LE ROUGE-GORGE
Cliat, et qu'on atUibue plus particulièrement à la femelle; s'il lui appartient réellement, die ne saurait prétendre au titre de virtuose : rien de plus discordant.
Tels sont les traits les plus saillants des mœurs du Loriot ; après avoir prélevé une forte dîme sur nos cerises et avoir mis ses petits en état de voyager, sa saison d'été en France est achevée ; il part comme il était venu, par petits groupes, en famille et à petites journées; son retour est toujours salué avec plaisir : de môme que le Coucou, il fait cortège au printemps.
LE ROUGE-GORGE {Ficedula rij^ecula).
Type de la section des Rubiettes, et, en sa qualité de bec-fin, Irès-proche voisin des Fauvettes, dont il diffère par ses allures et ses mœurs.
Le Rouge-Gorge (fig. 84) est très-répandu dans nos bois, mais il ne les habite pas toute Tannée ; si quelques individus restent parmi nous jusque dans le fort de l'hiver, le gros de l'armée s'éloigne à l'automne, et ne nous revient qu'au printemps : tous alors se dispersent dans les forêts, où ils mènent une vie solitaire.
A part la belle couleur roux-orangé qui encadre le bec, descend sur la gorge et s'étale sur la poitrine, le plumage de cet oiseau n'a rien que de modeste; le gris-brun y domine; les flancs sont grisâtres et le ventre est blanc; ses grands yeux noirs, pleins de douceur, lui donnent une physionomie particulière et laissent deviner une pointe de curiosité et d'étonnement.
Le vol du Rouge-Gorge, comme celui de toutes les Rubiettes, est bas, irrégulier, peu soutenu et s'effectue par de brusques battements; il ne change pas, même au temps des migrations; l'oiseau chemine à travers les buissons en sautillant de branche en branche, à peu de distance de terre ; chaque fois qu'il se pose ou qu'il fait un pas, il agite sa queue d'un mouvement vertical, de haut en bas, et il le répète encore au moment de prendre son essor.
Plus vermivore que chasseur d'insectes, il recherche les lieux ombragés et frais où son gibier favori abonde d'ordinaire, c'est sa station accoutumée au printemps; dans les autres saisons, il est moins exclusif pour sa nourriture; il explore les feuilles au
vol et y récolte avec dextérité les Diptères qui les fréquentent; quand sa proie est à terre, il bondit par petits sauts et fond sur elle en battant des ailes; à rautomne,les alizés, les mûres sauvages et le raisin forment son principal régime et ne contribuent pas peu à son remarquable embonpoint.
A la différence des Fauvettes, toujours de belle humeur et disposées à vivre en société, le Rouge-Gorge se cantonne dans un isolement absolu de ses semblables; il n'en admet aucun dans la circonscription qu'il s*est donnée, et repousse opiniâtrement, à coups de bec, quiconque d'entre eux veut s*y introduire : aussi
Fig. 8'è. Rouge-Gorge.
ne voit-on jamais deux paires de Rouges-Gorges dans le même buisson. Cette antipathie sui genens est d'autant plus surprenante que cet oiseau n'est point d'un naturel farouche, il aurait plutôt les qualités contraires. Nul n'est moins défiant et ne se laisse approcher de plus près par l'homme ; sa curiosité, d'un autre côté, est si grande, qu'elle le pousse vers tout objet qui frappe pour la première fois sa vue ; il n'entend pas un bruit dans la forêt qu'il ne veuille aussitôt s'en rendre compte; dans
LE ROUGE-GORGE. 26b
son émoi, rien ne l'arrête; il lui faut, à tout prix, calmer Tinquiétude qui l'agile : elle lui coûte souvent la vie.
Son intrépidité l'expose aussi à bien des dangers. Il est toujours prêt & se sacrifier pour le salut général; au cri de la Chouette, il accourt plein de colère, sans nul souci du sort qui l'atlend; le moindre oisillon réclame-t-il assistance, à l'instant tous les Rouges-Gorges du quartier sont sur pied; à la vue du Renard, ils s'égosillent à en perdre haleine, le relancent, d'étape en étape, avec leurs cloches d'alarme, et ne cessent leurs tintis furieux que lorsque la bête scélérate a déguerpi : tant de dévouement mériterait qu'on les épargnât; malheureusement, le pipeur au cœur dur se rit de leurs instincts généreux, et s'il y applaudit, c'est parce qu'ils font tomber dans ses pièges les valeureux champions qui ne lui apparaissent jamais que sous la forme de succulents rôtis.
Le Rouge-Gorge est l'emblème de la diligence matinale; le premier de toute la gent ailée il donne la bienvenue à l'aube du jour, même avant le Merle, éveillé pourtant de si bonne heure ; le soir, c'est encore lui qui se fait entendre le dernier, alors que la nuit est déjà descendue et que tous les autres petits oiseaux dorment sous la feuillée.
