LE SANGLIER
ils s'enfoncent au cœur des forêts et y vivent de Lombrics et de racines.
Les Sangliers se guident surtout par les sens de Touîe et de Todorat qu'ils ont excellents; ils éventent de loin les bêtes carnassières, les Chiens et le chasseur : aussi ne peut-on les surprendre qu'en se plaçant sous le vent.
Fig. 43. Sanglier. ,^
Ils se plaisent dans les endroits humides, parce qu'ils peuvent y fouiller plus aisément, et aussi parce que leur tempérament irritable a un besoin continuel de fraîcheur; c'est pour cette raison qu'ils se vautrent si souvent dans la fange, mais ils n'en gardent pas longtemps les empreintes : à la première mare qu'ils rencontrent, ils se lavent à fond et ne rentrent jamais à leur bauge que dans un état de propreté parfaite.
Les petits naissent au mois de mai ou juin; la gestation dure quatre mois; les femelles qui sont jeunes mettent bas trois ou quatre petits; les vieilles Laies en produisent de huit à dix : la fécondité, chez ces animaux, étant toujours le privilège des bète» qui comptent un certain nombre d'années.
La maternité développe chez la Laie des qualités que le caractère farouche du mâle ne ferait pas soupçonner dans la race. Non-seulement elle allaite ses petits pendant quatre grands mois, mais elle leur continue sa sollicitude et ses soins longtemps encore après qu'ils sont sevrés. Leur éducation est sa grande affaire ; elle lôur apprend à chercher leur nourriture, veille sans cesse sur eux* et les défend, au péril de sa vie, contre les attaques du Loup, avec une énergie qui tient de la fureur. Tout entière à son dévouement maternel, elle le leur prodigue pendant plusieurs années. Les Marcassins, en effet, restent en famille au moins pendant deux ans, et il n'est pas rare que la mère soit suiviç de trois portées : toutes vivent, pêle-mêle, en parfaite intelligence. Chose plus étrange: ^core, oa voit sduvent plusieurs femelles se réunir aveoieuifs lignlé(BSîresp«6<[ivefei,\ former ainsi une troupe nombreuse^ijMcofifcMt^'en e(Hnaxu!D^ide;s ressources de la forêt et se pro|égâi^.mutueilllement(«ilntre<'Fennemi. Dans leur admirable instinct d^associatioiiÉ, elles^éavent combiner la défense d'après le pérBiqiii(;les meuBce;* les plus àgéôs de là ti*oupe se rangent en cercle^ jti^oeintJe^ Marfeiassûifi au œntre.et attendent le Lou|> de pied fernfie;' prêtes a leirècevoir à coups de; boutoir. Etce ne sont pas seutenisntlesiinènesquiyenieni'au'saiutdeleur espèce, la Liaië a si lueiiFintelligenceide lddèfehjSèiBatudle,que, au moindre appela! diacùn est aebsuréidû éoncours d'uni voisin. Notre Cochon^ tdomeatiqiié lui-même, tout dégénéré qu^il sdit dans son instinct, par suite de rabt-utissément stomachique auquel nous l'avons réduit, a' gardé souvenance de cette fraternité primitive; aussitôt qu'un des siens réclame assistance, il accourt généreusement; les pâtres n'emploient pas d'autre stratagème pour rallier leur troupeau épars dans les bois ; ils font crier une de ces bêtes en lui tirant l'oreille : toutes, aussitôt, de venir à la rescousse, quand bien même elles seraient séparées les unes des autres par une grande distance.
Les vieux mAles, en raison de leurs habitudes d'ermites, portent le nom de solitaires; on dit qu'ils sont mirés lorsque Tâge, recourbant leurs défenses inférieures, en a émoussé le tranchant. Les petits, jusqu'à six mois, s'appellent Marcassins; ils
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sont, d'abord, rayés de bandes jaûnAlres sur le corps ; entre un et deux ans, on les désigne sous le nom de bêtes de compckffnie; après deux ans, ils sont ragoU; à trois ans, ils sont à leur iitrs an^ et quarianiers à la quatrième année.
