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ORDRE DES PASSEREAUX

LES PIES-GRIECHES.

Les Pies-Grièches, placées par G. Cuvier à la tête des Passereaux, immédiatement après les oiseaux de proie, forment la transition naturelle entre ces deux ordres ; Linné les considérait comme de petits Rapaces ; elles ont, en effet, beaucoup d'affinité avec eux par leur bec crochu, fortement échancré vers la pointe, et surtout par leurs habitudes carnassières; mais elles n'ont pas de cire à la base des mandibules ; leurs pieds, faibles, ainsi que ceux de la plupart des Passereaux, ne sont point armés

de serres, et leurs deux doigts externes, au lieu d'être tout à fait séparés, ainsi que dans les Rapaces, se réunissent à leur origine comme chez les Paséereaux; elles devaient donc prendre rang parmi ces derniers.

Bien que de petite taille, les Pies-Grièches tiennent tête à des oiseaux beaucoup plus gros qu'elles; elles ne craignent ni Pies, ni Corbeaux, ni Gresserelles ; dès qu'ils approchent de leur nid, elles les provoquent, les attaquent du bec et des ongles et les obligent à prendre la fuite : dans ce duel inégal, Tâpreté de leur courage rétablit l'équilibre entre combattants de forces aussi disparates; rarement elles succombent dans la lutte, et lorsqu'elles ont le dessous, elles s'accrochent si étroitement à leur

Fi^r. 73. Pic-Grièchc grise.

adversaire, qu'elles l'entraînent avec elles, et que tous deux périssent ensemble de même chute. Les oiseaux de proie euxmêmes respectent leur intrépidité ; ils les souffrent dans leur cantonnement, tolérance qu'ils n'ont pas, en général, pour leurs semblables; aussi les voit-on quelquefois voler de compagnie: tant il est vrai que l'énergie est la sauvegarde .des faibles, et qu'elle en impose souvent à la force brutale.

Les Pies-Grièches vivent surtout d'insectes, mais leur goût pour la chair n'en est pas moins très-prononcé; elles donnent la chasse aux petits oiseaux pour en faire pâture, et souvent aussi par un instinct de destruction stérile, puisqu'elles tuent même après qu'elles viennent d'assouvir leur faim. Plusieurs

LES PIES-GRIÊGHKS. 233

d'entre elles sont douées d'une prévoyance remarquable; toujours à l'affût du gibier, elles font une guerre incessante aux Mantes, aux Grillons, aux Sauterelles, aux Coléoptères, et elles les enfilent par le dos aux épines des buissons pour les retrouver quand le besoin se fera sentir.

Leur habitat varie. La Pie-Grièche grise (Lanius excubiior, flg. 73) reste toute Tannée en France ; elle fréquente, en été, les bois et les montagnes, et descend dans la plaine en hiver. Deux autres espèces, la Pie-Grièche rousse [Lanius rufus) et TÉcorcheur [Lanius collurio), ne nous visitent que pendant la belle saison, et repartent à l'automne pour les contrées méridionales; il n'est pas rare de les rencontrer à la lisière des bois ou en pleine campagne, dans les buissons et dans les haies qui bordent les champs. Quelle que soit leur demeure, toutes veulent jouir exclusivement du district qu'elles se sont arrogé; elles n'y supportent pas de rivales de leur espèce, c'est pourquoi l'arrivée d'un intrus est le signal de batailles acharnées : ces prétentions égoïstes concordent du reste parfaitement avec l'humeur acariâtre de la race.

Elles ont pour habitude de se percher sur les branches les plus hautes et les plus isolées des arbres et des buissons; de ce poste, elles surveillent tout ce qui passe près d'elles, et fondent à l'improviste sur leur proie; à défaut d'observatoire élevé, il en est qui se mettent en sentinelle sur une pierre, une taupinière ou une motte de terre, à l'exemple des Traquets, pour surprendre au passage les Mulots, les Musaraignes et autres petits mammifères qui entrent également dans leur régime alimentaire.