Son chant varie; le plus souvent il ne jette que de simples notes, tiVif, liritit, iirititit, qui résonnent comme le timbre d'une clochette argentine à chaque émotion qu'il éprouve; mais, au temps des nichées, le mâle tire de son gosier d'harmonieuses cantilènes; son ramage suave et délié s'enrichit de phrases éclatantes que tempèrent de gracieuses modulations. Au coucher du soleil et dans la saison d'automne, son chant s'imprègne de mélancolie : c'est un adieu touchant au jour qui s'enfuit et à la feuille qui tombe; en hiver, l'oiseau gazouille encore, mais à demivoix et lentement, pendant les plus belles matinées de froidure.
Le Rouge-Gorge niche ordinairement dans les bois, parfois aussi au voisinage des lieux habités, dans les jardins ou les vergers. Il place son nid près de terre, entre les racines des arbres, dans une touffe d'herbes ou au milieu d'un buisson épais ; la mousse, entrelacée de crins et de feuilles, en compose la charpente; la bourre et les plumes le garnissent à l'intérieur : chaque ponte comprend de cinq à sept œufs blanchâtres, tachetés de brun-rouge. Les jeunes ne prennent la couleur roux-orangé qu'après leur première mue; dès le mois d'août, ils en laissent entrevoir quelques plumes ; à la fin de septembre, tous portent
la même livrée, et il est impossible de les distinguer. C'est vers cette époque qu'ils commencent à se mettre en mouvement pour leur départ; il se fait sans attroupement; ils passent seul & seul, l'un après l'autre, conservant la nature solitaire de la race, alors même que tous les autres oiseaux se rassemblent et s'accompagnent. L'émigration a lieu principalement le matin; elle s'effectue quelques heures avant et après le lever du soleil; les Rouges- Gorges suivent le long des vallées en volant de buisson en buisson. « Le départ, dit Buffon, n'étant pas indiqué et, pour ainsi dire, proclamé parmi les Rouges^Sorges comme parmi les autres oiseaux alors attroupés, il en reste plusieurs en arrière, soit des jeunes que l'expérience n'a pas encore instruits du besoin de changer de climat, soit de ceux à qui suffisent les petites ressources qu'ils ont su trouver au milieu de nos hivers. C'est alors qu'on les voit s'approcher des habitations et chercher les expositions les plus chaudes ; s'il en est quelqu'un qui soit resté au bois dans cette rude saison, il y devient le compagnon du bûcheron; il s'approche pour se chauffer à son feu, il becqueté dans son pain et voltige toute la journée autour de lui en faisant entendre son petit cri ; mais lorsque le froid augmente et qu'une neige épaisse couvre la terre, il vient jusque dans nos maisons, frappe du bec aux vitres comme pour demander un asile qu'on lui donne volontiers, et qu'il paye par la plus aimable familiarité, venant ramasser les miettes de la table, paraissant reconnaître et affectionner les personnes de la maison, et prenant un ramage moins éclatant, mais encore plus délicat que celui du printemps et qu'il soutient pendant tous les frimas, comme pour saluer, chaque jour, la bienvenue de ses hôtes et la douceur de sa retraite. Il y reste avec tranquillité jusqu'à ce que le printemps, de retour, lui annonçant de nouveaux besoins et de nouveaux plaisirs, l'agite et lui fasse demander sa liberté^ »
1. Mme Michelet s'est heureusement inspirée de ce passage de Buffon dans la complainte touchante qu'elle prête au Rouge-Gorge :
Je suis le compagnon Du pauvre bûcheron.
Je le suis en automne, Au vent des première froids, Et c'est moi qui lui donne Le dernier chant des bois.
Il est triste, et je chante Dans mon deuil mêlé d'or :
LE ROSSIGNOL {Curruca luscinia).
Le printemps ne donne pas seulement Tessor à la végétation captive, il nous ramène encore les jolis chanteurs que l'hiver avait forcés de s'éloigner. A peine les vergers commencent-ils à se parer de fleurs, Tavant-garde de la musique ailée, les Fauvettes, les Mésanges, les Rouges-Gorges font leur apparition et se dispersent aussitôt de tous côtés pour animer les haies, les bois et les jardins de leurs gaies chansonnettes. En sa qualité de prince de l'harmonie, le Rossignol (fig. 85) ne presse pas autant son retour; il attend, pour faire sa rentrée, que les caprices d'une saison douteuse soient passés ; le midi de la France le voit rarement avant la fin de mars ; aux environs de Paris et dans le centre, son arrivée plus tardive n'a souvent lieu qu'à la fin d'avril, lorsque la saison est froide ou pluvieuse.
Tous les peuples ont célébré à l'envi le Rossignol; les poCtes, et surtout les poètes orientaux, n'ont pas assez d'expressions pour glorifier Bulbul; mais de tous ceux qui ont écrit son histoire, aucun n'en a parlé avec plus de sentiment que Gueneau de Montbeillard : laissons la parole au savant collaborateur de Buffon. <c II n'est point d'homme bien organisé, dit-il, à qui le
Dans la brume pesante Je vois Tazur cncor.
Que ce chant te relève Et te garde l'espoir !
