LE DAUPHIN, LE MARSOUIN ET LA BALEINE FRANCHE
Sous la forme extérieure de poissons, les Cétacés sont de véritables mammifères vivipares, habitant les mers et respirant par deux poumons, ce qui les oblige à remonter, de temps en temps, à la surface pour renouveler leur provision d'air atmosphérique. Leur corps, couvert d'un cuir épais et sans poil, est doublé d'une forte couche de lard ; il se termine par une nageoire horizontale qui s'infléchit de haut en bas ; leurs membres antérieurs, les seuls apparents, sont convertis en rames et exercent en môme temps la fonction de bras. Ces animaux forment deux grandes familles. La première, caractérisée par ses dents à couronnes plaies, comprend les espèces qui sont herbivores; elles sortent de l'eau pour venir ramper et paître sur le rivage. Leurs deux mamelles, situées sur la poitrine, leur tête arrondie et leurs narines percées au bout du museau dont les côtés sont garnis de moustaches, leur donnent, vus de loin, une espèce d'apparence humaine; de là sans doute l'origine fabuleuse des Tritons et des Sirènes : à cette catégorie appartiennent les Manates, les Dugongs et les Stellères, tous étrangers aux mers d'Europe.
La seconde famille, les Cétacés proprement dits, renferme les espèces qui se nourrissent de poissons, de mollusques, de zoophytes et autres animaux marins; on les distingue k leurs éventSy appareil destiné à expulser au dehors, sous forme de gerbe ou de colonne liquide, le volume d'eau considérable qui s'engouffre dans leur vaste gueule, chaque fois qu'ils engloutissent leur proie; de là le nom de Souffleurs sous lequel on les désigne généralement (fig. 58). Dans l'acte de la déglutition, les évents font l'oASce d'un tuyau de pompe aspirante et foulante. Percés dans répaisseur des os de la tête, ils partent de la voûte palatine , et
vont aboutir au sommet du crÂne où ils entrent en communication avec Tair extérieur, tandis que le reste du corps est plongé dans l'eau; ils servent, en outre, à rejeter au dehors, à Taide de la compression exercée par des muscles puissants, la quantité d'eau qui s'est amassée dans un sac placé à Torifice du nez : chaque évent est muni d'une soupape fermant de haut en bas, et qui a pour but d'empêcher l'eau de pénétrer, par cette issue, dans la gorge lorsque l'animal veut plonger. Leurs mamelles sont reportées à l'arrière du corps.
D'après l'absence ou la présence de dents et la proportion de
Fig. S8. Souffleur.
la tête par rapport au corps, les Cétacés proprement dits forment deux catégories. La première se compose de tous ceux qui n'ont pas de dents, et dont la tête, démesurément grande, fait à elle seule le tiers ou la moitié de la longueur du corps tels sont les Narvals, les Cachalots et les Baleines; aucun d'eux ne séjourne plus dans nos mers; dans de rares circonstances seulement, quelques Baleines s'y montrent ou viennent échouer sur nos côtes. La seconde catégorie renferme les Cétacés dont les mâchoires sont armées de dents; le grand genre Dauphin en fait partie; il se subdivise, à son tour, en deux tribus, savoir : Pies
Dauphins proprement dits, reconnaissables à leur front bombé et à leur museau allongé en bec; 2» les Marsouins, dont le museau court et uniformément bombé ne finit pas en pointe.