La chasse du Sanglier est une des plus fécondes en péripétie» émouvantes, les chasseurs y courent parfois un véritable danger ; quant aux Chiens, il est rare qu'avant de succomber le Sanglier n'en tue plusieurs et n'en blesse un plus grand nombre. Quoique trè&-pacifique de son naturel, il a toute l'énergie du désespoir quand il y va de sa vie. Les jeunes, peu chargés de graisse, cèdent promptement A la peur que leur causent le son des trompes et l'aboiemeiit des Chiens ; ils fuient droit devant eux, et souvent à des distances considérables : aussi les vrais amateurs préfèrent-ils avoir affaire à un vieux Sanglier. Celui-ci, confiant dans sa force et dans son expérience, s'effraye peu da bruit lointain qui parvient jusqu'à lui ; quand il entend distinctement le hennissement des chevaux, les cris des piqueurs et les clameurs de la meute, il part, mais sans précipiter le pas ; ce n'est que lorsque les Chiens rapprochent et que le bruit du cor retentit d'une manière formidable à ses oreilles, qu'il prend alors son parti, et pique droit devant lui sans se détourner de
chasseur, il iverse ou le ip0 : la bète \ë train. Ses 3 cas difficiles, elles dévorent l'espace; l'âge cependant' lai fait perdre de sa vigueur; quand elle a notablement faibli, la meute est bientôt sur sa trace; au besoin, des relais habilement disposés lancent à sa poursuite des Limiers qui n'ont pas encore donné. Contre tant d'ennemis, comment résister ? Le Sanglier, sentant ses forces baisser, gagne son fort et s'y retranche comme dans un dernier asile; la meute ardente s'élance après lui; le drame commence, c'est un assaut en règle. Le Sanglier, acculé contre un arbre, le poil hérissé, l'œil en feu, la gueule écumante, fait tète aux Chiens; tout un cercle d'ennemis acharnés l'enveloppe de cris retentissants; la confusion est à son comble; l'animal, soyezen sûr, vendra chèrement sa vie. Malheur aux téméraires qui le harcèlent de trop près I un coup de boutoir les éventre et les lance en l'air tout sanglants. Autant d'assaillants, autant de victimes; déjà les meilleurs Chiens gisent à terre en piteux état, les
entrailles sorties; les autres, terriQés mais furieux, osent à peine avancer; toute la meute y passerait, si un MAtin, plus expérimenté ou plus intrépide, ne saisissait enfin le moment favorable pour bondir sur le Sanglier à demi étourdi et le saisir par l'oreille, son point vulnérable : Tayaut le tient, il ne le lâchera plus. Ce coup d'audace décide du sort du farouche animal. A peine est- il coiffé^ qu'à l'instant toute sa fureur et sa force tombent comme par enchantement; il n'oppose plus qu'une résistance stérile à la rage de ses ennemis ; la meute entière fond sur lui et le déchire à pleines morsures ; la lutte désormais est terminée : le couteau du chasseur ou sa balle meurtrière met fin à cette cruelle agonie; les piqueurs n'ont plus qu'à sonner le hallali du vieux solitaire. -
Du Sanglier dérivent toutes nos variétés de Cochons domestiques. Certaines races, par suite des transformations succes-
Fig. 44. Porc.
sives dont elles ont été l'objet, laissent à peine deviner -aujourd'hui le type primitif; tète, cou et pattes ont été réduits chez elles à leur plus simple expression, et, quand elles ont été bien préparées pour l'abattoir, elles ne présentent plus que l'aspect d'un cylindre de graisse; les fines races anglaises se prêtent par excellence à ces engraissements précoces (fig. 44).
Il semble que tout ait été dit sur ce fler et valeureux animal. Job, d'un pinceau vigoureux, a peint ses belliqueux emportements : a Ses naseaux, dit-il, soufflent la terreur et son pied creuse la terre. Il s'élance et se précipite avec audace au-devant de l'ennemi ; il méprise la crainte et ne recule pas en face de l'épée ; sur son dos retentit le carquois ; la lance et le bouclier s'agitent. Dans son ardeur frémissante, il déchire le sol; aux accents du clairon, il s'exalte, et dès que là trompette se fait entendre, il dit : Allons ! 11 s'enivre du bruit lointain de la bataille, de la voix impérieuse des chefs et des clameurs confuses de l'armée. » Homère et Virgile, dans leurs vers immortels, ont aussi chanté le Cheval; à leur tour, Bossuet et BuiTon ont célébré son intrépidité, sa force et son ardeur qu'il sait, avec obéissance, plier à ja volonté de celui qui lui commande; mais la plupart des écrivains n'ont vu que les qualités du Cheval dompté, discipliné; le noble animal cependant mérite aussi d'être connu dans son état de nature.
Nul ne l'emporte sur le Cheval pour l'élégance et la beauté des formes. Sa tête, quoique longue, lui donne un air de distinction que relève sa magnifique encolure; ses yeux bien ouverts sont tantôt pleins de douceur, tantôt brillent du feu qui Tanime; ses oreilles, bien plantées et très-mobiles, perçoivent facilement les sons, grâce à leur disposition en cornet; une belle crinière ajoute à son maintien gracieux et imposant; toutes ses parties sont d'une harmonie parfaite, et il n'est pas jusqu'à sa longue queue traînante, garnie de crins flexibles, qui ne concoure à l'embellir : dans l'Étalon, les formes sont largement accusées et empreintes de vigueur ; chez la Jument, elles s'adoucissent et font deviner plus de souplesse et de moelleux dans le tempérament.
