‹ Les animaux de la FranceChapitre 27 sur 126 · LE VAUTOUR · texte numérisé non relu

LE VAUTOUR

n'en est plus qu'à quelques centaines de mètres, elle replie soudain ses ailes et vient s'abattre comme une masse sur le cadavre : le repas funèbre commence aussitôt. De vigoureux coups de bec entr'ouvrent la proie; le Vautour se débarrasse d'abord des muscles qui gênent le passage, et quand la brèche est suffisamment pratiquée, il y plonge tout son cou, et fait disparaître, en un clin d'œil, cœur, foie, poumons, intestins et les chairs qui les entourent : un gros mammifère, tel qu'un bœuf ou un chevaJ, ne fournit guère qu'un repas à la troupe vorace; la peau

Fig. 62. Vaulour fauve.

et les os sont les seuls débris qu'elle laisse. Ainsi gorgés, les Rapaces s'éloignent, mais pour se poser à peu de distance ; tant qu'ils sont dans le travail de la digestion, ils se tiennent dans une imnaobilité complète; dès que l'estomac est vidé, ils vont s'abreuver à quelque source, et ils s'y lavent, en môme temps, de leurs souillures sanglantes; leur toilette terminée, ils se livrent au repos, en plein soleil, appuyés sur les deux pattes et les ailes à demi étendues; le soir, ils gagnent un endroit isolé et passent la nuit perchés.

JLStlUAVX DE LA FRANCK. U

Malgré son vol puissant, le Vautour a quelque peine à s'enlever de terre ; il bondit de trois ou quatre sauts avant de prendre son essor; mais, une fois parvenu aune certaine hauteur, il navigue fièrement à travers l'espace et s'y perd à d'incroyables hauteurs; ses ailes alors semblent battre sans effort l'atmosphère; il s'élève et s'abaisse tour à tour, s*aide de la direction du vent, et franchit en très-peu de temps des distances considérables.

Son nid est toujours placé dans les lieux les plus inaccessibles; l'aire est vaste et la charpente grossière ; des ramilles tapissées de poils forment le matelas intérieur : il ne reçoit jamais que deux ou trois œufs à chaque ponte annuelle. Les petits naissent protégés par un duvet j ils sont longtemps à se développer et ne peuvent prendre leur essor qu'au bout de plusieurs mois. Au début, les père et mère les nourrissent de viandes à demi digérées; mais, à mesure que leurs organes se fortifient, ils leur apportent des aliments plus solides, des lambeaux de chair saignante ou mortifiée.

On trouve le Vautour presque sur tous les points du globe, cependant il est plus répandu dans les pays chauds que dans les pays froids ; nous en avons deux espèces en France : le Vautour fauve [VultuT fulvuSy fig. 62) et le Néophron percnoptère. Le premier, caractérisé par les pennes de ses ailes et de sa queue de couleur brune, par le duvet blanc de sa tête et de son cou, ainsi que par son collier blanc, est assez commun dans les Alpes et dans les Pyrénées. Le second habite plus particulièrement les Alpines ; il descend de là dans les plaines de la Grau et s'y nourrit, une partie de l'année, des bétes mortes que les bergers ont abandonnées sur le sol; on le rencontre aussi, de temps à autre, le long du Rhône.

Si les Vautours et les Aigles ont pour eux le privilège de la force et d'une grande taille, il s'en faut bien qu'ils l'emportent en courage sur les Faucons; ceux-ci, quoique de moindre volume, n'ont point d'égaux pour l'intrépidité : ils vont franchement à l'ennemi, fondent sur lui sans hésitation et avec une telle ardeur, qu'elle leur a valu, dans le langage de la Fauconnerie, la

^dénomination d'oiseaux nobles par excellence. Nul ne les surpasse pour la vigueur et la légèreté du vol ; Tempire de l'air leur appartient, ils s'y lancent d'un jet irrésistible, s'élèvent, en un clin d'oeil, à perle de vue, et plongent vers la terre d'une immense hauteur avec la rapidité d'une flèche. Dans ces exerices prodigieux, leur légèreté spécifique les sert aussi puissamment que leurs ailes; leur envergure mesure deux fois la longueur de leur corps : aussi ne connaissent-ils pas de distance : en un seul jour ils franchissent plus de deux cents kilomètres.