Le Dauphin. — Les Dauphins (Delphinus, fig. 59) ne sont pas tels que les représentent les artistes ; ils n'ont ni une grosse tête, ni la queue recourbée ; leur corps, plus épais dans sa partie moyenne que partout ailleurs, se rapproche singulièrement de la forme ovalaire que présentent un grand nombre de poissons ; leurs mâchoires sont armées de dents généralement coniques, s'emboîtant les unes dans les autres. Ce sont les plus voraces, mais aussi les plus intelligents de tous les Cétacés ; autant les Baleines, les Cachalots et les Narvals sont lourds, apathiques et
vivent, par couples solitaires, confinés près des pôles , autant les Dauphins sont vifs, agiles, d'une humeur gaie, portés à la sociabilité, et répandus dans toutes les mers. Tandis que les premiers, tout à fait débonnaires, ne font que promener majestueusement leur énorme corpulence à travers Tabîme, ne se nourrissent que de mollusques et de petits animaux marins d'un ordre tout à fait inférieur, les seconds, de mœurs turbulentes et belliqueuses, ravagent les bandes de Harengs et de Maquereaux migrateurs, font la guerre à une foule d'autres poissons, et attaquent jusqu'aux Baleines elles-mêmes. Us s'attroupent par légions, dépassent, dans leurs courses effrénées, les meilleurs bâtiments à voile, et luttent de vitesse avec les vapeurs eux-mêmes. Leurs évolutions sont curieuses à observer. Ils se projettent en avant par élancements rapides comme une
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flèche, se jouent dans le sillage des navires et caracolent tout autour des bâtiments pendant des semaines entières ; dans leurs jeux, ils bondissent souvent à plus de deux mètres au-dessus de Teau, et retombent en faisant plusieurs culbutes; ces ébats, au dire des marins, sont un indice de gros temps. En général les Dauphins naviguent de conserve, en marchant toujours contre le vent ; ils nagent de front, en ordre de bataille, et exécutent mille cabrioles en Tair avec une grande légèreté. Leur voix n'est qu'un mugissement sourd; et s'ils étaient sensibles au charme de la musique du temps d'Arion, ce goût leur a complètement passé, de môme qu'ils ont renoncé à faire sur leur dos le sauve-
Fig. 60. Marsouin.
lage des naufragés, bêles ou gens, dont s'émerveillait l'antiquité.
Les grandes espèces de Dauphins atteignent près de dix mètres de longueur; elles se tiennent presque toujours en haute mer, et ce n'est guère qu'à la suite de vastes tempêtes que quelquesunes s'égarent sur nos côtes.
Le Marsouin. — Il en est à peu près de même des Marsouins ; toutefois certains d'entre eux remontent dans les baies et même dans Fembouchure des fleuves. Comme les Dauphins proprement dits, ils ont une nageoire dorsale et la queue bilobée ; leurs mœurs sont les mêmes.
L'espèce qui nous visite le plus fréquemment est le Marsouin
<X)mmun (Phocœna vulgariSy fig. 60), noirâtre en dessus, blanc en dessous; ses dents sont comprimées et tranchantes.
La Baleine franche. — De tout Tordre des Cétacés, le mammifère le plus intéressant à connaître est la Balpine Tranche (Balœna mysticetm)y autrefois répandue jusque sur nos côtes, mais «xilée aujourd'hui sous le pôle boréal , par suite des guerres acharnées qu'on lui a faites. Tout, dans ce prodigieux animal, excite Télonnement, tant ses proportions dépassent celles des plus grands animaux connus ! Sa forme générale rappelle celle des poissons, avec lesquels on Ta confondue pendant longtemps.
Les os de la face, chez la Baleine franche, acquièrent un tel déen devient monstrueuse. A la place de rvue, sa mâchoire supérieure est garnie nés cornées de trois à quatre mètres de 1 hauteur et en épaisseur, de la base à rrées les unes contre les autres comme sposées transversalement; on en compte ents de chaque côté de la mâchoire suférieure les reçoit dans une gouttière.
s d'une longueur de neuf mètres sur •st épaisse, molle, spongieuse et grasse : tonneaux d'huile.
)as trois mètres, et doit être considéré rt à la gueule, gouffre immense dans lequel deux hommes peuvent entrer sans se baisser.
Les yeux n'excèdent pas en grosseur ceux du bœuf; ils sont appropriés au milieu où vit l'animal et conformés comme l'œil des poissons.
Les dimensions de la Baleine sont énormes ; elle a, en général, de vingt-cinq à trente mètres de long. Au sommet de la tête se trouvent les évenls ; l'air atmosphérique s'introduit dans la poitrine par cet orifice, et c'est par là que la Baleine rejette la masse d'eau qu'elle a avalée : pour s'en débarrasser, elle n'a qu'à fermer ses mâchoires ; l'eau traverse les fosses nasales et s'arrête dans deux grandes poches; une valvule l'empêche de descendre vers l'estomac, et la retient dans les réservoirs d'où elle est expulsée au dehors, sous la forme de jets de dix à quinze mètres de hauteur, par la compression de la langue et des muscles du pharynx.