Qu'il te berce d'un rôve Et te ramène au soirl
Biais quand vient la gelée^ Je frappe & ton carreau :
il n'est plus de feuillée, Prends pitié de l'oiseau I
C'est ton ami d'autonme Qui revient près de toi ; Le ciel, tout m'abandonne :
Bûcheron, sauve-moi I
Qu'en ce temps de disette, Le petit voyageur, RégGilé d'une miette, 8'endorme & ta chaleur I
Je suis le compagnon Du pauvre bûcheron.
Rossignol ne rappelle quelqu'une de ces belles nuits de printemps, où le ciel étant serein, Tair calme, toute la nature en silence et, pour ainsi dire, attentive, il a écouté avec ravissement le ramage de ce chantre des forêts. On pourrait citer quelques autres oiseaux chanteurs dont la voix le dispute, à certains égards, à celle du Rossignol. Les Alouettes, le Serin, le Pinson, les Fauvettes, la Linotte, le Chardonneret se font écouter avec plaisir lorsque le Rossignol se tait ; les uns ont d'aussi beaux sons, les autres ont le timbre aussi pur et plus doux ; d'autres ont des tours de gosier aussi flatteurs, mais il n'en est pas un seul que le Rossignol n'efface par la réunion complète de ses talents et par la prodi-
Fig. 85. Rossignol.
gieuse variété de son ramage; en sorte que la chanson de chacun de ces oiseaux, prise dans toute son étendue, n'est qu'un couplet de celle du Rossignol. Le Rossignol charme toujours et ne se répète jamais, du moins jamais servilement; s'il redit quelque passage, ce passage est animé d'un accent nouveau, embelli par de nombreux agréments ; il réussit dans tous les genres, il rend toutes les expressions, il saisit tous les caractères, et, de plus, il sait en augmenter l'effet par les contrastes. Ce coryphée du printemps se prépare-t-il 4 chanter l'hymne de la nature, il commence par un prélude timide, par des tons faibles, presque indécis, comme s'il voulait essayer son instrument et intéresser
ceux qui Técoulent; mais ensuite, prenant de l'assurance, il s'anime par degrés, il s'échaufTe et bientôt il déploie dans leur plénitude toutes les ressources de son incomparable organe : coups de gosier éclatants, batteries vives et légères, fusées de chant où la netteté est égale à la volubilité, murmure intérieur et sourd, qui n'est point appréciable à l'oreille, mais très-propre à augmenter l'éclat des tons appréciables, roulades précipitées, brillantes et rapides, articulées avec force et môme avec une dureté de bon goût, accents plaintifs, cadencés avec mollesse, sons fllés sans art, mais enflés avec âme, sons enchanteurs et pénétrants qui semblent sortir du cœur et font palpiter tous les cœurs, qui causent à tout ce qui est sensible une émotion si douce, une langueur si touchante.
« Ses différentes phrases sont entremêlées de silences, de ces silences qui, dans tout genre de mélodie, concourent si puissamment aux, grands effets : on jouit des beaux sons qu'on vient d'entendre et qui retentissent encore dans l'oreille, on en jouit mieux parce que la jouissance est plus intime, plus recueillie et n'est point troublée par des sensations nouvelles. Bientôt on attend, on désire une autre reprise, on espère que ce sera celle qui plaît; si l'on est trompé, la beauté du morceau que l'on entend ne permet pas de regretter celui qui n'est que différé, et l'on conserve l'intérêt de l'espérance pour les reprises qui suivront. Au reste, une des raisons pour lesquelles le chant du Rossignol est plus remarqué, c'est parce que, chantant la nuit qui est le temps le plus favorable, et chantant seul, sa voix a tout son éclat et n'est offusquée par aucune autre voix ; il efface tous les autres oiseaux par ses tons moelleux et flûtes et par la durée de son ramage qu'il soutient quelquefois pendant vingt secondes : la portée de sa voix égale au moins celle de la voix humaine. »
Cet admirable chanteur, ainsi que plus d'un artiste célèbre, ne brille pas par le luxe de son habit; sa couleur générale tire sur le brun-roux; sa gorge, le devant de son cou, sa poitrine et son ventre sont d'un gris-blanc, et telle est la ressemblance du plumage chez le mdle et la femelle, qu'on aurait beaucoup de peine à les distinguer l'un de l'autre, si le jeune mâle ne se révélait par des essais de gazouillement dès qu'il mange seul.
Le Rossignol habite l'Europe, depuis l'Italie et l'Espagne jusqu'en Suède; on le trouve aussi en Afrique et en Asie. Il n'est que de passage en France et se retire dans les conti*ées méridionales
pour échapper aux rigueurs de la mauvaise saison, mais il nous revient à chaque printemps. Comme le Rouge-Gorge dont il rappelle les habitudes, il tient ordinairement la queue relevée et il l'agite, même au repos, d'un mouvement de haut en bas ; à terre, sa marche est régulière, entrecoupée de temps d'aiTét pendant lesquels il secoue ses ailes, incline sa tête à plusieurs reprises et étale légèrement sa queue ; ce petit manège effectué, il se remet à piéter, non sans regarder plus d'une fois autour de lui, car il est timide, craintif et circonspect, ce qui ne l'empêche pas de donner dans tous les pièges où sa curiosité le conduit. Il recherche les endroits frais et les plus ombreux ; le voisinage de l'eau Tattire, et il revient chaque année dans les parages où il a pris naissance.
