LA PIE
les entame encore vertes, les creuse et les vide avec une adresse surprenante, en ne leur laissant que la peau. Dans les champs cultivés, elle déterre les vesces, les pois et les féveroles déjà germes, dévaste les semis dans les forêts, et enlève eiîrontément es poussins, en pleine basse-cour, malgré la vigilance de leur mère; tous ces griefs méritent un châtiment exemplaire: c'est pourquoi les gardes-chasse les tuent à coups de fusil et les accrochent ensuite au gibet des malfaiteurs.
A part ses crimes tout à fait pendables, la Pie est un bel oiseau, à la taille svelte et dégagée, leste dans ses allures, paré d'une jolie robe où ne se montrent pas seulement le blanc et le noir qui forment le fond de son plumage, mais ob brillent encore le vert doré, le pourpre et le violet, lorsqu'on l'observe sous une certaine lumière ; ces reflets métalliques s'étalent jusque sur la queue; la Pie la porte longue et étagée, et la met gaillardement en branle, à la façon des Lavandières.
Ses mœurs ont plus d'une ^analogie avec celles des Corbeaux. Le printemps est à peine arrivé, que la Pie prépare déjà le berceau de sa prochaine lignée. Son nid est construit avec art; elle ne néglige rien pour le placer en lieu sûr et lui donner de la solidité. Le plus souvent, elle le loge au haut d'un grand arbre, isolé autant que possible, afin de mieux voir venir l'ennemi. Le mâle et la femelle s'y emploient avec zèle ; ils Tappuient sur une fourche qu'entourent d'autres branches et que dissimulera plus tard un feuillage épais. Sa muraille est fortifiée de bûchettes flexibles reliées entre elles par un mortier de terre gâchée; le matelas, de forme orbiculaire, se compose de racines et de quelques autres substances souples et molles, et pour le défendre contre les envahisseurs, le couple l'enveloppe en entier d'une chemise à claire-voie, consistant en rameaux épineux habilement entrelacés, qui ne laissent d'ouverture que du côté le mieux protégé, et juste assez grande pour permettre aux père et mère d'entrer et de sortir (fig. 77). La ponte est de six ou sept œufs vert-bleu, tachetés de brun, principalement au gros bout. En général, il n'y a qu'une ponte chaque année; mais si elle vient à être troublée ou détruite, une seconde et une troisième se succèdent, coup sur coup, toujours de moins en moins abondantes. Le mâle et la femelle couvent alternativement. Les petits naissent aveugles et sont l'objet d'une vive sollicitude de la part de leurs parents, sans cesse aux aguets pour surveiller les alentours du nid ; tout oiseau de proie, toute
Corneille qui rôde dans les environs est à l'instant pourchassée & grands cris, quelles que soient sa taille et sa force; ce dévouement, payé plus d'une fois de la vie, ne se dément pas jusqu'à
Fig. 77. Nid de la Pic.
la fin de l'éducation, qui est fort longue, car les petits sont très tardifs à se suffire à eux-mêmes.
Ces derniers, pris au nid, s'apprivoisent sans peine et se familiarisent au point de devenir de véritables tyrans domestiques pour les animaux qui les entourent. Ils leur jouent toute espèce de mauvais tours, les harcèlent, les empêchent de dormir, les