L'estomac se divise en cinq grandes poches analogues à celles des ruminants.
Deux nageoires pectorales, ovales, aplaties et échancrées, représentent les membres; elles n'offrent pas de rayons conmie cliez les poissons, mais elles renferment, dans leur intérieur et en raccourci, les os de l'épaule, du bras et de la main recouverts d'une enveloppe tendineuse; à Textérieur, elles ont la forme d'un sac arrondi dans ses contours et terminé en pointe.
Les muscles, dans la Baleine, sont noyés dans plusieurs couches d'un lard épais, et environnés, en môme temps, d'un tissu cellulaire rempli d'une graisse liquide ; sous la peau existe, en outre, une couche d'huile renfermée dans une membrane réticulaire : tous ces amas graisseux et huileux forment comme de vastes gourdes qui permettent à la Baleine de surnager sans le moindre effort : il lui suffit de la plus légère impulsion pour glisser rapidement à travers les flots.
La queue, enfin, est formée de deux lobes placés horizontalement, tandis qu'elle est verticale chez les poissons; les muscles vigoureux dont elle est munie lui donnent une force extraordinaire et en font un levier formidable, à l'aide duquel elle soulève des navires, abat et écrase tout ce qui lui oppose de la résistance.
La Baleine est, de sa nature, éminemment pacifique ; si rien ne la trouble dans ses habitudes, elle se joue, malgré sa pesante masse, au milieu de la mer : elle bondit sur les vagues, et s'amuse à lutter de vitesse avec les animaux de son espèce; elle n'est terrible que lorsqu'elle vient à être blessée ou qu'on attaque son Baleineau. L'attachement qu'elle lui porte est extrême ; elle le nourrit de son lait en nageant de côté, près de la surface ; elle ne le perd point de vue ; avant de songer à sa propre sûreté, elle veille sur lui avec sollicitude, lui fraye la marche, le prend entre ses bras et le place sur son dos lorsqu'il est fatigué; bref, elle ne l'abandonne jamais, et elle risque courageusement sa vie pour le défendre.
La Baleine nage presque toujours en ligne droite; elle évolue souvent autour des navires, souffle avec force et rejette fréquemment, et avec un bruit qui retentit au loin, l'eau qu'elle a engloutie avec ses aliments. Qui le croirait? la nourriture de ce colosse se compose presque exclusivement de petits mollusques , de petits crustacés, de zoophytes et d'animalcules microscopiques. Beaucoup d'animaux d'un ordre inférieur font élection de
domicile sur sa peau, s'y tiennent à Tancre comme sur un rocher, et vivent à ses dépens. La Baleine n'attaque guère les poissons; plusieurs d'entre eux, au contraire, lui font la guerre : tels sont, entre autres, le Squale-Scie et le Dauphin gladiateur. Lorsque le Squale-Scie aperçoit un Baleineau, il cherche à le percer; le Cétacé, pour se défendre, enfonce sa tête dans Teau et, relevant sa queue, tâche d'en frapper son adversaire : s'il l'atteint, il l'écrase du coup; mais, le plus souvent, ce dernier, doué d'une grande agilité, l'évite par un bond, tourne avec rapidité autour de sa proie, et, saisissant l'instant favorable, lui enfonce son arme redoutable dans le corps : entre les deux combattants, c'est un duel à mort; la Baleine, plus d'une fois, y périt. Les Dauphins gladiateurs s'y prennent autrement pour attaquer la Baleine ; ils fondent sur elle en troupes, la harcèlent sans relâche, la mordent cruellement au museau, et si, après l'avoir fatiguée, ils parviennent à lui faire ouvrir la gueule, ils se précipitent sur sa langue, la déchirent en morceaux et s'en repaissent : la Baleine, ainsi meurtrie et mutilée, perd peu à peu son sang, et finit par expirer en poussant d'affreux mugissements ; elle n'est pas plutôt morte, que des myriades d'oiseaux de mer s'acharnent sur son cadavre et achèvent de le dépecer; l'Ours blanc en f a t aussi sa pâture.
