‹ Les animaux de la FranceChapitre 9 sur 126 · L'OURS · texte numérisé non relu

L'OURS

Du temps que notre vieille Gaule n'était qu'une immense forêt, le gros gibier, Cerfs, Daims, Chevreuils, Sangliers y vivaient comme sur leur propre domaine; à leur suite. Loups, Renards et Lynx ne manquaient pas, assurés qu'ils étaient de ne pas mourir de faim ; rOurs lui-même, si sauvage, n'était pas alors exilé dans les hautes solitudes, il descendait et séjournait dans le bas pays et s'y multipliait sans obstacle. Mais, à mesure que la civilisation s'est fait jour, que les forêts ont été envahies par la charrue et qu'elles ont été, sinon tout à fait détruites, du moins considérablement limitées, l'Ours, refoulé de la plaine à la montagne, est allé demander, d'abord, un abri aux Cévennes, au Cantal, aux Vosges et au Jura ; puis, lorsque ces contrées, jadis si richement boisées, ont, à leur tour, perdu leurs couverts épais et qu'elles n'ont plus offert qu'une retraite équivoque, il s'est réfugié dans les Alpes et les Pyrénées, son dernier asile : ce n'est que dans leurs gorges profondes et désertes qu'on le rencontre aujourd'hui, encore y devient-il chaque jour plus rare; le moment n'est peut-être pas éloigné où l'Ours disparaîtra complètement de la région moyenne de l'Europe, et ne se retrouvera plus en nombre que dans les forêts glacées du Nord : elles en ont toujours été abondamment peuplées.

L'aspect de l'Ours n'est pas flatteur. Comment découvrir et démêler une forme animale à travers cette fourrure épaisse et grossière qui ne laisse apercevoir distinctement que le museau et les pieds? Son corps, gros et lourd, se meut tout d'une pièce; la queue lui fait presque entièrement défaut ; la brièveté de ses jambes imprime à sa marche une sorte de nonchalance et de gaucherie ; ses yeux, placés obliquement comme ceux du Loup, mais plus petits, lui donnent je ne sais quoi de sournois et de dissimulé ; ses pieds antérieurs inclinent en dedans, ce qui ne rend pas son allure plus dégagée ; bref, il ressemble à un bloc mal ébauché, plutôt qu'à un quadrupède jouissant de toute la perfection de ses organes

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