CHENILLES, CHRYSALIDES ET PAPILLONS
Agriculteurs, horticulteurs, gens de la ville, gens de la campagne, tous poursuivent les Chenilles d'une haine commune pour leurs délits de chasse; les femmes elles-mêmes, sanslrop savoir pourquoi , les ont aussi en aversion. En dépit de préjugés plus ou moins fondés , les Chenilles cependant sont bonnes à voir de près; leur structure et leurs mœurs ne sont pas celles de tout le monde des insectes. Leur télé est protégée par une double cuirasse et leurs vigoureuses mandibules sont façonnées pour tailler et couper dans le vif. Auprès de ces armes puissantes se déploie tout un atelier industriel, les filières, d'où sortent à chaque instant des fils de soie qui, selon les circonstances, vont devenir câbles, toiles, réseaux, tentes de campement, appartements cloisonnés et railways destinés à
assurer la marche de l'insecte. Son corps, entrecoupé d'anneaux élastiques, et percé de dix-huit stigmates, ne porte jamais moins de huit pattes, souvent dix, douze et jusqu'à quatorze et seize. Les six premières sont écailleuses, fixes et invariables dans leurs dimensions ; toutes les autres, de nature membraneuse, s'allongent, se raccourcissent, se gonflent, se dépriment à la volonté de l'animal : ce sont de simples mamelons, généralement garnis de crochets, s'évasant en couronnes, et dont on ne trouve plus trace à l'âge adulte, tandis que les trois premières paires de pattes, toujours attachées aux premiers anneaux, survivent à la dernière métamorphose, et renferment, comme dans un étui, les six pattes du Papillon.
Suivant que les pattes mamelonnées sont plus ou moins sé-
Fig. 24'i. Chenille de l'abricolier.
parées entre elles, et s'éloignent davantage des véritables pattes» la progression s'effectue d'une manière spéciale. Les Chenilles à quatorze et à seize pattes cheminent par une sorte de mouve-^ ment vermiculaire. Celles à douze pattes commencent à se fixer h l'aide de leurs pattes écailleuses, elles tirent ensuite à elles les pattes intermédiaires et les pattes postérieures, qui, une fois déplacées, se cramponnent fortement à leur tour; pendant ce manège, les anneaux privés de mamelons se dressent en cercle (fig. 244) ; dans la marche, ils reprennent leur position horizontale lorsque le corps se déploie et que sa partie antérieure s'allonge en avant d'une distance égale à la longueur totale des anneaux : le premier pas exécuté de la sorte, tous suivent de la môme manière. Il n'en va pas ainsi pour les Chenilles à dix pattes. Immédiatement après leurs pattes écailleuses, se trouvent cinq
anneaux sans pattes, puis deux pattes intermédiaires s'implactent sur le neuvième anneau, et deux pattes postérieures sur le douzième. Par suite de cette disposition, un intervalle considérable sépare les pattes antérieures des pattes intermédiaires ; le pas sera donc très-grand chez ces Arpenleuses. Cet avantage n'est pas le seul qu'elles possèdent; elles ont encore un talent remarquable d'équilibristes : sans balancier, elles peuvent se tenir fermes dans une position soit verticale, soit oblique, n'ayant pour tout support que leurs deux pattes postérieures solidement fixées à un corps quelconque, et rester assez longtemps immobiles dans cette attitude, pour être confondues avec une branche morte (fig. 246).
La livrée des Chenilles n'est point aussi monotone qu'on le suppose communément. Chez les unes, la peau est tout à fait nue, tantôt lisse, tantôt chagrinée, égayée parfois de bandes et de raies brillantes ou chargées de turquoises et d'améthystes sur un fond obscur. Certaines d'entre elles sont, en outre, ornées
Fig. 245. Chenille du marronnier.
d'appendices charnus qu'elles exhibent ou dissimulent à leur gré. Chez d'autres, le corps est couvert de poils diversement groupés, affectant la forme de houppes, ou d'aigrettes de coloration variée (fig. 245) : quelques-uns de ces poils, dans plusieurs espèces, piquent comme des orties.
