver, dans les greniers et les granges, où elle reste jusqu'au printemps, pour nicher dans le foin ou dans la paille; l'autre d'été, dans les haies, les tas de pierres, le creux des rochers, entre les racines des arbres ou dans des trous de Mulots. Son exiguïté la sert merveilleusement pour se faufiler à travers les moindres fissures; il suffit que sa tête y trouve accès, pour que tout son corps y passe. Son courage n'est pas moindre que son audace. Attaquée sans pouvoir fuir, elle se défend vigoureusement; elle ne craint pas de

Fig. 11. Belelle.

se mesurer avec des animaux beaucoup plus gros qu'elle ; elle combat avec résolution le Surmulot et en vient souvent à bout : son échine flexible l'étreint et l'enlace, ses ongles le déchirent et ses dents lui font de profondes blessures; il n'est pas rare qu'elle le tue. Bien moins nocturne que ses congénères, elle rôde dans les champsy en pleine lumière du jour, se jette sur les Levrauts, fait la chasse aux Mulots et aux Campagnols, et s'embusque derrière les haies pour saisir, par surprise, les oisiHons. Ses perfidies sont bien connues de la gent ailée; aussi, à peine les petits oiseaux l'aperçoivent-ils, qu'un cri d'appel les réunit autour de l'ennemi public; ils le harcèlent de leurs clameurs, le poursuivent de leurs malédictions, mais la bête scélérate ne s'en

émeut guère; au lieu de fuir comme la Marte et la Fouine que ces cris incessants importunent, elle leur tient tête, guette les plus téméraires et les accroche de sa griffe, dès qu'ils sont à portée. La Belette en veut surtout aux poussins et aux poulets; malheur à ceux qui s'écartent un peu trop de leur mère! en quelques bonds elle est sur eux, les saigne d'un seul coup de dent, à la tête, et les emporte dans son terrier. Sa passion pour les œufs est fatale à une foule de nids; elle va à leur découverte dans les sillons et dans les récoltes, détruit ainsi force Cailles et Perdrix, casse les œufs de Poule qu'elle déniche dans les fagotées ou les broussailles, et les vide fort adroitement.

Grâce à la flexibilité de son corps, elle se ramasse à volonté sur elle-même, se contourne en spirale, s'aplatit contre terre et se redresse soudain avec souplesse. Son agilité est extrême; elle monte lestement aux arbres, s'élance à plus d'un mètre du premier saut, et grimpe, de branche en branche, avec la légèreté de l'Écureuil ; les nids des pauvres petits oiseaux en savent quelque chose. Sa nourriture d'hiver consiste principalement en Rats et en Souris que les granges lui fournissent à foison ; la destruction qu'elle fait de ces malfaiteurs ne laisse pas que d'être considérable, car elle les relance jusqu'au fond de leurs retraites ; le Chat lui-même ne travaille pas mieux dans notre intérêt.

La Belette met bas au printemps ; ses petits, dont le nombre ne dépasse jamais quatre ou cinq, font promptement, dans les champs, leur apprentissage de la chasse à courre à l'école de leur mère ; aux approches de la mauvaise saison, toute la famille, après s'être fortifiée au grand air, se répand dans les greniers ; passe encore si elle y restait cloîtrée; mais le voisinage de la volaille est une source de tentations continuelles auxquelles elle ne sait pas résister; les maudits garnements profitent du jour et de la nuit pour se livrer à leurs rapines; c'est dommage : l'air vif de la Belette, sa mine fûtée et presque effrontée, sa jolie robe brun-marron clair, que relève coquettement la blancheur du cou, de la poitrine et du ventre, en feraient un charmant petit animal, n'étaient ses mœurs sauvages et sanguinaires.