Sa nourriture varie avec les saisons, ou, pour mieux dire, il profite de toutes les ressources qu'elles lui présentent, car il n'est pas difficile : il vit d'insectes, de vers, de fruits; de même que la plupart des vermivores, il se jette avidement sur sa proie, la conserve pendant quelque temps dans son bec avant de la manger, et l'avale gloutonnement après l'avoir meurtrie contre une branche ou tout autre corps résistant. Au temps où le gibier pullule, il attrape les mouches au vol, déterre avec son bec les vermisseaux cachés sous la mousse et fait une chasse active aux Chenilles et aux autres petites larves. Vers la fin de l'été, son régime alimentaire se modifie, il se rabat sur les groseilles, les figues, les mûres et sur les baies de sureau dont il est très-friand.
Les mâles précèdent d'une dizaine de jours l'arrivée des femelles. Lorsqu'ils ont choisi leur cantonnement, ils n'y soufifrent pas de rival; est-ce jalousie instinctive? Les grands artistes n'en sont pas toujours exempts, et il se pourrait que ce sentiment entrât pour quelque chose dans les duels que se livrent les chanteurs pendant la quinzaine qui suit leur débarquement ; mais deux causes expliquent plus naturellement leurs batailles furieuses : d'une part, la nécessité de s'assurer un terrain assez étendu pour les faire subsister; de l'autre, la crainte d'être troublés dans leurs projets de ménage ; quoi qu'il en soit de ces conjectures, les luttes ont presque toujours lieu entre les pères et leur descendance mâle; les vaincus vident les lieux et vont cacher au loin leur défaite et leurs blessures quelquefois mortelles.
Le Rossignol n'a pas plutôt pris pied chez nous, qu'il annonce son arrivée par de brillants concerts; c'est le héraut du prin-
temps, il fête rhyménée de la jeune saison par les accords les plus harmonieux. Dès la fin d'avril, il commence son nid, le couple y travaille avec ardeur. Il n'a ni l'élégance ni la perfection des nids de Pinson et de Chardonneret; il se compose d'un paquet d'herbes et de feuilles sèches que revêtent, à l'intérieur, de petites racines faiblement liées entre elles et sur lesquelles repose un matelas de bourre et de crin. Ce berceau est ordinairement placé près de terre, parmi les broussailles, au pied d'une haie, d'une charmille ou bien au milieu de quelque buisson touffu. La ponte est de quatre ou cinq œufs brun-verddtre; la femelle les couve presque sans relâche et descend à peine de son nid pour songer à sa nourriture. Aussitôt que les petits sont éclos, les père et mère se mettent en quête du fretin qui doit servir à leur subsistance ; ils se gorgent de Vers, de Chenilles, d'œufs de Fourmis ou autres larves d'insectes et les portent à leur progéniture au bout du bec. Celle-ci croît vite; en moins de quinze jours les jeunes Rossignols sont déjà couverts de plumes ; ils quittent le nid avant même de pouvoir se servir de leurs ailes ; on les rencontre alors sautillant à travers la ramée où leurs parents continuent de les nourrir. Le Rossignol n'est pas plutôt père, qu'il cesse à peu près de chanter; tout entier à son rôle de pourvoyeur, c'est à peine s'il se fait entendre, de loin en loin, pendant que les petits ont besoin de son aide. Tant que la femelle est sur ses œufs, il se tient aux aguets, à peu de distance; approche -t-on trop près de la couvée, il manifeste son inquiétude par un cri rauque, répété plusieurs fois de suite et assez semblable à un croassement; tout en jetant ce cri d'alarme, il s'éloigne peu de son poste; si les petits ont déjà pris la clef des champs, ce mot d'ordre leur sert d'avertissement : ils le comprennent d'instinct; à l'instant même, toute la petite famille reste immobile sous la feuillée ou se blottit dans les broussailles, sans dire mot, bien entendu.
L'éducation des petits du Rossignol ne se borne pas à de simples distributions de vivres, le père remplit encore auprès d'eux les fonctions de maître de chant; lui seul est leur professeur de musique, professeur sérieux vraiment, car il donne gravement ses leçons, et ses élèves l'écoutent avec attention' ; se trompent-
1. « Meditantur alke juveniores versusque quos imitantur accipiunt. Audit discipula intentione magna, et reddit vicibusque rcticens. Intelligitur emendata correptio et in docente quœdam reprehensio. » (Pline, Hist. nat.^ lib. X.)
ils, il les reprend et le disciple recommence sa phrase, il la répète jusqu'à ce qu'il la sache par cœur et sans faute. Ainsi se passe l'enfance des Rossignols jusqu'à ce qu'ils aient acquis assez de science musicale pour faire d'eux-mêmes leurs vives roulades, jeter leurs brillantes fusées et révéler tous les secrets de leur admirable gosier.