Mais de tous les ennemis qui en veulent à la Baleine, celi. qu'elle a le plus à redouter c'est l'homme; il la poursuit sous toutes les latitudes, et-, à force de la pourchasser, il l'a exilée sous les glaces du pôle boréal, son dernier refuge aujourd'hui.
La pèche de la Baleine est une des industries les plus importantes; son origine remonte à des temps fort reculés. Déjà sous Alfred le Grand les Norvégiens s'y livraient avec succès le long de leurs côtes; à l'époque de l'invasion des Normands, les Baleines abondaient dans la Manche, et ses hardis riverains ne craignaient pas de les attaquer avec leurs frêles embarcations. Dans des temps plus rapprochés de nous, les Basques firent aussi cette pêche le long des côtes d'Espagne jusqu'au cap Finistère; à mesure que les Baleines devenaient plus rares dans ces parages, ils se lancèrent à leur recherche en pleine mer; de poursuite en poursuite, ils en arrivèrent, au douzième siècle, à relancer les Baleines jusque dans le nord-est. Dès 1372, ils avaient atteint le banc de Terre-Neuve, et, bientôt après, ils poussaient leurs entreprises jusqu'au golfe Saint-Laurent et aux côtes du Labrador. Ces succès leur suscitèrent des imitateurs. Vers le milieu du qua-
torzième siècle, Bordeaux armait pour la mer Glaciale plusieurs Mtiments baleiniers qui viBitèrent le Groenland et le Spitzberg, C'était le beau temps de la pêche ; le Béarn et TAunis s'y enriciiirent; elle fut prospère pour eux jusqu'au commencement du dix-septième siècle ; mais, à partir de cette époque, on la voit décliner en France par la faute du gouvernement ; comme il négligeait de protéger les Basques, en proie aux vexations de nations rivales, il prépara insensiblement la ruine d'une industrie extrêmement lucrative : les Basques, expulsés des parages qu'ils avaient si légitimement conquis, durent renoncer à soutenir la lutte ; par surcroît de malheur, ils furent réduits à servir de guides à leurs persécuteurs, qui se substituèrent partout à ces vaillants champions.
Au début, les Hollandais et les Anglais se partagèrent leur héritage. Les premiers, en 1612, s'adonnèrent à la pêche de la Baleine avec le zèle persévérant que ce peuple tenace apporte à toutes ses entreprises commerciales. De riches compagnies se formèrent chez eux pour exploiter en grand le nouveau traûc devenu, en peu de temps, une richesse nationale et une excellente école d'intrépides marins. Malheureusement leurs démêlés avec les Anglais mirent fin à sa prospérité ; la guerre maritime qui éclata entre les deux peuples ruina les entreprises des Hollandais : depuis, ils ne se sont jamais relevés de cet échec. La fortune, une fois passée du côté des Anglais, y est restée. Cette nation éclairée comprit bien vite quel parti elle pouvait tirer de la pêche de la Baleine. Tandis que la plupart des gouvernements d'Europe s'y montraient indifférents, celui d'Angleterre n'hésita pas à faire de grands sacrifices pour s'en assurer la possession à peu près exclusive; il accorda de puissants encouragements aux armateurs : aussi leur industrie se développa-t-elle rapidement; ils en sont maintenant les maîtres, concurremment avec les États-Unis d'Amérique. Leurs baleiniers exploitent à la fois les mers boréales et les mers australes, pénétrant partout, jusqu'aux Marquises, aux îles Sandwich et à la Nouvelle-Zemble : dans toutes ces mers, ce sont principalement les Cachalots qu'ils poursuivent, tandis que dans la pêche du Nord ils n'ont affaire qu'à la Baleine franche.