L'Hermine. — L'Hermine (Mustela erminea^ fig. 12), sous son pelage d'été, brun-marron, teinté de jaune en dessous, porte dans nos campagnes le nom de Roselet. Elle offre, au premier abord, une telle ressemblance avec la Belette, que beaucoup de

personnes les confondent ; ce sont cependant deux espèces distinctes et faciles à reconnaître : la première a le bout de la queue noir en tout temps, alors même que toute sa robe blanchit en hiver; le bord de ses oreilles et l'extrémité de ses pieds sont d'un blanc pur; sa taille est aussi plus grande que celle de la Belette; cette dernière a la queue beaucoup plus courte et terminée par un bouquet de poils roux.

Dans les climats tempérés, comme le nôtre, l'Hermine, sans être rare, n'est pas très-commune ; elle est, au contraire, extrêmement répandue dans le nord de l'Europe, en Russie notamment, ainsi qu'en Norvège et en Laponie ; sa fourrure, en Sibérie, est particuUèrement estimée pour sa blancheur mate; chez nous.

Fig. 12. Hermine.

elle est rarement d'un blanc pur, et présente toujours une teinte plus ou moins jaunâtre.

L'Hermine se montre plus sauvage que la Belette; elle habile les bois et n'en sort guère; elle fait ses chasses au crépuscule et les continue encore quelquefois pendant le jour; elle se nourrit de petits mammifères et des œufs des petits oiseaux; ses mœurs ont les plus grands rapports avec celles de la Belette; elle furète partout, se glisse entre les pierres et les tas de bois, court et bondit avec une extrême agilité, interroge du nez les terriers des petits Rongeurs, est sans cesse en mouvement, promène partout ses regards et s'élance avec rapidité sur sa proie, qu'elle

attaque plutôt de vive force qu'elle ne cherche à la surprendre.

La femelle met bas de cinq à huit petits ; elle les soigne avec tendresse, leur apprend à chasser et reste avec eux jusqu'en automne; la famille se sépare au commencement de l'hiver: les soins de la mère, à cette époque, ne sont plus nécessaires.

Les Martes proprement dites se distinguent des Putois par une fausse molaire de plus à la mdchoire supérieure et par la carnassière d'en bas qui porle un petit tubercule intérieur : double caractère qui rend ces animaux un peu moms cruels que ceux du groupe précédent.

La Marte. — La Marte [Mustela martes y fig. 13), désignée par les naturalistes sous le nom de Marte communey est devenue trèsrare en France depuis la disparition de nos grandes forêts ; en revanche, elle abonde dans les climats froids, et n'est pas moins répandue dans le nord de l'Amérique qu'en Sibérie; elle s'avance jusqu'au Labrador et à la baie d'Hudson, mais on ne la rencontre plus dans leô pays chauds.

Les bois les plus épiis et les plus déserts sont les seuls qu'elle fréquente; son naturel farouche l'éloigné de nos habitations; en cela, elle diffère complètement de la Fouine, qui lui esl si voisine, et avec laquelle elle a plus d'un point de rapprochement. Elle vit consianunent à la belle étoile, ne se creuse pas de terrier, et ne se recèle pas dans les rochers ; elle parcourt les forêts et choisit pour son domicile ordinaire les branches des arbres; c'est là qu'elle passe une partie de son existence et qu'elle niche. Sans être précisément nocturne, ses habitudes sont toutes de nuit; pendant le jour, elle se tient cachée, dort d'un sommeil presque continuel et entre en chasse à la tombée de l'obscurité. Ses courses sont très-meurtrières; elle tâche de surprendre les oiseaux dans leurs nids ou anuités dans les branchages; elle fait la 'guerre au gibier et n'épargne ni Écureuils, ni Loirs, ni Mulots ; elle se nourrit aussi de reptiles, tels que Lézards et Couleuvres, mais surtout elle fait une grande consommation d'œufs qu'elle suce avec avidité. Comme elle esl la terreur des petits oiseaux, les Mésanges et les Rouges-gorges la dénoncent aussitôt qu'ils l'aperçoivent; Geais, Merles et Pies d'accourir à la cloche d'alarme, de mêler leurs criailleries à celles des Becs-fins, et de poursuivre la Marte d'un concert de vociférations jusqu'à plus d'un kilomètre de distance : la bêle v

carnassière résiste rarement à cette bruyante expression de la haine générale ; le plus souvent elle rebrousse chemin et fait retraite.

