LE MERLE
prison, et, grâce à son excellente oreille musicale, il se montre aussi docile qu'ingénieux à répéter les airs qu'on lui apprend; son chant naturel néanmoins vaut mieux que la science de ses professeurs artiQciels.
A l'état de liberté, comme à l'état sauvage, le Merle s'accommode de toute espèce de nourriture; son long bec effllé ne dédaigne ni les Vers ni les Limaçons; il sait parfaitement les découvrir sous les feuilles mortes où ils se cachent, et s'inquiète peu des coquilles dont il extrait habilement son gibier. Quoiqu'il recherche les mollusques cloisonnés, ses prédilections sont pour les fruits succulents : groseilles, figues, prunes, mûres, cerises et baies de sorbier, sont pour lui des tentations auxquelles il succombe chaque fois que l'occasion s'en présente, au risque d'attraper un coup de fusil ou de laisser tête ou pattes dans un lacet. Dans les pays méridionaux, il se jette avec avidité sur les baies de myrte, sur le raisin, sur les olives, et il s'en gorge au point de passer presque sans transition de la maigreur à l'état dodu : les gourmets ne lui en font pas un crime, sa chair doublée de graisse vaut le meilleur gibier.
Le Merle est toujours debout dès l'aube du jour. Avant même la fin de l'hiver, les alliances sont déjà nouées, et il n'est pas rare de voir des petits de la première nichée vers le 20 avril. Son nid ressemble beaucoup à celui de la Grive, extérieurement du moins. 11 est fabriqué avec de la mousse, des petites tiges de graminées, des herbes sèches cimentées de limon ; des substances plus fines, plus moelleuses et plus chaudes le garnissent à l'intérieur. Le mâle et la femelle y travaillent ensemble aussi : est-il promptement achevé. Ils le placent ordinairement assez près de terre, tantôt dans un buisson, tantôt au fond d'une cépée, quelquefois au ras du sol, mais le plus souvent & la bifurcation des premières branches, ou sur la coupole d'un arbre étété; on y trouve quatre ou cinq œufs d'un vert bleuâtre, marquetés de nombreuses taches de rouille. Le mâle couve ainsi que la femelle, et partage avec elle tous les soins de l'éducation. Le naturel méfiant de ces oiseaux semble augmenter encore à l'époque de la ponte; pour peu qu'on touche à leurs œufs, ils les abandonnent; les petits sont également délaissés lorsqu'une main indiscrète s'est glissée dans le nid ; mais si on ne les visite que lorsqu'ils sont déjà forts, le père et la mère continuent de les abecquer. Ils s'en occupent du reste avec une grande sollicitude ; à tout moment ils leur apportent des Vers, des Chenilles, des
larves de toute espèce, régime du premier ôge; plus tard, quand les jeunes sont emplumés et presque en état de se suffire, les fruits rouges, les cerises particulièrement, composent une bonne partie de leur nourriture; à peine sont-ils en état de voler, qu'ils vont vivre chacun de leur côté; les père et mère se livrent alors à une nouvelle couvée.
La mue a lieu à la fin de Tété ; elle précède de peu de temps rémigration générale. Gueneau de Montbeillard affirme que les Merles ne changent pas de contrée, et qu'ils se bornent à choisir, dans celle qu'ils habitent, Tasile qui leur convient le mieux pour passer la saison rigoureuse; cet excellent observateur s'est mépris sur ce point. Il est bien vrai que toujours, parmi les Merles, il en est de sédentaires, mais l'espèce, en général, émigré dans le courant de l'automne ; la pénurie des vivres, plus que le froid, les chasse des cantons où ils sont nés. Les vieux partent les premiers, sans se mêler aux jeunes, môme de leur famille; une fois séparés, ils demeurent étrangers les uns aux autres, et, fidèles à leurs habitudes solitaires, ils suivent des routes différentes, cheminant tout au plus par petits groupes de trois ou quatre individus qui ne se convoient même pas, puisqu'ils laissent une certaine distance entre eux. Leurs trajets sont plus ou moins rapides, selon que le temps les favorise ou les contrarie; lorsque l'air est calme, ils se tiennent dans la région moyenne de l'air; le vent souffle-t-il avec force, ils côtoient le plus possible la terre et ne font que de petites journées; à la fin, tous, sauf la part plus ou moins légitime de l'oiseau de proie, arrivent à leur destination. Pour les uns, c'est l'Espagne ou l'Italie qui est le point de débarquement; d'autres poussent plus loin, jusqu'en Afrique; beaucoup s'arrêtent en Sardaigne et en Corse ; dans cette dernière station d'hiver, ils trouvent un vrai pays de cocagne : maquis de myrtes, de lentisques, d'arbousiers et d'oliviers chargés de fruits, en d'autres termes, toute une existence plantureuse, sous un climat de serre tempérée.
