LE ROITELET
LE ROITELET ORDINAIRE (Regulus).
Voici le plus petit de nos oiseaux d'Europe, véritable pygmée, qu'on pourrait presque comparer à l'Oiseau-Mouche pour sa taille microscopique ; il est si fluet, qu'à peine se laisse-t-il deviner ; une simple feuille suffît pour le cacher entièrement. Sa livrée, des plus modestes, jaune-olivâtre en dessus, roux-cendré-olivdlre en dessous, n'attire pas le regard comme le plumage étincelant des colibris; mais il porte sur sa tête les insignes de la royauté, une belle couronne aurore, bordée de noir de chaque côté, qu'il peut à volonté relever ou dissimuler : d'où son joli nom de Roitelet.
Originaire du Nord, il est répandu dans toute l'Europe, depuis la Suède jusqu'en Sicile; on le retrouve encore en Asie et môme en Amérique, bien que son vol soit très-court; peut-être, à l'exemple de la Caille, ses ailes acquièrent-elles plus de puissance à l'époque des migrations. Le Roitelet est plus abondant dans les contrées septentrionales, telleg que la Suède et le nord de l'Allemagne, que chez nous ; ce n'est guère qu'à l'entrée de l'hiver que nous le voyons en France, soit qu'il nous arrive en certain nombre à cette époque, ou que ceux qui ont passé l'été dans nos climats se montrent plus facilement à la chute des feuilles.
Ses mœurs se rapprochent beaucoup de celles des Mésanges ; conune ces oiseaux, il est vif, actif, toujours sur pied, voltigeant de branche en branche, épluchant les écorces, fouillant toutes les gerçures des arbres, se tenant dans toutes les positions, pendu par les pattes, poursuivant le gibier dans toutes ses cachettes, et faisant son profit de tous les vermisseaux et de tous les petits débris animaux que ses habitudes de furet lui font rencontrer. Sa nourriture principale consiste en petits insectes ; quelquefois il les saisit au vol; d'autres fois il va les puiser au fond des fleurs, et môme jusque dans le terreau des saules creux qu'il fouille avec beaucoup d'adresse.
D'ordinaire les Roitelets se réunissent par petites troupes, ou tout au moins par paires, pour tenter fortune, ils fréquentent de préférence la cime des grands arbres à écorces rugueuses, chênes, ormes, épicéas et sapins surtout ; sans être précisément
en associations permanentes, ils ont Tinstinct de la sociabilité, et ne manquent jamais de se rallier par de petits cris d'appel quand quelques-uns de leurs compagnons s'écartent.
Leur naturel n'est nullement farouche; ils ne semblent pas redouter la vue de Thomme et n'en continuent pas moins de vaquer à leurs affaires en sa présence ; il est vrai, s'ils nous voient, nous ne les apercevons guère : leur extrême petitesse établit sans doute leur sécurité.
Leur chant répond à l'exiguïté de leur corps; il ne se traduit pas en notes bruyantes, il s'échappe en douce mélodie, récitée presque à voix basse, et non dénuée de charme.
S'ils sont petits de taille, en revanche ils sont grands par le cœur; jamais ils n'entendent le cri de la Chouette sans qu'à l'instant leurs plumes se gonflent de colère et qu'ils se précinîtent, tête baissée, à l'endroit où ils supposent la présence de
l'ennemi , malgré leur prodigieuse infériorité. Ce tempérament valeureux leur cause plus d'une disgrâce; les pipeurs en abusent pour les attirer dans leurs pièges ; des premiers, ils y donnent avec leurs confrères en courage, le Rouge-Gorge, les Mésanges, les Fauvettes, etc. Chose monstrueuse!
on les prend par spéculation en Allemagne ; à une certaine époque de l'année, les marchés de Nuremberg sont approvisionnés du pauvre avorton; il a beau s'y présenter dans toute son opulence , quelle minuscule bouchée pour des esto-
Fig. 89. Roitelet.
macs germaniques!
Le Roitelet niche quelquefois en France, mais le plus souvent dans le Nord. Son nid n'est rien moins qu'une petite merveille; il retrace, en raccourci, le chef-d'œuvre du Chardonno-