Le régime des Chenilles est exclusivement végétal : les feuilles en font la base; quelques petites Chenilles cependant se nourrissent de fruits : elles s'introduisent dans l'ovaire à peine formé et passent toute leur période de larves dans un banquet continuel. La race, du reste, est renommée pour son vaste appétit : dans l'espace de vingt-quatre heures, les Chenilles absorbent une quantité d'aliments supérieure à leur poids; quand elles sont attablées sur une feuille, son parenchyme a bien vite disparu, tout est rongé à outrance : la charpente seule demeure quelquefois, probablement parce qu'elle est trop dure à attaquer ou d'une digestion difficile.
S'il est des Chenilles assez sobres pour se contenter de manger seulement le matin et le soir, d'autres font bombance tout le jour, à l'exemple de celles qui passent toute la nuit à table; chacune, en fln de compte, ne reconnaît d'autre loi de tempérance que les besoins de son estomac.
D'après leur genre de vie, toutes les Chenilles peuvent être rangées en deux grandes catégories : les solitaires et les sociales. A la première appartiennent les rouleuses et les fiteuses^ ainsi nommées parce qu'elles enveloppent les feuilles de leurs fils pour leur donner une courbure qui leur permette d'y trouver à la fois le vivre et le couvert. La seconde catégorie se subdivise
Fig. 246. Chenille arp«Dteu8e de Torme .
en 'deux tribus principales : les Chenilles qui ne vivent en société que pendant un temps limité, et celles dont la vie entière se passe dans la môme société ; leurs habitudes sont curieuses à étudier.
Les Chenilles temporairement réunies se trouvent en communauté d'existence dès leur naissance ; elles forment des colonies qui comptent ordinairement deux ou trois cents individus, et parfois jusqu'à sept cents frères et sœurs ; elles demeurent ensemble jusqu'à ce qu'elles aient atteint un certain développement ; arrivées à ce point, elles se séparent ; chacune va de son côté gagner sa vie comme elle l'entend. Trois de leurs espèces méri-
lent d'être particulièrement connues; ce sont : la Chenille commune, la Livrée et la Chenille du pin.
La Chenille commune a pour auteur le Bombyx chrysorrhea. Ce Papillon dépose ses œufs sur une feuille; quinze jours après, la première larve qui paraît à la lumière gagne une feuille et se met aussitôt à manger; celle qui naît la seconde, va prendre place auprès d'elle, une troisième en fait autant, les autres les imitent. Un premier rang se forme donc ainsi de Chenilles placées côte à côte, la tète sur une môme ligne presque droite; dès qu'il est au complet, un second rang s'établit de la même manière. La Chenille dont le temps d'éclore est venu, s'installe àlaqueuedeson aînée ; celles qui naissent ensuite, prennent place successivement les unes à côté des autres, au-dessous de leurs devancières; ainsi des autres rangs, jusqu'à ce que la feuille soit chargée d'autant de débarquées qu'elle peut en contenir. Quand tous les rangs
Fig. 247. Chrysalides.
sont occupés, les derniers nés passent sur une autre feuille et s'y établissent de la même façon. A peine le premier repas est-il fini, toutes filent de concert ; leur tissu n'est d'abord qu'un simple voile jeté sur la face supérieure de la feuille; mais, à force de se multiplier, les fils prennent bientôt l'épaisseur et la consistance d'une toile : les bourses où les Chenilles se confinent n'ont pas d'autre origine.
On comprend sans peine qu'à mesure que les Chenilles se développent le nid ait besoin d'être agrandi; elles augmentent le nombre de leurs appartements en reliant avec leurs fils de nouvelles feuilles. Au dehors, la demeure commune présente l'aspect d'un gros paquet soyeux, amarré entre les branches et les ramilles, sans figure régulière; mais, à l'intérieur, tout est parfaitement ordonné : plusieurs couches de toile composent autant
de logis distincts ayant chacun leur ouverture 'particulière, et tellement chargés de fils, que les vents et la pluie n'y peuvent pénétrer. Toutes les issues s'ouvrent en bas. L'épanouissement ultérieur de feuilles nouvelles pourrait seul) faire brèche dans cette citadelle, mais les Chenilles savent prévenir cet inconvénient : elles rongent tous les bourgeons ù l'endroit où le nid est fixé ; les rameaux ainsi aveuglés restent inertes, comme des branches mortes, et la maison commune se trouve à l'abri de toute injure.