Leurs cris, tomCj touicj touiCy sont brefs et durs ; elles les font entendre à satiété au lever du soleil, et quand elles sont haut perchées ; elles s'accompagnent souvent de battements d'ailes et de balancements de queue. Malgré leur voix discordante, elles ont cependant une disposition remarquable à imiter le chant de certains oiseaux; d'après Vieillot, l'Écorcheur aurait la faculté de contrefaire, jusqu'à un certain point, leurs cris d'appel et une partie de leur ramage; pour les attirer plus sûrement dans ses embûches, le rusé compère se cache dans l'épaisseur d'un buisson ; les innocents, trompés par l'imitation de leur voix, se glissent à travers le feuillage et y trouvent bientôt la mort; les vieux, plus défiants, ne se laissent pas prendre à ces feintes où toujours quelque son rauque trahit la contrefaçon du faussaire.

Le vol des Pies-Grièches, inégal et précipité, ne se fait ni direc-

tement ni obliquement à la môme hauteur, mais par ondulations, par élancements successifs, de telle sorte que l'impulsion qui les porte en haut par une légère courbe, les ramène près de terre en décrivant un arc de cercle ; au temps seul de la passe, leur vol est direct : elles ont, comme le Martin-Pêcheur, l'art de se tenir en Tair dans une sorte d'immobilité, lorsqu'elles veulent épier le gibier qui s'est dérobé dans l'herbe.

Certaines espèces, telles que la Pie-Grièche grise, nichent au haut des arbres; d'autres dans les fourrés et les buissons épineux. En général, leurs nids sont construits avec beaucoup de soin ; elles les fabriquent avec de la mousse, de petites racines, de longues herbes et des ramilles artistement entrelacées; au dedans, la laine et le crin forment le matelas; elles assoient solidement ces berceaux sur des branches à double et triple enfourchure; les pontes varient de cinq à huit œufs.

Pendant l'incubation et tant que dure l'éducation des pelits, les père et mère déploient une vigilance extrême; ils ne laissent approcher aucun oiseau de leur nid; dès qu'il en paraît un, le couple vole à sa rencontre, l'assaille avec des cris de colère, et ne cesse de le poursuivre jusqu'à ce qu'il se soit éloigné de sa nichée. Les liens de famille se prolongent chez ces oiseaux bien au delà du temps où les jeunes ont besoin qu'on pourvoie à leur nourriture; malgré leur penchant pour la chair, alors même qu'ils volent comme les adultes, leurs parents restent avec eux; ils vivent ensemble l'automne et l'hiver qui suivent leur naissance, par petits groupes séparés, et ne se mêlent jamais à d'autres familles; la séparation n'a lieu qu'au printemps, lorsque la nouvelle génération se prépare, à son tour, à construire de nouveaux nids.

S'il est des oiseaux auxquels s'applique légitimement l'épithète d'omnivores, ce sont, à coup sûr, les Corbeaux. Tout leur est pâture ; ils se nourrissent de toute espèce d'insectes, de Veps, de Limaçons, de Mulots et aussi de poissons morts et de toutes matières animales en décomposition; dans leur travail de salubrité générale, ils remplissent, en Europe, les mêmes fonctions que les Urubus et les Vautours en Amérique, et nous rendent, sous ce rapport, un service réel ; d'un autre côté, leurs troupes nom-

breuses causent d'incontestables dégâts dans les champs nouvellement ensemencés, et ne respectent pas toujours non plus les petits oiseaux ni le menu gibier; en fin de compte, leur utilité balance-t-elle leurs méfaits? la question demeure encore indécise, quoiqu'elle ait été tranchée plus d'une fois en leur faveur par des ordonnances de police.

La tribu des Corbeaux, répandue dans presque toutes les contrées du globe, se distingue par un bec robuste, à bords tranchants, plus ou moins comprimé sur les côtés, garni à sa base de plumes raides et piliformes où se cachent les narines; les ailes sont longues et pointues; la queue est égale et arrondie; les

Fig. 74. Corbeau.

pieds, très- forts, se terminent par des doigts presque entièrement séparés dans toute leur longueur.