Malgré ces exercices sous la direction paternelle, ils n'atteignent pas les sommets de leur art dans la première année; il leur faut une plus longue pratique, encore tous n'arrivent-ils pas à la perfection ; chez eux, ainsi que chez nous, les grands maîtres sont presque aussi rares que les Dupré à l'opéra.... Il y a déjà longtemps, on a cherché à noter l'inimitable chant du Rossignol; Bechstein, entre autres, s'est efforcé de le traduire d'une manière à peu près exacte, mais il y a perdu son latin : sa version n'est qu'un rude assemblage de mots germaniques ; il faudrait plus que de la bonne volonté pour y reconnaître la mélodie du premier chantre des bois.
Chez le Rossignol, la musique n'est pas simplement un art, elle fait en quelque sorte partie de son être ; elle le charme, elle le ravit, elle l'enivre à ce point qu'il semble en jouir autant luimême qu'il en fait jouir les autres. Pour mieux se recueillir, il s'entoure de solitude et attend, pour se faire entendre, que les autres oiseaux aient cessé leurs jaseries. Il est à remarquer, en effet, que le matin, le soir et la nuit sont les heures où il déploie le plus de verve. Entend-il un autre artiste de son espèce, il l'écoute d'abord en silence, il s'approche ensuite peu à peu, puis tout à coup, éclatant par une note vibrante, il entonne un duo incomparable. Les deux rivaux alors de chercher à se surpctsser: leur voix prend d'étranges intonations, les sons partent de leur gosier plus purs, plus cadencés ; c'est une cascade toute ruisselante d'improvisations, de passion et d'enthousictôme lyrique qui jaillit en gerbes splendides d'un effet pittoresque et inespéré : on y sent toute l'âme des grands artistes.
Lorsque le temps des nichées est passé, que l'été s'avance, et que le petit gibier devient de plus en plus rare avec la chaleur qui diminue, les Rossignols font leurs apprêts de départ; ils quittent peu à peu les bois, se rapprochent des haies vives et des jardins; bientôt ils se mettent en marche; ils passent comme ils sont arrivés, de nuit et solitaires, voyageant par petites étapes, de feuillée en feuillée, en silence. L'émigration commence vers le quinze août dans nos climats; à la fin de ce mois, presque tous
nous ont quittés; on n'en rencontre plus un seul après la première quinzaine de septembre.
Quoique le Rossignol ait besoin des pays chauds pour passer la morte-saison, on peut cependant le conserver en cage; il y vit comme tant d'autres petits prisonniers, et c'est une manière de jouir plus longtemps de son chant. Le meilleur moyen de s'en procurer est de tâcher de découvrir un nid; rien de plus facile. Il s'agit, dit Vieillot, d'aller dans les bois le matin au lever du soleil ou le soir au soleil couchant ; à l'endroit où l'on entend chanter un Rossignol, le nid n'est pas loin; on se tient caché du mieux possible, les allées et venues du père et de la mère, les cris des petits ne tardent pas à révéler sa place. Il ne faut pas en tirer les jeunes avant qu'ils soient bien emplumes. Ceux de la première couvée sont toujours les plus vigoureux ; ils chanteront plus tôt et la mue qui en fait périr un si grand nombre, les prenant pendant les chaleurs de l'été, ils seront plus en état de supporter cette épreuve. On les met avec le nid dans une cage qu'on a bien soin de couvrir d'une étoffe chaude à l'entrée de la nuit et on les préserve, autant que faire se peut, des changements brusques de température. Pendant leur premier âge, ils sont très-délicats et demandent beaucoup de soins. On les nourrit avec parties égales de chènevis pilé, de mie de pain et de cœur de bœuf haché très-menu, le tout mêlé ensemble et formant pàlée. Cette nourriture doit leur être distribuée régulièrement, mais non à tout propos, le moindre excès risquant de les étouffer. Ils réclament, il est vrai, à chaque instant, à manger et ils ont toujours le bec ouvert; n'y faites pas attention, et si vous voulez réussir, ne vous écartez pas du régime suivant : il faut leur donner la première becquée une demi-heure après le soleil levé, la seconde une heure après, et ainsi, d'heure en heure, jusqu'à la dernière qu'on administre lorsque le soleil est près de se coucher; elle doit être plus forte que les autres pour aider les nourrissons à bien passer la nuit. Avec beaucoup de patience, des soins minutieux, une grande ponctualité dans les repas et une bonne température, on a quelque chance de les mener à bien. Si l'on a pu s'emparer du père et de la mère en même temps que du nid, l'éducation se trouve bien simplifiée; ces oiseaux sont tellement affectionnés à leur progéniture, qu'auprès d'elle ils. oublient promptement leur liberté ; ils prodiguent en cage, à leurs petits, la même tendresse et les mêmes soins que s'ils jouissaient encore de leur indépendance; seulement, il faut les appro-
visionner chaque four de Vers de farine, d'œufs de Fourmis et de la pâtée ordinaire.
A mesure que les jeunes mâles grandissent, leur voix se forme par degrés ; leurs dispositions musicales se développent vite quand ils peuvent entendre quelque vieux Rossignol dans leur voisinage. Avant tout, laissez-les à leur chant naturel et ne le profanez pas par des airs de serinette ; le jeune élève, â cette musique bâtarde, ne tarderait pas à oublier son talent de famille : Tart ici ne vaut pas l'école de la nature.
