LA MOULE COMESTIBLE
la Moule veut se déplacer, elle fait sortir l'appendice linguiforme hors de sa coquille, et, après l'avoir recourbé en s'accrochant à quelque corps solide, elle se tire vers le point d'appui.
La Moule comestible vit en société comme l'Huître; tous les individus d'une même agglomération, fixés par leur byssus et serrés les uns contre les autres, se placent dans une position oblique, le sommet de la coquille en bas et en arrière, la base ou la partie la plus élargie en haut, et les deux valves légèrement entr'ouvertes ; grâce à la propriété qu'ils ont de clore exactement leurs coquilles, ils résistent parfaitement à l'alternance du flux et du reflux et peuvent rester plusieurs heures consécutives hors de l'eau; le plus ordinairement cependant, les Moules sont complètement submergées.
Ces animaux multiplient au commencement du printemps; leur frai ressemble à une gelée transparente qui, vue au microscope, contient une quantité de petites Moules toutes formées.
Répandues dans presque toutes les eaux salées, les Moules sont recherchées de tous les peuples comme
substance alimentaire ; la F'g- iw. Mouie.
plupart de nos côtes les
produisent en grande abondance; leur pêche n'offre aucune difficulté, on se borne à les détacher des rochers auxquels elles adhèrent; mais ces Moules sauvages arrivent rarement à un ^rand développement. Aux environs de la Rochelle, on fait mieux, elles sont l'objet d'une culture en règle, fort bien entendue. On y parque les Moules, à la manière des Huîtres, dans des endroits spéciaux appelés bouchots où la salure de la mer est tempérée par l'eau d'un fleuve. Ces bouchots, établis sur un fond vaseux d'une grande profondeur, sont formés par deux rangs de pieux entrelacés de perches; ils forment un angle dont le sommet regarde la mer. Les Moules qu'on y transporte y déposent leur frai ; au bout de quelques mois, on éclaircit tout ce qui se trouve trop entassé et l'on en peuple les endroits dé-
garnis; quand on craint que le flot n'emporte ces espèces de semis, on les engage dans des clayonnages, et, de plus, on les en- Ycloppe encore de filets. Les Moules, ainsi parquées, profitant de la marée haute et de la marée basse, croissent rapidement et multiplient chaque année dans la proportion de dix pour une; on en fait la cueillette pendant six mois, et on les expédie ensuite sur difTérents points du centre, de Touest et du nord de la France.
Bien que regardée comme un mets vulgaire, sans doute parce qu'elle se vend à bas prix, la Moule comestible a la chair délicate et savoureuse ; elle ne laisse pas d'être une ressource importante pour les populations peu aisées; mais, à certaines époques et par des causes encore ignorées, elle occasionne, dans la région abdominale, des douleurs très-vives, accompagnées souvent de rougeurs et de tuméfactions assez inquiétantes au premier aspect, mais qui n'ont jamais de conséquences graves ; on s'en débarrasse d'ailleurs assez facilement au moyen de quelques goûttes d'éther prises à l'intérieur.