Ce groupe, l'un des plus naturels, comprend les Corbeaux proprement dits et les Corneilles; les Pies et les Geais s'y rattachent par certains caractères généraux, mais leurs mœurs présentent des particulairités qui justifient leur séparation du type générique.

Le Corbeau, étudié d'après nature et non travesti par Timaginaiion des poètes, n'est pas le ridicule et sot personnage dont la Fontaine s'est plus d'une fois moqué; c'est, au contraire, un oiseau circonspect, prudent jusqu'à la ruse, devinant fort bien les pièges, ne se laissant aborder qu'à bon escient, et qui, à l'état de liberté comme en servitude, n'est jamais embarrassé pour se tirer d'affaire.

La grande espèce (Corvus corax^ fig. 74) habite, chez nous, la

montagne ; elle reste fidèle au canton où elle a pris naissance, et ne s'en écarte que pour aller chercher sa vie dans la plaine : encore y descend-elle plus souvent Thiver que Tété, parce que, dans cette dernière saison, les vivres ne lui manquent pas, et que, redoutant les grandes chaleurs, elle trouve en hauts lieux la température fraîche qui lui convient. Quoique son habit soit entièrement noir, la couleur n'en est ni triste ni monotone ; il se glace, en dessus, de reflets cuivreux bleuâtres, et se nuance, en dessous, de vert chatoyant; chez la femelle, le fond du plumage est moins intense: c'est la seule marque extérieure avec une taille plus faible qui la différencie du mâle; la livrée des petits est simplement noirâtre, sans aucun reflet.

Plusieurs de nos espèces émigrent, d'autres demeurent avec nous toute Tannée; quelques-unes, sans sortir de France, passent d'une contrée dans une autre : simples voyages d'été. Les unes, telles que le Corbeau de montagne, nichent ordinairement au milieu des rochers et s'y abritent pendant la nuit par petites escouades composées d'une vingtaine d'individus; les autres, comme les Corneilles, se rassemblent en grandes troupes ; elles se rapprochent des lieux habités quand vient la morte saison, se tiennent volontiers au milieu des terres labourées, se rassemblent chaque soir de tous côtés, se retirent dans les forêts pour y passer la nuit, perchées sur certains arbres qu'elles adoptent, et se dispersent, le matin, à travers champs dans un rayon de dix à douze kilomètres ; vers la fin de février ou le commencement de mars, elles se confinent davantage dans les bois; toute société est alors rompue entre elles : elles se séparent deux à deux, chaque paire s'adjuge un canton d'un kilomètre environ d'étendue, et ne le quitte plus q^ue pour aller à la pâture; à part ces différences, leurs habitudes sont absolument calquées sur celles des Corbeaux.

Tous ces oiseaux ont l'odorat encore plus subtil que celui des Vautours; il les sert merveilleusement pour éventer, à de grandes distances, les proies mortes dont plusieurs se repaissent avec délices; dans ce cas, une forte odeur s'attache à leur corps. A la différence des Geais et des Pies qui s'avancent par sauts répétés, les Corbeaux marchent posément, à pas comptés et d'un air magistral; mais si leur allure à terre est quelque peu lourde et sentant l'obésité, elle est tout autre en l'air : ils s'y jouent avec grâce et légèreté, planent avec aisance, ont 1^ vol soutenu et très-élevé, résistent aux vents les plus impétueux, tantôt s'abandonnant à la tourmente, tantôt luttant contre ses courants, et

toujours se balançant capricieusement dans l'espace. L'antiquité païenne avait fait une étude spéciale des diverses circonstances de leur vol; elle regardait les Corbeaux comme des oiseaux de sinistre augure et les consultait jusque dans leurs croassements pour tâcher de découvrir l'avenir; à défaut de renseignements précis sur les événements futurs, les aruspices pouvaient du moins pronostiquer, d'après leurs évolutions, les variations du temps : les Corbeaux, en effet, pressentent, comme beaucoup d'autres espèces, les changements atmosphériques. On a remarqué que dans les jours sombres où la pluie menace, ils volent près de terre et croassent fréquemment ; lorsque l'air est calme et serein, ils se tiennent dans les sphères élevées et jettent un cri particulier qui ressemble à un cri d'appel ; quand la gelée est instante, ils passent et repassent par nombreux escadrons, principalement vers le soir, en répétant, de temps à autre, leur mot de ralliement : coâk^ coâk.