Propre à plus d'un service, le Cheval, entre les mains de l'homme, devient le compagnon de ses travaux et un moyen de communication rapide; il partage avec lui les fatigues de la guerre et le péril des combats; il le sert avec le même zèle dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, et se moule, en quelque sorte, sur ses qualités et ses défauts : le traite-t-on
avec intelligence et bonté, il garde tous les avantages de sa riche nature, se montre d'une docilité extrême et rend dévouement pour affection; mais s'il tombe sous les coups de gens grossiers et brutaux, il perd peu à peu sa distinction, prend des allures vulgaires, et finit quelquefois par devenir méchant.
Ses mœurs sont généralement pacifiques. Quoique bien doué du côté de la force, il n'attaque jamais les autres animaux, et se montre éminemment enjoué et sociable. Il aime à se trouver avec ceux de son espèce, vit en paix avec eux dans les mêmes p&turages, se mêle à leurs jeux, provoque, excite leurs ébats, lutte avec eux de vitesse dans la course, d'agilité dans le saut, et ne voit dans leurs exercices mutuels qu'un motif d'émulation, sans le moindre accès de jalousie ou d'envie. L'homme a su habilement tirer parti de ces heureuses dispositions pour lui communiquer ses goûts de luxe et de plaisir; il en fait, à volonté, uli Cheval carrossier, un Cheval de chasse ou de course (fig. 45), et, chose plus étonnante encore, il lui soufOe les passions qui l'agitent, et l'associe à ses luttes d'amour-propre : les lices dans lesquelles le Cheval est engagé, soit libre de toute entrave, comme aux courses du Corso & Rome, soit monté par un cavalier, comme dans nos hippodromes, attestent avec quelle émulation généreuse il dispute & des rivaux les honneurs du triomphe.
C'est qu'en efTet le Cheval est admirablement servi par d'excellents organes et par un instinct supérieur qui se rapproche souvent de l'intelligence.
Sa vue est bonne, non-seulement de jour, mais encore pendant la nuit où il distingue les objets bien mieux que nous; il les voit de très-loin, même en pâturant. '
Il a l'odorat exquis ; il sent l'approche de l'homme à lointaine distance, devine le voisinage de l'eau, et signale Ba présence souterraine en grattant le sol de son pied, comme s'il avait le don de découvrir les sources.
La faculté olfactive est plus prononcée chez lui que chez beaucoup d'autres animaux : aussi se montre-t-il délicat sur le. choix de sa nourriture et encore plus sur la qualité de l'eau. Il ne se contente pas de la première herbe venue, il la trie avec soin, et n'est nullement insensible à des grains bien épurés; quand il boit, il enfonce profondément sa bouche et ses naseaux dans l'eau, et avale abondanunent le liquide par un simple mouvement de déglutition. Ce qu'il pr^d de solide, il le mange à petites
bouchéeSi ayec une espèce de modération, mais en y revenant souvent ; il boit, au contraire, avec avidité et d'une seule haleine.
La voix du Cheval, désignée sous le nom de hennissement, consiste en une série de sons saccadés, passant graduellement de l'aigu au grave avec éclat. Ce hennissement, d'après la remarque de Scheitlin, se module sur les sensations de l'animal et ses passions; on y distingue quatre tons bien accusés. Dans l'allégresse, les sons montent à une octave de plus en plus forte et aiguô; le cri de colère est bref, aigu, entrecoupé : le Cheval
Fig. 4S. Cbtval de course.
montre, en même temps, les dents et cherche à mordre ; quand la peur le prend, sa voix est courte et rauque; sous l'impression de la douleur, les sons, graves et sourds, suivent les mouvements dé la respiration.
Tout n'est pas absolument matériel dans le Cheval; il a de la mémoire; il a la notion du temps, de l'espace, de la lumière, des couleurs ; il a souvenance de son logis, de sa famille, de ses compagnons et des autres animaux, ses voisins; il se souvient de ses amis et n'oublie pas non plus ses ennemis : aussi ses fa
cultes intellectuelles, sa douceur, sa bonté et sa docilité le rendent-elles capable d'une certaine éducation.
Sa mémoire est excellente, qui en doute? Il se rappelle parfaitement les endroits par lesquels il a passé; il n'a pas besoin de guide pour reconnaître le chemin qu'il a déjà parcouru, ne fût-ce qu'une seule fois; son cavalier peut dormir en toute sécurité sur son dos et lui laisser le soin de retrouver lui-môme sa route, il ne se trompera pas. A-t-il été hébergé quelque part, le toit hospitalier reste gravé dans sa tête; même après plusieurs mois d'absence, il saura le discerner, du premier coup, sans la moindre hésitation; il saluera d'un joyeux hennissement l'auberge où il a reçu, à la passade, un picotin d'avoine, et s'arrêtera instinctivement à sa porte, en signe de gratitude ou dans l'espoir d'une seconde aubaine; si son cavalier passe outre, il comprend qu'on n'a pas l'intention de faire halte; il ne s'arrêtera pas, soyez-en sûr, à moins qu'on ne le lui ordonne, devant l'auberge où il n*est jamais entré.