Suivant le dicton gastronomique, les Merles ne viendraient qu'au second rang, après les Grives ; mais tout palais délicat proteste contre cette hérésie. Sans contester le mérite de la Grive provençale parfumée de genièvre, ni celle des pays vignobles où la gourmande s'oublie parfois jusqu'à l'ivresse, comme plus d'un musicien, on peut affirmer que la meilleure Grive est loin de valoir le Merle dont le myrte a moulé la corpulence; deux mois de ce régime sur la côte orientale de la Corse font du
sybarite ailé un gibier à mettre en regard de la Caille pour Tobésité et la finesse, avec un fumet bien plus exalté. La Sardaigne, dans des conditions analogues de climat et de produits similaires spontanés, offre sans doute à ses Merles voyageurs une terre aussi hospitcdière que celle de Corse, mais, à coup sûr, elle ne l'emporte pas pour la qualité de ses hôtes emplumés. Le Merle de Corse est le roi du menu gibier, et il ne manque à sa gloire que d'avoir été prôné par Brillât-Savarin ; malheureusement pour ce palais délicat, le Merle de Corse, faute de bateaux à vapeur, n'arrivait pas en ce temps jusqu'à Paris ; depuis, il y fait chaque année de nombreuses apparitions, à la satisfaction complète des fins gourmets.
Les Grives, du môme genre Turdus que les Merles, présentent les mômes caractères zoologiques : bec comprimé et arqué, sans crochet à la pointe; mais elles forment une section distincte des Merles par les grivelures de leur plumage, moucheté sur la poitrine de taches brunes semées régulièrement; elles vivent de baies, de Vers de terre, de petits mollusques; elles fréquentent les bois, les haies, les vergers et les jardins, cultivent avec succès la musique, et, comme le dit spirituellement Toussenel, « elles chantent au môme pupitre que le Merle, et rôtissent à la môme broche. »
Nous possédons quatre espèces de Grives en France : la Grive de vigne, la Draine, la Lilorne et le Mauvis ; les deux premières passent toute Tannée chez nous et y bâtissent leur nid ; les deux autres n'y sont que de passage; elles arrivent à l'automne en bandes nombreuses, pour nous demander un asile contre les froids du Nord, et repartent, en troupes, au printemps, pour aller nicher dans les contrées septentrionales de l'Europe. Pendant leur séjour temporaire dans nos climats, elles ne font que gazouiller et ne ramagent pas, réservant sans doute leur chant d'amour pour les pays où naissent leurs petits.
Chacune de ces espèces a sa biographie particulière où se reflètent les habitudes générales de la race.
Première espèce. — La Grive de vigne ou Grive chanteuse (Turdus mvsicvSj Og. 80] est une des premières & annoncer le
printemps; les arbres n*ont pas encore débourré, qu'elle profite d'un beau soleil de février pour proclamer à haute voix le prochain réveil de la nature. Perchée à la cime des arbres les plus élevés, elle jette du haut de cette tribune ses notes harmonieuses et sonores. Dans les beaux jours, elle les redit, du matin au soir, pendant des heures entières, et elle les fait entendre jusque dans le mois d'août; passé ce temps, elle n'a plus qu'un cri précipité, zip, zip, qui s'échappe rapidement de son gosier quand elle s'envole effrayée.
Cette espèce, caractérisée par sa couleur générale gris-brun, sa poitrine blanchâtre avec des taches plus petites que sur le fond blanc du ventre, habite de préférence les bois; mais à l'époque des vendanges elle se rapproche des vignobles et y passe la plus
Fig. 80. Grive chanteuse.
grande partie du jour. Son goût ou plutôt sa passion pour le raisin est extrême; une fois attablée, elle s'en donne à cœur joie et s'y oublie à en perdre le sentiment; en cage, elle pousse plus loin encore Tamour du vin, témoin cette Grive de Linné qui se grisait régulièrement une fois par jour et qui finit par en devenir chauve : il ne fallut rien moins qu'une saison entière d'eau pure pour que son chef retrouvât son ornement naturel.
