L'ÉCUREUIL
-BufTon, séduit sans doute par la gentillesse et l'élégance de rÉcureuil {Sciimtë vulgaris)^ s'est empressé de lui délivrer un certificat d'innocence et de plaider sa cause auprès des chasseurs. Les forestiers et les propriétaires de bois, moins épris de la forme, ne sont pas aussi indulgents à son égard; ils voient en lui un hôte incommode, difiicile à saisir, qui ne se borne pas à fah'e provision de glands, de faînes, de châtaignes pour la morte saison, mais qui coupe les bourgeons des arbres verts, et compromet les jeunes pousses, sans autre but que de satisfaire de purs caprices; ses dégâts, dans les cantonnements oii il abonde, sont assez considérables pour qu'on l'ait plusieurs fois décrété de prise de corps ; dans la forêt de Compiègne, entre autres, on a dû recourir, en certaines années, à cette mesure suprême pour arrêter le cours de ses dévastations.
A part son crime de lèse-végétation, l'Écureuil est un charmant petit animal. Le roux ardent de son pelage, sur toutes les parties supérieures de son corps, forme un piquant contraste avec le blanc pur de la région abdominale. Tout en lui est gracieux. Son corps, svelte et nerveux, se pare d'une queue bien fournie qu'il relève en panache, au-dessus de sa tête; ses oreilles, bien plantées, se terminent par un pinceau de poils; ses yeux, trèsouverts, sont pleins de vivacité ; toute sa physionomie, en un mot, respire la gaieté, la pétulance et la malice.
Aucun Rongeur ne l'égale en souplesse et en agilité. Ses mem-
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bres postérieurs, plus longs que ceux de devant, et les ongles crochus dont ils sont armés, le rendent merveilleusement propre aux escalades. Il grimpe aux arbres avec une adresse et une légèreté surprenantes; d'un bond, il s'accroche au tronc, gagne, en un clin d'œil, les premières branches, et vole, plutôt qu'il ne saute, de rameaux en rameaux; à peine l'aperçoit -on, qu'il a déjà atteint la cime ; il s'échappe comme un trait : on dirait une apparition.
Sa vie est beaucoup plus aérienne que terrestre, il la passe presque entièrement sur les arbres ; parmi les plus élevés, il en choisit un dont il fait son principal domicile; c'est son domaine princier, il n'y souffre pas d'empiétement, en chasse tout com-
Fig. 29. Ecureuils des Pyrénées.
pétiteur, y construit son nid, y élève sa famille, et n'en descend que pour se jouer sur les pelouses et ramasser les noisettes et les graines dont se compose sa nourriture.
Sans être sauvage ni farouche, il fuit le voisinage de l'homme, se montre rarement dans les plaines ou autres lieux découverts,, se tient habituellement dans les bois, affectionne de préférence la haute futaie et ne fait que traverser les taillis^ sans y séjourner jamais. Sa demeure n'est pas une simple tente de voyage; il s'y établit solidement et pour un long bail; il la place toujours & la rencontre de plusieurs branches, et la bAtit avec des bûchettes et de la mousse, si artisten^nt entrelacés, qu'eUes semblent faire corps avec l'arbre lui-même. Cette bauge présente la