Rien qu'à l'allure de celui qui l'enfourche, il devine que ce n'est pas son maître accoulumé qui va le monter; il reconnaît son palefrenier à la simple voix, comprend ses paroles et lui obéit; il le suit comme ferait un Chien, sort, à son commandement, de l'écurie, vient au dehors se faire harnacher et atteler, et rentre à son gîte au moindre signe de son gardien.
Son maître, quand il en est bien traité, est de sa part l'objet d'une préférence marquée; il s'altache à lui, s'accommode à ses jeux, à ses caprices, le caresse de sa langue, le reconnaît, même après une longue absence, court à sa rencontre en hennissant, et lui témoigne sa joie par mille tendresses. De combien de dévouements le Cheval de guerre n'a-t-il pas fait preuve pour tirer son cavalier d'embarras? Au fort du combat, il s'enflamme du même feu que lui, devine sa position critique et s'y associe; qu'un accident renverse le soldat à terre, il fait tout pour l'aider à se relever; si le coup lui a été fatal, il s'approche de son cadavre, le cou allongé et l'air morne, et pleure d'un dernier regard l'ami qu'il vient de perdre.
Mais si le Cheval a la mémoire du cœur, il a aussi le ressentiment des injustices qu'on lui a faites : elles éveillent parfois chez lui de terribles accès de vengeance. On a vu des Chevaux, inhumainement traités, attendre longtemps l'occasion de prendre leur revanche, la saisir inopinément, acculer le coupable dans un coin, le déchirer par de cruelles morsures, et chercher à
LE CHEVAL. 14a
le tuer par des ruades multipliées. En général cependant, le Cheval n'est pas vindicatif; un bon traitement, une caresse, une parole d'encouragement suffît pour lui faire bien vite oublier la correctioA qu'on lui a infligée. C'est aussi cette bonté naturelle, et sa douceur accoutumée, jointes & un instinct très-développé, qui le rendent capable d'une certaine éducation intellectuelle : les différents exercices auxquels on le soumet chaque jour dans les cirques le prouvent surabondamment. « Le Cheval, dit Scbeitlin, devine des énigmes, répond à des questions par des signes de tète affirmatib ou négatifs; il indique l'heure en frappant du pied; il bat la mesure, danse en cadehce au son de la musique, comprend les diverses significations qu'exprime le jeu du fouet, obéit à la parole, feint la maladie, écarte les jambes, laisse pendre nonchalamment sa tête, se laisse tomber lourdement à terre et fait le mort; dans cet état simulé, il souffre qu'on s'asseie sur son coi*ps, qu'on distende ses membres volontairement contractés, qu'on lui tire la queue, qu'on lui mette les doigts dans les naseaux qu'il a si sensibles ; immobile, il gît comme frappé d'inertie; puis, tout à coup, à un nouveau commandement, il se relève, reprend son allure habituelle, marche, trotte, galope, saute et bondit, avec une obéissance presque raisonnée, transformé soudain en un animal plein de vie. »
Malgré son intrépidité au milieu d'un engagement, le Cheval n'a pas, comme certains auteurs le prétendent, l'humeur si naturellement guerrière, qu'il appelle d'instinct le fracas de la bataille; loin de là, le premier coup de canon le fait trembler de tous ses membres ; il faut même qu'il soit accoutumé, de longue main, & l'explosion des armes à feu, pour ne pas être bouleversé à ce bruit, pour ne pas s'agiter et se cabrer d'une façon désordonnée; mais une fois qu'il y est habitué, il ne s'en inquiète plus; impassible et discipliné, il garde stoïquement sa place dans les rangs, en attendant Tordre de charger.
Néanmoins, il faut bien l'avouer, ce brave, en dehors des luttes sanglantes, n'est pas insensible- à la peur. A l'aspect d'un objet inconnu, il dresse l'oreille, regarde et s'arrête ; l'orage, les éclairs, le tonnerre, le troublent profondément et le font suer de crainte ; dans les passages dangereux des montagnes, il n'est pas rare de voir le Cheval trembler de frayeur, de manière à perdre la sûreté de son pied qu'il a si bon en plaine.
Les courses, celles surtout à fond de train, semblent lui causer un véritable plaisir; au moindre prétexte, il s'y livre avec pas-
sion. Dans les steppes du Nord, les Chevaux courent d'eux-mêmes pendant une journée entière, s'éloignant à de grandes distances de leur point de départ, assurés qu'ils sont de retrouver, au retour, leur chemin; jusque dans nos prairies, si étroites et si bornées, qui ne les a vus souvent folâtrer, caracoler entre eux, engager des joutes de vitesse, s'approcher, se fuir, se croiser et s'élancer d'une môme impulsion en cherchant à se dépasser mutuellement (fig. 46). A toute espèce de bien-être, le Cheval préfère l'exercice au grand air : c'est son élément; sa robuste constitution résiste fort bien aux intempéries, au froid, au chaud, au vent, à la pluie; plus il s y donne de mouvements, plus il semble jouir de son indépendance momentanée.