Comme tous les oiseaux nés pour la guerre, les Faucons repoussent toute association : quel besoin de partager une proie plus ou moins rare, qu'il faut conquérir à la pointe de l'épéeî Ils vivent donc solitaires, et si l'on en voit, à certaines époques, qui se réunissent en troupes, ce n'est qu'au temps des émigrations ; ils font voile alors de conserve avec les oiseaux que le froid force de s'expatrier, et dont un certain nombre deviennent infailliblement victimes des terribles compagnons de voyage placés à l'arrière-garde.

En tout temps la chasse forme la principale occupation des Faucons : ils s'y livrent à toute heure du jour, poussés qu'ils sont par leur violent appétit; la plupart habitent les forêts et y dorment d'un sommeil lourd et profond, comme plongés dans l'ivresse. Tous saisissent la proie avec leurs serres, mais ils ne l'attaquent pas tous de la même manière. S'il s'agit d'un Lièvre, ils l'arrêtent dans sa fuite en lui enfonçant leurs ongles dans la nuque, et ils lui crèvent les yeux avant de le mettre à mort; l'ont-ils manqué, ils remontent droit en l'air, tombent de nouveau sur lui, et reconunencent ce manège jusqu'à ce qu'ils soient devenus maîtres du pauvre animal. Lorsque le Faucon aperçoit une compagnie de Perdrix, il passe et repasse au-dessus d'elle pour tâcher de la faire lever ; en général, celle-ci, frappée de terreur, n'a garde de partir; elle se blottit, au contraire, de plus belle, dans les herbes ou les buissons : s'avise-t-elle, par malheur, de s'envoler, le pirate la suit ou la croise et, en la traversant, tâche d'accrocher quelque individu de la troupe ou de le heurter avec tant de violence qu'il tombe mort ou étourdi; s'il y réussit, il revient à l'instant sur sa victime et l'enlève avant même qu'elle ait touché terre. Vis-à-vis des Pigeons, il use d'un stratagème analogue, mais son but n'est pas toujours atteint. Tout d'abord il s'efl'orce de détacher un de ces oiseaux de la bande; le Biset, excellent voilier, pointe aussitôt; à mesure que son ennemi l'enlace de cer-

clés de plus en plus rapprochés, il gagne les hautes régions ; parvient-il à prendre le dessus, il est sauvé : le Rapace, rebuté d'une lutte perpendiculaire à toute vitesse, renonce à sa poursuite; mais telle n'en est pas toujours l'issue : plus d'une fois le Faucon harponne en l'air le fuyard et tombe souvent à terre avec lui, tant le choc est impétueux!

Certaines espèces qui ont coutume de voler bas emploient d'autres procédés. VÉmérillon {Falco œsalon)^ par exemple, écume,

en rasant les haies et les buissons , les petits oiseaux qu'il y surprend sans défiance. Le Hobereau (Falco subbuteOy fig.

63] fait autrement :

il épie le moment où l'Alouette commence ses ascensions ; il monte, après elle, dans les airs, la dépasse, s'il le peut, et l'attrape à la descente : quand la pauvrette s'est réfugiée dans la nue, elle Fig. 68. Faucon hobereau. ^«t hors de danger;

elle n'a rien alors de plus pressé que de célébrer sa délivrance par un hymne de reconnaissance. La vue du Faucon inspire à tous les oisillons une épouvante qui les paralyse tout à coup; dès qu'ils l'avisent, ils se collent à terre pour tâcher d'échapper à ses regards ; sont-ils poursuivis, ils sont tellement pénétrés du sort qui les attend, qu'ils se sauvent partout où ils peuvent, même entre les jambes de l'homme ; le brigand, de son côté, est si fortement acharné à sa proie, qu'il n'a plus autre chose en tête et donne éperdument dans tous les pièges. On conçoit sans peine qu'avec leur intrépidité dans l'attaque et leur vol foudroyant, ces Rapaces détruisent une foule de petits oiseaux : Verdiers, Moineaux, Pinsons, Alouettes surtout, sont leurs victimes habituelles; les Hirondelles elles-mêmes, malgré la rapidité et les mille sinuosités de leur vol, ne sont pas à l'abri de ces tyrans, mais elles sa-

vent se défendre d'une façon ingénieuse: lorsqu'elles en rencontrent un sur leur roule, elles l'entourent de lears nombreuses phalanges, le harcèlent et l'étourdissent si bien de leurs clameurs, qu'après l'avoir complètement ahuri, elles le contraignent, la plupart du temps, à battre en retraite.