Grâce à cette affection désordonnée pour le jus de la grappe, d'immenses légions de Grives de la môme espèce s'abattent chaque année sur la France. Elles se jettent à corps perdu dans nos vignes, laissant alors de côté toute prudence, et ne sortant, en général, de leurs banquets prolongés que les jambes alour-
dies, la vue nébuleuse et le cerveau passablement troublé. Mais si bien qu'elles s'y trouvent, elles ne couchent jamais dans les vignes: elles se retirent, pour dormir, dans les bois et les taillis environnants, non toutefois sans avoir fait plus d'une pause sur les arbres les plus proches avant de gagner leur gite. On sait que plus le raisin est mûr, plus ces oiseaux avinés éprouvent le besoin de multiplier leurs stations momentanées; aussi, à l'époque des vendanges, les pièges sont-ils dressés de toutes parts pour les prendre; les Grives donnent dans tous : raquettes, gluaux, collets de crin et filets ; c'est par centaines que les tendeurs habiles en font un butin journalier. Malgré ces hécatombes plus multipliées dans Test de la France que partout ailleurs, le nombre des Grives ne parait pas diminuer ; le Nord, chaque année, nous envoie ses légions pour combler les vides. Dans la saison chère à Bacchus et aux chasseurs, on rencontre des Grives partout; il en jaillit, à chaque instant, de la lisière des bois, des haies, des buissons et des arbres isolés ; à voir celte abondance reparaître tous les ans, on dirait une nouvelle manne tombant, à époque fixe, comme une rente bénie du ciel.
Indépendamment des Grives chanteuses indigènes qui s'invitent à nos vendanges, il nous en arrive du dehors des quantités prodigieuses pour prendre part au festin. D'après Toussenel, « la masse descendrait en ligne droite des Alpes Norvégiennes et s'ébranlerait vers le commencement de l'équinoxe d'automne. Les premières Grives de saison apparaissent le 10 octobre dans la zone de Paris ; le passage dure trois semaines au plus, et se termine généralement le 28. Le gros de l'armée émigrante suit les vallées du Rhin, de la Meuse, de la Saône ; mais de nombreuses divisions s'en détachent pour gagner l'Espagne par les vignobles du Poitou, de la Saintonge et de la Guienne, et prendre leurs quartiers d'hiver sur les rives du Tage, du Guadiana et du Guadalquivir ; le reste se dissémine dans les autres péninsules de l'Europe méridionale et aussi dans les archipels. Quelques faibles partis se hasardent à franchir la mer, mais le chiffre de ces voyageurs aventureux est toujours fort restreint. Après avoir payé un large tribut de chair à toutes les contrées où elles ont fait séjour, les Grives de vigne reprennent le chemin du Nord aux environs de l'équinoxe de mars. » Lorsque les raisins ont disparu, la Grive chanteuse se nourrit des fruits du genévrier, du myrte, du lentisque, de l'olivier, du lierre. Les Vers et les mollusques terrestres sont encore une précieuse ressource pour elle dans
la mauvaise saison; elle avale d'un trait les petits Escargots; quant aux gros Limaçons, elle casse habilement leur coquille en la frappant contre les pierr-es avant d'en faire curée. Au retour du beau temps, elle reprend son régime végétal, mais avec des variantes : dès que les cerises paraissent, elle leur rend visite, et, à rexemple des Sansonnets, des Merles et des Loriots, elle n'épargne ni merises, ni groseilles, ni les autres fruits succulents.
La Grive chanteuse est l'espèce qui prend le plus facilement de l'embonpoint : les anciens ne l'ignoraient pas; chez les Romains, on en engraissait des milliers en les tenant à l'étroit, dans des chambres presque totalement obscures, loin de tout bruit et de tout ce qui pouvait les distraire de leurs graves occupations : manger et dormir; les baies de myrte et le grain de millet leur étaient prodigués sans mesure, et l'on y ajoutait, comme couronnement, une pâtée composée de farine et de figues sèches broyées; elles s'abreuvaient, enfin, à un filet d'eau courante qui traversait la grivière. Au bout de très-peu de temps, les heureuses captives devenaient assez grasses pour être portées au marché ; au dire des historiens, elles étaient d'un fort bon rapport, puisque chacune d'elles, hors des temps de passage, se vendait jusqu'à trois deniers, c'est-à-dire 1 fr. 50 de notre monnaie.