Celte liberté de nature, Ta-t-il connue primitivement? La question est encore controversée et restera probablement toujours insoluble. Les uns croient que le type primitif existe encore dans les grands déserts de Tintérieur de l'Asie; d'autres ne voient dans les troupes sauvages de ces contrées que les générations successives de Chevaux originairement domestiqués, et qui, abandonnés un jour à eux-mêmes, se sont faits à la vie de nature, de même que les Chevaux libres des Pampas de l'Amérique qui y étaient absolument inconnus avant l'apparition des Espagnols dans le Nouveau-Monde. Quoi qu'il en soit, la race sauvage, si jamais elle s'est produite autrefois sous cet état, remonte à une époque si reculée, qu'on ne peut lui assigner de date précise; rien ne s'oppose à ce qu'on regarde le Cheval comme une espèce de tout temps sujette, ainsi que d'autres animaux dont l'homme ne pouvait presque se passer. Suivant les contrées où on les rencontre de nos jours à l'état sauvage, les Chevaux vivent par petits groupes d'une vingtaine d'individus, comprenant un seul mâle avec ses femelles et leurs poulains ; tels sont les Tarpons de la Tarlarie, pays où ces animaux n'ont que fort peu d'ennemis à craindre; en Amérique, au contraire, où les grands carnassiers abondent, les agglomérations de Chevaux devaient être nécessairement plus considérables; les Chevaux s'y réunissent par troupes de plusieurs milliers : contre Ja force et la cruauté des bêtes redoutables, le grand nombre^était un des principaux moyens de salut.
La vie des Chevaux sauvages est partout la même : ils errent^ l'aventure au milieu d'immenses pâturages ; chaque bande occupe un district dont l'étendue est calculée sur ses besoins, et le défend, à titre de premier occupant, contre les empiète-
ments des hordes étrangères ; en cas de disette, on se met en route sous la direction de vieux chefs éprouvés que précèdent toujours des éclaireurs; tous, échelonnés par pelotons, marchent en colonnes serrées. L'avant-garde signale-t-elle une autre caravane, les mâles, placés en tête, se détachent du corps d'armée, et s'en vont reconnaître les émigrants de l'œil et de l'odorat; à un signal donné, la colonne entière charge l'ennemi ou bien se détourne prudemment de sa route pour lui laisser le passage libre : chemin faisant, lorsque, par hasard, il se trouve dans le voisinage quelques Chevaux privés, les nomades ne manquent jamais de les convier, par des hennissements répétés, à déserter; cet appel provocateur est bien souvent entendu.
La longue domesticité du Cheval ne permet guère de déterminer le berceau originel de la race. Le Pentateuque fait mention des Chevaux d'Egypte; mais, dans ce temps- là, n'en existait-il pas d'autres ailleurs? Nul ne saurait le dire. Depuis bien des siècles, les Arabes ont tiré leurs Chevaux d'Egypte, de Perse et de la Cappadoce; d'où ces derniers pays les avaientils eux-mêmes empruntés? on l'ignore. En Europe, l'origine de la domesticité du Cheval n'est pas plus connue; d'après Homère, Priam possédait un grand nombre de haras ; les Scythes, quand ils firent irruption en Thrace, étaient montés sur des Chevaux ; partout, incertitude complète sur le point de départ de la race; ce que l'on sait fort bien, c'est que les Espagnols l'ont introduite au Mexique dans le seizième siècle; longtemps auparavant, la France, l'Italie, l'Angleterre et l'Allemagne possédaient des Chevaux, et, bien certainement, avant tous ces pays, les déserts de l'Ukraine en étaient également peuplés : à travers toutes les suppositions, il est hors de doute que c'est de l'époque des Croisades que date, en Europe, l'introduction du Cheval arabe, type parfait, qui a conservé même de nos jours sa supériorité sur toutes nos races, grâce à un climat privilégié et aux soins éclai rés qu'il a toujours reçus.