Les Faucons chassent ordinairement seuls ou tout au plus deux ensemble. Us se nourrissent exclusivement de proie vivante, plument presque entièrement les oiseaux avant de les manger, et les avalent par gros morceaux, en cachette, derrière un buisson. Leur nourriture varie suivant les espèces. Celles de forte taille et qui sont vigoureusement armées vivent aux dépens des Lièvres, des Perdrix, des Pigeons, des oiseaux d'eau; la Cresserelle (Falco tinnunculm) fait sa pâture des petits Rongeurs, de Campagnols, de Mulots, de Souris et aussi de petits oiseaux, de Lézards et môme d'insectes ; l'Émérillon et le Hobereau en veulent principalement aux Cailles, aux Perdrix, aux Alouettes. Tous rejettent par le bec, sous forme de pelotes, les plumes des oiseaux ainsi que les parties consistantes qu'ils n'ont pas digérées; ils peuvent rester impunément plusieurs jours sans manger.

Les Faucons ont l'habitude de passer la nuit dans un endroit qu'ils adoptent à cet effet ; ils s'y rendent peu de temps après le coucher du soleil et se tiennent blottis, pendant leur sommeil, sur une grosse branche voisine du tronc; leur cri est aigre et strident.

Les couples se forment de bonne heure : en mars, ordinairement, pour la France. Leur nid est grossièrement construit avec des bûchettes ou des brindilles, sans le moindre matelas intérieur. Quelques espèces, telles que le Faucon pèlerin [Falco peregrinus^ fig. 64), le Faucon lanier [Falco lanarius)^ nichent dans les rochers et y reviennent fidèlement chaque année ; le Hobereau, ainsi que d'autres de mince volume, placent leur aire au haut ou dans le creux des arbres; la Cresserelle le loge dans les vieux édifices abandonnés. En général, les pontes sont peu abondantes : le plus souvent, de trois ou quatre œufs toujours tachetés de brun ou de rouge, sur un fond plus ou moins blanc, quelquefois rougedtre. L'incubation dure environ trois semaines; la femelle s'y dévoue exclusivement ; le mâle, en revanche, veille avec beaucoup de soin à la conservation des petits, et pourvoit assidûment à leur nourriture. Leur éducation se prolonge longtemps, car ils ont à ap-

prendre, outre Tart compliqué du vol des oiseaux de proie, comment il faut attaquer et combattre et devenir habiles chasseurs ; lorsqu'ils n'ont plus qu'à se perfectionner par la pratique pour devenir passés maîtres, en d'autres termes, quand ils sont en état de vivre de leur industrie, les père et mère les abandonnent à leurs propres ressources : la famille se disperse, et chacun s'en va habiter solitaire un canton séparé.

Le plumage des Faucons est si variable, que, suivant Tàge, il les rend tout à fait méconnaissables ; ils ne prennent leur livrée définitive qu'à trois ans, ce qui ne les dispense pas de subir encore pendant leur vie de nombreux changements de livrée. Le

Fig. 64. Faucon pèlerin.

mâle, toujours plus petit que la femelle, porte le nom de Tiercelet,

A l'exception de la Cresserelle qui est sédentaire en France, toutes les espèces qui nous visitent chaque année, le Faucon lanier, le Faucon pèlerin, le Hobereau et rÉmérillon, ne sont que de passage. Plusieurs d'entre elles étaient dressées jadis pour la chasse, ce qui constituait l'art de la fauconnerie ; importé en Europe à la suite des croisades, il devint bientôt un des passetemps les plus goûtés de la noblesse ; la disparition de la féodalité l'a fait tomber en désuétude. Le Gei*fauU de Norvège ou iV Islande était le plus estimé de tous les Faucons soumis au

Page 1