‹ Les animaux de la FranceChapitre 11 sur 126 · LA LOUTRE · texte numérisé non relu

LA LOUTRE

LA LOUTHK.

La Loutre (Lutra vulgaris^ fig. 15) est regardée, à bon droit, comme le fléau des étangs empoissonnés ; quelque riches qu'ils soient, elle les a promptement dépeuplés. Ses membres courts, son corps écrasé, ses pieds palmés, sa tête et sa queue aplaties la signalent tout d'abord comme un animal qui fréquente les eaux, quoique la terre fasse sa demeure ordinaire. Elle nage

Fig. ii. Loutre.

avec une grande facilité, remonte et descend les rivières à de longues distances, peut se tenir, pendant cinq à six minutes, entre deux eaux, mais elle est obligée, à la On, de venir respirer à la surface, sous peine d'être asphyxiée ; elle se noie également lorsque, lancée à la poursuite d'un poisson, elle s'engage dans une nasse et ne parvient pas à s'en dépêtrer : elle n'est donc pas amphibie dans le sens rigoureux de ce mot.

Tout habile qu'elle soit à parcourir les eaux, la Loutre n'en marche pas moms bien à terre, seulement sa course n'y est pas

très-rapide, et les Chiens en ont bientôt raison quand ils la surprennent loin de son repaire. On la trouve le plus souvent au voisinage des rivières, des lacs, des étangs; elle ne s'écarte guère de leurs bords. Elle se blottit dans le premier trou qu'elle rencontre, sous les grosses racines des arbres aquatiques, sans se creuser elle-même de terrier; quelquefois aussi, son gîte est en terre ferme, sous les roches de la rive, mais l'ouverture en est toujours masquée par une forte touffe d'herbes retombant sur l'eau, de manière à dissimuler l'entrée et la sortie de l'animal. Pendant la plus grande partie du jour, la Loutre se tient dans sa retraite, couchée sur un lit d'herbes sèches, ou gîtée au milieu des roseaux. Ses excursions aquatiques commencent avec la nuit. Tout poisson qu'elle aperçoit reçoit, à l'instant, une déclaration de guerre ; elle lui fait une chasse furieuse, le relance dans chacun de ses détours, et le manque rarement, en dépit d'une fuite irrégulière et précipitée : Carpes, Brochets, Tanches, Barbeaux deviennent journellement sa proie ; il n'est pas jusqu'aux Anguilles qu'elle ne saisisse dans la vase où elles cherchent à se réfugier. C'est par le ventre qu'elle attaque les poissons; c'est aussi de la sorte qu'elle se jette sur les Canards et les autres oiseaux qui s'abattent, la nuit, sur les étangs. Quoique le poisson compose son alimentation ordinaire, la Loutre ne se borne pas à cette nourriture, elle vit aussi d'Écrevisses, de Grenouilles et de Rats d'eau ; quand la faim la presse, elle se rabat sur l'herbe et les écorces d'aunes et de saules : mais ce n'est là pour elle qu'un régime de nécessité absolue, car elle est essentiellement carnassière. Ainsi que certains animaux de sa tribu, Fouines et Putois, elle tue et ravage bien au delà de ses besoins. A-t-elle pénétré dans un vivier, elle met à mort tout ce qu'il renferme, et emporte ensuite quelques poissons, un à un, dans sa gueule, ayant bien soin de choisir les plus belles pièces pour les manger dans son trou : leurs débris et les poissons qu'elle y laisse pourrir en font un véritable charnier, d'une odeur infecte. La Loutre résiste aux plus grands froids : aussi n'est-elle pas rare dans le nord de l'Europe; elle est plus commune dans nos départements septentrionaux que dans nos contrées méridionales ; pendant les fortes gelées, elle fréquente surtout les eaux vives : on a grande chance alors de la rencontrer sous les ponts, les ponceaux et les cheneaux où l'eau reste courante. L'affût est le plus sûr moyen de la tuer; sa fourrure vaut le coup de fusil; elle se compose de deux sortes de poils, d'un duvet

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