La jument porte un an, et ne met bas qu'un seul poulain à la fois. Celui-ci vient au jour couvert de poils, dont la couleur est extrêmement variable : autant de pays, autant, pour ainsi dire, de robes différentes. Dès sa naissance, le jeune animal se soutient sur ses longues jambes grêles ; il tète pendant longtemps, mais peut être sevré sans inconvénient à six mois ; de bons pâturages, plutôt secs qu'humides; l'exercice à l'air libre, de jour comme de nuit, pendant la belle saison, avec un simple hangar au mi-
lieu des champs pour servir de refuge dans les plus mauvais temps; à Técurie, un logis bien aéré et tenu avec une grande propreté; de bon foin, de l'avoine presque à discrétion; des pansements réguliers, contribuent singulièrement à donner au poulain un tempérament vigoureux et à hâter sa croissance. Il a acquis tout son développement entre quatre et cinq ans et peut déjà fournir quelque travail avant cet âge. On sait que le Cheval dort fort peu, rarement plus de trois ou quatre heures dans l'espace de vingt-quatre heures, et encore à plusieurs reprises ; quelques Chevaux dorment debout, mais le plus grand nombre se couchait aussi pendant quelque temps; après un premier somme, ils se relèvent pour manger ; s'ils sont fatigués, ils se couchent une seconde fois.
L'âge, chez le Cheval, se détermine surtout par l'examen des dents. Vers le dixième jour de sa naissance, le poulain montre, sur le milieu de chaque mâchoire, deux dents appelées pinces; à trois mois et demi ou quatre mois, deux autres dents apparaissent immédiatement à côté des premières : ce sont les mitoyennes; de six à sept mois, quelquefois à huit seulement, les deux dernières, désignées sous le nom de coins, viennent prendre place à la suite des autres : toutes ne sont encore que des dents de lait. De treize à seize mois, la cavité de la table disparaît sur les pinces, en d'autres termes, ces dents -là rasent; de seize à vingt mois, les mitoyennes rasent à leur tour; la même modification se produit sur les coins entre vingt et vingt-quatre mois. De deux ans et demi à trois ans, les pinces de lait disparaissent pour faire place à deux dents d'adulte bien plus larges de trois ans et demi à quatre, les mitoyennes subissent une évolution semblable; de quatre ans et demi enfin à cinq ans, les coins de lait tombent et sont remplacés par des coins d'adulte. A cet âge, les dents de la mâchoire inférieure rasent, c'est-à-dire que leur cavité commence à s'effacer ; les pinces sont les premières à subir ce changement vers cinq ou six ans; de six à sept ans, vient le tour des mitoyennes, puis celui des coins entre huit et neuf ans. De huit à neuf ans, la cavité des pinces disparait complètement; de neuf à dix ans, celle des mitoyennes n'existe plus ; de onze à douze ans, la cavité des coins est entièrement détruite; passé douze ans, on n'a plus que des données approximatives que fournit la forme des dents : on dit alors que l'animal est hors d'âge, qu'il ne marqua plus. La vie du Cheval ne va guère au delà de trente ans de services
plus ou moins utiles; après avoir passé de rextrème opulence & rextrème humilité, il va souvent finir chez réquarrisseur, quand ses jours ne sont pas prématurément tranchés par un accident ou par la maladie :
SuDt lacrims rerum et mentem mortalia tangunt.
(Virgile.)
L'ANE (Equus as%nwi).
S'il est un animal que la servitude ait dégradé, et qui ait à se plaindre de Thomme, c'est l'Ane assurément. A part deux ou trois peuples chez lesquels il est apprécié comme il le mérite, et qui lui prodiguent des soins intelligents, partout ailleurs, mal nourri, mal logé, écrasé de travail, et trop souvent roué de coups, il n'obtient, en échange de ses nombreux services, qu'ingratitude et que mépris : sans le robuste tempérament et le riche fonds de qualités qu'il possède, le pauvre souffre-douleur aurait depuis longtemps succombé à tant de misères; par bonheur, son énergie et son courage l'ont fait résister à sa mauvaise fortune.
Nul ne peut lui disputer ses quartiers de noblesse; à cet égard, il marche de pair avec le Cheval, si môme il n'a sur lui le pas , il servait déjà de monture aux patriarches dans les premiers âges du monde; les anciens rois l'employaient à leur usage personnel, et ils en élevaient des troupeaux considérables dans leurs domaines privés. D'autres titres plus importants le recommandent à notre indifférence. Où trouver un serviteur plus sobre, moins dispendieux, plus tenace au travail, d'un caractère plus patient et plus accommodant? Il coûte peu d'achat et moins encore d'entretien ; tandis que le Cheval, le Bœuf, le Mouton, gens de bouche délicate, exigent des fourrages de bonne qualité, foin, trèfle et luzerne, l'Ane se contente de leurs rebuts; les mauvaises herbes des champs, les plantes les plus grossière» lui suffisent; il mange avec plaisir la paille, et les chardons, malgré leurs aspérités, sont pour lui un régal dans un jour de festin.