Leur voix, bien que très-rude, est susceptible d'inflexions variées. Indépendamment du cri rauque et lugubre qui forme leur langage ordinaire, ils savent rendre leurs sensations par des intonations expressives; dans leur contact familier avec l'homme, ils imitent sans peine l'aboiement du Chien, les miaulements du Chat, et contrefont, d'un air narquois, notre propue voix, quoiqu'ils n'aient pas la langue charnue, épaisse et arrondie des Perroquets. Soupçonneux et défiants par tempérament, s'ils veillent avec soin à leur propre sûreté, ils ne s'alarment pas à tout propos comme tant d'autres espèces timides, ils poussent même le sang-froid jusqu'à l'audace; ils calculent, pour ainsi dire, la portée du danger, sa gravité, son imminence, laissent passer, sans se distraire de leurs occupations gastronomiques, les femmes, les enfants, tandis qu'ils ont bien soin de se tenir à une distance respectable de quiconque est armé d'un fusil. Sentent-ils la poudre, comme on le croit vulgairement? La chose n'est pas impossible : ils flairent si bien des émanations imperceptibles qui nous échappent; peut-être, dans ce cas, se tiennent-ils sur leurs gardes parce qu'ils ont déjà fait l'épreuve de l'arme dangereuse; ils s en souviennent, et dès lors, à Taspect du fusil, ils lèvent le pied.

Les rassemblements, si fréquents chez là plupart des Corbeaux, attestent plutôt Thabitude qu'ils ont de fourrager ensemble, que l'aménité de leurs mœurs; s'ils ne se chamaillent pas lorsqu'ils sont attablés à la môme curée, c'est que, mangeant de

tout, ils trouvent toujours abondamment de quoi faire ripaille; dès lors nul motif pour eux de se disputer ou de se fuir les uns les autres ; l'humeur atrabilaire et jalouse, si souvent compagne de la misère, ne les atteint pas, puisqu'ils ne connaissent pas les privations. Ils n'en sont pas pour cela d'un caractère plus endurant : les Corbeaux appariés ne souffrent point d'oiseaux de proie au voisinage de leur nid; quand le Milan fait mine d'en approcher, le mâle prend aussitôt son essor, s'efforce d'avoir le dessus sur le Rapace, se rabat sur lui et l'assaille à coups de bec. Loin de perdre son audace en captivité, il s'y montre souvent hargneux, malicieux et despote. Il en veut surtout aux jambes des étrangers, témoin ce Corbeau de Compiègne à qui ne manquaient ni bon souper ni bon gîte, et qui trouvait plaisant de reconduire à coups d'épée les clients de son maître, dans la pensée sans doute qu'on n'avait pas besoin de médecin pour se bien porter. On sait l'antipathie des Corbeaux pour les Chiens et les Chats; non-seulement ils leur disputent leur pitance jusque dans leur propre gamelle, mais il n'est sorte de misères qu'ils ne leur fassent : quand ils en surprennent un dans son sonmieil, ils le tirent brusquement de ses rêves en lui appliquant un fort coup de bec sur la queue ; c'est ce qui fait sans doute que tous les animaux les redoutent, et que nul d'entre eux ne s'avise de leur chercher querelle, pas même les Rapaces.

Leurs dispositions batailleuses ne sont pas leur seul défaut ; ils ont la manie de cacher tous les petits objets brillants qu'ils rencontrent, pièces de monnaie, morceaux de métal, ustensiles de ménage. Leur instinct de prévoyance les rend thésauriseurs et presque avares; ils enfouissent les restes de leur repas dans le premier trou qui se présente, se servent adroitement de leur bec pour recouvrir le garde-manger occulte de pierres, de terre, de brindilles, et font encore usage de leurs mandibules pour charrier, sans les casser, les œufs de poule qu'ils ont volés. Quelques bonnes qualités pourtant compensent leurs torts. Pris jeunes, ils s'apprivoisent facilement et ne sont pas insensibles aux soins qu'on leur a donnés pendant le premier âge; ils pous sent même la délicatesse jusqu'à ne point se servir de leurs ailes pour recouvrer leur liberté ; une fois privés, ils sont comme prisonniers sur parole, se contentent de l'indépendance qu'on leur accorde, se bornent à voler autour de leur échoppe adoplive, se perchent sur les toits environnants, reviennent fidèlement au logis, et se posent familièrement sur l'épaule ou sur le chef de

leur père nourricier, qu'ils savent du reste fort bien distinguer des autres personnes.