Dans l'une et l'autre pêche, le procédé est le même ; toutes deux exigent des marins vigoureux, aguerris contre toutes sortes de privations, et d'une bravoure à toute épreuve. Les navires qu'on y emploie sont d'un très-fort tonnage et pourvus de plu-
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sieurs chaloupes; ils porletit une quarantaine d'hommes d'équipage. On part généralement au printemps et le voyage dure plus de six mois ; chaque chaloupe est montée par six hommes, quatre rameurs, un harponneur et un patron. Arrivés vers le 66* degré de latitude nord, les bâtiments se préparent à la pêche; on se partage les rôles, et chacun fait à son tour le guet. Milne Edwards, d'après le capitaine Scoresby, a très-bien décrit les péripéties de cette pêche dangereuse. Aussitôt, dit-il, que le matelot, placé en vigie au haut du mât, signale une Baleine, les pêcheurs se jettent dans leurs barques, et font en silence force de rames pour en approcher. L'un d'eux, debout à la proue, tient un harpon, espèce de javelot dont le fer, profondément barbé, est attaché à une corde de cent vingt brasses de long, environ deux cents mètres. Le harponneur de la première chaloupe qui arrive à portée de la Baleine, lance son dard de façon à le faire pénétrer profondément et à le bien fixer dans le corps de l'animal qui, se sentant blessé, se lord avec violence, et agite sa puissante queue avec tant de force que, si elle rencontre l'embarcation, elle la brise ou la lance en l'air. En général cependant, la Baleine plonge immédiatement, entraînant après elle la corde fixée au fer implanté dans ses chairs. Ce moment est critique pour les pêcheurs. Si la ligne ne se déroulait pas assez vite et venait à s'accrocher, la Baleine submergerait la chaloupe et tout son équipage ; on a vu quelquefois des matelots, dont le corps se trouvait pris dans une anse de cette corde, presque coupés en deux, et lancés dans la mer pour ne jamais reparaître à sa surface. La rapidité avec laquelle fuit l'animal est telle, que la corde, en frottant sur le bord de la chaloupe, produit une fumée épaisse, et prendrait feu, si l'on n'avait soin de l'arroser sans cesse. Lorsque la première ligne est presque déroulée, les pêcheurs y attachent une seconde ligne, puis une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'ils aient employé tout ce qu'ils ont à bord et tout ce que les autres chaloupes ont pu leur en fournir. La longueur de la ligne, qu'ils mettent ainsi dehors, dépasse quelquefois dix mille pieds; cependant elle ne suffit pas toujours, et il arrive qu'ils sont obligés de la lâcher et d'abandonner toute cette masse de cordages ainsi que leur harpon, tant la Baleine prolonge sa fuite sans remonter à la surface I Quelquefois l'animal reste sous l'eau pendant plus d'une demi-heure, mais le besoin de respirer le force alors de revenir à la surface, et les pêcheurs qui se sont disposés pour être plus à portée de le frapper, cherchent alors à implanter
dans son corps un second harpon, ou à le percer avec des lances* Lorsque la Baleine remonte ainsi, elle est ordinairement dans un état d'épuisement extrême, et, à mesure que son sang s'écoule, elle s'affaiblit davantage; souvent cependant, lorsque la mort approche, elle fait un dernier et terrible effort, élève sa queue au-dessus de l'eau et l'agite d'un mouvement convulsif qui se fait entendre à une distance de plusieurs milles (flg. 61). Enfin, succombant tout à fait, elle se couche sur le flanc et expire. Les pêcheurs se hâtent alors de percer sa queue et d'y attacher des cordes à l'aide desquelles ils fixent au flanc de leur navire cette immense carcasse; puis, armés d'énormes couteaux et d'instruments qui ressemblent à une grande bêche, ils descendent dessus, et enlèvent par tranches le lard, qu'on dépose dans des barils pour être fondu lors du retour. Une seule Baleine fournit jusqu'à trente hectolitres d'huile. Les Anglais, à eux seuls, envoient plus de deux cents navires dans le Nord, à la pêche de la Baleine. Nous sommes bien plus modestes dans nos armements; cette industrie toutefois n'a jamais cessé en France, et chaque année il part du Havre un certain nombre de bâtiments baleiniers ; les autres ports de la Manche et de l'Océan participent aussi à cette pêche, mais dans de plus faibles proportions : les États-Unis seuls rivalisent avec l'Angleterre dans ces entreprises toujours plus ou moins hasardeuses, mais qui donnent & leur gouvernement d'excellents matelots.