Ses fonctions sont aussi variées que l'industrie des petits cul-tivateurs, auprès desquels il représente un gros capital. Ici, on l'attelle à la charrue, seul si le terrain est léger; ou bien, s'il est
dur, en compagnie d'un cheval ou d'une vache, auxquels il apporte le concours de sa bonne volonté et de sa bonne humeur; là il traîne de modesles véhicules; ailleurs il charrie la vendange, et, pour peu que le quartier de vigne soit éloigné du village, il y porte son maître avec les instruments du travail, et le ramène encore sur son dos, le soir, au logis. Sa vie agricole n'est qu'une longue série d'épreuves et de privations. D'abris en plein air, il n'en connaît guère; ses repas champêtres, il les prend où il peut, tantôt îe long des chemins, tantôt sur le bord des fossés, heureux quand, par surcroît, il trouve Tombre d'un arbre pour le défendre contre un soleil dévorant. Sa résignation, du reste, fait face à toutes les intempéries; si on l'oublie des heures entières, à la bise, au froid, à la pluie, il en prend philosophiquement son parti, attend patiemment qu'on vienne le relever de sa longue faction, ne se dépite pas et ne se plaint
jamais.
Comme monture, il n'est pas sans mérite; c'est le coursier favori des jeunes filles, de l'enfance et de la vieillesse; il peut recevoir indifféremment le bat ou la selle; il marche, il trotte, il galope et même d'une certaine vitesse, sans courir cependan à fond de train, ni bien longtemps; môme sous une impulsion forcée, il ne fournit qu'une petite carrière, revient bientôt à son allure paisible et à ses mouvements plutôt empreints de molle nonchalance que de résolution et d'activité.
Mais c'est surtout comme bête de somme que l'Ane a son prix, il est né portefaix. De tous les animaux qui nous sont assujettis, c'est celui qui, relativement à son volume, supporte le fardeau le plus lourd lorsqu'on a soin de le charger sur la croupe et non sur le dos. Son pied est très-sûr ; dans les pays de montagne, d'un accès difficile, ou dans les sentiers rudes et pierreux, il rend les mêmes services que la Mule et le Mulet, contourne les endroits difficiles par un crochet habilement calculé, ne s'effraye nullement des précipices, et, tôt ou tard, cahin-caha, arrive sain et sauf, et sans se presser, à son but. Longtemps il a eu le privilège presque exclusif de conduire le blé au moulin, de porter au marché le lait, les fruits et les légumes, et d'alimenter les usines de plâtre, de minerai et de combustible.
Cette corvée, grâce aux moyens de transport si perfectionnés qu'on possède aujourd'hui, lui est maintenant à peu près épargnée; les progi-ès de l'industrie risqueraient même de le destituer de son rôle d'auxiliaire modeste de l'agriculture, si le
morcellement incessant de la propriété ne le rendait presque indispensable pour une foule de petits emplois; du reste, sa frugalité, l'humble couchette qu'il partage, dans un coin de l'étable, avec la vache ou la chèvre du prolétaire, le peu de dépense qu'entraînent sa nourriture et son harnachement, militeront longtemps en sa faveur auprès des petits ménages, accoutumés de longue main à ses excellents services : n'est-il pas souvent toute la richesse du pauvre ?
Malgré l'autorité de Buffon, auquel il faut savoir gré d'avoir essayé, tout grand seigneur qu'il était, de réhabiliter cet humble animal, si injustement dénigré, l'Ane ne saurait aspirer au second rang après le Cheval ; le Chien, à notre avis, en est plus digne. Maître Aliboron n'a ni la beauté ni la distinction que lui prête le grand naturaliste, loin de là ; ses formes sont totalement dépourvues de grâce et d'élégance; sa grosse tête ne gagne rien à être coiffée de si longues oreilles; sa voix n'est pas précisément harmonieuse ; sa crinière est raide et étriquée ; sa queue, enfin, n'a pour tout ornement qu'un bouquet de poils qui n'en dissi- ' mule pas la maigreur. Toutefois c'est bien à tort qu'on regarde Texcellente bête comme un type de balourdise et de stupidité ; elle ne manque pas d'une certaine intelligence et on la surprend quelquefois en veine d'espiègleries et même de malices qui, bien entendu, ne vont jamais jusqu'à la méchanceté : elles se bornent tout au plus à verser, de temps à autre, l'apprenti cavalier, et à lui faire continuer à pied la course qu'il se proposait de faire plus commodément.
