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L'ENGOULEVENT

l'éclat da grand jour, il lui faut une demi-obscurité pour que ses yeux aient toute leur puissance; tant que le soleil est sur rhorizon, il se tient tapi à terre, parmi les herbes ou caché dans les jeunes taillis; ce n'est que dans les jours sombres, mais surtout à partir du crépuscule, qu'il s'aventure hors de sa retraite et se met en chasse; dans les nuits calmes et éclairées par la lune, il prolonge assez tard ses courses aériennes. Lorsqu'il est surpris, de jour, dans son gîte, il part à l'improviste d'un vol bas, incertain et silencieux; après le coucher du soleil, au contraire, son vol est vif, soutenu et brisé comme la fuite irrégu-

Fig. 98. — Engoulevent.

liëre de son menu gibier; en même temps, il fait entendre un bourdonnement qui ne provient pas du battement des ailes, mais de l'air qui, tour à tour, s'engouffre dans son bec toujours ouvert pendant l'action du vol, frappe les parois de son gosier et s'en échappe avec force.

C'est en volant que l'Engoulevent se porte au-devant des insectes qu'il poursuit le bec tout à fait béant. Hannetons, Bousiers, Phalènes, Tinéites, Cousins et autres bestioles nocturnes deviennent ainsi sa pâture; il les engoule au passage et les retient emprisonnés sans avoir besoin de fermer le bec, grâce

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& rhumeur visqueuse qui l'enduit à Tinlérieur. Il rôde volontierSy à la tombée du jour, aux endroits où le bétail est parqué et où abondent les insectes coprophages; on le voit aussi quelquefois tourner sans reldche autour des arbres dénudés et se livrer, par allées et venues incessantes, à une chasse active près de leurs troncs perforés, d'où s'échappent des myriades de coléoptères; il vole alors rapidement, s'abat tout à coup, et se relève de même, dès qu'il a happé sa proie.

Son chant a quelque chose de plaintif et n'est pas sans analogie avec celui du Crapaud; de là sans doute le surnom de Crapaud volant que lui donnent les chasseurs ; peut-être aussi lui vient-il de sa grosse tête engoncée et de sa large ouverture buccale, qui lui sont communes avec le Batracien.

Par suite de sa nourriture exclusivement insectivore, l'Engoulevent fait partie des oiseaux migrateurs. Il nous arrive au milieu du printemps et nous quitte dans le courant de l'automne, trois semaines environ après le départ des Hirondelles, mais sans se réunir, comme elles, en grandes troupes. On en rencontre parfois quelques-uns en novembre et même en décembre; mais, en général, presque tous sont partis quand les premières froidures ont fait disparaître les insectes. L'Engoulevent habite la plaine et la montagne; il se tient aussi sur les coteaux et, de préférence, dans les terrains secs et pierreux, ainsi que parmi les bruyères. La femelle ne construit pas de nid; elle pond à nu, dans un trou, sur le sol, deux ou trois œufs blanchâtres, marbrés et pointillés de brun.

L'espèce d'Europe {Capnmulgus Europœus^ fig. 98), la seule qui existe en France, n'a aucun des caractères malfaisants que lui prêtent les préjugés et la crédulité populaires; elle n'aveugle ni bêtes ni gens; ne tète pas les chèvres, comme l'ont dit les anciens et le répètent, de confiance, les modernes; elle ne jette ni sort ni présage fâcheux, et, loin de nuire, elle nous débarrasse d'insectes nocturnes ravageurs; dans l'intérêt de nos jardins, de nos vergers et de nos bois, sinon par reconnaissance, il serait bon de la respecter. Sa chair est un pauvre gibier. Les services que nous rend TEngoulevent le font presque aussi méritant que le Martinet et les Hirondelles, ses proches voisins, grands destructeurs d'insectes.

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