Fig. 348. Papillon sphinx tète de mort.
Cette maison est le berceau de famille, le gîte où elles passent la nuit, et la retraite où elles s'abritent contre le mauvais temps ou contre un soleil trop vif. Elles ne s'en écartent guère pendant le jour; elles circulent autour de la branche à laquelle le nid est suspendu, s'entre-baisent comme les Fourmis, chaque fois qu'elles se rencontrent, fourragent ensemble et regagnent leur manoir vers la nuit tombante. Dès que les premiers froids se font sentir, elles se mettent en clôture dans leur nid et y passent l'hiver complètement immobiles, courbées sur elles-mêmes. Les premières chaleurs du printemps activent leur croissance ; devenues plus fortes, elles agrandissent derechef leur domicile en
y ajoutant de nouveaux compartiments, et changent de peau dans leurs nouvelles tentes ; bientôt après, la société se dissout, chacun de ses membres déloge et prend la clef des champs pour vivre le reste de ses jours en ermite solitaire.
Les bourses de la Chenille du pin ont à peu près la même structure que le nid de la Chenille commune, mais elles sont bien plus volumineuses. Les habitants des Landes ne les connaissent que trop ; dans certaines années, leurs forêts de pins maritimes en sont couvertes de manière à faire craindre quelquefois qu'elles n'en périssent. Les Chenilles de celte espèce néfaste ont leurs mœurs à elles. Elles voyagent de jour commis Je nuit, s'écartent à une assez grande distance du nid et y reviennent néanmoins à plusieurs reprises dans la journée, pour se reposer et y séjourner. Un de leurs caractères distinctifs est de s'avancer
d'un pas régulier à la file les unes des autres, tantôt en lignes droites, tantôt en festons ou guirlandes, gardant toujours le même ordre, sans jamais se dépasser ni laisser de traînards. Un chef ordonne la marche, et chaque Chenille se dirige d'après celle qui la précède; quand les têtes de co- Fig. 249. Vaoesse Gamma. loune fout halte , Ics ChenilIcs
se rassemblent les unes auprès des autres et quelquefois s'entassent en monceaux; en revenant à leur nid, elles prennent toujours la même route qu'elles avaient suivie à leur départ, et ne s'égarent jamais, grâce aux fils qu'elles sèment sur leur passage. La trace soyeuse, par une cause quelconque , vient-elle à être interrompue, les Chenilles s'arrêtent à Tinstant, on dirait qu'un abîme s'est ouvert tout à coup sous leurs pas; elles explorent le sol de droite, de gauche; l'inquiétude alors les gagne, elles se heurtent, se pressent les unes contre les autres, incertaines du parti qu'elles doivent prendre, jusqu'à ce que la plus hardie d'entre elles se risque à passer le Rubicon : dès qu'elle l'a franchi, elle jette un càblc sur son passage, la troupe profite de ce pont improvisé pour se remettre en route.
Les Chenilles du pin font ménage commun tant qu'elles ont à se développer; lorsqu'elles sont sur le point de subir leur se-
cond changement d'état, la société tout entière se disperse à l'aventure, et la maison de famille est à jamais abandonnée.