Dans le premier âge, sa gaieté et sa gentillesse font plaisir à voir; tous ses mouvements sont aisés, et il folâtre agréablement; mais s'il perd si vite son aspect aU( gre et naïf, à qui la faute? Sans aucun doute, aux rustres qui le malmènent sans raison, et qui finissent par lui donner des défauts qu'il ne tient pas de sa race, et qu'il n'aurait certainement pas avec une meilleure éducation. Quelle bonne nature que la sienne, quand on n'a pas abruti ses instincts ! Quelle patience et quelle longanimité dans les mauvais traitements qu'on lui inflige à tort et à travers I Que n'enduret-il pas avant de se venger, par une ruade ou un coup de dents, du malotru qui l'excède et qui le pousse à bout à force de brutalités ! La plupart du temps, son mécontentement se traduit par une simple grimace narquoise; ses ennuis trop prolongés, il les exprime par une série de cris heurtés, passant brusquement du grave à l'aigu et de l'aigu au grave; en d'autres termes, il brait
d'une manière formidable, et ne manque jamais de faire résonner sa voix discordante lorsque la faim le presse, que la passion Tagite, et qu'il rencontre un de ses semblables. Sans fiel et sans rancune, il n'en veut pas à ses bourreaux; il baisse humblement la tête et les oreilles sous les coups qui Tassomment ; le charget-on outre mesure, son bât le blesse-t-il, il se couche et refuse net de marcher : après tout, n'est-ce pas son droit? Nous nous plaignons alors de son entêtement, comme si, nous autres, nous étions parfaits; ne ferions-nous pas pis à sa place? Cette résistance passive et légitime constitue son plus grand tort, si tort il y a, car peut-on sérieusement lui faire un crime du bon tour qu'il joue à ses despotes en se roulant, les quatre fers en l'air, dès qu'il en trouve l'occasion, au risque d'envoyer sa charge à vau-l'eau ? Notez, comme circonstance atténuante, que jamais il ne se vautre dans la boue ; c'est toujours sur les pelouses, dans la poussière ou sur les chardons qu'il se livre à ces ébats : ne semble-t-il pas, par cet innocent badinage, faire honte de l'incurie à laquelle on l'abandonne ? S'il se renverse, sens dessus dessous, avec tant de volupté, n'est-ce pas pour remplacer, à sa ' façon, l'étrille dont il connaît si peu les frictions bienfaisantes? L'Ane est la franchise même, son caractère ignore la dissimulation; il exprime sa joie par un rire auquel on ne peut se méprendre, en retirant ses lèvres d'une étrange manière, et en montrant au grand jour toute l'armature de ses larges mâchoires. Il sait parfaitement reconnaître son maître à travers la foule ; il le sent de loin, et, quand il le voit venir, il lui souhaite la bienvenue par un regard affectueux, et en lui tendant sa bonne grosse tête, toute pleine de bonhomie. De même que le Cheval, il a la mémoire des lieux par où il a passé, et se trompe rarement sur les chemins qu'il a déjà parcourus. Ses sens sont excellents : il a les yeux bons , l'ouïe fine et l'odorat exquis ; sa robuste constitution l'expose à moins de maladies que le Cheval, et son cuir épais le rend bien moins sensible au fouet, aux parasites et à la piqûre dos mouches.
L'Anesse porte pendant onze mois révolus, et met bas au douzième ; elle a pour son petit une tendresse vraiment maternelle ; elle le lèche dès qu'il a vu le jour, l'allaite fort longtemps, se prête complaisamment à tous ses jeux et les provoque en lui donnant elle-même l'exemple d'une gaieté folâtre. L'Anon n'atteint son développement complet qu'entre trois et quatre ans ; à cet âge, il est susceptible de faire un bon travail; malheureusement
on le surcharge bien avant ce temps ; aussi, par suite de ses fatigues prématurées, la race, chez nous, tend-elle de plus en plus à dégénérer. Il n'en est pas ainsi en Perse et en Arabie, où les Anes, élevés et ménagés avec soin, acquièrent presque la taille du Cheval, conservent de belles formes, gardent une allure rapide, et se rapprochent davantage du type primitif, TOnagre. L'espèce est originaire d'Asie; de l'Arabie, elle est venue en Egypte ; d'Egypte, elle a passé en Grèce, et de là s'est répandue en Italie, en France, en Allemagne ; l'Anglelerre ne la possède que depuis le milieu du dix-septième siècle; les Élats-Unis la doivent à Washington.
A l'état de nature, l'Ane vit en troupes considérables qui paissent ensemble et émigrent périodiquement chaque année. Ces animaux traversent les déserts de l'intérieur de l'Asie sous la conduite de chefs auxquels ils obéissent instinctivement. Pour se défendre contre les Loups, ils se forment en cercle, placent au centre les jeunes et les vieux de leurs bandes, et repoussent victorieusement l'ennemi à coups de dents et de sabots. Malgré leur sauvagerie, ils tombent facilement dans les pièges qu'on leur tend; pris jeunes, ils s'apprivoisent sans difficulté; les vieux, au contraire, demeurent intraitables et résistent à toute tentative de domestication.
L'Ane privé peut vivre vingt-cinq ans. Il craint plus le froid et rhumidité que la chaleur, et ne réussit jamais mieux que dans les pays secs, à température élevée. Son pelage, gris de souris, se distingue par la croix noire, symbole touchant de souffrance résignée, imprimée sur ses épaules. Utile pendant sa vie, il Test encore après sa mort; sa peau sert à faire des cribles ; on en fabrique aussi des tambours, des timbales et des grosses caisses : c'est le seul côté par lequel TAne se rattache à la musique.