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LA CIGALE

fort compliquée, et il ne le cède en rien à Torgane delà voix humaine.

Ce n'est pas dans le larynx de la Cigale qu'il faut le chercher, il est logé dans son ventre, et se trouve recouvert par deux plaques écailleuses placées au-dessous du corselet, à la naissance de l'abdomen. En soulevant les deux plaques, on voit une cavité partagée en deux cellules, au fond de laquelle se trouvent

Fig. 218. Cigale Biâle.

Fig. 219. Appareil musical Fig. 230. Cigale femelle déposant ses œafo.

de la Cigale mAle.

deux petites lames extrêmement minces, tendues, vitreuses et si transparentes, qu'on dirait deux fenêtres qui permettent de regarder dans l'intérieur de l'insecte ; elles portent vulgairement le nom de miroirs, et présentent, vues de côté, les couleurs irisées de rarc-en-ciel(ng. 219). Certains auteurs les ont considérées comme des tambours d'où partaient les sons; mais ceux-ci ont une autre origine, ils proviennent du jeu de deux grands muscles aboutis-

sant à deux membranes contournées en forme de cymbales et logées au fond de la cavité abdominale ; par la contraction et Textension rapide des muscles, chaque cymbale devient tour à tour convexe et concave ; l'air mis en mouvement trouve, en sortant des cellules, un volet écailleux qui se répercute dans une grande cavité ou il est modifié et rendu plus sonore ; il s'échappe au dehors par les ouvertures qui remplissent, pour la voix de la Cigale, les mêmes fonctions que le larynx à Tégard de notre voix. Ainsi se produit le chant des mâles : ils n'en sont point avares; il sufGt d'un beau soleil pour les mettre en belle humeur; c'est à coups de sérénades commençant et finissant avec le soleil qu'ils convient les femelles à ne pas laisser s'éteindre la race joyeuse des musiciens de plein air.

La Cigale femelle, condamnée au silence, en a été laidement dédommagée par le don d'une tarière, véritable chef-m* œuvre de mécanique. Riche de quatre ou cinq cents œufs qu'elle doit pondre et loger en lieu sûr, il lui fallait un instrument capable d'entailler le bois, de le fendre, de le percer et d'y creuser des trous; rien ne lui manque à cet égard. Sa tarière a près de douze millimètres de long ; elle la porte à l'extrémité du ventre, cachée dans une coulisse où un étui double la conserve. Deux pièces la composent, qui peuvent jouer alternativement, mais sans s'écarter l'une de l'autre; elles se meuvent toujours parallèlement, tant elles sont assemblées avec précision ; elles sont à coulisse et & languette dans un support commun : ce sont deux limes dont chacune, près de la pointe et seulement sur le côté extérieur, est armée de dentelures.

Grâce au jeu alternatif des deux limes, la Cigale vient à bout -de percer dans le bois les trous où elle doit loger ses œufs ; elle ne s'attaque qu'aux branches mortes ou sèches ; Tinstrument y pénètre de toute sa longueur, obliquement d'abord; mais dès qu'il a atteint la moelle, il prend une direction parallèle à l*axe du morceau de bois. La ponte commence aussitôt que la tarière est parvenue à la moelle; il est facile de reconnaître les branches auxquelles la Cigale a confié ses œufs : elles sont parsemées de petites protubérances disposées à la file les unes des autres, à des distances plus ou moins régulières, mais toujours sur le môme côté du brin ligneux (flg. 220). Pour mieux profiler 4le l'emplacement, la Cigale range ses œufs de manière que le bout postérieur de l'œuf qui précède soit en face du bout antérieur de l'œuf qui suit; sa ponte achevée, elle bouche Tou-

verture des trous avec des fibres ligneuses : il est à remarquer que lorsqu'elle commence à creuser le bois, elle se contente de soulever les fibres qui sont au bord du trou ; elle les y laisse attachées par une extrémité, pour y revenir ensuite et soustraire sa nichée aux intempéries de Tair et aux attaques des rôdeurs.

La larve sort du nid par la même ouverture qui a donné passage aux œufs ; elle est loin, à ce moment, d'avoir acquis tout son développement; elle est blanche, et sa forme ressemble à celle d'une puce. Si elle n'était de petite taille, comment sortirait-elle de sa prison, calculée d'après la grosseur de l'œuf? Son premier acte hors de son berceau est de s'enfoncer en terre ; elle s'y développe sous l'apparence d'un ver hexapode, elle y prend le bec qui caractérise les insectes de son ordre, et s'y transforme en nymphe. Dans son antre, elle a un travail de mineur à acir,complil lui est rendu facile par la conformation particulière de ses deux premières pattes ; elles sont munies d'armures si fortes, que les terres les plus dures ne leur résistent pas : elle descend jusqu'à un mètre de profondeur, au voisinage d'un arbre. Le temps qu'elle passe sous terre n'est pas pour la larve un temps de jeûne ni d'immobilité absolus, comme cela a lieu pour une foule d'insectes ; elle se nourrit aux dépens des racines, son accroissement se complète dans l'espace d'une année. Pour sortir de son terrier, la jeune Cigale attend les premières chaleurs de l'été; l'heure de sa dernière métamorphose venue, elle grimpe sur un arbre, s'accroche à son tronc ou à ses branches, s'y dégage du fourreau qui enveloppait ses organes, et y laisse sa dépouille en guise d'ex-voto.

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