La Livrée, ainsi désignée à cause de son vêtement chamarré de bandes bleues et jaunes, fait ordinairement élection de domicile dans nos jardins; sa mère, le Bombyx neustria, dépose ses œufs, en forme d'anneaux, sur les jeunes branches des arbres fruitiers ; ils sommeillent pendant l'hiver, mais deux belles journées de printemps suffisent pour livrer passage à des hordes voraces disposées à mettre toute végétation au pillage. Dès leur naissance, elles se filent en commun une toile au-dessus de la
Fig. 250. Flambé.
feuille qui doit leur servir de pâture ; quand elles ont fait table rase sur un point, elles passent à d'autres feuilles, dressent une nouvelle tente, exécutent successivement chaque arbre, et n'épargnent pas môme les fleurs, pour peu que les bourgeons foliacés soient en retard.
Après chaque repas, nouvelle fabrication de toiles , qui, de cette manière, s'étendent rapidement. Le jour, les Chenilles se tiennent à la surface du nid comme sur une terrasse, entassées les unes sur les autres ; la nuit, elles s'enferment dans leurs appartements; par la pluie, elles s'abritent sous les feuilles.
Leur progression s'effectue comme celle des Chenilles du pin, à la file les unes des autres, mais avec cette différence essentielle, qu'elles n'obéissent point à un chef et qu'elles se gouvernent à leur fantaisie. Lorsqu'on vient à heurter celles qui marchent en tête, elles se mettent à balancer leur tète et rebroussent chemin; les autres n'en poursuivent pas moins leur route du môme pas. Leurs sociétés durent moins longtemps que celles des Chenilles du pin; après la deuxième mue, elles s'essayent par petils groupes à l'indépendance ; bientôt elles repoussent toute ag^omération ainsi que toute discipline ; cette émancipation les conduit peu à peu à la vie d'isolement.
Dans le groupe des sociétés à vie se placent les Processionnaires^ ainsi appelées par suite de la régularité parfaite avec laquelle elles cheminent. Ces Chenilles suivent ponctuellement les évolutions de leur chef, rangées tantôt deux à deux, tantôt trois ou quatre de front, et s'avançant toutes d'un pas uniforme. Le général s'arrête-t-il, toutes aussitôt deviennent immobiles; se remet-il en marche, on coqtinue de faire route.; s'il vient à obliquer, toute sa suite s'engage dans le même détour, sans qu'aucune Chenille cherche à couper au plus court par la voie la plus directe ; leurs mouvements sont tellement précis, qu'on les croirait automatiques, et cependant il n'y a pas moins de sept à huit cents piétons dan^ une soûle nichée.
Dans la première phase de leur existence de larves, les Processionnaires n'ont pas d'habitation fixe; elles campent tour à tour sur les diverses branches du chêne qui les a vues naître, filent en commun la tente qui leur sert d'abri, et, à chaque changement de peau, déménagent pour aller se loger sur quelque autre point; mais, arrivées aux deux tiers de leur croissance, elles se cantonnent définitivement dans un domicile qu'elles gardent jusqu'à leur dernière métamorphose en Papillon. Leur nid consiste en une vaste poche, garnie de plusieurs couches de toiles souvent appliquées contrôle tronc de l'arbre; un seul trou, percé dans le haut, représente la porte d'entrée et de sortie. Elles ne prennent ordinairement l'air que le soir, au coucher du soleil; à ce moment, c'est chose curieuse que d'assister à leur défilé; voici comment il a lieu : Une Chenille ouvre la marche, les autres s'échelonnent deux par deux, trois par trois, dans un alignement si parfait, que pas une tête ne dépasse le front de bandière. Pendant ce temps, le nid continue de vomir d'interminables légions; pour que les dernières Chenilles puissent rejoindre le
corps d'armée, le chef fait une pose, les nouvelles recrues prennent rang, les bataillons se forment ; à un signal donné, toutes les troupes s'ébranlent, sans dévier de la direction qui leur est imprimée.