La Marte n'a que des portées de deux ou trois petits au plus. Elle ne se donne pas la peine de leur préparer un berceau ; elle grimpe sans façon au nid de rÉcureuil, croque ou expulse le propriétaire, s'installe en son lieu et place, et dépose sa progéniture sur un simple lit de mousse. Les jeunes sont d'abord élevés exclusivement par leur mère; tant qu'elle les allaite, le mâle se tient à l'écart, non loin de là, sans jamais entrer dans le gynécée; mais à peine sont-ils sevrés et au régime de la chair, qu'il se rapproche de la femelle, et tous deux leur apportent du menu gibier, en attendant qu'ils leur apprennent leur prochain métier de chasseurs en les emmenant avec eux ; une fois sortie du nid, la famille n'y rentre plus; tous se blottissent pêle-mêle dans le tronc caverneux d'un vieux arbre, ou bien ils vont dormir sur un lit improvisé de feuilles sèches, sub jove frigido^ la tente des vrais chasseurs.

Les Chiens courants donnent avec autant d'entrain sur la Marte que sur le Renard, mais il ne leur arrlye pas souvent de la forcer; la fine moustache ne craint pas de se faire battre et rebattre, et lorsque la meute est lancée à fond de train^ elle la dépiste en sautant sur un arbre. Ne croyez pas qu'elle cherche à gagner la cime pour mieux échapper au danger; le danger, elle s'en rit; elle s'arrête à l'enfourchure des premières branches, s'y assoit tranquillement sur son derrière, et, de là, regarde passer Chiens et chasseurs; c'est le même procédé employé par le Chat sauvage qui se voit poursuivi de près ; seulement, ce dernier monte beaucoup plus haut, et se masque prudemment derrière une grosse branche- La Marte commune porte, comme signe spécifique, une cravate jaune au devant de la gorge; son pelage brun lustré fournit une belle fourrure soyeuse, moins précieuse toutefois que celle de la Marte-Zibeline [Alustela zibellina)^ la plus recherchée de toutes par le commerce. Cette dernière espèce, particulière à la Sibérie et au Kamtchatka, est l'objet de grandes chasses organisées sous la direction de chefs ayant fait leurs preuves. Un quartier spécial est assigné à chaque escouade, et l'on convient d'un rendez-vous général pour la fin de l'expédition. Toutes les troupes marchent devant elles en embrassant un certain espace; chemin faisant, les trappeurs écartent, de distance en

dislance, la neige dont ces rudes contrées sont complètement enveloppées pendant une grande partie de Tannée, et tendent des pièges qu'ils amorcent avec de la viande ou du poisson. On les visite au bout d'un certain temps, quand on suppose que les Zibelines ont pu s'y prendre, et on dresse de nouveaux engins dès que les captures ont été relevées. Chaque portion de terrain est ainsi battue et explorée. La chasse terminée, toutes les brigades se dirigent vers le lieu du rendez-vous final, et, en attendant l'époque où les fleuves dégelés donneront le signal du retour, on prépare les peaux. La caravane, une fois rentrée chez elle, commence par faire la part du bon Dieu ; on offre à l'Église un certain nombre de fourrures ; on acquitte les contributions

Fig. 13. Marte.

avec une partie des autres; le reste est vendu, et l'on s'en partage amiablement le prix.

Les Zibelines mettent bas au commencement d'avril; leurs plus fortes portées n'excèdent pas cinq petits; la chasse active qu'on fait dépuis longtemps à ces animaux en a bien diminué le nombre : aussi leur fourrure est-elle toujours d'un prix fort élevé.

La Fouine. — La Fouine [Mustela fuina, fig. 14) vient clore cette série d'égorgeurs et de buveurs de sang.

