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ORDRE DES RUMINANTS

Le Cerf . — Le Cerf (Cervus elaphus^ fig. 48) est un des animaux les plus élégants de nos forêts. A des formes sveltes et bien prises, à des membres nerveux, pleins de souplesse, il joint une belle ramure qui, sans charger sa tète, ajoute & sa taille et lui sert en même temps d'arme défensive. Son pelage brun-fauve varie avec Tâge et prend des teintes plus ou moins sombres selon les saisons. La femelle se dislingue du mâle en ce qu'elle est dépourvue de bois, et que sa mâchoire supérieure est privée de canines.

Le bois du Cerf est un prolongement du frontal il se partage, aux côtés de la tête, en deux tiges qui s'écartent d*abord Tune de l'autre en tournant légèrement en dedans leur concavité; chacune d'elles porte trois andouillers dirigés en avant, et se couronne par une empavmure formée de deux à cinq dagues. Le premier bois consiste en une simple dague; le second n'a, en général, qu'un seul andouiller; le troisième en porte trois ou quatre; leur nombre s'accroît avec une certaine régularité jusqu'à la septième année; mais à partir de cet âge il s'en produit sans règle bien fixe ; les plus vieux Cerfs toutefois n'en comptent pas au delà de dix ou douze : la bête alors est dite dix et douze cors.

Le bois, de nature osseuse, tombe chaque année à Tépoque du printemps et se refait au mois d'août; il est tout à fait formé quand arrive le moment de la chute. Les vieux Cerfs le perdent "deux mois plus tôt que les jeunes ; la chute avance ou retarde suivant que l'hiver est doux ou qu'il est rude ou de longue du fée; rarement les deux tiges tombent en même temps; le plus souvent il y a un ou deux jours d'intervalle entre la chute

de chacun des côtés de la tète : une hémorragie, plus ou moins considérable, accompagne toujours cette mue. Le refait a pour enveloppe extérieure une peau qui se détache par lambeaux, soit d'elle-même et naturellement, soit par les efforts que fait ranimai pour s'en débarrasser en la frottant contre terre ou contre le tronc des arbres.

La nourriture du Cerf est exclusivement végétale ; il vit de

Fig. 48. Cerf.

feuillages, de l'écorce, des bourgeons et des jeunes pousses des arbres, ainsi que d'herbes. Les grandes forêts forment son habitation accoutumée; cependant il n'y est pas constamment sédentaire. Quand il ne trouve plus à viander^ il sort de son fort, va et vient dans les pays plus découverts, visite les taillis et même les champs ensemencés; lorsque le froid est vif, il se réfugie dans les parties les plus fourrées et recherche les côtes bien abritées; à la fin de l'hiver, il gagne le bord des forêts, et.

après avoir perdu son bois, il quitte ses compagnons pour vivre à Técart : les jeunes demeurent seuls, et vont habiter les taillis clairs, où ils restent toute la belle saison.

Peu de temps après le renouvellement du bois, les vieux Cerfs quittent les buissonnées et reviennent dans leur fort au commencement de septembre ; ils ne cessent alors de raire^ mangent fort peu, dorment à peine, sont sur pied nuit et jour et parcourent, à l'aventure, de vastes espaces ; on les dirait frappés de folie, car ils traversent les champs à la face du soleil, butent contre les arbres, s'égarent de pays en pays, et sont en proie à des accès de fureur. Deux mâles, à cette époque, dont la durée est de trois semaines, se rencontrent-ils, ils se précipitent l'un sur l'autre, se battent à outrance en cherchant mutuellement à se percer de leurs andouillers; le combat ne finit que par la fuite ou la mort de l'un des deux adversaires; presque toujours le champ de bataille reste au plus vieux, ordinairement le plus hardi et le plus fort. Le temps du rut passé, les Cerfs se retirent à la lisière des forêts, là où la nourriture est la plus abondante; ils y demeurent jusqu'à ce qu'ils soient entièrement réparés.

La Biche porte huit mois et quelques jours ; elle met bas, à la fin de mai, un Faon unique, dont le pelage fauve est tacheté de blanc. A six mois, la bosse frontale du jeune commencée paraître : il est alors désigné sous le nom de Hère jusqu'à ce que ses éminences allongées en dagues lui fassent prendre la dénomination de Daguet, Quoiqu'il se développe assez rapidement, il ne quitte pas sa mère dans les premiers temps et il la suit pendant tout l'été. En hiver, les Biches, les Hères, les Daguets et les jeunes Cerfs se rassemblent en hardes et forment des troupes d'autant plus nombreuses, que le froid est plus rigoureux ; le printemps les sépare : les Biches se recèlent pour mettre bas, les Daguets et les jeunes Cerfs sont à peu près les seuls qui aillent ensemble à cette époque.

Les Cerfs ont un instinct bien prononcé de sociabilité. En général, ils sont portés à demeurer les uns avec les autres, à marcher de compagnie; la crainte ou la nécessité seule les sépare. Lorsque rien ne les trouble, ils mangent lentement et choisissent leur nourriture ; après avoir viande^ ils cherchent à se reposer pour ruminer à loisir. L'animal vient-il à être inquiété, il lève la tête et dresse les oreilles, regarde de tous côtés et interroge ensuite le vent pour sentir sUI n'y a pas quelque

ennemi dans le voisinage; en général, il craint bien moins rhomme que les Chiens.

La chasse du Cerf, comme celle de tous les Cervidés, exige d'habiles piqueurs et des Limiers bien dressés; outre ses excellentes jambes, le Cerf ne manque jamais d'employer la ruse pour déjouer les chasseurs. « Il passe, dit Buffon, et repasse souvent deux et trois fois par sa voie; il cherche à se faire accompagner par d'autres bétes pour donner le change*, et alors il perce et s'éloigne tout de suite, ou bien il se jette à l'écart, se cache et reste sur le ventre. » Mais si les Chiens, ainsi dévoyés, viennent à relever le défaut et retrouver la voie, le Cerf, serré de près et ahuri par les clameurs de la meute, fait de nouveau assaut de jambes; il se lance plus que jamais de toute sa vitesse, la poitrine en avant et la tête rejetée en arrière, appelant à son secours ruses sur ruses. Mais ruses et détours sont parfois impuissants à le sauver; vingt Chiens sont à ses troussds, et le serrent de si près, qu'il n'a plus -d'autre ressource que de fuir la terre qui le trahit, et de se jeter à l'eau pour dérober sa trace. Ce dernier espoir de salut ne lui réussit pas mieux : les chiens se précipitent à la nage à sa suite (fig. 49); bientôt il est aux abois; arrivé sur la rive, il tâche encore de défendre sa vie; à coups d'andouillers il blesse, il tue plus d'un Chien qui ose Taborder; un piqueur enfin lui coupe le jarret pour le faire tomber, ou bien quelque chasseur le sert d'un coup de carabine : sa mort est célébrée par de bruyantes fanfares, et la meute se repaît de la vue de son cadavre, en attendant qu'elle en fasse large et prompte curée.

Le Daim. — Le Daim [Cervus dama, fig. 50) peut être considéré, pour la taille, comme l'intermédiaire entre le Cerf et le

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