Les Rossignols qu'on tient en cage ont pour habitude de se baigner chaque fois qu'ils viennent de chanter; ils ne doivent donc jamais manquer d'eau. Il est bon aussi, pendant la saison du chant, de leur donner des Vers de farine pour les fortifier. Dans leur captivité, les Rossignols ont le don de chanter toute l'année, excepté pendant le temps de la mue ; mais, pour leur assurer cette précieuse faculté, il est indispensable de les bien traiter, de les nourrir largement, de les garantir du froid, en un mot de leur faire illusion sur leur prison et de la leur rendre aussi douce que possible : il ne faut pas l'oublier, les souffrances, la misère et le chagrin tuent souvent les natures d'élite.
Dans la série des becs-fins, les Fauvettes forment une tribu nombreuse, remarquable par ses mouvements vifs et légers et son intarissable gaieté. Quoiqu'elles soient toujours en action, 9e portant à chaque instant d'un point à un autre, elles n'ont pas la pétulance et encore moins le caractère irascible et féroce des Mésanges; leurs. petites colères et leurs frayeurs se trahissent par le renflement de la gorge dont les plumes, ainsi que celles de la tête, se hérissent à la moindre émotion. En général, elles ne Ment pas la société de leurs semblables, et elles gardent leurs habitudes de famille, même après la sortie du nid ; il n'est pas rare, à l'arrière-saison, de voir les individus d'une même nichée réunis ensemble, se suivre d'arbre en arbre, de buisson en buisstm et se rappeler mutuellement lorsqu'ils se trouvent trop éloignés les uns des autres. Cependant, à part les circonstances ibrtuites qui les groupent, les Fauvettes vivent isolément et ne forment de société ni pour émigrer, ni pour chercher leur nour-
riture. Timides et craintives de leur nature, mais non sauvages, elles se tiennent ordinairement cachées au fond des buissons ou des massifs, ne se montrent à découvert que par moments, et, pour peu qu'il y ait apparence de danger, elles cherchent aussitôt un refuge dans l'épaisseur du feuillage. On les entend, en général, plus qu'on ne les voit. Leur station habituelle est sur les arbres et les arbustes; à la différence du Rossignol elles descendent rarement à terre, tandis que celui-ci s'y tient presque toujours. Leur marche sur le sol est aussi empruntée que leur contenance est aisée et gracieuse quand elles sautillent de branche en branche. Quelque faible que soit la distance à parcourir, elles se servent de leurs ailes pour la franchir, mais ne fournissent jamais de bien longues traites; leur vol est bas, irrégulier, saccadé et marqué par de fréquents battements d'ailes. Comme beaucoup de becs-flns, elles sont à la fois insectivores et frugivores et savent modifier leur genre de nourriture suivant les saisons. Au premier printemps, peu après leur arrivée, si les Mouches ne donnent pas encore, elles vivent des baies et des autres petits fruits restés suspendus aux buissons; mais, à mesure que la chaleur multiplie les insectes, elles reprennent leur goût accoutumé, elles font la chasse aux Diptères. En plein été, lorsque les fruits abondent, elles vivent presque exclusivement de mûres, de groseilles, de figues, de baies de sureau : à ce régime délicat, elles prennent un embonpoint qui leur devient fatal, il provoque les chasses actives qu'on leur fait alors, en vue des brochettes délicates de ce petit gibier.
Sans être des musiciennes de première force, les Fauvettes ont la voix agréable ; dans plusieurs espèces, le chant se compose de phrases courtes, mais bien filées, pleines de douceur et d'une pureté de sons remarquable; d'autres ont plus d'éclat, mais avec moins de suavité; leurs reprises toutefois sont plus variées: aucune d'elles ne donne le ton dans le grand concert printanier, mais toutes remplissent leur partie; leurs solos ne manquent pas de charme ; elles brillent surtout par la souplesse et la flexibilité de leur gosier : leur chant, d'après la remarque de Gerbe, part plutôt de la gorge que du bec.
La plupart des Fauvettes ne se distinguent pas par la beauté du plumage; leurs couleurs sont ordinairement uniformes, ou distribuées par grandes masses, ternes le plus souvent; leurs allures néanmoins sont si gracieuses, leurs mœurs si paisibles, ei leurs jeux respirent une si franche gaieté, qu'on les revoil
toujours avec plaisir. « Ces jolis oiseaux, dit BufTon, arrivent au moment où les arbres développent leurs feuilles et com'mencent à laisser épanouir leurs fleurs. Ils se dispersent dans toutes nos campagnes ; les uns viennent habiter nos jardins, d'autres préfèrent les avenues et les bosquets, plusieurs espèces s'enfoncent dans les grands bois et quelques-unes se cachent au milieu des roseaux. » D'après leurs habitudes, les naturalistes les ont classés en Fauvettes sylvaines, comprenant à la fois les Fauvettes des jardins, les Fauvettes des bois et celles qui fréquentent les coteaux et les lieux secs ; toutes celles qui vivent au voisinage des eaux forment le groupe des riveraines : les unes et les autres ont pour caractères génériques un bec droit et grêle, légèrement comprimé en avant, avec l'arête supérieure un peu courbée vers la pointe.