Son pelage, de couleur bistre, ressemble assez à celui de la Marte y mais elle a le dessus du cou et le devant de la poitrine

blancs ; ses jambes et sa queue tirent sur le marron foncé ; ses poils sont longs, soyeux et lustrés; elle répand une odeur musquée analogue à celle de la Marte commune, et plus ou moins désagréable.

Bien qu'elle n'ait aucune disposition pour la domestication, elle est infiniment moins sauvage que Tespèce précédente ; tandis que celle-ci, fuyant les lieux découverts, habite les forêts profondes, la Fouine s'approche des maisons, hante les villages, prend possession des vieilles masures, fréquente les greniers, et, tout compte fait, préfère visiblement, malgré les dangers qu'elle y court, le voisinage de l'homme à la résidence des

Fig. ik. Fuuine.

bois, oii souvent l'on fait maigre chère : quelquefois pourtant

on l'y rencontre.

La Fouine est parfaitement organisée pour ne pas faire de longs jeûnes. Légère, agile, l'échiné flexible comme tous ceux de sa race, elle s'avance rapidement par sauts et par bonds, profite des moindres aspérités pour s'accrocher aux murs et les escalader; son œil est vif et perçant; elle a l'odorat sûr et l'ouïe d'une finesse extraordinaire : aussi est-il bien difficile de la surprendre, même en se mettant à l'affût; elle semble éventer le chasseur; elle le découvre de loin, à travers les ténèbres, et, au moindre bruit, disparaît comme l'éclair. Elle n'est pas moins redoutable

AlUMADZ DB LA FRANCE. 4

pour la ferme que le Putois et la Belette. Solitaire de sa nature, elle passe toute la journée dans son repaire, y dort, mais d'un sommeil léger, en attendant Tarrivée du crépuscule, pour s'introduire dans les basses-cours et y faire ses coups. Quand elle a pu forcar la consigne, elle laisse plus d'une trace de son passage dans la demeure rustique, surtout si elle a des petits. Quoiqu'elle puisse attaquer par la force, la ruse est sa grande machine de guerre ; elle se glisse sans bruit auprès des volailles, les égorge sans donner l'éveil, et dépeuple, en un clin d'oeil, tout un poulailler : Canards, Poules, Dindons, Pigeons, tout y passe; elle emporte tout ce qu'elle peutj et laisse étendu le reste^ comme parle la Fontaine.

Les visites multipliées qu'elle fait dans les granges et dans les greniers ne sont pas sans utilité ; elle immole chaque fois une foule de Rongeurs, et tue Rats et Souris en tombant à l'improviste sur leur dos. Dans les champs, son rôle est plus équivoque ; si elle mange quelques Mulots, quelques Campagnols, elle braconne aus^, et, pour le moins, autant que Belettes et Putois ; elle épie les Lièvres à leur passage, saisit la Perdrix sur son nid, détruit les nichées de Cailles, et, tapie dans les buissons, elle attrape les petits oiseaux avec la même adresse que le Chat; ses déprédations durent toute la nuit et ne cessent que lorsque Taube vient l'avertir qu'il n'y a plus sûreté pour elle à s'aventurer au dehors; elle regagne alors sa cachette.

La Fouine a deux portées par an, chacune de trois, quatre et même de sept petits : les vieilles mères sont plus fécondes que les jeunes. Tout leur est bon pour mettre bas : greniers à foin, trous de muraille, creux d'arbres et de rochers. Craignent-elles pour leurs petits, elles déménagent et les transportent ailleurs dans leur gueule. Ils tètent pendant peu de semaines, se nourrissent de la proie que leur apporte la mère, grandissent vite et sont promptement en état de vivre de leurs propres ressources, c'est-i-dire de rapines et de meurtres.

A la différence de la Marte con^mune et de la Zibeline, la Fouine est plus répandue dans les pays tempérés que dans les pays froids; elle ne redoute nullement les climats chauds, puisqu'on la trouve jusqu'à Madagascar et aux îles Maldives : espèce partout nuisible, bonne à fusiller partout où elle se montre.

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