Les Corbeaux se réunissent par paires de très-bonne heure, en mars ordinairement. L'espèce montagnarde fait son nid tantôt dans les crevasses des rochers, tantôt au milieu des Vieilles tours abandonnéeSy et quelquefois aussi au sommet des grands arbres. La femelle pond cinq ou six œufs d'un vert bleuâtre, marquetés de taches et de traits obscurs. L'incubation dure trois semaines ; le mdle en partage les fatigues alternativement avec sa compagne, et, tandis que celle-ci reste, la nuit, sur les œufs, il dort perché tout près du nid et prend soin de la couveuse pendant le jour. Peu d'oiseaux prolongent autant que les Corbeaux l'éducation de leurs petits ; ils leur dégorgent la nourriture longtemps après leur sortie du nid, et les gardent en tutelle alors qu'ils pourraient se passer tout à fait de leurs soins; le Corbeau de montagne, quinze jours après que les petits ont quitté leur berceau, les emmène chaque matin en excursion avec lui, et les ramène chaque soir sur leur rocher : la famille entière ne se sépare pas de tout l'été.

Les Corneilles ont un autre mod§ de nidification. Elles placent le plus souvent leur nid à la cime des arbres ou 4 une moyenne hauteur. Son enveloppe se compose de petites branches entrelacées grossièrement de brindilles épineuses et mastiquées de ciment terreux ; le sommier intérieur est fabriqué avec de petites racines, sans plumes ni crins, tout à fait en harmonie avec le tempérament de ces robustes natures. Toutes, ainsi que l'espèce de la montagne, déploient un grand courage pour défendre leurs nichées menacées par les Buses, les Cresserelles; elles fondent sur elles avec impétuosité, les attaquent corps à corps, et presque toujours les repoussent victorieusement.

Sauf la Corneille mantelée (Corvits cornix)^ de passage seulement en France l'hiver, et qui retourne en mars dans le nord de l'Europe, les autres Corbeaux indigènes nous restent toute l'année. Le Corbeau de montagne, la Corbine et la Crave sont sédentaires; les Freux (C. frugilegus) et les Choucas (C. monedula)y sans émigrer hors du pays, disparaissent pour plusieurs mois, après leurs couvées terminées. De toutes nos espèces, la Corbine est celle qui se rapproche le plus du grand Corbeau de montagne par sa taille, son plumage et son mode de vivre; mais certaines habitudes l'en distinguent. Excepté l'époque des nichées, elle vil toujours par grandes troupes, passe Tété dans

les forêts, fait une grande consommation d'œufs de perdrix, se mêle, rhiver, avec la Corneille mantelée et les Freux dans les champs cultivés, où on la trouve presque toujours à terre pendant le jour, errant parfois avec les troupeaux, et suivant assidûment les laboureurs pour ramasser les larves découvertes par la charrue : elle niche toujours sur les arbres.

La Corneille mantelée (fig. 75) tire son nom de son manteau de couleur cendrée; sa tête, ses ailes et sa queue sont noires avec des reflets bleuâtres. A peu près de même taille que la Corbine, elle a le même vol et le même son de voix; elle se ras-

Fig. ?;>. Corneille mantelée.

semble en troupes nombreuses, fréquente les bords de la mer, s'y nourrit de poissons morts et en pêche de vivants à la surface des flots, comme les Goélands. La Corneille mantelée s'avance aussi dans Tintérieur des terres, s'y mêle aux Freux et à la Corbine, et craint si peu la présence de l'homme, qu'elle s'approche de ses habitations et vient chercher pâture sur ses fumiers et parmi les immondices ; elle nous quitte aux premiers beaux jours du printemps pour aller nicher dans les contrées septentrionales.

