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L'ALOUETTE

L'ALOUETTE DES CHAMPS (Alauda arvensis).

Nos grandes plaines de la Beauce, de la Champagne, de la Brie, tous les terrains pierreux ou calcaires, pour peu qu'ils soient secs et élevés, sont le séjour favori de l'Alouette des champs (flg. 99). Les Gaulois, nos ancêtres, en avaient fait leur oiseau national, sans doute parce que, vive et légère, elle était Temblème de leur caractère insouciant du danger, prompt à Tespérance et plus prompt encore à la gaieté, qualités ou défauts qui tiennent à la race, et dont nous avons gardé quelque chose.

L'Alouette, la joie des champs, n'a qu'une pauvre livrée; mais sa couleur terreuse, parsemée de taches brunes, se confond si bien avec la teinte du sol, que, par les temps grisâtres, on l'en distingue à peine, même de très-près. Son pouce, extrêmement développé, s'étend en ligne droite et se termine par un ongle également rectiligne et fort allongé; cette conformation ne lui permet guère de prendre appui sur les arbres : aussi ne perche-t-elle pas; en revanche, elle lui donne plus de facilité pour courir à terre. Ses longues ailes, mues par des muscles robustes, la servent puissamment dans le vol. Messagère de l'aurore, elle s'élance du sillon aux premières lueurs de l'aube, appelle, en chantant, le laboureur à ses travaux, et le réjouit encore de ses joyeuses ariettes quand le soleil baisse à l'horizon. Il lui sufOt d'une éclaircie dans le ciel pour se mettre en belle humeur; son allégresse devance même le printemps ; qu'une belle journée se lève en février, l'Alouette la fête aussitôt avec entrain; elle chante tout le jour pendant la belle saison, fait à peine relâche en plein midi, et ne se tait que lorsque le jour est sombre ou qu'il pleut. « Nul gosier, dit Toussenel, >e peut lutter avec celui de l'Alouette pour la richesse et la variété du chant, l'ampleur et le velouté du timbre, la teneur et la portée du son, la souplesse et Tinfatigabilité des cordes de la voix. Elle chante une heure d'afQlée sans s'interrompre presque d'une demi-seconde, s'élevant verticalement jusqu'à des hauteurs de mille mètres, en courant des bordées dans la région des nues pour gagner plus haut, et sans qu'aucune de ses notes se perde dans ce trajet immense. » Plus elle monte, plus elle éclate en mélodies

suaves et vibrantes, et on l'entend encore distinctement, que l*œil depuis longtemps la cherche en vain au plus haut des airs; pour redescendre, au lieu de s'avancer par jets successifs comme dans ses ascensions, et de décrire de nombreuses spirales, elle file obliquement, sans trop se presser, ralentit sa voix à mesure qu'elle se rapproche de terre, y prend pied brusquement et cesse de chanter dès qu'elle s'est posée; mais si l'oiseau de proie la poursuit, elle change aussitôt d'allure, elle se ramasse, franchit l'espace d'un trait, se précipite comme une masse, et demeure immobile à terre, jusqu'à ce que le ravisseur ait disparu.

Sa démarche, quand elle court le long des sillons, est des plus gracieuses; son joli corsage ressemble à celui de la Perdrix grise, d'une simplicité si charmante; elle porte sa tête en avant, fait jouer son aigrette, et allonge son petit cou pendant que ses pieds délicats manœuvrent avec une agilité extraordinaire ; à rinstçir des Gallinacés, elle aime à poudrer au soleil et à se reposer voluptueusement, au plus fort de la chaleur, dans son bain de poussière.

La Fontaine l'a dit : tout se fait à la hâté chez les Alouettes. Promptement elles bâtissent un nid sans consistance, presque plat, fagoté d'un peu d'herbe sèche, de quelques racines et de crins, et si bien caché à terre, entre deux mottes, qu'on a de la peine à le découvrir; il renferme quatre ou cinq œufs grisâtres, tachetés de brun. Au bout de quinze jours l'incubation est unie et la nichée éclose ; en moins de temps encore, l'éducation est faite ; les petits délogent tous sans trompette avant de pouvoir voler, et la seconde ponte ne se fait pas attendre. Tout en res tant ensemble, les jeunes vivent assez indépendants les uns des autres, maîtres de leurs allées et venues, chacun volant, se culbutant, tirant de son côté, sans que la mère les réchauffe jamais sous ses ailes; mais elle suit au vol tous leurs mouvements, dirige leurs excursions et leur apprend à trouver leur nourriture. Celle-ci consiste d'abord en petits insectes, en nymphes de Fourmis, en œufs de Sauterelles, en vermisseaux de toute espèce; plus tard il s'y mêle des petites graines; une fois adultes, leur régime devient essentiellement granivore; néan*. moins, au printemps et à Tautomne, on leur trouve le gésier rempli de pointes d'herbes, faute sans doute d'aliments plus substantiels.

La saison des pontes n'est pas plutôt passée, que les Alouettes

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