LE BALBUZARD ET LE PYCARGUE A TÊTE BLANCHE
Bien que les oiseaux pêcheurs se trouvent surtout chez les Échassiers et les Palmipèdes, on en rencontre aussi quelquesuns dans d'autres ordres, chez les Passereaux, par exemple, et
parmi les Rapaces : chez ces derniers, ils sont parfaitement représentés par le Balbuzard et le Pycargue à tète blanche.
L'inspection seule des pattes du Balbuzard {Pandion haliœlus^ fig. 66) indique sa profession. Ses doigts, armés d'ongles noirs, très-crochus et très-grands, sont garnis, en dessous, de pelotes rugueuses, et les granulations de la plante des pieds forment autant de saillies pointues ou épineuses qui doublent la puissance des serres en leur permettant d'étreindre fortement le poisson, quelque visqueuse que soit sa peau. Indépendamment
Fig. 66. Balbuzard.
de cet arsenal, le Balbuzard a le coup d'œil tellement sûr, que la proie lui échappe rarement; ses longues ailes lui sont aussi d'un puissant secours, elles franchissent rapidement de vastes distances.
Le Balbuzard peut s'élever à une grande hauteur; cependant il ne s'y tient pas d'habitude fort longtemps : on le voit plus souvent raser la surface de l'eau pour se mettre en pêche. Il est à remarquer qu'il ne se livre jamais avec plus d'ardeur à cet exercice que lorsque le ciel est parfaitement clair; lorsque le brouillard règne sur les rivières ou sur les étangs, le Rapace
LE BALBUZARD. 219
attend, pour entrer en chasse, que les vapeurs du malin soient bien dissipées : sans cette sage précaution, comment pourraitil découvrir le poisson à travers la brume? Sauvage et de nature très-défiante, comme le sont beaucoup d'oiseaux de son ordre, il commence, avant de se mettre à l'œuvre, par inspecter le pays en décrivant en l'air de vastes cercles ; n'aperçoit-il point d'ennemi, sa sécurité est-elle complète, il descend, s'arrête à vingt mètres environ au-dessus de l'eau, et s'y maintient, en planant, dans un état d'immobilité presque absolue, à raiïût du poisson. Dès qu'il l'aperçoit, il fond sur lui, les serres ouvertes, disparaît un instant sous l'eau, se relève d'un vigoureux coup d'aile avec son butin et l'emporte. S'il s'agit d'une grosse capture, il la dépose sur le rivage et fait immédiatement curée des meilleurs morceaux; mais si le poisson n'est que de taille moyenne, il l'emporte au loin, presque toujours dans la forêt la plus voisine, pour le manger à son aise. Sa patience égale son adresse; s'il lui arrive de manquer son coup, il ne se rebute point pour cela : il se remet en observation, et est bientôt plus heureux. C'est toujours d'un élan rapide qu'il se précipite sur sa proie; son attaque, en même temps, est si violente, qu'elle lui coûte parfois la vie lorsqu'il a affaire à un gros poisson : en effet, ses serres aiguës s'enfoncent avec une telle force dans le corps de sa victime, que celle-ci l'entraîne, en fuyant, au fond de l'eau et le noie.
Le Balbuzard, exclusivement voué au régime du poisson, s'établit dans les terres basses et marécageuses, à proximité des cours d'eau et des étangs. Il émigré deux fois chaque année, passe par bandes dans nos contrées et se répand partout, en plaine aussi bien qu'en montagne : il trouve facilement sa vie jusque dans les plus petits marais. Son nid est placé sur les arbres élevés ; l'aire se compose de forts branchages sur lesquels la femeHe entasse de la mousse et d'autres plantes sèches; elle y pond deux ou trois œufs d'un blanc grisâtre, parsemés de taches de rouille peu foncée; les petits sont exclusivement nourris de poisson.
Celte race est incontestablement malfaisante; elle cause de grands ravages dans les étangs : aussi ne doit-on se faire aucun scrupule de chercher à la détruire. Le plumage du Balbuzard adulte est brun-noirâtre avec le ventre blanc ; le bas de ses jambes et ses pieds sont ordinairement de couleur blanche.
Le Pycargue à tête blanche (Haliœlus leucocephalus) est aussi
un piscivore très-nuisible, rôdant sans cesse autour des lacs, des rivières et des étangs. Il pêche à la façon du Balbuzard, choisit surtout le temps du crépuscule pour exercer ses pirateries et les continue même pendant la nuit. L'espèce est lente à se développer. Quand le poisson lui fait défaut, elle se rabat sur
Fig. 67. Pycargue.
les cadavres ; elle fait aussi la chasse aux oiseaux d'eau : c'est pourquoi ceux-ci la redoutent, tandis qu'ils vivent en paix avec le Balbuzard, regardé par eux comme un concitoyen de la république aquatique. Le Pycargue fréquente volontiers les pays montueux qui bordent les côtes de la mer; on le rencontre également dans les forêts situées au voisinage des lacs et des rivières.