La Grive chanteuse place son nid dans les buissons épineux, ainsi que dans les pommiers et les poiriers, et toujours à une faible hauteur. Sa construction est remarquable : elle le bâtit extérieurement avec de la bouse de vache, et elle l'enduit, à l'intérieur, d'une sorte de mastic fabriqué avec des débris de bois vermoulu qu'elle relie les uns aux autres en y versant de son suc gastrique; cinq ou six œufs d'un bleu pâle, glacé de vert, avec des taches rougeâtres et noires y sont déposés à cru. Le mâle prend sa part des fatigues de l'incubation. Il y a toujours deux couvées par an, et souvent encore une troisième lorsque les deux premières ne sont pas venues à bien ; les petits se dispersent aussitôt qu'ils sont en état de vivre de leurs propres ressources.
Les Grives chanteuses, quand elles se déplacent pour aller gagner d'autres contrées, voyagent seules et de nuit, comme le Merle; toutefois on les trouve souvent par petits groupes ou du moins à peu de distance les unes des autres.
DEUXIÈME ESPÈCE. — La Draine (Turdus viscivorus, fig. 81) est la plus grosse de toutes nos Grives indigènes, sa taille égale
presque celle de la Tourterelle. Elle est facile à reconnaître : le dessus de sa tête, de son cou et tout son manteau sont bruns, avec un mélange de roux près de la queue; sa gorge, d'ifti blanc jaunâtre, est semée de quelques taches brunes; le dessous du corps, de môme teinte, est émaillé de mouchetures noires triangulaires; les pennes des ailes et de la queue sont brunes, plus claires vers leur bord extérieur; chez la femelle, toutes les teintes sont moins foncées.
Les Draines n'ont pas toutes les mêmes habitude?. Tandis que les unes s'éloignent des contrées froides à l'approche de Thiver, les autres bravent la rigueur de cette saison et ne se déplacent qu'à de faibles distances; toutes se réunissent par petites familles •
Fig. 81. La Draine.
elles s'apparient de bonne heure, en janvier, et, une fois accouplées, chaque paire fait ménage à part. Leur voix est forte, mélodieuse, variée, et s'entend de très-loin; leur chant, à cet égard, rivalise avec celui de la Grive de vigne : il commence souvent avant l'aube du jour, pour ne finir qu'avec le coucher du soleil. Le mâle et la femelle travaillent ensemble à la construction du nid ; ils le placent ordinairement à Tenfourchure des premières grosses branches des poiriers ou des pommiers, à une petite élévation au-dessus de terre. Sa contexture leur fait honneur. Au dehors, ils emploient des herbes, des feuilles, liées ensemble par un mortier terreux; le matelas se compose de brindilles, de racines
AiniCAUX DE LA FRANCE. H
et de tiges flexibles enchevêtrées les unes dans les autres; des plaques de mousse et de lichen de même couleur que celle des végétaux parasites qui s'attachent à Tarbre auquel le berceau est suspendu, revêtent la muraille la plus extérieure; c'est le procédé du Chardonneret et du Pinson pour cacher leurs nids. Cette ingénieuse précaution semblerait donc indiquer un oiseau défiant, jaloux de soustraire ses petits & tous les regards; mais il n'en est rien, la Draine ne les craint pas : aussi est-elle souvent victime de son excès de confiance. L'homme, et plus encore les Pies et les Geais, en abusent souvent, et lui dérobent maintes fois ses œufs et jusqu'à ses petits éclos; les maudites bêtes, cachées dans un fourré voisin, épient le moment où père et mère sont absents pour mettre le nid au pillage. Lorsque les voleurs sont surpris en flagrant délit, le couple leur tient courageusement tête, il appelle à son secours les Draines des environs; toutes, à leur tocsin, fondent sur les ravisseurs, mais ceux-ci, comme des lâches, refusent le combat et décampent.... pour recommencer leur brigandage à la première occasion.
L'énergie que montrent les Draines pour repousser les maraudeurs n'entre pas dans leurs habitudes journalières; loin de là, elles sont éminemment pacifiques ; elles donnent, il est vrai, à la pipée, mais mollement, avec infiniment moins d'entrain que la Grive de vigne, le Merle, et surtout que le Pinson et les Mésanges, si valeureuses à se jeter sur la Chouette. Leur ponte ne dépasse pas quatre œufs; le fond en est blanchâtre, tacheté de brun ; le mâle couve alternativement avec la femelle. La première nourriture des petits consiste en Chenilles, en Vermisseaux, en Limaçons. Quand ils commencent à se fortifier, les père et mère leur apportent des cerises et d'autres fruits de facile digestion ; une fois adultes, ils vivent de baies de genièvre, de nerprun, de lierre et de gui. Leur prédilection pour cette dernière plante parasite leur a valu l'épithète de viscivores; nul oiseau, en effet, ne contribue davantage à la répandre; sa graine, enveloppée d'une pulpe épaisse et visqueuse, passe par le corps de la Draine sans être digérée, et s'implante sur tous les arbres où s'arrêtent fréquemment les Grives, peupliers, pommiers et poiriers; elle y croît dans toutes les positions.
