‹ Les animaux de la FranceChapitre 35 sur 126 · LA PIE · texte numérisé non relu

LA PIE

troublent dans leurs jeux quand ils ne font pas pis encore en cherchant à leur sauter au nez ou à se percher sur leur dos, sous prétexte de leur éplucher Téchine. Ils ont aussi cependant leurs moments de bonne humeur; il n'est pas rare de les voir en parfaite harmonie avec leurs compagnons de servage, doucement accroupis entre Chien et Chat, réalisant, en trio, la trêve pacifique d'un heureux phalanstère.

La Pie assujettie à une demi-captivité n'est ni moins voleuse ni moins cachotière que les Corbeaux ; elle accapare tout objet minime qui brille ; elle entasse aussi en magasin ce qui peut lui servir plus tard de pâture, obéissant ainsi à son penchant instinctif pour l'épargne. A l'état de nature, en effet, quand lautomne est venu, cet oiseau fait provision de glands, de noisettes et de différentes graines ; il les dépose au bord d'un trou et les y fait entrer à coups de bec, jusqu'à ce qu'il n'en paraisse plus rien au dehors. D'après Sonnini, ses silos sont quelquefois bien remplis ; et lorsque à l'approche de l'hiver on voit, en pleine campagne, des couples de Pies faire vacarme et se battre, on peut être certain que les approvisionnements en sont cause, et que la cachette n'est pas très-loin du champ de bataille.

Il va sans dire que, dans leurs disputes, les Pies ne s'épargnent pas les gros mots; elles sont naturellement très-babillardes, jabotent et ramagent souvent toutes seules, uniquement pour se tenir en haleine et passer le temps : aussi leur loquacité est-elle devenue proverbiale. Chaque soir, au moment où le soleil est sur le point de disparaître à l'horizon, elles se rappellent amicalement par de petits cris de ralliement; c'est leur manière de s'inviter à venir passer la nuit ensemble sous le môme taillis : on sait qu'elles y dorment d'habitude, plutôt qu'à la cime des grands arbres ; ceux-ci, en revanche, leur servent de station de jour. A certaines heures de la journée, quand il fait beau, elles aiment à échanger, d'un arbre à l'autre, leurs conversations ; mais, quoique tout entières en apparence à leurs longues causeries, elles ne se relâchent pas de leur défiance et ont toujours un œil furtif sur tout ce qui se trame autour d'elles ; que, sur ces entrefaites, vienne à passer un homme, elles jettent aussitôt le cri d'alarme; toutes les commères du voisinage de leur répondre sur le même diapason : c'est le signal d'une fuite générale. En captivité, la Pie ne renonce pas à son talent de parole; sans qu'on le lui enseigne, elle apprend bien vite à contrefaire la voix des bêles ses compagnes et celle même de

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riiomme; après un court exercice, elle prononce, sans trop d'accent patois, certains mots de notre vocabulaire, et répète avec emphase son surnom plébéien de Margot.

Une fois appariées, les Pies vivent la plus grande partie de Tannée dans les bois ; l'hiver, elles se réunissent en petites troupes, mais qui n'ont qu'une durée temporaire; elles se rapprochent alors des habitations et ne s'écartent guère des vergers et des jardins, par suite sans doute des ressources qu'elles y trouvent, et non par attraction pour notre espèce. Leur vol, bien moins élevé et bien moins soutenu que celui des Corbeaux, s'explique très-bien par la brièveté de leurs ailes ; elles ne se portent jamais qu'à de faibles distances, sous bois comme en plaine; mais lorsqu'elles mettent pied à terre, elles ne font que sauter, gambader; dans la belle saison, quand le temps des couvées est passé, il n'est pas rare de voir leurs familles s'ébattre joyeusement sur la pelouse, en s'agaçant mutuellement par des cris significatifs et des danses bizarres : on leur passerait volontiers ces jeux folâtres, s'ils n'étaient promptement suivis d'actes plus coupables sur les fruits du propriétaire qui, dans ses rêves opulents, n'a oublié qu'une seule chose, la visite des rusées friponnes.

LE GEAI {Graculus glajidanus).

Le Geai (figure 78), très-proche voisin de la Pie dont il rappelle certaines habitudes, s'en dislingue par plusieurs particularités et par des caractères spéciaux. Son bec épais, robuste, à bords tranchants, s'incline brusquement à la pointe de la mandibule supérieure; le sommet de sa tête est garni de petites plumes mobiles qui se redressent sous l'influence de la passion; on le reconnaît du reste facilement au bel écusson émaillé de bleu clair, de bleu foncé et de noir qui décore ses ailes.

L'espèce répandue dans loute l'Europe et jusque sur les montagnes de la Sibérie appelle l'attention par la variété et l'élégance de ses couleurs. Son front est orné d'un toupet de plumes noires, bleues et blanches ; ses joues sont peintes de gris-cendré vineux; son dos, son cou, les couvertures de ses ailes, sa poitrine et le haut de son ventre sont parés des mêmes teintes, tandis que la gorge et le bas du ventre présentent une couleur blanchâtre; ses ailes, bien que plus longues, à proportion, que

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