LORIOT
noir foncé, prend chez elle une coloration brune, mêlée de verdâtre; elle n'a de jaune éclatant qu'à Textrémité de la queue et sur les couvertures inférieures; tout le reste de son plumage se dégrade en teinte olivâtre et en blanc sale, plus ou moins nuancés de brun.
Le régime alimentaire des Loriots varie suivant les circonstances. Au début de leur arrivée dans nos bois, les insectes, les vermisseaux de toute espèce composent exclusivement leur nourriture; ihais dès que les frqits sont mûrs, ils deviennent, avant tout, frugivores : cerises et figues reçoivent leurs visites assidues. Ils travaillent de bonne heure à l'installation de la famille et préparent artistement leur nid ; peu d'oiseaux le fabri- (|uent avec autant d'élégance eC de solidité. De longs filaments (le chanvre ou de paille le fixent à la bifurcation d'une branche horizontale et viennent en outre s'entrelacer, en divers sens, dans sa charpente extérieure. Sur cette première assise, le berceau proprement dit est construit; tout ce qu'il y a de plus fin, (le plus délicat, de plus moelleux, laine, plume, duvet, entre dans sa confection, et, pour mieux le dérober aux regards, le Loriot enveloppe son matelas élastique de fragments de graminées, de mousses, de lichens dont les nuances se confondent avec la verdure environnante. L'œil le plus exercé a de la peine à le découvrir: ses bords, en effet, ne dépassent jamais les branches auxquelles il est amarré; le plus souvent, il est étroitement accolé aux rameau?c qui le supportent (fig. 83) ; quelquefois cependant il demeure suspendu dans le vide comme un hamac, lorsque les brins qui le retiennent sont très-allongés ; il suit alors tous les balancements que lui imprime la branche flexible agitée par le vent.
La ponte commence aussitôt que le nid est terminé; l'incubation dure environ trois semaines; le mâle et la femelle y prennent part, mais dans des proportions fort inégales : la tâche la plus pénible incombe, comme d'habitude, à la courageuse mère. L'un et l'autre du reste sont très-attachés à leur couvée ; ils la défendent avec intrépidité contre tout agresseur; d'après BufTon, on a vu la mère prise avec le nid continuer de couver en cage et mourir sur ses œufs : dévouement vraiment extraordinaire, car les Loriots sont passionnés pour leur liberté et ne se font pas à la servitude.
Les jeunes, quel que soit leur sexe, ont tous la livrée de la mère et la gardent longtemps; ce n'est que dans le courant de
la troisième année qu'ils échangent leur habit verdâtre contre la robe jonquille que portent si bien les adultes en pleine possession de leur plumage définitif.
Les Loriots sont d'un naturel très-farouche, et leur vigilance ne se laisse pas facilement surprendre; toujours en allées et venues, ils passent, d'un vol rapide, d'une circonscription à une autre et parcourent ainsi un certain rayon; d'ordinaire, à chaque déplacement, ils lancent un cri d'appel qui a toutes les allures d'une provocation narquoise; on dirait qu'ils veulent malicieu-
Fig. 83. Nid du LorioU
sèment se faire poursuivre, sûrs du résultat de la lutte : en effet, au moment où le chasseur arrive à l'endroit d'où le cri est parti, l'oiseau est déjà délogé; il en donne la preuve en se faisant entendre quelques secondes après dans une direction tout opposée.
Le chant, ou, pour parler plus exactement, le coup de sifQet du Loriot se compose de trois phrases pleines et sonores : o, io^ io; il les jette de suite et les reprend sur un ton un peu plus appuyé après une certaine pause; de temps à autre, il y entremêle une sorte de ricanement qu'on a comparé au miaulement d'un