‹ Les animaux de la FranceChapitre 42 sur 126 · LE TROGLODYTE · texte numérisé non relu

LE TROGLODYTE

ret. Les matériaux les plus délicats entrent dans sa construction : mousse fine, aigrettes de chardons, cocons soyeux de chenilles artistement entrelacés, forment à l'intérieur la ouate la plus mollette. En général, il est placé très-haut, à une branche bifur quée d'arbre vert; la femelle y pond de six à huit œufs; le mâle partage avec elle les fatigues de l'incubation.

Aux approches de l'hiver, un grand nombre de Roitelets quittent les contrées septentrionales pour venir passer la mauvaise saison dans des climats moins froids, en France, en Espagne, en Italie; ils nous arrivent à la chute des feuilles, et nous restent jusqu'au printemps ; c'est alors que nous voyons dans nos bois les deux espèces d'Europe : le Roitelet ordinaire ou huppé [Regulus cristattiSy flg. 89), et le Roitelet triple bandeau ou à moustaches (Regulus mystaces)^ caractérisé par sa crèle d'un rouge vif, encadrée de noir, et par sa moustache également noire ; deux bandes blanches entourent ses yeux. Ce dernier nous visite un peu plus tôt que l'autre, à l'automne, et émigré plus tard, au printemps,

LE TROGLODYTE (Troglodytes).

Ce nom, quelque peu savant pour si mince oisillon (fig. 90), traduit, il est vrai, une des habitudes favorites du Troglodyte, de hanter toutes sortes de cavités, antres, trous ou fourrés ; mais la vieille appellation vulgaire de Mussot^ de Ratereau, de Ratilion, exprimait d'une façon plus pittoresque l'instinct qui le porte à se couler, comme une Souris, par les musses ou petits défilés étroits. Buffon lui a rendu le nom grec sous lequel les anciens le désignaient; il a fait mieux, il a séparé le Troglodyte du Roitelet, que l'on confondait souvent ensemble; mœurs et plumage font de ces deux miniatures des espèces bien distinctes.

Celle dont il est question ici a la taille majestueuse d'un peu plus de huit centimètres; son bec ne mesure pas moins de quinze millimètres de long, et ses pieds atteignent vraiment vingt millimètres de hauteur; pour compléter le portrait, son plumage rappelle celui de la Bécasse : fond brun-marron, coupé d*ondes noirâtres, avec le dessous du corps teinté de blanchâtre et de gris.

Le Troglodyte, indigène en France, ne nous quitte jamais ;

Thiver aussi bien que Tété, il est notre hôte familier, se laisse aisément approcher, regarde en face le promeneur et se platt à le précéder de quelques pas, en voletant de branche en branche dans les buissons. Curieux et fureteur, il se montre, disparaît pour revenir Tinstant d'après et s'éclipser aussitôt. Il n'est pile de bois ou fagotée qu'il n'inspecte en conscience dans tous ses carrefours; c'est à la fois son parc à gibier et son labyrinthe; il en connaît tous les mystères, s'y glisse à tout propos, bien sûr d'y trouver pâture, et, en cas d'assaut, un fort imprenable, avec mille issues secrètes pour s'échapper.

ce II aime à se tenir seulet, » comme dit Belon, et cependant il

Fig. 90. Troglodyte.

n'est pas mélancolique; toujours il sautille, babille, frétille, sa petite queue constamment troussée, et prêt à réciter sa chansonnette. Elle se compose de quatre notes brèves, sidiritiy lancées avec une volubilité extrême, d'un timbre métallique, et reprises avec une énergie croissante après une pause de quelques secondes. Plus il fait froid et sec, plus son ramage est joyeux; on dirait qu'il veut encourager, par son exemple, les cœurs disposés à faiblir dans la mauvaise fortune; il n'est jamais plus sonore qu'aux approches de la nuit, quand la gelée doit redoubler d'intensité. Ses passions sont vives; la crainte ou la colère Tagitet-elle, il change de ganune : tri-tri est son cri de guerre ou d'inquiétude. C'est un des derniers oiseaux, avec le Merle et le

Page 1