Les Fauvettes nichent ordinairement là où elles ont leur séjour accoutumé. Leur nid n'est point un chef-d'œuvre d'architecture, il est bâti extérieurement avec des tiges de graminées plus ou moins lâchement assemblées; à l'intérieur, il est garni d'une petite couche de crins ou de laine. Toujours ouvert par le haut, il ne repose point sur le sol, une certaine distance l'en sépare, alors même qu'il se cache dans les herbes ou qu'il est fixé à quelques branches basses d'arbuste ; jamais cependant on ne le rencontre à une grande élévation ; on le trouve le plus souvent à un ou deux mètres du sol. A part la Fauvette Orphée, espèce plus méridionale que du Nord, qui a la singulière habitude de placer son nid sur les branches basses de l'olivier, au voisinage de celui de la Pie-Grièche rousse, son ennemie, la plup6u*t des Fauvettes confient leur berceau aux buissons d'aubépine, d'églantiers, d'épine noire, de ronces, aux charmilles et aux jeunes taillis. Plusieurs couvent deux fois par an ; chaque couvée se compose de quatre ou cinq œufs, de couleurs variables. Le mâle partage avec sa femelle les fatigues de l'incubation. Les petits naissent presque nus; c'est à peine si, au sortir de l'œuf, ils ont quelques petits paquets de duvet sur la tête et sur les épaules. Les père et mère les nourrissent de vermisseaux qu'ils leur portent dans le bec. Tous quittent le nid de bonne heure,, avant même d'être en état de voler; mais ils n'en sont pas moins élevés avec beaucoup de tendresse et de sollicitude, jusqu'à ce qu'ils puissent se suffire à eux-mêmes. Sauf une seule espèce, les Fauvettes nous quittent vers la fin de Tété, plusieurs même ne font chez nous qu'un simple séjour de deux mois. Lorsque.
l'époque de rémigration est arrivée, elles partent sans bruit, voyagent isolément, ainsi que le Rouge-Gorge, le Rossignol, et s'éloignent, peu à peu, par petites étapes, voltigeant de bosquet en bosquet, en suivant les vallées. On a remarqué qu'elles ne se mettaient en route que quelques heures avant et après le coucher du soleil et durant les nuits éclairées par la lune. Toutes se rendent dans les contrées méridionales pour y passer la mauvaise saison. Elles nous reviennent dans les premiers jours d'avril; le Traîne-Buisson seul fait exception à cette règle : on le
Fig. 86. Fauvette à tèt« noire.
voit apparaître chez nous au moment où toutes les autres Fauvettes nous disent adieu, et il part pour le Nord lorsque les autres débarquent en France avec le retour du printemps.
Nous possédons un certain nombre de Fauvettes; les plus répandues chez nous sont : la Fauvette proprement dite, la Fauvette à tête noire, la Fauvette cendrée, confondue par Buflfon avec la Fauvette babillarde, la Fauvette des roseaux et la Fauvette traîne-buisson.
La Fauvette proprement dite [Motacilla orphea) a la taille du Rossignol ; son manteau est gris-brun, et la frange des couver-
tures des ailes est légèrement teintée de gris-roussâtre, tandis que les grandes pennes sont d'un cendré noirâtre; la gorge est blanche, roussàtre sur les côtés : cette couleur domine sur le ventre. L'espèce ne quitte guère les bosquets et les jardins; elle se tient volontiers dans les ramées de pois, y place son nid, sort fréquemment de sa retraite pour y rentrer quelques instants après; elle ne l'abandonne définitivement qu'à la récolte de cette légumineuse. La Fauvette proprement dite passe une partie du temps à s'ébattre avec ses compagnes ; ce ne sont, entre elles, que poursuites, agaceries de toutes sortes, et luttes innocentes dont l'issue est toujours égayée d'une chansonnette à deux voix.
La Fauvette à tête noire (Motacilla atricapilla, fig. 86) se distingue sans peine de toutes nos autres Fauvettes ; elle est brune en dessus, blanchâtre en dessous et porte sur la tête une calotte, noire dans le mâle, et de couleur rousse chez la femelle ; le dessous et les côtés du cou sont gris d'ardoise, plus clair à la gorge, et s'éteignant dans du blanc ombré de noirâtre vers les flancs.
De toutes nos espèces c'est celle dont le chant est le plus agréable et le plus continu; on en jouit encore six semaines après que le Rossignol a fait silence. Sa voix est facile, pure et légère; son chant consiste en modulations de peu d'étendue, mais gracieusement nuancées et d'une douceur extrême; selon l'expression quelque peu mignarde de Buffon, « il semble tenir de la fraîcheur des lieux où il se fait entendre, il en peint la tranquillité et en exprime le bonheur. »
La Fauvette à tête noire s'apprivoise aisément; de la mie de pain trempée dans du lait, à défaut d'insectes, et des fruits, poires ou pommes, composent sa nourriture en cage; les petits, à portée d'entendre le Rossignol, profitent très-bien des leçons du maestro pour perfectionner leurs cantilènes; à l'époque des départs, ils ressentent une grande agitation, surtout pendant la nuit et le clair de lune; le besoin d'émigrer est si profond et si vif chez eux, qu'il se fait sentir jusque dans la captivité, alors même qu'ils n'ont jamais goûté l'indépendance : il leur coûte quelquefois la vie, lorsqu'ils ne peuvent le satisfaire.
