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LE GEAI

celles de la Pie , ne lui donnent un vol ni plus rapide, ni de plus longue portée.

Le Geai, d'humeur pétulante et irascible, prend feu au moindre prétexte; dans ses accès de colère, il oublie jusqu'au soin de sa propre conservation ; dans ses batailles printanières avec ceux de sa propre espèce, la fureur le rend aveugle : il se jette, à tort et à travers, au milieu des taillis épais, donne tête baissée entre deux branches, et y reste parfois étranglé et pendu ; à l'état de

Fig. 78. Geai .

nature comme en captivité, il se tourmente d'une agitation continuelle, et trahit son tempérament inquiet et susceptible par la brusquerie de ses mouvements.

A l'exemple de la Pie, il vit, en hiver, de glands, de faînes, de noix ; en été, son régime est moins exclusivement frugivore; aux pois, aux sorbes, aux groseilles et aux cerises dont il est trèsfriand, il môle les insectes et les vers, et, pour justifier son titre d'omnivore, propre à tout le genre Corbeau, il mange aussi les œufs des petits oiseaux et n'épargne même pas ces derniers quand la faim ou la tentation le presse; il leur crève d'abord les yeux,

leur mange ensuite la cervelle et dédaigne le reste. Thésauriseur comme tous ceux de sa race, il n'a pas, aussi bien que les Pies el les Corbeaux, la mémoire des trous où il a enfoui ses provisions ; il en résulte qu'il travaille souvent pour les autres : ses magasins se reconnaissent, au printemps, aux essences forestières qui lèvent extrêmement drues sur un même point el dénotent, par là, la cachette de son infructueuse économie.

La voix des Geais n'a rien d'harmonieux, ce qui ne les empêche pas de prodiguer leurs cris rauques et discordants ; malgré leur infériorité musicale, ils ont cependant une faculté remarquable d'imitation, ils contrefont assez habilement les cris des autres oiseaux ; au printemps, ils font entendre, à travers leurs volées buissonnières, une sorte de bêlement plaintif qui ne manque pas d'une certaine douceur, et diffère complètement de leur accent ordinaire : ils annoncent, de cette manière, leur prochaine entrée en ménage.

Le Geai, éminemment sylvicole, se tient plus fréquemment à la lisière des bois que dans la profondeur des forêts; il ne s'aventure en plaine que pour se transporter d'un point à un autre, il n'y séjourne jamais. En revanche, il fait volontiers une halte dans les remises boisées; il visite aussi les vergers, mais & la condition de n'être pas très-éloignés de son domicile habituel ; il n'a jamais l'audace effrontée de la Pie, qui vient jusque dans les cours de ferme exercer ses pirateries; à la moindre alerte, à l'aspect du premier passant, il sonne l'alarme, et tous les Geais du voisinage répètent aussitôt le cri de sauve-qui-peut. Généralement sociables entre eux, ils ont l'instinct de s'avertir quand ils aperçoivent une bête de rapine; à peine l'un d'eux a-t-il signalé Putois ou Renard, de tous côtés les Geais se réunissent en troupes, comme pour en imposer à l'ennemi par le nombre. C'est à qui vociférera avec le plus de fureur contre le bandit ; ils lui font ainsi la conduite par leurs cris furieux, jusqu'à ce qu'ils l'aient assourdi, ahuri, et qu'ils l'aient forcé, par ce vacarme mutuel, de quitter le canton. La Chouette ne les met pas moins en branle ; dès qu'ils l'entendent, ils se précipitent sur elle et sont toujours des premiers à venir à la pipée.

Sous le climat de Paris, les Geais commencent à s'apparier vers la fin d'avril ou le commencement de mai. Leur nid n'est pas une œuvre d'art ni de longue haleine; quelques bûchettes, plus ou moins grossièrement entrelacées, servent de point d'appui à un simple assemblage de racines et d'herbes filamen

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