La Draine, d'une nature très-défiante, ne se laisse pas plus approcher que le Merle, excepté à l'époque de la ponte où il est facile de la prendre sur son nid; en dehors de ce temps, elle part comme une flèche au moindre bruit qui l'inquiète, en je-
tant son cri d'alarme tré^ tré^ tré^ tré; l'éveil ainsi donné, toutes les Draines des environs se tiennent sur le qui-vive et s'envolent à la moindre apparence de danger : on prend difQcilement cette espèce aux pièges; sa chair n'est qu'un médiocre manger, bien inférieur à celui de la Grive de vigne et du Mauvis.
Cet oiseau, pris jeune, s'apprivoise aisément; on l'élève avec de la mie de pain, du clièneyis broyé et du jaune d'oeuf délayes dans l'eau ou dans du lait; il est susceptible d'une certaine éducation musicale.
Troisième espèce. — La Litorne {Turdus pilaris). Cette espèce, originaire du Nord, se distingue sans peine des autres par sa gorge blanche, son manteau cendré et ses ailes bordées de brun foncé; son plastron jaune-orange est marqué de grivelures noirâtres, étroites et verticales. Elle nous arrive en novembre et décembre, se répand dans les friches peuplées de genévriers, fréquente les prairies humides, et ne se tient dans les bois que pour y passer la nuit. Pendant toute la saison d'hiver, les Litornes vivent en société; elles perchent par grandes volées sur certains arbres, cherchent leur vie parmi les laissées du bétail, sont très-friandes d'alizés et font la chasse aux Limaces après la pluie, dans les terres labourées. La plupart nous quittent au printemps; on en trouve quelques-unes à la lisière des bois, loi» de toute habitation, à la fin d'avril : elles sont alors accouplées;, mais on n'en rencontre plus une seule dans le courant de mai : les retardataires sont allés rejoindre leurs compeignes dans le^ Nord où nichent ces oiseaux.
Quatrième espèce. — Le Mauvis. Après la Grive chanteuse, le Mauvis [Turdus ilicicus) est la plus délicate de toutes nos Grives ; son plastron ne porte qu'un petit nombre de grivelures, et ledessous de ses ailes est orné d'une belle teinte orangée. Il voyage par grandes troupes et de jour; nous visite à deux époques, à l'automne et au printemps; perche par grandes volées, et, à certaines heures de la journée, toute la bande se met à gazouiller à la fois; le chant du Mauvis n'est pas sans analogieavec celui de la Linotte. Cet oiseau nous arrive avec les Bécasses et disparaît un peu avant Noôl, pour se montrer de nouveau en mars : vers la fin d'avril, on n'en voit plus un seul. Joli petit gibier, fort apprécié des gourmets; d'aucuns le préfèrent à la Caille elle-même, si fine, si dodue et si onctueuse; malheureusement il niche trop loin de nous, dans le nord de l'Europe.
LE LORIOT (Oriolus galbula).
C'est un des privilèges de notre beau pays d'attirer une foule d'oiseaux voyageurs qui, séduits par la douceur de notre climat, l'abondance et la variété .de ses ressources, viennent y passer la belle saison et y bâtir leurs nids : le Loriot (fig. 82) est de ce nombre. Il arrive en France vers le milieu du printemps, demeure avec nous tout l'été, et repart vers les contrées équato-
Fig. 82. Loriot.
riales au commencement de septembre, souvent aussi dès la fin du mois d'août. De même qu'un grand nombre de péripatéticiens emplumés, il se rend, chaque année, du nord au midi, fait escale à Malte deux fois par an, au printemps et aux approches de l'automne, et s'en va faire campagne d'hiver en Afnque, où abondent alors provisions de toute espèce.
Sa livrée, quoique décorée seulement de deux teintes, est splendide; l'or ruisselle sur presque toutes ses plumes, et, aGn d'en relever Téclat, ses ailes sont presque entièrement noires ; sa queue est un mélange de ces deux couleurs, jaune brillant et noir profond, tranchant vigoureusement l'une sur l'autre, et néanmoins du meilleur effet. La femelle est moins bien partagée sous le rapport du costume : tout ce qui dans le mâle est d'un