« C'est dans cet ordre, dit Latreille, qu'on voit souvent les Processionnaires traverser les chemins ou émigrer d'un arbre à l'autre, quand elles ne trouvent plus de quoi vivre sur celui qu'elles abandonnent. Ont-elles rencontré une branche de chêne couverte de feuilles fraîches, alors les rangs se forment autrement et se fortifient, les Chenilles se distribuent sur les feuilles et y sont si rapprochées les unes des autres, que leur corps se touche dans toute sa longueur. Ont-elles fini de ronger les nouvelles feuilles et terminé leur repas, elles regagnent le nid dans le même ordre ; une d'entre elles se met en mouvement, une seconde la suit en queue, et ainsi du reste; elles commencent à défiler si près les unes des autres, qu'il n'y a pas plus d'intervalle entre les diverses rangées qu'entre les Chenilles de chaque rang : on compte quelquefois des rangs de quinze et de vingt Chenilles. »
Les promenades nocturnes des Processionnaires ont surtout pour but d'aller en quête de vivres; pendant le jour, et principalement quand il fait très-chaud, elles se tiennent dans leur nid ; quelques-unes cependant aiment à se reposer au dehors : on les trouve alors plaquées contre le tronc des chênes, immobiles, serrées les unes contre les autres ou bien entrelacées.
Tant qu'elles sont à l'état de larves, elles ne se quittent pas, elles mangent ensemble, filent ensemble, se promènent et reposent ensemble ; elles ont tellement l'esprit de communauté, qu'elles subissent leurs mues et accomplissent toutes leurs métamorphoses sous le même toit ; ce n'est que parvenues à l'état de Papillon que cette existence une et indivisible est rompue; à peine débarrassé de son enveloppe, le nouvel afi'ranchi prend sa volée, sans plus de souci de ses camarades de chambrée.
Chacun sait que la forme de Chenille est le noviciat obligé de tout Lépidoptère. Les larves changent plusieurs fois de peau pendant cette première période. Quand elles se sont dépouillées des trois ou quatre tuniques dont elles sont doublées, elles deviennent chrysalides. Les procédés qu'elles emploient pour cette transformation sont très-variés. Les unes, comme le Ver à soie, se filent des coques soyeuses; d'autres s'en construisent uniquement avec de la terre; plusieurs y mêlent une certaine quantité
de fils de soie; un certain nombre, laissant de côté toute espèce d'enveloppes, vont cacher leurs chrysalides nues dans le creux des arbres, dans les fentes des rochers, ou les suspendent aux murailles ainsi qu'aux branches des végétaux (fig. 247).
Les Chenilles, avant de prendre le masque de chrysalides, ont à se débarrasser de leur vieux vêtement; leur peau se fend sur le dos, la larve gonfle alors la partie de son corps correspondant à cette brèche, la tunique tombe quand elle s'est tout à fait dégagée : cette opération s'accomplit en moins d'une minute.
Les chrysalides qui ne s^t pas enveloppées d'une coque s'attachent le plus souvent par leur extrémité postérieure et demeurent suspendues verticalement la tête en bas; quelquefois aussi c'est par le milieu du corps qu'elles se fixent à une branche ou à une saillie de mur formant voûte au-dessus d'elles; dans ce cas, outre le paquet de fils qui les retient par la queue, elles sont encore soutenues par une ceinture qui les prend au-dessous du corselet ; cette seconde amarre les assujettit horizontalement contre le plan auquel elles sont fixées.
Sous sa forme de chrysalide, l'insecte paraît sans vie; aucune apparence d'organes libres, nul mouvement, à peine quelques signes de sensibilité : tout en lui semble inerte; ses parties cependant s'élaborent et se fortifient pendant le sommeil qui le prépare à son complet développement; il se nourrit aux dépens du tissu graisseux dont la Chenille était largement pourvue dans ce but providentiel. Tout son être subit une modification profonde ; les organes qui ne doivent plus servir disparaissent comme une ébauche, et sont remplacés par d'autres organes plus en rapport avec un nouveau genre de vie plus simple; lorsque toutes ces évolutions sont achevées, le moment suprême de la liberté est venu : le Papillon brise ses entraves, déploie ses ailes, les sèche rapidement au soleil et s'envole : sous la brillante parure de cet être aérien, comment deviner qu'il a passé, par le corps d'une Chenille rampante (fig. 248, 249 et 250), sa première étape dans la vie?