LE BŒUF
souplesse de ses mouvements, toute la grâce de son attitude et de sadémarche, lorsqu'on le réduit à ce travail pesant, pour lequel il faut plus de constance que d'ardeur, plus de masse que de vitesse, et plus de poids que de ressorts. ».
Le Boeuf (fig. 57), étudié au point de vue de ses caractères zoologiques, a sa place nettement marquée parmi les ruminants. Son front vaste, plat ou légèrement concave, à peu près aussi haut que large, est armé de deux cornes lisses, coniques, ordinairement dirigées en haut avec la pointe rejetée en dehors ; ses oreilles offrent la forme de cornets; son mufle est large et épais ; son cou gros, court et fortement musclé ; un fanon de texture lÂche lui pend au bas de la poitrine qui est largement ouverte ; son corps, massif, est revêtu de poils courts, de couleur variable : les treize paires de côtes qui le cuirassent séparent complètement le Bœuf de l'Aurochs et du Yack, animaux pourvus de quatorze paires de côtes, et qu'on a regardés pendant quelque temps comme son type originel.
Le Bœuf est exclusivement herbivore ; il mange vite et prend en peu de temps toute la nourriture dont il a besoin ; dès que sa provision est faite pour un repas, il se couche pour ruminer : ce travail est pour lui d'une nécessité absolue, par suite de sa structure. L'animal, en eflet, est muni de quatre estomacs. Le premier, ou pcrnse^ le plus ample de tous, est tapissé d'une mince membrane ; le second, ou bonnety est formé par des cloisons cannelées qui se croisent en tous sens comme un réseau ; une gouttière, continuant l'œsophage et susceptible de contraction, s'étend sur sa partie interne et supérieure, et vient aboutir à l'origine du troisième estomac, pu feuillet; celui-ci se divise en lames de dimensions variées, analogues aux feuillets d'un livre, d'où son nom; le quatrième estomac, appelé cailleUey représente l'estomac proprement dit; des replis sinueux, de grandeur inégale et moins nombreux que ceux du feuillet, parcourent sa surface intérieure ; il est, de plus, revêtu d'une membrane veloutée, abreuvée, dans toute sa capacité, par une liqueur onctueuse suintant de toutes ses pallies.
Le phénomène compliqué de la rumination a été fort bien décrit par BufTon. « Ce n'est qu'un vomissement sans effort, occasionné par la réaction du premier estomac sur les aliments qu'il contient. Le Bœuf remplit, autant que faire se peut, ses deux premiers estomacs, c'est-à-dire la panse et le bonnet ; cette membrane tendue réagit alors avec force sur l'herbe qu'elle renferme,.
qui n'est que très-peu mâchée, à peine hachée, et dont le volume aujgmente beaucoup par la fermentation. Si Taliment était liquide, cette force de contraction le ferait passer par le troisième estomac, qui ne communique avec l'autre que par un conduit étroit, lequel n'admet que la partie coulante de l'aliment sec ; ce dernier doit donc remonter dans l'œsophage dont l'orifice est plus large que celui du conduit. Il y remonte, en effet ; l'animal en remâche toutes les parties, les macère, les imbibe de nouveau de sa salive et les rend ainsi peu à peu plus coulantes ; il les réduit en pâte assez liquide pour qu'elles puissent glisser dans ce conduit qui mène au troisième estomac, où elles se macèrent encore avant de passer dans le quatrième : c'est dans ce dernier estomac que s'achève la décomposition du foin, qui est réduit en parfait mucilage. »
La rumination, chez le Bœuf, se fait toujours lentement; il n'en est pas de même de son repos : il dort peu et d'un sommeil court et léger; le moindre bruit le réveille.
Sa voix, désignée sous le nom de mugissement, est forte et bruyante, plus retentissante dans le Taureau que chez la femelle. La Vache porte neuf mois et ne produit ordinairement qu'un seul Veau à la fois. L'éducation est longue ; l'allaitement dure plusieurs mois ; quand la mère est bien constituée et abondamment nourrie, la lactation exerce une grande influence sur le développement ultérieur du jeune animal ; aussi une alimentation parcimonieuse dans le premier âge est-elle toujours une économie mal entendue. 11 est nécessaire de laisser téter le Veau à volonté, et aussi longtemps que la Vache y consent, toutes les fois qu'il s'agit d'élevage ; mais si le sujet est simplement destiné à la boucherie, on peut, au lieu de lui donner le pis de sa mère, le faire boire au seau ; il s'y accoutume très-bien, et peut recevoir ainsi le lait de plusieurs Vaches, lorsqu'on veut le pousser à un engraissement rapide.
Longtemps avant d'être sevré, le Veau accompagne sa mère aux champs; il s'habitue peu à peu à y prendre une certaine quantité d'herbe, ce qui, joint à l'exercice en plein air, développe singulièrement ses forces. L'âge, chez ces animaux, se reconnaît à l'examen des dents et de la corne. Les premières dents de devant tombent à dix mois et sont remplacées par d'autres plus larges; à seize mois, les dents voisines des mitoyennes tombent à leur tour, et d'autres à surface également plus large leur succèdent; à trois ans, toutes les incisives se trouvent renouvelées et d'une