Les Choucas ne dépassent guère la grosseur du Pigeon biset;

leur plumage, d'un noir peu foncé, tire sur le cendré autour du cou et sur le ventre. Leur nourriture consiste surtout en insectes, en petits mollusques, en vers de terre et en graines de toute espèce. Une fois appariés, ils ne se quittent plus ; ils ne s'isolent pas ainsi que les espèces précédentes, ils placent, au contraire, leurs nids & proximité les uns des autres, à la cime des arbres les plus élevés ou dans les trous les plus rapprochés d'un même édifice, clochers, tours, ou vieux châteaux en ruine. Pendant Tété, ils couchent dans les bois, reviennent à l'automne, principalement vers le milieu du jour, visiter leur domicile accoutumé, et se répandent ensuite dans les terres fraîchement labourées qu'ils purgent des larves du Hanneton.

Les Freux, un peu plus grands que les Choucas, sont reconnaissables à leur plumage entièrement noir, enrichi de reflets pourprés sur les ailes et le corps, moins vifs sur les parties inférieures, et tournant au vert métallique sur la queue. Ils vivent toute Tannée en troupes plus ou moins nombreuses, et se nourrissent surtout de grains, de lombrics, de larves d'insectes, comme les Choucas, dont ils ont à peu près les mœurs. Ils commencent à bâtir leurs nids en mars, les placent à côté les uns des autres au sommet des grands arbres. Pendant que le ménage y travaille, et que le mâle ou la femelle est à la recherche des matériaux de construction, l'autre fait sentinelle pour le garder; sans cette précaution, les couples du voisinage n'auraient rien de plus pressé que de le piller à leur profit. La ponte est de quatre ou cinq œufs d'un vert clair, taché et rayé de brun. A l'époque de leurs couvées, ces oiseaux ne cessent de jaser à leur façon, d'une voix rauque et criarde, encore plus discordante que celle des Corbeaux.

Une dernière espèce enfin se distingue de toutes les précédentes par son bec grêle, arqué, un peu plus long que la tête, de couleur rouge ainsi que les pieds : c'est la Crave. Elle habite nos Alpes françaises et surtout les Pyrénées, vit d'insectes et de graines, vole avec une extrême légèreté , en se livrant à une foule d'évolutions charmantes que le savant Ramond a poétiquement célébrées dans son Voyage au Mont-Perdu; son vol est presque toujours accompagné de cris aigus et perçants, qui n'en égayent pas moins la solitude des hautes montagnes. 6. Cuvier, d'après la structure du bec, a rangé la Crave parmi les Huppes; Vieillot en a fait son genre Coracias : ne convenait-il pas mieux d'attribuer une plus large part aux mœurs de cet oiseau et, par-

▲MMAUZ Dl Là PaiNCB. 16

tant, de le mettre à la suite des Corbeaux, si Ton ne voulait pas le comprendre dans leur groupe?

LA PIE {Pica garrula).

On ne saurait le nier, la Pie (fig. 76) n'occupe pas le dernier rang parmi les espèces nuisibles. Elle nous débarrasse, il est vrai, d'un certain nombre de larves de Hannetons, de Mulots et de Campagnols maudits, mais il s'en faut bien qu'elle borne là sa nourriture. Ainsi que les Corbeaux, elle est omnivore;

Fig. 76. Pie.

comme eux, elle va à la charogne; mais, de plus que ces oiseaux voraces, elle a l'instinct du pillage et de la déprédation. Elle •chasse au menu gibier, détruit, dans leurs œufs, une quantité d'Alouettes et de Perdrix, attaque Levrauts et Lapereaux, poursuit une foule de petits oiseaux incapables de se défendre, et ne manque jamais de profiter du lacet pour déchiqueter les Grives «t les^ Merles qui s Y sont laissé prendre. Ses dégâts dans les jardins et les vergers ne sont ignorés de personne; elle n'attend pas la maturité des poires et des pommes pour les déguster : elle

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