La Fauvette cendrée ou griseite [Motacilla cinereay fig. 87) se reconnaît aux signes suivants : la tête, le dessus du cou et le dos cendrés ; la gorge blanche ; la poitrine roussàtre. Son naturel est ,des plus craintifs; elle fuit devant les oisillons les plus faibles; mais sa frayeur est à peine passée, qu'elle reprend, de plus
belle, sa gaieté et son babil. C'est eo volant que le mâle lanœ ses ariettes. L'espèce se tient ordinairement en tapinois dans le plus épais du feuillage; s'est-elle aventurée un instant hors de cet asile, elle y rentre aussitôt, surtout pendant la forte chaleur. Le matin, dit Buffon, on la voit boire la rosée, et, après les petite» pluies d'été, elle ne manque jamais de courir sur les feuilles mouillées, et de se baigner dans les gouttes d'eau qu'elle secoue du feuillage. Ses ébats aériens sont d'une coquetterie charmante, elle s'élève fréquemment d'un petit vol perpendiculaire au-dessus des haies ou des charmilles, exécute deux ou trois pirouettes en l'air, et retombe dans sa retraite, en chantant une petite reîprise de ramage fort vif, fort gai, toujours le même, et qu'elle
Fig. 87. Fauvette cendrée.
redit à tout moment, sans qu'il paraisse monotone. Outre ce refrain, elle a une sorte de sifflement grave qu'elle fait entendre^ dans l'épaisseur des baissons, et qu'on ne croirait pas provenir d'un si petit gosier. Ses mouvements sont aussf vifs et répétés que son babil ; c'est la plus remuante et la plus leste des Fauvettes; on la voit sans cesse s'agiter, voler, sortir, rentrer, parcourir les buissons, comme si elle n'avait jamais besoin de repos.
La Fauvette des roseatix [Motacilla salicaria^ fig. 88) appartient à la catégorie des riveraines. Son gosier est infatigable, et, sous ce rapport, elle le dispute presque à la Babillarde; elle se fait entendre surtout dans les belles nuits chaudes du printemps. Plus sauvage que ses congénères, elle ne souffre pas de voisines de
son espèce autour d'elle, de peur sans doute que son gibier n'aille à d'autres chasseurs; elle relance, en effet, avec beaucoup d'ardeur tout insecte volant à la. surface des eaux, petites Libellules, petits Diptères, Donacies, etc. ; dès qu'elle les aperçoit, elle s'élance du milieu des roseaux et les saisit au vol du même bond. Sa grosseur est à peu près celle de la Fauvette à tête noire ; elle est gris-olivâtre en dessus, jaune pâle en dessous; un trait jaunâtre sillonne l'espace compris entre Tœil et le bec.
Son nid, placé au milieu de l'eau et fixé à quelque plante aquatique, telle que jonc, salicaire ou roseau, est fabriqué, au dehors, de paille et autres débris d'herbes sèches; à l'intérieur, il est garni de crins; on y trouve ordinairement cinq œufs d'un blanc sale, marbré de brun, plus foncé vers le gros bout. Les petits, tout dénués de plumes, s'échappent du nid pour peu qu'on y touche et même quand on s'en approche de trop près.
La livrée du Traîne-Buisson (Motacilla medularis) est plus foncée que celle de toutes nos autres Fauvettes ; sur un fond noirâtre, toutes ses pennes sont bordées de brun-roux ; les joues, la gorge, le devant du cou et de la poitrine sont d'un cendré bleuâtre, avec le ventre blanc et la tempe écussonnée d'une tache roussâtre.
Par exception à la troupe des Fauvettes, les. Traîne-Buissons voyagent de compagnie; ils arrivent dans nos climats vers la fin d'octobre ou le commencement de novembre, s'abattent sur les haies et vont, de buisson en buisson, toujours près de terre; de là leur nom. Peu défiants, ils sont bien loin d'avoir la vivacité des autres Fauvettes. Leur voix est tremblotante et s'exprime par un petit frémissement doux, tilit^ tiiitit^ qu'ils répètent souvent; ils ont, en outre, un petit ramage mélancolique qu'on entend avec plaisir dans la rude saison ; il est plus fréquent et plus soutenu le soir que dans le courant du jour. Quand le froid se fait sentir, les Traîne-Buissons se rapprochent de nos habitations; ils entrent à la dérobée dans les granges pour y glaner, faute de mieux, quelques grenailles; elles leur suffisent pour se défendre contre la faim : au cœur de l'hiver, les pauvrets n'en demandent pas davantage.
bigitized by LjOOQ IC
Fig. 88. Fauvette des roseaux et son nid.