LE VAUTOUR
Le Vautour, le plus grand de tous nos oiseaux de proie, est facile à reconnaître. Sa tête est dénuée de plumes; son bec allongé se recourbe seulement vers le bout; ses yeux sont placés à fleur de tête; son cou est long, grêle et revêtu, ainsi que la tête, d'un duvet lanugineux au lieu de plumes; ses grandes ailes, dans la marche, traînent à terre ; de ses narines s'échappe sans cesse une humeur visqueuse, et son corps exhale une odeur nauséabonde.
Le courage de cet oiseau est loin de répondre à sa taille. Il vit principalement de proies mortes, alors même qu'elles sont en pleine décomposition; à l'occasion, il ne dédaigne pas les animaux fraîchement tués ou vivants; mais pour peu qu'il craigne de résistance de la part de ces derniers, il ne les attaque pas seul, il se joint à d'autres Vautours de son espèce pour leur donner la chasse et s'en rendre maître plus facilement.
Le Vautour habite indifféremment la plaine et la montagne, sans se cantonner dans une localité déterminée ; son domaine est, pour ainsi dire, sans limites, il se porte partout où une proie l'appelle. Son infatigable estomac n'est jamais satisfait : à peine est-il repu, que son appétit se réveille, et il est fort heureux vraiment qu'il ait, au môme degré, cette puissance d'absorber et de digérer, car sans lui plus d'une contrée de l'Afrique et de l'Amérique, encombrées de matières animales en fermentation sous un soleil ardent, ne tarderaient pas à être inhabitables; toujours affamé et jamais rassasié, le Vautour se charge volontiers du rôle d'expurgateur public, et s'acquitte consciencieusement de ses salutaires fonctions. Il faut le voir à l'œuvre pour se faire une idée de sa voracité. A peine, de sa vue perçante, a-l-il découvert une proie morte, qu'il décrit de vastes cercles en l'air et est bientôt rejoint par d'autres Vautours; la troupe continue pendant quelque temps ses évolutions aériennes dans le but de s'assurer de l'état des lieux; s'il n'y a pas apparence de danger, elle se rapproche peu à peu de terre; et quand elle